Un couple loue une maison le temps des travaux de la leur. L'épouse, jeune mère, est plongée dans une sorte de mélancolie que son mari, médecin, soigne en prescrivant du repos et l'interdiction d'écrire ; or l'écriture est la seule chose à laquelle l'épouse témoigne une réelle capacité de rédemption possible. Elle s'ennuie, et le papier jaune à moitié déchiré de l'ancienne chambre d'enfants, devenue la sienne et dans laquelle elle passe la plupart du temps, semble être mû d'une vie propre : sous ce papier, une ancienne tapisserie semble dissimuler la silhouette d'une femme qui rampe pour échapper aux ombres qui la recouvre.
Qui n'a jamais été effrayé par une tapisserie ancienne, dans une vieille demeure où l'on imagine que vivent les fantômes ? Pas moi, car j'ai souvent mis en scène les monstres et les têtes que je distinguais dans la pénombre avant de pouvoir m'endormir.
C'est à ces moments-là que je songeais lorsque je lisais cette courte histoire hier avant de m'endormir. Une histoire bien entendu plus grave qu'une simple frayeur d'enfant puisque Charlotte Perkins Gilman y dépose son fardeau : à son époque, vivre en indépendance n'était pas aussi facile et possible qu'actuellement, les femmes étaient soumises à l'autorité d'un homme : père, frère ou mari ! lesquels pouvaient décider de leur pseudo liberté et libre arbitre.
Un récit d'une écriture soigneuse, méthodique, hypnotique, qui glisse lentement vers le non-sens, vers une issue qui traduit bien la perte de soi. Les visions fantastiques, véritable anamorphoses des sentiments nous feront désormais méfier de n'importe quel papier peint imprimé dans les tons jaunes ! On a également l'impression que les têtes dont il est question personnalisent les enfants : ceux-ci entravent en quelque sorte la liberté de la femme, la mère. Dans cette folie là, "baby blues", dépression post-partum, l'enfant n'est plus un petit être sans défense qu'il faut apprendre à soigner et à apprivoiser, mais un monstre capable de rendre folle, par peur de ne pas savoir, pas peur de plus être soi.
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| édité à Boston (USA) en 1901 |
Personnellement, je préfère le titre d'origine, plus mystérieux : The Yellow Wallpaper. "La séquestrée" est un titre qui laisse le doute sur "qui est la séquestrée" : est-ce la narratrice ou bien la victime rampante que celle-ci voit dans sa folie ; peut-être aurait-il fallu donner le titre "les séquestrées". Je ne suis pas fan des adaptations libres dans les titres, certains ne méritent pas de changer, je préfère la fidélité, sauf si la traduction ne permet pas de réaliser un jeu de mots de la langue d'origine.
Diane de Margerie, la traductrice, a travaillé sur le sujet et, dans sa postface intitulée "Écrire ou ramper", nous informe sur de nombreuses pages que cette nouvelle à pour sujet l'enfermement, l'évasion, le sentiment de folie qui s'empare des victimes du "monde mâle".
Une emprise masculine qui est encore de nos jours le quotidien de bien des femmes dans certains pays !