HARRISON Jim - De Marquette à Veracruz


Marquette, Michigan. David Burkett, le fils d'une riche famille descendant d'exploitants forestiers se rebelle contre son héritage en s'opposant à son père, un alcoolique vicieux. A partir de 16 ans et jusque dans sa quarantaine, il entreprend de rédiger l'histoire de sa famille et son influence sur la déforestation de la péninsule Nord, sans toutefois être capable de vivre avec une femme en dépit de toutes celles qui traversent sa vie et dont il pense tomber amoureux.
Jim Harrison décide de se glisser (et nous avec) dans la peau d'un homme sur une durée de 20 ans tandis qu'il se débat avec ses soucis existentiels pour parvenir à se faire pardonner aux yeux du monde : il décide d'écrire une sorte de biographie de sa famille.
Ce que nous ne pouvons pas contrôler est souvent comique. (p.54)
Le compte rendu méthodique des frasques de sa famille, le récit du comportement odieux de son père qui se retrouve en rupture avec sa famille après avoir violé Vera, la jeune fille de 12 ans de Jesse, son ancien camarade de guerre devenu son assistant et associé. Récit initiatique sur la filiation (mère-fils et père-fils), l'amour en général et ses incapacités, sans oublier les thèmes chers à Harrison : la nature, les chiens, le devoir de mémoire et, pour la première fois dans un roman que je lis de lui, la France y tient une belle part. Toujours beaucoup de poésie, d'inventions et d'images qui n'appartiennent qu'à l'univers désenchanté quoique réaliste mais non dénué d'un féroce appétit de la vie qui est celui que je trouve dans les écrits de l'auteur.
J'ai lu quelque part que les caveaux en ciment qui enferment les cercueils, construits selon la même technique que les fosses septiques, fuient souvent, si bien que les cercueils flottent dans l'obscurité. (p.301) 
Lecture exigeante tout de même : la prose de Jim se mérite en lui accordant une belle attention et un esprit assez ouvert.
Sans doute qu'à une certaine époque, davantage de gens étaient simplement eux-mêmes, mais sans doute que ni elle ni moi n'avions jamais essayé d'être simplement nous-mêmes. Enfin, nous étions peut-être le genre d'individus que la culture n'avait aucun mal à dénaturer. Enfants, nous étions assez fantasques pour souhaiter être un oiseau jusqu'au soir, et rien ne se perd plus aisément que le sens du jeu. (p.252)
titre original : True North
année sortie 2004
édition française en 2004 chez Christian Bourgois
traduction de l'américain par Brice MATTHIEUSSENT
480 pages
illustration d'entrée de billet : Marquette Harbor's par © John McCormick

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