mardi 13 octobre 2026

Le cabinet de curiosités - Alfred KUBIN

 

Dix nouvelles rédigées par l'auteur à partir de dessins retrouvés dans un tiroir :
  1. la rencontre avec la fatalité (Le franchissement du col), 
  2. la rencontre avec la mort (Le sultan fatigué),
  3. la poursuite d'un monstre de la taille d'un gros chat qui s'introduit la nuit dans les maisons (La chasse au vampire),
  4. la folie causée à une femme par la peur qu'un homme trop entreprenant ne surgisse de sous son lit (L'intrus),
  5. la mise au ban de la société par un comportement inhabituel de liberté (La sorcière du Moos), 
  6. l'errance d'un vieux soldat dépenaillé jusqu'au lit d'une prostituée (Le dernier vagabond),
  7. la traque de militarisme par deux dames de la ligue des amies anglaises de la paix (Deux anglaises),
  8. le défi d'un homme portant une protection révolutionnaire qui se fait volontairement écrasé par une voiture  (Un pari)
  9. la découverte fortuite d'un homme qui gagne sa vie en revendant ses macchabées (Le cri qui venait des ténèbres)
  10. le destin dramatique d'un étalon (Ali, l'étalon blanc)

 

J'ai trouvé ce petit livre des éditions Allia à l'Escarboucle, la librairie de l'école de arts joailliers. Attirée par la couverture sépia et le titre, je l'ai feuilleté et eut très envie de le lire. Parfois, les choix de lectures sont largement dépendantes de l'imprévu auquel on veut faire confiance !

Alfred Kubin (1877-1959) est un artiste des images et des mots : dessinateur et écrivain, c'est à cet ordre que l'on doit ce recueil de nouvelles, comme nous l'apprend Christophe David, son traducteur et auteur de la post face "une littérature panoramique ou le cabinet du docteur Kubin", en effet, l'auteur entreprit d'écrire ces histoires inventées à partir d'anciens dessins.

Une belle qualité littéraire se dégage de ces histoires en clair obscur où la raison n'a pas sa place c'est pourquoi j'ai beaucoup apprécié ces minis histoires au souffle onirique et fantastique qui se propage dans ce recueil réédité en 2023 (de précédentes publications, toujours chez Allia, ont été publiées en 1998 et 2015).

La dernière histoire est un poème poignant qui offre à Ali, l'étalon blanc, une mort qui m'a fait penser à celle d'Argos, le chien d'Ulysse qui meurt au retour de son maître, comme si l'étalon avait pu retrouver au fond du ravin la résurgence de sa jeunesse.

Devenu grand, il préférait se tenir à l'écart du grand troupeau des chevaux. On le voyait souvent se baigner dans la rivière. 

Eugène Delacroix
 

publié en 1925
traduction française par Christophe David

 illustration : Alfred Lubin

Rencontres - Anne-Isabelle VIELCANET


1/Montamer, le 28 septembre

Récit confus : Anne, Jeanne, Pierre, des personnages se retrouvent sur un plage mais ils ne sont pas dans la même temporalité, qui est vivant ? qui est un fantôme ? mystère. (Confus)

2/ Princesse Mononoke

Un étudiant amoureux des animés japonais prend le bus pour aller en cours et croise une jeune femme qui partage son style vestimentaire japonisant. (amusant et actuel)

Tu la suis des yeux et tu restes scotché à ton siège quand tu aperçois, au dos de son sukajan une énorme tête de louve blanche brodée. Tu crois rêver.

3/ Nouveau départ

Après un ras le bol professionnel une femme part en voyage "au bout du monde" et retrouve un sens à sa vie. (actuel) 

"Le tourbillon sans fin dans lequel elle vivait, l'aspirait de plus en plus fort et de plus en plus profondément.

4/ Le cinéma Le Français

Une jeune lycéenne passionnée de cinéma se lie d'amitié avec une mère de famille au bout du rouleau obligée de travailler comme ouvreuse de cinéma pour faire vivre sa famille de 3 enfants et un mari qui ne gagne pas assez d'argent. (amitié, nostalgie)

5/ A l’Éden Roc

Une femme qui attend le "grand amour" tue chaque compagnon qui la déçoive. (psychopathe)

6/ Martine à Paris

Une jeune provinciale tente sa chance à Paris pour devenir mannequin et croise par hasard un grand couturier qui découvre son potentiel grâce à son élégance naturelle. (conte de fée)

7/ Madame Humbert

A Saint-Malo, deux époux parisiens nouvellement installés découvrent par hasard le secret de l'épouse du maire. (actuel, transition de genre)

8/ Michel, l'homme qui voulait réussir

Un parvenu cherche à se faire apprécier d'une jeune femme en comptant sur le luxe d'une voiture qu'il emprunte à un collègue. (désuet, humour)

9/ Dans la maison à l'île de Ré

Une femme malheureuse dans son quotidien comprend l'importance de reprendre en main sa vie lorsque son esprit est constamment emporté dans des souvenirs heureux à l'île de Ré. (nostalgique)

10/ La chambre 12

Un vacancier méticuleux et maniaque cherche à savoir pourquoi la chambre qu'il a chaque année n'est pas disponible et trouve étrange de ne jamais voir son occupant jusqu'à ce qu'il découvre la vérité. (morbide)

11/ Une journée très ensoleillée

La vie monotone d'une secrétaire de mairie est transformée lorsqu'elle rencontre un grand couturier. (conte de fée, même thème que "Martine à Paris")

12/ Les souvenirs enfouis du commercial Lacombe

Un voyageur de commerce est pris de nausées lors d'une mission dans le pays de son enfance dont il garde d'affreux souvenirs traumatisants et croisent un fantôme de son passé lorsqu'il en vient à demander de l'aide dans une ferme.(angoisse)

13/ La nuit de Francis

A la lueur rouge de l'horloge du four de la cuisine, un homme dépressif meurt de chagrin en une nuit sous le regard quasi insensibles de sa femme et ses enfants qui ne se rendent compte de rien. (douloureux, tragique)

14/ La danseuse du quai Saint Bernard

Un danseur qui a mis toutes les chances de son côté pour obtenir un contrat rencontre une jeune femme qui lui porte chance. (actuel)

15/ La visite au désert

Une femme part se ressourcer dans la Sahara et tombe sous le charme de son guide marocain.(utopie)  

 

L'auteur nous offre un volume de quinze nouvelles très bien écrites, certaines plus intéressantes et originales que d'autres. J'ai plus apprécié les récits les plus intimes et nostalgique comme la n° 4 "Le cinéma Le Français", beaucoup moins tout ce qui traite de l'utopie sociale (la visite au désert) car je ne crois pas que l'herbe soit plus verte ailleurs.

Lu dans le cadre de mon partenariat Librinova. Mes 5 mots clés : actuel, émouvant, féérique, nostalgie, sensible. 

lu en ebook, septembre 2026

 


Illustration : Louis Suire "Maison à l'île de Ré", tableau évoqué dans la nouvelle 9 "Dans la maison à l'île de Ré"

samedi 3 octobre 2026

Piège à filles - Dashiell HAMMETT


Recueil de trois nouvelles qui mettent en scène l'enquêteur de l'agence Continental Detective Agency, un personnage de fiction créé en 1923.

Piège à filles

Le détective est à la recherche de deux sœurs disparues de façon étrange ; en relevant un indice à l'endroit où le corps de l'une d'elles est découvert, il va mettre à jour l'escroquerie d'un gourou manipulateur et organisateur d'orgies.

— Excusez-moi de vous déranger à un moment pareil, lui dis-je, quand j’eus finalement réussi à me frayer un chemin jusqu’à lui ; je ne vous demanderai que le strict nécessaire. Je suis un agent de l’Agence Continentale de Recherches ; je m’occupe de la disparition de Ruth et Myra Banbrock, qui date de plusieurs jours. Vous les connaissez, n’est-ce pas ? 

Double crime

Lorsqu'elle rentre inopinément chez elle alors qu'elle était en route pour la France, l'héritière Lilian Chan découvre ses deux servantes Wang Ma et Wan Lan mortes, le vol ne semble pas être le mobile. Le détective va suivre plusieurs pistes avant de faire tomber un trafic de contrebande d'alcool.

Je la reconnus avant même que le vieux m’eût présenté. Depuis plusieurs jours, elle défrayait la presse de San Francisco. On avait publié ses photos, l’histoire de sa vie, des interviews, des éditoriaux et des thèses plus ou moins fantaisistes sur ses origines, provenant de sources plus ou moins autorisées. On découvrit que son père avait été un moment interdit de séjour aux États-Unis, et les journaux rappelèrent l’effervescence du quartier chinois lorsque enfin Chan Fung — c’était son nom — fut autorisé à débarquer. Des affiches injurieuses avaient fait leur apparition dans les rues. Une réception orageuse se préparait. Mais Chan Fung ne vint pas habiter le quartier chinois. Sa fille et son or — cet or qui provenait sans doute de profits mal acquis — furent emmenés dans le district de San Mateo, où il avait construit « un palais sur les rives du Pacifique », suivant la description des journalistes. C’est là qu’il vécut et qu’il mourut, avec toute la pompe d’un Ta Jen et d’un millionnaire. 

Un petit coin tranquille

Le détective, sous la couverture d'un shériff fraîchement nommé, arrive à Tire-Bouchon, un trou paumé dans le désert d'Arizona, et démasque les activités d'une bande de malfrats.

Ça me plaît. J’ai des courbatures et le dos raide, mais tous ces gnons, je ne les ai pas récoltés en vain. Je me suis taillé ma petite place dans ce village du désert, et peut-être même m’y suis-je fait un ami ou deux. 

 


publié en français en 1950
(presse de la cité)


Ce n'est pas le premier livre que je lis de Dashiell Hammett (1894-1961) et, comme pour le Faucon de Malte,  je reste sur ma faim car je ne suis pas du tout sensible à son style littéraire que je ne trouve pas exceptionnel ; je pense sincèrement qu'à son époque il devait passer pour un lanceur d'alerte en dénonçant des faits répréhensibles de la société américaine comme la prohibition, le gangstérisme, la corruption.

Ses histoires publiées dans des magasines et à suivre devaient faire naître le sentiment d’urgence chez le lecteur qui attendait le prochain numéro avec impatience, je peux le comprendre, mais la prose n'est pas exceptionnelle et la psychologie des personnages ne m'a pas du tout convaincue avec des situations rocambolesques manquant d’humour et un dénouement abracadabrantesque. Le détective anonyme est donc un "dur à cuire", il n'a peur de rien, et le lecteur est rassuré : le héros, même s'il se prend des coups, semble s'en remettre facilement pour courir vers ses autres aventures que je ne lirai pas de sitôt. 

nouvelle "the Scorched face" publié en anglais en 1925

 illustration d'entrée de billet : "le cauchemar" de Johann Heinrich Füssli

mardi 22 septembre 2026

La plume empoisonnée - Agatha CHRISTIE


Jerry Burton, un aviateur blessé lors de la bataille d'Angleterre (1940) quitte Londres pour s'installer avec sa sœur Joanna à Lymstock, dans la campagne anglaise, le temps de sa convalescence qui doit durer plusieurs mois. A peine arrivés, des lettres anonymes sont distribuées un peu partout et les Burton en reçoivent également une, ce qui pique la curiosité de Jerry. Lorsque l'épouse du notaire Symmington se suicide après en avoir reçu une, Jerry s'intéresse de plus près aux mœurs des habitants et collabore avec Scotland Yard avec ses faibles moyens. Aucune piste sérieuse n'est trouvée et lorsque Agnes, la femme de chambre des Symmington est retrouvée morte dans un placard à balai, Miss Marple arrive à Lymstock et suggère une légère mise en scène pour faire tomber le coupable dans le piège tendu par la police.

 

J'ai bien aimé cette aventure assez originale car Miss Marple n'apparaît que vers les 10 dernières pages et à peine esquissée, laissant toute la place de détective amateur à Jerry. Même si le motif du meurtre n'est pas nouveau, les causes sont légèrement tirées par les cheveux surtout la mort d'Agnes qui est vraiment abusive, mais elle était témoin indésirable alors...
 

Je trouve que le style d'Agatha Christie est intemporel, tout est si moderne dans la description des relations humaines, le seul détail qui pourrait suggérer la période du récit est un marqueur temps, ici les années 40, ou l'absence d'objets modernes.

L'introduction des personnages principaux que sont Jerry et, dans une moindre mesure sa sœur Joanna, et leur développement amoureux avec des personnes de Lymstock, me laisse penser que l'auteur s'est particulièrement délecté à écrire ce livre, qui décrit si bien les différentes personnalités d'un petit village où tout se sait, se devine, se raconte, et qu'elle considérait comme son meilleur roman (source : site officiel). 

– Vous allez vous rétablir complètement. Nous n’en étions pas sûrs quand vous avez subi l’examen de contrôle mardi dernier, mais maintenant c’est officiel. Seulement ça ne sera pas une mince affaire. Ce sera long. Long et fastidieux. Quand le système nerveux et les muscles sont en jeu, il faut que le moral soutienne le physique. La moindre impatience, la moindre contrariété vous feront régresser. Alors, quoi que vous fassiez, « n’essayez pas d’aller plus vite que la musique ». La plus petite imprudence, et vous vous retrouverez en clinique. Il faut que vous preniez la vie au ralenti, comme elle vient, tempo legato. Non seulement votre corps a besoin de récupérer, mais vous avez été maintenu longtemps sous médicaments et vos nerfs sont affaiblis. » C’est pourquoi je vous dis : partez pour la campagne, louez une maison, intéressez-vous à la politique locale, aux scandales, aux potins du village, passionnez-vous pour la vie de vos voisins. Et, si je peux me permettre une suggestion, choisissez un trou perdu où vous ne connaissez rigoureusement personne.  

publié en 1942 "The Moving Finger"


 illustration 1 : Perkins Harnly, illustration 2 : Georg Achen

samedi 19 septembre 2026

Gertrude Stein et la génération perdue - Valentina GRANDE


Le roman graphique présente en quelques chapitres, épilogue et postface, l'étonnante figure du monde des arts au début du XXè siècle dans le Paris littéraire et artistique de Montparnasse où Gertrude Stein recevait chaque samedi au 27 rue de Fleurus, ceux qui selon elle avait un talent qui ne manquait qu'un petit coup de pouce qu'elle était capable de donner. Apollinaire, Picasso, Hemingway, Fitzgerald, Braque et Matisse dont elle a acheté le controversé tableau "Femme au chapeau", allaient et venaient au gré des invitations ou rencontres avec cette influente américaine qui œuvra avec son frère, puis avec sa compagne Alice B. Toklas, a découvrir des talents de la "génération perdue" qui devinrent mondialement connus.

Comme je l'annonçais dans mon journal dans mon billet sur les fils rouges littéraires, j'ai eu envie d'approfondir mes connaissances sur Gertrude Stein que j'ai trouvée à peine esquissée dans le roman "Une année avec Gertrude Stein" et j'ai jeté mon dévolu sur les deux livres présents dans ma médiathèque dont celui-ci et son roman le plus connu "L’Autobiographie d’Alice B. Toklas" que je n'ai pas encore terminé.

l'auteur fictif chemine auprès de Gertrude Stein le long  de l'ouvrage
 

Le roman graphique est intéressant même si je n'ai rien appris pour ma part mais les illustrations et les textes sont assez bien trouvés et conformes à l'étrangeté des manières de Gertrude Stein pour qui les mots avaient leur propre vie après avoir été prononcés ; un auteur fictif est prétexte à la déambulation graphique de cette bande dessinée : il accompagne Gertrude Stein qui se confie ou il s'adresse au lecteur pour lever le voile sur cette femme connue pour avoir été une immense collectionneuse d'art et qui aurait voulu être reconnue comme un grand écrivain.

texte en postface "qui était Gertrude Stein ?"

 

page qui résume les oeuvres de Gertrude Stein 

 
paru en 2022


  • Auteur : Valentina Grande, traduction en français par Jérôme Nicolas
  • Illustration : Eva Rossetti

Illustration d'entrée de billet : La femme au chapeau de Henri Matisse 

dimanche 6 septembre 2026

Comme un enfant aux yeux de lumière - Filippo STOPPELE



En 1977, la France remporte le Concours Eurovision de la chanson grâce à L'Oiseau et l'Enfant, interprétée par Marie Myriam. Cinquante ans plus tard, cette victoire demeure un symbole, mais l'histoire de ceux qui l'ont rendue possible reste largement méconnue, en particulier l'incroyable destin de Jean-Paul Cara, le compositeur.
 

 

Ces chansons ne sont pas simplement des compositions. Elles sont des confidences. Des morceaux de vérité arrachés à ses années d'errance, à ses espoirs, à ses blessures silencieuses. (p.56)

Grâce à un remarquable travail de documentation et de solides connaissances du milieu du divertissement, ce récit remonte le temps et nous plonge dans les années 60-70 autour du compositeur de musique Jean-Paul Cara (photo ci-contre), ses rencontres opportunes qui lui ouvrent le chemin de ses nombreux succès de la chanson française jusqu'à l'Eurovision où ses chansons remportent successivement le 2ème prix en 1976 et le podium en 1977 avec la jolie chanson "L'oiseau et l'enfant" interprétée par la jeune Marie Myriam âgée de 20 ans.

Filippo Stoppele est un auteur franco-italien passionné d'histoire, de musique et de transmission de la mémoire.

Une jolie chronique de succès annoncés où l'on croise le toute jeune Dave (je l'ai toujours aimé), Catherine Ferry (une chanteuse à la voix magnifique !)

Un sourire, quelques mots échangés, parfois un encouragement. Dave - car c'est sous ce nom qu'il se fera bientôt connaître - possède déjà cette qualité rare : une gentillesse immédiate, une disponibilité naturelle pour les autres, comme s'il comprenait instinctivement ce que chacun traverse. (p.41)

publié en ebook chez Librinova

 

#nostalgie #émouvant #documenté 


L'enfant grise - Grégoire COURTOIS

 


Le narrateur revient sur son enfance et les relations qu'il a développé au contact de la nature. Solitaire, il finit par trouver de la joie dans la forêt, et se persuade que la nature le protège et le défend, réellement ou dans son imaginaire, de ceux qui lui veulent du mal. Son amitié amoureuse avec son amie Noémie finit par être surpassée par l'attrait morbide qu'il développe avec ce qu'il a découvert tapi au fond d'un boyau dans lequel il se glisse et se réfugie : un mystérieux corps d'enfant, peut-être la camarade de jeu de son grand-père Jean, disparue en 1940 pendant l'évacuation lors d'un raid aérien durant la 2è guerre mondiale et jamais retrouvée.

Grand-Père Jean était plongé dans une sorte de rêverie éveillée, mais il continua à parler. "Ton histoire est étrange, dit-il, parce que j'ai eu moi aussi une voisine qui a été quelque temps, trop peu de temps, ma meilleure amie. - Ah bon ? dis-je. Vous aviez quel âge ?" Grand-Père Jean fit la moue indécise. Il avait une myriade de petits cratères rouges sur le nez et sous les yeux. La peau de ses mains était fine. Je voyais bouger ses tendons au travers. "Je pense que nous avions ton âge à peu près, répondit-il enfin. (empl.533)
 

 

Rentrée littéraire 2026

Attirée par la couverture énigmatique et le résumé de l'éditeur j'ai demandé à lire ce roman en avant-première grâce qu service de presse de Netgalley, vraiment une chance pour les gros lecteurs comme moi et pour combler mon désir de partager mes impressions de lecture.
 
Toutefois, si je reconnais à l'auteur un style hors du commun et une écriture très poétique, ce roman ne m'a pas plu et c'est d'autant plus étrange que je me suis souvent retrouvée dans certains passages où l'enfant se réconforte dans la nature comme j'ai pu le faire dans ma propre enfance.
 
Il y a un manque d'unité de rythme et l'on oscille sans cesse entre le passé et le présent, les hallucinations du narrateur qui se croit transporté en 1940, mais ce que j'ai trouvé le plus incongru et décevant, c'est les petites "leçons" d'écologie, d'idéologie, qui étaient insérées de manière forcée et artificielle dans le récit (la guerre c'est pas bien, les hommes sont méchants avec la nature, etc.).
 
 
 
J'ai bien aimé le choix de l'auteur qui développe l'idée où les êtres vivants sont reliés les uns aux autres, y compris à travers le temps, également la transmission générationnelle avec le petit-fils qui désire accomplir la quête inachevée de son grand-père, mais j'ai regretté un rythme trop lent et décousu. 
Tu sais, Grand-Père, dis-je; tu ne la retrouveras jamais. Tu devrais rentrer chez toi et te reposer." Au-dessus du bois des Caves, une escadrille d'avions de guerre passa dans un bruit de foin du monde. Grand-Père Jean leva le regard. Il faisait presque nuit maintenant. Il ne vit planer, au-dessus de nos têtes et des cimes, que des ombres cruciformes. "Ils vont vers Auxerre, dit-il. Ici, on ne craint rien. Certains prétendent que les fameuses caves du bois sont des trous d'obus rebouchés par le temps et les alluvions, mais aucun obus n'est jamais tombé par ici. Ces bois étaient trop petits pour cacher des camps de résistants, et quel intérêt de bombarder des bois vides ? Non. Je suis sûr que ces caves ont toujours été là, depuis l'origine du monde. Elles sont des pièges et des refuges. Elles capturent. Elles avalent. Comment voudrais-tu que je cesse de chercher ? On n'arrête jamais de chercher. Dès lors qu'on a perdu quelque choses, on n'arrête jamais." (empl.3002)

publication le 3 septembre 2026

 

 #LEnfantgrise #NetGalleyFrance