HOUELLEBECQ Michel - La carte et le territoire


Après son passage aux Beaux Arts, Jed Martin devient malgré lui un artiste reconnu et envié quoique parfois vite oublié entre ses périodes d'expositions. Un jour, son galériste lui recommande de contacter Michel Houellebecq afin qu'il s'occupe des textes de son prochain catalogue. La rencontre avec l'écrivain impressionne Jed qui n'hésite pas à accompagner la police sur les lieux où l'écrivain est retrouvé sauvagement assassiné afin d'aider à résoudre ce crime.


Très bon roman d'un auteur qui mérite largement son statut de romancier. Un style que j'ai envie de qualifier d'impeccable : rien à reprocher, c'est simple, direct, évident. On savoure, on déguste, on jubile, on l'applaudit en silence à défaut de pouvoir le féliciter en personne.

Jed Martin réussit à m'émouvoir alors que sa vie n'est qu'une succession d'étonnements : la gloire, l'amour et même la beauté n'est pour lui qu'un hasard. Seule compte au fond la réalité du temps, la mort au bout de tout compte.
On y parle aussi (j'allais dire évidemment) de la société de consommation, les modes, le pouvoir, un peu de politique, l'art, la reconnaissance (de l'artiste), la richesse, la solitude, l'amour, la famille, le suicide, le retour au terroir. C'est pertinent, souvent réaliste et juste. Sans oublier l'humour (parfois décalé).
Il y a une chose que je me demande en regardant votre travail depuis tout à l'heure : pourquoi avoir abandonné la photographie ? Pourquoi être revenu à la peinture ?
Jed réfléchit longtemps avant de répondre. "Je ne suis pas très sûr de savoir, avoua-t-il finalement. Mais le problème des arts plastiques, il me semble, poursuivit-il avec hésitation, c'est l'abondance des sujets. Par exemple, je pourrais parfaitement considérer ce radiateur comme un sujet picturel valable." Houellebecq se retourna vivement en jetant au radiateur un regard suspicieux, comme si celui-ci allait s'ébrouer de joie à l'idée d'être peint ; rien de tel ne se produisit.
"Vous, je ne sais pas si vous pourriez faire quelque chose, sur le plan littéraire, avec le radiateur, insista Jed. Enfin si, il y a Robbe-Grillet, il aurait simplement décrit le radiateur... Mais, je ne sais pas, je ne trouve pas ça tellement intéressant..." Il s'enlisait, avait conscience d'être confus et peut-être maladroit, Houellebecq aimait-il Robbe-Grillet ou non il n'en savait rien, mais surtout il se demandait lui-même, avec une sorte d'angoisse, pourquoi il avait bifurqué vers la peinture, qui lui posait encore, plusieurs années après, des problèmes techniques insurmontables, alors qu'il maîtrisait parfaitement les principes et l'appareillage de la photographie. (p.137) 
L'homme (au sens large) ne fait que passer et le héros de l'histoire s'applique à illustrer selon des techniques qui varient dans le temps (photographies, peintures, vidéos) l'émouvante capacité de la nature à effacer le passage de l'homme.

Reste à l'écrivain l'émouvante capacité à nous emporter dans son monde même s'il est légèrement désenchanté.




année sortie : 2010
405 pages
illustration d'entrée de billet : carte Michelin (détail du Loiret)

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