SAYLOR Steven - L'énigme de Catilina

Rome, en 63 avant JC. L'enquêteur Gordien s'est retiré dans sa ferme à la campagne, dans l'espoir de se tenir éloigné de la politique et de ses coups bas comme de ses coups d'éclats. A 47 ans, il préfère désormais consacrer son temps à sa famille et rêve de construire le moulin sur la rivière que projetait le propriétaire précédent, son bienfaiteur, tout en devant faire face à l'hostilité de ses voisins immédiats qui convoitaient ses terres. Bientôt, il est plus ou moins forcé d'accueillir Catilina sur demande du consul Cicéron, ce qui ne lui plaît guère, car Catilina est une sorte de "révolutionnaire" pour l'époque : il veut des réformes et redistribuer les richesses et les terres. La découverte d'un cadavre sans tête force la main de Gordien et bientôt Catilina fait halte chez lui pour quelques jours. Avec le temps, Gordien, de même que son jeune fils, devient convaincu que le danger ne vient pas de Catilina, mais de ceux qui sont au pouvoir et qui veulent le rester. En quelques mois, Gordien découvre plusieurs cadavres sans tête et décide de ne pas se laisser faire.
Catilina, César, Crassus, Pompée...Chacun d'eux voudrait bien être dictateur, s'il le pouvait, et couper la tête aux autres. On ne peut en dire autant de Cicéron : il a parlé contre la tyrannie depuis la dictature de Sylla, quand il fallait du courage pour le faire.
Ce roman antique est la 3ème aventure de l'enquêteur romain Gordien, le héros de l'auteur dans sa suite "Les Mystères de Rome" (Roma Sub Rosa). Je découvre donc ce nouveau genre pour moi et je suis tout à fait sous le charme. L'histoire est originale et conjugue les faits historiques (les Catilinaires de Cicéron) avec un style très plaisant pour décrire le quotidien des romains entourés d'esclaves, que ceux-ci soient affranchis ou épuisés sous la loi parfois impitoyable de leur maître "pour ce genre d'homme, le malheur d'un autre esclave lui permet seulement de mesurer sa chance personnelle", mais aussi leurs us et coutumes politiques ou sociales, comme la lecture des augures, un évènement tout à fait sérieux à une époque où les dieux s'amusaient avec leurs petites créatures.
Les augures divisaient les oiseaux en deux classes : ceux dont les cris expriment la volonté divine - le corbeau, la corneille, la chouette et le pic - et ceux dont le vol fait connaître le vouloir des dieux : le vautour, le faucon et naturellement l'aigle, oiseau favori du roi des dieux.
J'ai trouvé tout à fait intéressant et fascinant le côté historique de ce récit qui fort judicieusement précise les détails utiles en bas de page (je déteste devoir me reporter à chaque instant à la fin du récit). Une version inhabituelle du personnage controversé de Catilina que l'on ne connaît que par ses détracteurs, Steven Saylor est habile dans la fiction qu'il nous offre. Un roman qui peut aider les scolaires dans leurs études ; j'ai d'ailleurs découvert l'auteur de ce roman sur le site de Latine Loquere.

quelques liens utiles
  1. les catilinaires
  2. la série sur les mystères de Rome (site officiel en anglais)
  3. la section "polars antiques" chez Latine Loquere

titre original : Catilina's Riddle (1993)
édition 10/18 (1999)
440 pages
traduction de l'américain par Denis-Armand CANAL
illustration d'entrée du billet : Ciceron face à Catilina par Cesare Maccari (1889)

2 Responses so far.

  1. Carm Adou says:

    C'est très bien Steven Saylor... Malheureusement il n'est plus possible certains volumes de la série... C'est ennuyeux !

  2. Wictoria says:

    certainement !
    Restent les bibliothèques ou les ventes privées sur internet :)
    j'ai envie de lire un des premiers romans maintenant quand Gordien était enquêteur à Rome

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