HARRISON Jim - Les jeux de la nuit


1- La fille du fermier (110 pages). Sarah, une jeune fille indépendante ayant grandit dans une contrée isolée en suivant des cours par correspondance, lutte contre son désir de se venger de l'homme qui a tenté d'abuser d'elle, mais trouve à 16 ans le visage de l'amour dans celui d'un professeur de biologie, musicien comme elle, et son ainé de 20 ans.
Elle était née bizarre, du moins le croyait-elle. Ses parents avaient mis de la glace dans son âme, ce qui n'avait rien d'exceptionnel. Quand tout allait bien, cette glace semblait fondre un peu ; mais quand tout allait mal, la glace gagnait du terrain.
2- Chien brun, le retour (114 pages). Chien brun, dit C.B., cherche désespéremment l'amour et pense l'avoir trouvé en la personne de Gretchen mais celle-ci ne veut de lui que son sperme pour mettre au monde l'enfant qu'elle désire plus que tout.
Ce jour là, Gretchen portait un short bleu pâle moulant et, tout en écrasant vigoureusement les pommes de terre devant la cuisinière, elle agitait les hanches de manière si suggestive que C.B. s'était senti au bord des larmes. Il avait décidé de ne pas insister sur le problème du mariage, car Gretchen faisait parfois preuve de cruauté. Des années plus tôt, elle avait pris son ton le plus autoritaire pour passer en revue les résultats scolaires de C.B., et ayant découvert que son intelligence était bien au-dessus de la moyenne, elle s'était alors tournée vers lui pour lui demander séchement : "Pourquoi vis-tu ainsi ? Tu es assez malin pour faire autrement.
- J'ai simplement glissé vers ce mode de vie, avait-il répondu avec agacement.
3- Les jeux de la nuit (113 pages). A la suite d'une vilaine morsure, l'on découvre au jeune Samuel qu'il est atteint d'une rare maladie qui le transforme chaque mois en une sorte de Hulk des bois : toute sa puissance se défoule et il est alors sexuellement très actif mais peut aussi devenir dangereux durant les deux nuits que dure la pleine lune. Conscient de sa maladie incurable qui le transforme en prédateur lycanthrope, il n'arrive pas à oublier Emelia, son premier amour.
La mémoire, ou certaines parties de la mémoire, condense tellement le passé que nous désirons  à tout prix en reproduire l'essence dans le présent.  

A chaque fois que je me plonge dans "un Jim Harrison", je me retrouve comme dans un coin douillet au pays du bonheur de lire.
Nous voici, nous et nos jeux sauvages. (p.323)
Bonheur des mots, des descriptions, des personnages découpés aux ciseaux pour un profil tellement réaliste qu'on ne peut qu'avoir envie de les rencontrer, de les serrer dans les bras pour les réconforter. Nous sommes dans ces 3 nouvelles impeccables à la recherche de l'Amour, qui, comme souvent n'est jamais où on l'espère. Le personnage de Chien Brun, déjà aperçu dans "La femme aux lucioles (1990)" prend ici quelques brides d'une histoire parallèle mais se reconnaît sous certains traits. Sarah, la belle fille sauvage qui ne se trouve à l'aise qu'en chassant ou encore Samuel, l'homme-loup malgré lui. Des personnes hors la ville au travers d'une Amérique aux gigantesques espaces où l'on peut se perdre ou se retrouver.

Un pur enchantement !


titre original : The farmer's daughter
année sortie 2009
édition française en 2010 pour Flammarion
343 pages
traduction de l'américain par Brice MATTHIEUSSENT
illustration d'entrée de billet : Andrew Wyeth (Christina's world)

Leave a Reply

Merci pour votre contribution à ce carnet de lectures (la modération des commentaires est activée pour les anciens articles)