SAGAN Françoise - La femme fardée


Clarisse est la femme fardée qui, avec son époux, s'embarque pour une croisière musicale de 9 jours à bord d'un paquebot en mer méditerranée. Sur le pont des voyageurs en classe "luxe", elle croise les artistes du programme : le maestro pianiste et la diva cantatrice, fait connaissance avec des habitués ou de nouveaux (par)venus, mais surtout, Julien, celui qui va lui donner l'envie d'abandonner son maquillage outrancier et lui ouvrir les yeux sur sa propre vie, une vie de liberté, de bonheur et d'amour.


Voici un très joli roman de Sagan qui nous offre avec un humour légèrement désabusé un "huis-clos" en haute mer : des couples se forment et se déforment comme une danse du cœur. Il y a le vieux couple d'industriels, habitués de la croisière : lui plongé dans ses journaux financiers, elle jouant à la bonne fée. Egalement le jeune couple intrigant formé par cette triste petite femme riche mariée à un journaliste "de gauche" qui n'attend pas un jour pour la tromper avec cette actrice venue avec le réalisateur le plus en vue du moment. Sans oublier le maestro au piano, ancien amant de la Diva qui aime les jeunes hommes. Andrea, le gigolo de Nevers, tombe amoureux de la Diva. Tout le monde joue un rôle ou improvise selon les coups de théâtre sous l’œil inquiet du capitaine du paquebot qui n'a qu'une envie : que le programme se déroule à la lettre. Sagan m'a régalée de son humour (la scène ou la capitaine chante "au clair de la lune" au téléphone vaut son pesant de steak pour la journée !) et de sa poésie.
"Heureux...je suis heureux", se répétait-il les yeux fermés, encore ignorant des raisons de ce bonheur mais déjà prêt à s'y abandonner. Et il se refusait à les rouvrir à présent, comme si ce beau bonheur involontaire eût été captif de ses paupières, et prêt à s'en enfuir. Il avait bien le temps : "On ferme les yeux des morts avec douceur, et c'est aussi avec douceur qu'il faut ouvrir les yeux des vivants." D'où cela venait-il...? Ah ! oui, c'était une phrase de Cocteau découverte dans un train vide... Et Julien crut encore sentir l'odeur grise de ce train, et il crut même revoir la photo plate du grand pic neigeux qui lui faisait face dans ce wagon désert, et il crut revoir la phrase de Cocteau et ces signes noirs sur la page blanche. (p.190) 
Un très beau moment de lecture ! un livre qui fait du bien : dépaysant et caustique [et une fin heureuse...enfin pas pour tous !]


année sortie 1981
édition Ramsay
535 pages
illustration d'entrée de billet : Véronique La Perrière

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