mardi 4 août 2026

La traductrice - Efim ETKIND


Emprisonnée en 1944 et condamnée à 10 ans de goulag par le NKVD (ancêtre du KGB), Tatiana Gnéditch (1907-1976) survit à sa condition en traduisant mentalement puis sur des feuilles que lui offre généreusement l'instructeur chargé de sa détention, les dix sept mille vers du poème Dom Juan de Byron. Le récit est conté par Efim Etkind (1918-1999) qui côtoie la traductrice avant et après sa détention et grâce auquel son travail méticuleux qui force l'admiration sera publié à plus de 100 000 exemplaires.

A chaque occasion que je me rends à la BNF site de Tolbiac, je ne résiste pas à l'envie de flâner à la librairie où je trouve souvent un livre inattendu comme celui-ci des éditions Interférences, jolie maison que j'apprécie beaucoup pour avoir lu quelques uns de leurs ouvrages atypiques.
publié en 2012, traduit du russe par Sophie Benech

 
L'instructeur lui donna une feuille de papier et dit : "Écrivez ici tout ce que vous avez déjà traduit, je regarderai cela demain." Elle n'osa pas demander davantage de papier, et se mit au travail. Lorsqu'il revint dans son bureau le lendemain matin, elle était toujours en train d'écrire, un gardien furieux assis à côté d'elle.
 
 
illustration : Dom Juan endormi sur les genoux d’Haedée d'après le poème de Byron - Henry Scheffer

On a tué sœur Blandine - Marc WLUCZKA


 
Septembre 1984, Sœur Blandine est retrouvée assassinée dans une mise en scène macabre : les murs portent des lettres inconnues. Le nouvel inspecteur Walkowiak dit « Walko » est chargé de l’enquête. Lui et son épouse viennent d'arriver dans la la Haute-Loire afin que madame fasse son internat en psychiatrie. Or la sœur Blandine y travaillait. Progressant lentement mais sûrement, Walko découvre des agissements louches, mais pas autant que le comportement de sa femme qui travaille aux côtés du docteur Goldet, au sourire trop beau (comme celui de l'ange au sourire de la cathédrale de Reims) pour être honnête.
 

Un roman policier assez court et bien rythmé en chapitres datés que j'ai lu en une journée car je ne pouvais le lâcher, désirant en connaître le dénouement. L'un des malades que l'on évoque dans le roman a été victime des khmers rouges et en garde des séquelles irréversibles, il se croit poursuivi par des diables noirs.
 
Il avait quitté les diables noirs alors qu’ils le retenaient dans un campement situé à proximité de l’endroit où toute la journée ils creusaient, pendant que d’autres évacuaient la terre et les cailloux à dos d’homme ou de femme. 
 
À peine arrivé au Puy, quelque chose l’a achevé : il s’est retrouvé au milieu des inondations de septembre 80. Tu connais bien sûr. 
— Tout le monde s’en souvient ici. 
— C’est fréquent que des gens tombent dans la maladie mentale longtemps après des évènements horribles qu’ils ont vécus ?
 — Très fréquent. C’est même le cas de figure qu’on rencontre le plus. 
— Apparemment, d’après Paul, il avait des hallucinations. Il pensait être persécuté par des diables noirs.
 
L'auteur étant médecin, les évènements médicaux afférents à l'histoire sont crédibles. L'auteur évoque aussi les différents cas de placement des malades mentaux ou indigents en hôpital psychiatrique ainsi que les évolutions des lois en ce domaine, intéressant. De même, par le biais du docteur Goldet, l'auteur explique comment on est passé de l'entrave physique (camisole de force) avec la prescription de médicaments. 
La maladie mentale en avait transformé certains en zombies, à moins que ce ne fût le traitement, car, Irène s’en aperçut assez vite, Goldet était très généreux dans ses prescriptions de psychotropes.
 
Des évènements réels (inondations de septembre 1980) ainsi que les descriptions géographiques dans la région du Puy-en-Velay permettent de bien ancrer le récit dans une atmosphère de province réaliste. J'ai apprécié la temporalité des années 80 avec les détails tels que le téléphone à touches qui remplace celui à cadran par exemple, ou encore l'appareil photo à pellicule. Le style de l'auteur est vivant, bien travaillé, sans emphase, bien dosé avec des pointes d'humour. 
 
C'est un coup de cœur pour commencer ce mois de lecture.

publié en 2026 (Librinova)
 
Goldet souriait aux anges en sortant de chez la vieille femme, tenant à la main un chiffon de papier journal qui enveloppait des croquets, faits avec amour par Mme Chapelle.
« L’ange du sourire » pensa Irène.
Mais déjà Goldet lui tendait les gâteaux. Elle déclina d’un signe de tête. Ils étaient maintenant à cinquante mètres de la maison, dans une ruelle qui obliquait vers la droite en pente légère. Goldet vit une poubelle métallique que quelqu’un avait oublié de rentrer après le passage hebdomadaire de la Voirie. Il regarda derrière lui, s’assura que la vieille dame ne pouvait plus le voir et jeta dans le récipient les croquets encore emballés.
— Alors Irène ? Votre diagnostic ?
— C’est une psychose hallucinatoire chronique. Elle doit faire des bouffées délirantes de temps à autre, quand elle oublie ses médicaments. 
— En effet. Mais elle n’oublie pas ses médicaments. 
— Comment cela ?
 
illustration d'entrée de billet : l'ange au sourire de la cathédrale de Reims

vendredi 24 juillet 2026

Le fabuleux piano - Sonia DEVILLERS


 

Rentrée littéraire 2026 parution le 27 août 2026

Poursuivant le récit de son histoire familiale, Sonia Devillers part à la recherche du piano de sa grand-mère qui a dû quitter la Roumanie de Ceaușescu en 1961 en 1961. Espérant trouver une trace dans le "Répertoire" des biens spoliés aux juifs par les nazis durant la seconde guerre mondiale, elle trouve le nom de Daniel Enoch, héritier de la célèbre dynastie d'éditeurs de musique d'origine juive. Daniel est mort en déportation ainsi que son épouse et l'un de leurs fils Robert, mais Jacques, l'autre fils survivant à cette famille, était alors à la recherche de leur fabuleux piano à queue : un "Érard" numéroté, volé par les nazis en 1943. Lorsque Sonia Devillers prend possession des petits carnets de Jacques Enoch où il notait son journal, elle prend le pari de retracer l'histoire des Enoch, leur industrie en tant qu'éditeur de musique mais pas seulement : en tant que témoins de leur époque politique, sociale et économique. 
Sans le savoir, Jacques Enoch consigne au jour le jour un monde qui chavire. Le krach boursier de 1929 agit comme une déflagration. La crise économique donne un coup d'arrêt brutal à l'opulence des Années folles, dont les éditeurs de musique, comme les facteurs de pianos, ont tant profité. Les ventes s'écroulent brusquement. 
 
 

Le plus grand des instruments entremêle ces essences, telle une communauté d'êtres vivants enchevêtrés pour l'éternité. C'est probablement pour cela que les plus beaux pianos ne meurent jamais, songe Wilhelm Enoch. Lorsque les arbres auront disparu, au moins il nous restera les pianos...

Contexte de choix de lecture

Attirée par le titre, j'aime les roman d'art, j'ai choisi de lire en avant première ce roman ce n'est pas si souvent que je lis les livres de la "rentrée littéraire". Ce n'est d'ailleurs pas à proprement un roman mais plutôt un essai sur une biographie et même plusieurs avec le fil rouge la recherche d'un piano pour la famille Enoch et la famille de Sonia Devillers.

logo éditions musicales "Enoch & Cie"
 

Si un piano n'avait pas été arraché à ma grand-mère roumaine, je ne l'aurais probablement pas su : un instrument peut dépeupler une vie. 

Le piano ne représente pas seulement un objet luxueux, c'est avant tout un compagnon d'histoire : un objet évocateur d'un statut mais aussi d'une maîtrise. 

piano Érard de 1907

 

Difficulté de lecture : oui ou non

Le livre n'est pas très difficile à lire mais il mélange de nombreuses histoires non linéairement ce qui peut gênée la fluidité du récit qui reste complexe avec l'entrelacement de l'enquête méthodique sur la famille Enoch et le récit familial de l'auteur.

L'adresse

L'appartement familial des Enoch se situe au 164 rue de Courcelles (Paris)
 

Le cadre historique

8 000 pianos volés à leurs propriétaires et transportés dans des "Camps pour pianos" jusqu’aux confins du IIIe Reich. L'auteur cite Caroline Piketty :

L'ancienne directrice des Archives nationales, Caroline Piketty, a passé plusieurs années de sa carrière à manipuler ces missives et leur a consacré un petit livre : "Harmonies volées"


ainsi que d'autres journalistes et chercheurs qui ont traité diverses spoliations (mobiliers, tableaux etc...). Pour les tableaux et œuvres d'art je recommande "Rose Valland l'espionne à l’œuvre" de Jennifer Lesieur.

Quelques personnalités autres que les protagonistes citées dans le livre

  • Yves Montand
  • Jacques Prévert
  • Joseph Kosma
  • Maurice Ravel
  • Serge Gainsbourg
  • Léon Blum
  • Darius Milhaud
  • Louis-Ferdinand Céline,
  • Marlène Dietrich
  • Marcel Carné
  • Jean Gabin
  •  Francis Salabert

 

La surprise

On découvre l'histoire de la chanson "Les feuilles mortes" ! J'en ai encore des frissons. 
 

Je recommande ou pas ?

Le sujet est original car je ne connaissais rien à cette histoire de spoliation de piano, cependant le récit est confus de part le choix de l'auteur de mélanger la dynastie Enoch avec sa propre histoire qui reste douloureuse. 
Je recommande aux amateurs d'histoire de la seconde guerre mondiale.
 
publié en 2026
photo de couverture : Lee Miller

 
illustration : couverture du livre de Caroline Piketty paru en 2025 "Harmonies volées"

mercredi 22 juillet 2026

La légende - Boualem SANSAL


 
Boualem Sansal, dit "La légende", relate les circonstances de son arrestation arbitraire en novembre 2024 sur ordre du président algérien, les (rapides) étapes de son procès à charge sans pouvoir disposer d'un avocat, les retombées de cette incarcération qui dura un an sur la scène politique française et internationale, le circuit de sa libération en novembre 2025 via l'Allemagne, son arrivée en France et son hébergement provisoire chez son éditeur d'alors, Gallimard, avant qu'il soit obligé de quitter les lieux le plus rapidement possible, enfin les raisons qui l'ont conduit à publier le roman que nous tenons entre les mains chez Grasset son nouvel éditeur.
 
Car il y a bien eu une légende. Elle est née en prison. Elle s’est propagée dehors. Elle m’a porté comme une vague porte un corps : parfois elle le sauve, parfois elle le noie. Et j’ai mis du temps à comprendre que la légende, même quand elle nous protège, nous prend quelque chose, notre droit d’être simplement un homme. 

Je ne suis pas du tout fana des livres politiques mais j'étais très intéressée par lire "La Légende" car, comme de nombreux anonymes, j'ai été touchée par cette histoire qui a été fort médiatisée.

Pour nous, les criminels jugés, donc sans avocats, rien n'est plus essentiel que de voir la famille ; c'est la dernière île avant de disparaître dans le vaste océan de la mort.

Le style est littéraire mais accessible, le récit est non linéaire et d'habitude cela me gène mais ce roman est assez bien construit avec des chapitres, parfois appelés "temps", associés à un court résumé. On suit sa mésaventure sans pouvoir rester insensible devant tant de bassesses gratuites (les gardiens de prison), mais aussi tant d’atermoiements diplomatiques.

- Moi je t'ai apporté des livres, des bons, pas comme les tiens, mais le règlement... Le gardien-chef les a brûlés et a dispersé les cendres dans le jardin pour nourrir son citronnier. 
Je les ai bien remercié pour les cacahuètes qu'ils ont réussi à passer dans leur poches, et pour leurs mots d'esprit qui m'ont aéré le cerveau.

Les redites, parce qu'elles existent c'est vrai, ne sont pas du tout gênantes et, pour ma part, je les ai assimilées à ces cailloux brassés par le reflux de la mémoire sur la plage saccagée des souvenirs d'un homme meurtri en reconstruction physique et morale. Nécessaires.

Je reviens sur le jour de ma libération. Mon esprit embrouillé en a donné un récit incomplet, et peut-être quelque peu cinématographique. En prison, le temps pèse sur la mémoire, on raconte plusieurs fois la même histoire, sous différents angles, pour trouver le plus juste.  

publié en 2026

Mon procès a duré cinq minutes : cinq ans de prison ferme, une amende faramineuse, cinq cent mille pesos, l’opprobre national, la saisie de nos biens personnels, la déchéance de nationalité et l’expulsion expresse du pays. Et je n’avais rien dit, rien fait – sinon me parler à moi-même à bâtons rompus, sans malice aucune. 

 

illustration : Man in prison par Johann Adam Ackermann

La séquestrée (Le papier peint jaune) - Charlotte PERKINS GILMAN


 
Un couple loue une maison le temps des travaux de la leur. L'épouse, jeune mère, est plongée dans une sorte de mélancolie que son mari, médecin, soigne en prescrivant du repos et l'interdiction d'écrire ; or l'écriture est la seule chose à laquelle l'épouse témoigne une réelle capacité de rédemption possible. Elle s'ennuie, et le papier jaune à moitié déchiré de l'ancienne chambre d'enfants, devenue la sienne et dans laquelle elle passe la plupart du temps, semble être mû d'une vie propre : sous ce papier, une ancienne tapisserie semble dissimuler la silhouette d'une femme qui rampe pour échapper aux ombres qui la recouvre.

Qui n'a jamais été effrayé par une tapisserie ancienne, dans une vieille demeure où l'on imagine que vivent les fantômes ? Pas moi, car j'ai souvent mis en scène les monstres et les têtes que je distinguais dans la pénombre avant de pouvoir m'endormir.
 
C'est à ces moments-là que je songeais lorsque je lisais cette courte histoire hier avant de m'endormir. Une histoire bien entendu plus grave qu'une simple frayeur d'enfant puisque Charlotte Perkins Gilman y dépose son fardeau : à son époque, vivre en indépendance n'était pas aussi facile et possible qu'actuellement, les femmes étaient soumises à l'autorité d'un homme : père, frère ou mari ! lesquels pouvaient décider de leur pseudo liberté et libre arbitre.
 
Un récit d'une écriture soigneuse, méthodique, hypnotique, qui glisse lentement vers le non-sens, vers une issue qui traduit bien la perte de soi. Les visions fantastiques, véritable anamorphoses des sentiments nous feront désormais méfier de n'importe quel papier peint imprimé dans les tons jaunes ! On a également l'impression que les têtes dont il est question personnalisent les enfants : ceux-ci entravent en quelque sorte la liberté de la femme, la mère. Dans cette folie là, "baby blues", dépression post-partum, l'enfant n'est plus un petit être sans défense qu'il faut apprendre à soigner et à apprivoiser, mais un monstre capable de rendre folle, par peur de ne pas savoir, pas peur de plus être soi.
 
édité à Boston (USA) en 1901

 
Personnellement, je préfère le titre d'origine, plus mystérieux :  The Yellow Wallpaper. "La séquestrée" est un titre qui laisse le doute sur "qui est la séquestrée" : est-ce la narratrice ou bien la victime rampante que celle-ci voit dans sa folie ; peut-être aurait-il fallu donner le titre "les séquestrées". Je ne suis pas fan des adaptations libres dans les titres, certains ne méritent pas de changer, je préfère la fidélité, sauf si la traduction ne permet pas de réaliser un jeu de mots de la langue d'origine.
 
Diane de Margerie, la traductrice, a travaillé sur le sujet et, dans sa postface intitulée "Écrire ou ramper", nous informe sur de nombreuses pages que cette nouvelle à pour sujet l'enfermement, l'évasion, le sentiment de folie qui s'empare des victimes du "monde mâle".
 
Une emprise masculine qui est encore de nos jours le quotidien de bien des femmes dans certains pays !  

Dimanches d'Août - Patrick MODIANO

Quelques années après certains évènements douloureux pour Jean, le narrateur, celui-ci rencontre incidemment Villecourt, l'ancien compagnon de Sylvia avec qui il a vécu une histoire d'amour rocambolesque. Pressé par ce dernier qui demande des nouvelles de Sylvia, Jean cherche à l'éviter et se réfugie dans ses souvenirs en partageant avec le lecteur les circonstances de leur rencontre et de leur séparation. 

 


 

Voici mon huitième roman de Modiano (j'ai emprunté celui-ci à la bibliothèque ais j'en possède la plupart) et je suis toujours épatée par sa capacité à mener son lecteur par le bout du nez, ou plutôt, au bout du livre, réorganisant à la guise la mémoire de son protagoniste, qui doute parfois de la réalité des personnes rencontrées, qui superpose les lieux comme le boulevard des anglais à Nice où il réside désormais, et un même boulevard à La Varenne, sur les bords de Marne, où il rencontra la dénommée Sylvia.

 

 

 

Modiano lève le voile progressivement sur les mystères qui entourent le début du roman où l'on atterrit comme si l'on arrivait en retard à une pièce de boulevard, sans oser demander à son voisin "qu'est-ce qui se passe"? Patience, tu le sauras bien assez tôt murmure alors le maître du temps... 

A.Édouard bord de Marne

Comment les amants réfugiés dans la grande Nice le temps de se débarrasser avantageusement d'un bijou encombrant tombent sous la coupe d'un non moins étrange couple des plus suspects, quasi fantomatiques. Comment Jean se retrouve, des années plus tard tel un fantôme, avec pour seul témoin son album photos de son projet éditorial des "plages fluviales".

Je n'étais pas encore un fantôme, comme ce soir. Je me disais que nous allions tout oublier et tout recommencer à zéro. C'était la phrase que je me répétais en suivant la rue Gounod d'un pas de plus en plus léger. (p.38) 

En effet, la fin arrive vite, comme une urgence qui laisse le lecteur libre de combler les non-dits ; avec Modiano, ce procédé ne me gène pas trop, en tout cas, il ne me gêne plus, car chaque histoire poursuit la mythologie de cet auteur atypique qui continue sa broderie littéraire des amours perdues. 

publié en 1986

  

illustration : La fenêtre ouverte à Nice, 1919, Henri Matisse

dimanche 19 juillet 2026

La belle-fille - Se-ah JANG

 

Jae-Young quitte son petit-ami violent et s'enfuit au hasard en prenant un train pour Séoul où elle espère disparaitre après avoir assommé et peut-être tué son agresseur. Dans le wagon quasi vide elle voit débarquer une jeune mère et son bébé et se trouve obligée d'écouter ses confidences : Hyo-jin, la jeune mère, a été abandonnée par le père de l'enfant et a décidé de laisser son bébé aux bons soins du grand-père richissime. Après être allée faire une pause aux toilettes juste avant un arrêt, Jae-Young découvre que la maman a disparu du train lors de l'arrêt et lui a laissé un mot pour lui demander de présenter le bébé à sa belle-famille car elle n'en a pas le courage. Sans autre projet immédiat et désirant avant tout disparaître pour un moment de peur d'être rattrapée pour tentative d'assassinat sur son conjoint ou pire, elle se présente au portail de la grande propriété du grand-père où elle est accueillie comme si c'était elle la "belle-fille". Voyant là l'opportunité d'un nouveau départ, Jae-Young décide de ne rien dire, simule l'identité de la mère du bébé et s'installe peu à peu dans ce manoir impressionnant sans savoir qu'un piège se referme sur elle car elle est victime d'une machination visant à récupérer l'héritage du vieil homme.
Ce manoir pourrait bien se révéler le refuge que j'espérais. Personne ne sait que je suis ici à part la mère du bébé, et elle m'a annoncé son intention de disparaître, peut-être définitivement. 

J'ai choisi ce livre car j'aime beaucoup les histoires énigmatiques. La trame du récit est assez bien tournée avec des retournements de situation surprenantes : la manière dont l’héroïne découvre que l'homme qui partageait sa vie est en réalité le fils ainé et père du bébé est assez bien vue. Le style est correct mais manque de profondeur sur de nombreux détails : personnages, décor, repas, etc. Sans les prénoms coréens rien de laisse entendre que nous sommes en Corée car peu de descriptions.

Ce soir là, je dîne seule dans la salle à manger. le repas somptueux, préparé juste pour moi, est fade en l'absence de compagnie.

Le roman est découpé en 2 parties et 77 chapitres. La première partie glisse le lecteur dans la peau de Jae-Young, la seconde dans celle de Hyo-jin ; cette construction permet de nous faire revisiter certaines scènes du point de vue de la manipulatrice. En résumé, un roman qui convient bien pour l'été : facile à lire, se termine bien, avec un soupçon de mystère. Cela me fait penser aux romans "Harlequin" lus dans la jeunesse. 

À l'époque où je l'avais connu, je n'avais aucune attache. Ma famille d'accueil avait fini par me renvoyer à l'orphelinat. Et depuis que j'avais quitté celui-ci, je vivais seule. J’avais toujours espéré rencontrer un homme digne de confiance, qui m'aurait vraiment soutenue. Mais mon rêve a rapidement viré au cauchemar.  

traduit en français par Nathalie Serval
paru en mai 2026 aux éditions Les presses de la cité

 

 

publié en 2025 en version anglaise chez Random house
traduction par S.L.Park
titre anglais "A twist of fate",352 pages


publié en Corée en 2023 sous le titre "Runaway"
éditions "Aphros Media Seoul"