AILLON Jean (d') - L'Homme aux rubans noirs


1644. Louis Fronsac, ancien notaire et désormais propriétaire terrien, quitte de temps à autre sa seigneurie de Mercy à 6 heures de Paris, et accepte d'enquêter sur des affaires spéciales, soit par amitié pour ses amis qui lui demandent, soit pour éviter un scandale qui pourrait mettre à mal l'équilibre fragile d'une France en déficit. Louis part successivement en quête d'une lettre volée dans le coffre du coadjuteur Paul de Gondi, d'un carnet de notes manuscrit laissé par l'alchimiste Nicolas Flamel et qui contiendrait ses formules pour fabriquer de l'or, le nouveau-né abandonné d'une jeune femme recluse en religion et que sa famille désire retrouver. Louis mettra encore une fois sa vie en danger au contact des pires bandits lorsqu'il cherche à comprendre qui a battu presqu'à mort Michel Particelli d'Emery, le contrôleur général des Finances, ou encore lorsqu'il cherche à disculper Cyrano de Bergerac, accusé d'avoir assassiné un comédien.

C'est toujours un plaisir de retrouver Louis Fronsac et ses comparses, surtout Tilly, l'ancien commissaire de police maintenant procureur, beaucoup moins "sage" que Louis, mais tout aussi intéressant. On découvre les complots de toutes sortes, pour défendre une religion, ou contre le pouvoir en place (Mazarin), des magouilles, des manipulations, etc...

Jean d'Aillon mélange habillement l'Histoire avec ses éléments de fiction, ce qui permet de découvrir la manière de vivre à cette époque, ainsi que les usages de société, d'une façon détaillée et divertissante (soulignons de nombreux dialogues qui pimentent agréablement le récit).
- Non ! Mlle Molé n'est pas retenue contre son gré ! cracha la prieure. Je vais la faire chercher et elle vous dira elle-même qu'elle veut rester parmi nous. Elle le dira haut et fort, devant mes témoins  ! Accepterez-vous alors sa décision ?
- Bien évidemment ! mentit Louis qui avait été à bonne école avec Mazarin, qui lui avait souvent déclaré : il n'y a pas d'inconvénient à promettre ce qu'on n'envisage pas de tenir. (p.372)
On découvre un Paris bien repoussant, aux rues de boue et de crottin. Mais aussi des personnages qui, bien qu'instruits, s'en remettaient volontiers à des croyances de magie noire, n'hésitant pas à souffrir le martyr dans l'espoir de racheter leur péchés. J'ai bien ri lors de certains passages tels que celui-ci :
Ils empruntèrent un corridor qui les conduisit au bâtiment central, lequel était assez étroit et donnait sur le grand jardin, de l'autre côté de la cour. Les pièces qu'ils traversèrent étaient richement décorées. Les grosses poutres des plafonds étaient peintes et ornées de motifs en guirlande. Des boiseries lambrissées couvraient tous les murs.
L'argent qui manquait à la France ne faisait pas défaut au trésorier de l'Epargne, songea Louis avec dépit. (p.452)

Hôtel de La Bazinière - gravure de Jean Marot vers 1658

Dans ce gros volume (plus de 500 pages), Jean d'Aillon réussit de nouveau à nous projeter au coeur d'une société plurielle : nobles, ouvriers, artisants, hommes d'Eglise parfois sans Foi, femme parfois sans loi et pas forcément soumises. Très intéressant !

année sortie 2010
edition JC LATTES
575 pages en 5 parties :

  1. La lettre volée
  2. L'héritier de Nicolas Flamel
  3. L'enfaçon de Saint Landry
  4. Le maléfice qui tourmentait M.d'Emery
  5. La confrérie de l'Index

illustration d'entrée de billet : L'enfer (détail du triptyque "Le Jardin des délices") de Jérôme Bosch

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