RICHIE-Raphaëlle BACQUE

ICARE, DU CIEL A HADES

Né en juin 1958, issue d'une famille de médecins (père et mère), Richard Descoings n'a rien d'un leader né et poursuit une scolarité sans se faire remarquer mais assez brillante pour qu'il atterrisse au conseil d'Etat à la fin de sa formation à l'ENA. De fil en aiguille, il devient directeur du prestigieux mais néanmoins moribond Institut d'Etudes politiques de Paris (IEP ou "sciences po") dont il va organiser la réforme dès 1996 afin de hisser l'école sur un rang international, n'hésitant pas à démarcher les écoles et universités étrangères de même nature afin de créer des liens d'échanges d'élèves et de professeurs. Toutes ses réformes et prétentions ont un coût et il faut bien se mettre les politiques dans la poche, qu'ils soient de droite ou de gauche. Pour cela, rien ne vaut un carnet d'adresses bien rempli et des alliances de tout bord. Et Richard Descoings excelle en la matière, n’hésitant pas à mettre à contribution ses amis intimes, collaborateurs épuisés ou épouse adoratrice, tous conscients du génie mais aussi de la fragilité de cet homme toujours en quête de reconnaissance, ayant assumé très tôt son homosexualité aux yeux du grand public, ou ne cachant rien de sa vie intime dans les réseaux sociaux. Parti à New York pour quelques conférences en avril 2012, il meurt dans sa chambre d'hôtel, officiellement victime d'une crise cardiaque. Il avait 53 ans.



Une amie m'a prêté ce livre pour la semaine de vacances et j'ai donc abandonné mes lectures du moment pour me consacrer à la découverte de cette sorte de biographie posthume d'un illustre inconnu pour ma part, ayant certainement entendu son nom aux informations mais sans plus.

J'ai plongé dans ce bouquin qui "se lit vite" m'avait avertie mon amie, et je confirme : il m'a fallu quelques heures lors d'un voyage sur Nantes pour l'achever aux côtés de mon mari qui conduisait et qui m'entendait rire à côté de lui. Bien sûr, certains passages ne sont pas risibles et même dramatiques, mais le style est agréable et vivant, on ressent de l'empathie, mêlée toutefois d'un sentiment de gâchis.

A Matignon, Lionel Jospin se méfie un peu de ce directeur qui paraît accomplir à marche forcée des réformes que son gouvernement a suspendues, faute d'adhésion de son électorat traditionnel. Mais au sein de son cabinet et de son gouvernement, la plupart des conseillers adhérent pleinement aux transformations de l'école qui est souvent, celle de leurs enfants. (p.121)
Car comment un homme qui promettait de belles réformes en est arrivé au point de ne plus supporter la critique, de s'octroyer des salaires et primes de prince (avec les deniers de la république) ? Car oui, je trouve assez insupportable que les "élites", ou celles et ceux qui estiment en être, passent au dessus des autres pour parvenir à leur fin. A lire si l'on s'intéresse aux faces cachées des individus et aux personnalités énigmatiques, et si l'on aime aussi l'abstraction car tous les passages qui évoquent les réformes etc...tout cela reste un peu flou, à part peut-être les passages relatifs aux démarches pour les relations d'équivalence internationales entre les écoles.

Mais ce portrait dresse au fond un tableau assez sombre de la société française, de ceux qui nous gouvernent (ou tentent de le faire) comme si nous étions des petits bateaux ivres à la dérive des clapotements furieux des marées.




"Richie"
de Raphaëlle Bacqué
année sortie 2015
édition GRASSET
275 pages
illustration d'entrée de billet par Henry-Scott TUKE "The bathing cove"


One Response so far.

  1. Oncle Dan says:

    C'est toujours avec un immense plaisir que l'on revient flâner sur les blogs de Wictoria W. !

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