samedi 3 octobre 2026

Piège à filles - Dashiell HAMMETT


Recueil de trois nouvelles qui mettent en scène l'enquêteur de l'agence Continental Detective Agency, un personnage de fiction créé en 1923.

Piège à filles

Le détective est à la recherche de deux sœurs disparues de façon étrange ; en relevant un indice à l'endroit où le corps de l'une d'elles est découvert, il va mettre à jour l'escroquerie d'un gourou manipulateur et organisateur d'orgies.

— Excusez-moi de vous déranger à un moment pareil, lui dis-je, quand j’eus finalement réussi à me frayer un chemin jusqu’à lui ; je ne vous demanderai que le strict nécessaire. Je suis un agent de l’Agence Continentale de Recherches ; je m’occupe de la disparition de Ruth et Myra Banbrock, qui date de plusieurs jours. Vous les connaissez, n’est-ce pas ? 

Double crime

Lorsqu'elle rentre inopinément chez elle alors qu'elle était en route pour la France, l'héritière Lilian Chan découvre ses deux servantes Wang Ma et Wan Lan mortes, le vol ne semble pas être le mobile. Le détective va suivre plusieurs pistes avant de faire tomber un trafic de contrebande d'alcool.

Je la reconnus avant même que le vieux m’eût présenté. Depuis plusieurs jours, elle défrayait la presse de San Francisco. On avait publié ses photos, l’histoire de sa vie, des interviews, des éditoriaux et des thèses plus ou moins fantaisistes sur ses origines, provenant de sources plus ou moins autorisées. On découvrit que son père avait été un moment interdit de séjour aux États-Unis, et les journaux rappelèrent l’effervescence du quartier chinois lorsque enfin Chan Fung — c’était son nom — fut autorisé à débarquer. Des affiches injurieuses avaient fait leur apparition dans les rues. Une réception orageuse se préparait. Mais Chan Fung ne vint pas habiter le quartier chinois. Sa fille et son or — cet or qui provenait sans doute de profits mal acquis — furent emmenés dans le district de San Mateo, où il avait construit « un palais sur les rives du Pacifique », suivant la description des journalistes. C’est là qu’il vécut et qu’il mourut, avec toute la pompe d’un Ta Jen et d’un millionnaire. 

Un petit coin tranquille

Le détective, sous la couverture d'un shériff fraîchement nommé, arrive à Tire-Bouchon, un trou paumé dans le désert d'Arizona, et démasque les activités d'une bande de malfrats.

Ça me plaît. J’ai des courbatures et le dos raide, mais tous ces gnons, je ne les ai pas récoltés en vain. Je me suis taillé ma petite place dans ce village du désert, et peut-être même m’y suis-je fait un ami ou deux. 

 


publié en français en 1950
(presse de la cité)


Ce n'est pas le premier livre que je lis de Dashiell Hammett (1894-1961) et, comme pour le Faucon de Malte,  je reste sur ma faim car je ne suis pas du tout sensible à son style littéraire que je ne trouve pas exceptionnel ; je pense sincèrement qu'à son époque il devait passer pour un lanceur d'alerte en dénonçant des faits répréhensibles de la société américaine comme la prohibition, le gangstérisme, la corruption.

Ses histoires publiées dans des magasines et à suivre devaient faire naître le sentiment d’urgence chez le lecteur qui attendait le prochain numéro avec impatience, je peux le comprendre, mais la prose n'est pas exceptionnelle et la psychologie des personnages ne m'a pas du tout convaincue avec des situations rocambolesques manquant d’humour et un dénouement abracadabrantesque. Le détective anonyme est donc un "dur à cuire", il n'a peur de rien, et le lecteur est rassuré : le héros, même s'il se prend des coups, semble s'en remettre facilement pour courir vers ses autres aventures que je ne lirai pas de sitôt. 

nouvelle "the Scorched face" publié en anglais en 1925

 illustration d'entrée de billet : "le cauchemar" de Johann Heinrich Füssli

mardi 22 septembre 2026

La plume empoisonnée - Agatha CHRISTIE


Jerry Burton, un aviateur blessé lors de la bataille d'Angleterre (1940) quitte Londres pour s'installer avec sa sœur Joanna à Lymstock, dans la campagne anglaise, le temps de sa convalescence qui doit durer plusieurs mois. A peine arrivés, des lettres anonymes sont distribuées un peu partout et les Burton en reçoivent également une, ce qui pique la curiosité de Jerry. Lorsque l'épouse du notaire Symmington se suicide après en avoir reçu une, Jerry s'intéresse de plus près aux mœurs des habitants et collabore avec Scotland Yard avec ses faibles moyens. Aucune piste sérieuse n'est trouvée et lorsque Agnes, la femme de chambre des Symmington est retrouvée morte dans un placard à balai, Miss Marple arrive à Lymstock et suggère une légère mise en scène pour faire tomber le coupable dans le piège tendu par la police.

 

J'ai bien aimé cette aventure assez originale car Miss Marple n'apparaît que vers les 10 dernières pages et à peine esquissée, laissant toute la place de détective amateur à Jerry. Même si le motif du meurtre n'est pas nouveau, les causes sont légèrement tirées par les cheveux surtout la mort d'Agnes qui est vraiment abusive, mais elle était témoin indésirable alors...
 

Je trouve que le style d'Agatha Christie est intemporel, tout est si moderne dans la description des relations humaines, le seul détail qui pourrait suggérer la période du récit est un marqueur temps, ici les années 40, ou l'absence d'objets modernes.

L'introduction des personnages principaux que sont Jerry et, dans une moindre mesure sa sœur Joanna, et leur développement amoureux avec des personnes de Lymstock, me laisse penser que l'auteur s'est particulièrement délecté à écrire ce livre, qui décrit si bien les différentes personnalités d'un petit village où tout se sait, se devine, se raconte, et qu'elle considérait comme son meilleur roman (source : site officiel). 

– Vous allez vous rétablir complètement. Nous n’en étions pas sûrs quand vous avez subi l’examen de contrôle mardi dernier, mais maintenant c’est officiel. Seulement ça ne sera pas une mince affaire. Ce sera long. Long et fastidieux. Quand le système nerveux et les muscles sont en jeu, il faut que le moral soutienne le physique. La moindre impatience, la moindre contrariété vous feront régresser. Alors, quoi que vous fassiez, « n’essayez pas d’aller plus vite que la musique ». La plus petite imprudence, et vous vous retrouverez en clinique. Il faut que vous preniez la vie au ralenti, comme elle vient, tempo legato. Non seulement votre corps a besoin de récupérer, mais vous avez été maintenu longtemps sous médicaments et vos nerfs sont affaiblis. » C’est pourquoi je vous dis : partez pour la campagne, louez une maison, intéressez-vous à la politique locale, aux scandales, aux potins du village, passionnez-vous pour la vie de vos voisins. Et, si je peux me permettre une suggestion, choisissez un trou perdu où vous ne connaissez rigoureusement personne.  

publié en 1942 "The Moving Finger"


 illustration 1 : Perkins Harnly, illustration 2 : Georg Achen

samedi 19 septembre 2026

Gertrude Stein et la génération perdue - Valentina GRANDE


Le roman graphique présente en quelques chapitres, épilogue et postface, l'étonnante figure du monde des arts au début du XXè siècle dans le Paris littéraire et artistique de Montparnasse où Gertrude Stein recevait chaque samedi au 27 rue de Fleurus, ceux qui selon elle avait un talent qui ne manquait qu'un petit coup de pouce qu'elle était capable de donner. Apollinaire, Picasso, Hemingway, Fitzgerald, Braque et Matisse dont elle a acheté le controversé tableau "Femme au chapeau", allaient et venaient au gré des invitations ou rencontres avec cette influente américaine qui œuvra avec son frère, puis avec sa compagne Alice B. Toklas, a découvrir des talents de la "génération perdue" qui devinrent mondialement connus.

Comme je l'annonçais dans mon journal dans mon billet sur les fils rouges littéraires, j'ai eu envie d'approfondir mes connaissances sur Gertrude Stein que j'ai trouvée à peine esquissée dans le roman "Une année avec Gertrude Stein" et j'ai jeté mon dévolu sur les deux livres présents dans ma médiathèque dont celui-ci et son roman le plus connu "L’Autobiographie d’Alice B. Toklas" que je n'ai pas encore terminé.

l'auteur fictif chemine auprès de Gertrude Stein le long  de l'ouvrage
 

Le roman graphique est intéressant même si je n'ai rien appris pour ma part mais les illustrations et les textes sont assez bien trouvés et conformes à l'étrangeté des manières de Gertrude Stein pour qui les mots avaient leur propre vie après avoir été prononcés ; un auteur fictif est prétexte à la déambulation graphique de cette bande dessinée : il accompagne Gertrude Stein qui se confie ou il s'adresse au lecteur pour lever le voile sur cette femme connue pour avoir été une immense collectionneuse d'art et qui aurait voulu être reconnue comme un grand écrivain.

texte en postface "qui était Gertrude Stein ?"

 

page qui résume les oeuvres de Gertrude Stein 

 
paru en 2022


  • Auteur : Valentina Grande, traduction en français par Jérôme Nicolas
  • Illustration : Eva Rossetti

Illustration d'entrée de billet : La femme au chapeau de Henri Matisse 

dimanche 6 septembre 2026

Comme un enfant aux yeux de lumière - Filippo STOPPELE



En 1977, la France remporte le Concours Eurovision de la chanson grâce à L'Oiseau et l'Enfant, interprétée par Marie Myriam. Cinquante ans plus tard, cette victoire demeure un symbole, mais l'histoire de ceux qui l'ont rendue possible reste largement méconnue, en particulier l'incroyable destin de Jean-Paul Cara, le compositeur.
 

 

Ces chansons ne sont pas simplement des compositions. Elles sont des confidences. Des morceaux de vérité arrachés à ses années d'errance, à ses espoirs, à ses blessures silencieuses. (p.56)

Grâce à un remarquable travail de documentation et de solides connaissances du milieu du divertissement, ce récit remonte le temps et nous plonge dans les années 60-70 autour du compositeur de musique Jean-Paul Cara (photo ci-contre), ses rencontres opportunes qui lui ouvrent le chemin de ses nombreux succès de la chanson française jusqu'à l'Eurovision où ses chansons remportent successivement le 2ème prix en 1976 et le podium en 1977 avec la jolie chanson "L'oiseau et l'enfant" interprétée par la jeune Marie Myriam âgée de 20 ans.

Filippo Stoppele est un auteur franco-italien passionné d'histoire, de musique et de transmission de la mémoire.

Une jolie chronique de succès annoncés où l'on croise le toute jeune Dave (je l'ai toujours aimé), Catherine Ferry (une chanteuse à la voix magnifique !)

Un sourire, quelques mots échangés, parfois un encouragement. Dave - car c'est sous ce nom qu'il se fera bientôt connaître - possède déjà cette qualité rare : une gentillesse immédiate, une disponibilité naturelle pour les autres, comme s'il comprenait instinctivement ce que chacun traverse. (p.41)

publié en ebook chez Librinova

 

#nostalgie #émouvant #documenté 


L'enfant grise - Grégoire COURTOIS

 


Le narrateur revient sur son enfance et les relations qu'il a développé au contact de la nature. Solitaire, il finit par trouver de la joie dans la forêt, et se persuade que la nature le protège et le défend, réellement ou dans son imaginaire, de ceux qui lui veulent du mal. Son amitié amoureuse avec son amie Noémie finit par être surpassée par l'attrait morbide qu'il développe avec ce qu'il a découvert tapi au fond d'un boyau dans lequel il se glisse et se réfugie : un mystérieux corps d'enfant, peut-être la camarade de jeu de son grand-père Jean, disparue en 1940 pendant l'évacuation lors d'un raid aérien durant la 2è guerre mondiale et jamais retrouvée.

Grand-Père Jean était plongé dans une sorte de rêverie éveillée, mais il continua à parler. "Ton histoire est étrange, dit-il, parce que j'ai eu moi aussi une voisine qui a été quelque temps, trop peu de temps, ma meilleure amie. - Ah bon ? dis-je. Vous aviez quel âge ?" Grand-Père Jean fit la moue indécise. Il avait une myriade de petits cratères rouges sur le nez et sous les yeux. La peau de ses mains était fine. Je voyais bouger ses tendons au travers. "Je pense que nous avions ton âge à peu près, répondit-il enfin. (empl.533)
 

 

Rentrée littéraire 2026

Attirée par la couverture énigmatique et le résumé de l'éditeur j'ai demandé à lire ce roman en avant-première grâce qu service de presse de Netgalley, vraiment une chance pour les gros lecteurs comme moi et pour combler mon désir de partager mes impressions de lecture.
 
Toutefois, si je reconnais à l'auteur un style hors du commun et une écriture très poétique, ce roman ne m'a pas plu et c'est d'autant plus étrange que je me suis souvent retrouvée dans certains passages où l'enfant se réconforte dans la nature comme j'ai pu le faire dans ma propre enfance.
 
Il y a un manque d'unité de rythme et l'on oscille sans cesse entre le passé et le présent, les hallucinations du narrateur qui se croit transporté en 1940, mais ce que j'ai trouvé le plus incongru et décevant, c'est les petites "leçons" d'écologie, d'idéologie, qui étaient insérées de manière forcée et artificielle dans le récit (la guerre c'est pas bien, les hommes sont méchants avec la nature, etc.).
 
 
 
J'ai bien aimé le choix de l'auteur qui développe l'idée où les êtres vivants sont reliés les uns aux autres, y compris à travers le temps, également la transmission générationnelle avec le petit-fils qui désire accomplir la quête inachevée de son grand-père, mais j'ai regretté un rythme trop lent et décousu. 
Tu sais, Grand-Père, dis-je; tu ne la retrouveras jamais. Tu devrais rentrer chez toi et te reposer." Au-dessus du bois des Caves, une escadrille d'avions de guerre passa dans un bruit de foin du monde. Grand-Père Jean leva le regard. Il faisait presque nuit maintenant. Il ne vit planer, au-dessus de nos têtes et des cimes, que des ombres cruciformes. "Ils vont vers Auxerre, dit-il. Ici, on ne craint rien. Certains prétendent que les fameuses caves du bois sont des trous d'obus rebouchés par le temps et les alluvions, mais aucun obus n'est jamais tombé par ici. Ces bois étaient trop petits pour cacher des camps de résistants, et quel intérêt de bombarder des bois vides ? Non. Je suis sûr que ces caves ont toujours été là, depuis l'origine du monde. Elles sont des pièges et des refuges. Elles capturent. Elles avalent. Comment voudrais-tu que je cesse de chercher ? On n'arrête jamais de chercher. Dès lors qu'on a perdu quelque choses, on n'arrête jamais." (empl.3002)

publication le 3 septembre 2026

 

 #LEnfantgrise #NetGalleyFrance  

mardi 1 septembre 2026

Le Bal des foudroyés - Camille PASCAL

 
A la mort de Mazarin, l’échiquier politique autour du roi Louis XIV, qui jusqu'à présent ne pensait qu'à la jouissance et aux réjouissances, se réorganise lorsque Louis XIV découvre l'effondrement des finances de la France à cause de détournements colossaux par ceux-là même qui étaient chargés de leur intendance.
Déterminé à reprendre les rênes du pouvoir, Louis XIV élabore un piège, avec ses plus fidèles serviteurs dont Colbert devenu son principal ministre d'État à la mort de Mazarin, pour arrêter Nicolas Fouquet qui s'est rendu coupable d'avoir continué à détourner de l'argent alors que Louis XIV, qui lui avait pardonné les écarts précédents, lui avait demandé instamment de tenir les comptes sans duperie.
Depuis bientôt cinq mois, Fouquet lui mentait ainsi ouvertement malgré ses engagements, osant lui présenter des comptes et des bilans tronqués, pour ne pas dire truqués, alors que dès le lendemain de la mort du cardinal il avait exigé de lui que les registres des finances soient tenus à la perfection. Cet homme, plein de lui-même et convaincu de la virtuosité de ses jongleries de manieur d'argent, ne s'était pas contenter de lui mentir : il l'avait traité comme un enfant que l'on tient en lisières, afin de le conduire là où bon vous semble. Cela, il ne pourrait jamais le pardonner...(empl.1967-1968)
 

 

Château de Vincennes peint par Franz Adam Van Der Meulen vers 1660
lieu où se déroulent de nombreux passage, demeure royale et celle de Mazarin

 
Rentrée littéraire 2026 (Date de parution : 27/08/2026) j'ai bénéficié de ce livre en "service presse" à ma demande par l'intermédiaire du site NETGALLEY (ebook).
 
édit au 1er octobre j'ai conseillé ce livre à ma mère qui l'a acheté

 

J'ai eu un "coup de coeur" pour ce roman historique qui nous plonge dans l'année 1661 avec une première partie développant la mort de Mazarin et ses dernières manigances pour mettre à l'abri ses nièces, et une seconde partie avec ce que j’appellerai le "réveil du roi" et les découvertes et décisions que prend le jeune monarque de 23 ans bien décidé à reprendre en mains les affaires du royaume.

Le style est presque burlesque avec force description des atours et décors des personnages, Mazarin et ses bijoux, Louis XIV et ses aventures galantes, etc... 

Marie Mancini, nièce de Mazarin et premier amour de Louis XIV

 
On lit comme on assisterait à une pièce de théâtre façon Commedia dell'arte, avec Louis XIV en deus ex machina qui frappe de sa foudre ceux qui ont l'ont abusé.
 
A la fin du livre, la liste impressionnante des sources bibliographiques consultées par l'auteur pour développer avec précision l'intrigue historique démontre pourquoi l'on se sent tellement bien immergé en 1661 tout au long de la lecture avec, en prime, de l'humour tout au long du roman.
Brienne ne se le fit pas répéter, galopa plus vite qu'un rat de Paris du côté de l'hôtel de Ville et, lorsqu'il l'eut enfin trouvé, ramena le duc, plus mort que vif, en lui conseillant de ne pas s'approcher de trop près des augustes mains. (empl.1398) 
 
Louis XIV et Colbert (en bleu) par Henri Testelin

 
 
Cela, Colbert ne le savait que trop bien, et c'est la raison pour laquelle depuis plus de dix ans, il portait toujours le même habit noir à simple rabat et ses cheveux naturels, ne se faisait pas bâtir de château, affectait de regarder à la dépense tout en collectionnant secrètement les livres rares dont les prix sont un mystère pour les profanes et qui pèsent moins que des lingots d'or, se gardait bien de rouler carrosse et dissimulait avec soin une fortune déjà grosse de plusieurs millions. Qui aurait pu s'en prendre à un domestique connu pour sa frugalité, sa tempérance et son intégrité ? (empl.722)  


publié en 2026

 

Illustration : "L’Ordre rétabli dans les finances" par Charles Le Brun (1662)

samedi 29 août 2026

70 bis Entrée des artistes - Patrick MODIANO et Christian MAZZALAI


L'écrivain Patrick Modiano et le musicien Christian Mazzalai présentent en 34 chapitres les personnages, évènements ou anecdotes qui se tissent autour d'une seule adresse : le 70 bis rue Notre Dame des Champs où se sont côtoyés de nombreux artistes depuis le milieu du XIXè siècle.


J'avais repéré ce livre en octobre 2025 au moment de sa parution en passant à la librairie Tschann sur le boulevard du Montparnasse et m'étais promis de le lire. Depuis ce temps, je vois passer des avis plutôt négatifs et cela me surprend car j'ai beaucoup apprécié cette lecture de courts textes avec illustrations.

Concernant les illustrations, il est fort dommage qu'elles ne présentent pas toutes des informations dont on peut en deviner certaines par rapport au texte ; à la fin du livre il n'y a que l'index des références des crédits photographiques mais il n'y a pas tout.

C'est grâce à des documents trouvés dans la cave du 70 bis et remis à Christian Mazzalai qu'a germé l'idée de ce livre où l'on voyage à partir du milieu du XIXè siècle jusqu'à nos jours. Nous ignorons comment Mazzalai a persuadé Modiano d'écrire le livre, peut-être pour apporter plus de lumière lors de la sortie, évidemment il ne s'agit pas d'un roman où les fans de Modiano vont retrouver le style spécifique de l'auteur mais cela reste une jolie parenthèse littéraire et artistique.
 

 
Vu de l'extérieur le 70 bis à l'air bien étroit mais le terrain est en profondeur sur une surface de 12 000 mètres carrés et les ateliers à cette adresse étaient donc assez nombreux. Il aurait été intéressant de savoir s'il en existe encore.
 
page 11, extrait d'Apollinaire, le même poème que j'avais relevé dans ma lecture d'Alcools !

 
Cette balade à travers le temps fait se rencontrer et parfois se recroiser des années plus tard certains artistes comme si le 70 bis était un lieu magnétique où survivent encore des échos de musique, des coups de ciseau, des confidences et des repas partagés.
 
Le brouhaha des conversations, les éclats de rire, la musique du 70 bis tranchaient sur le silence environnant de la campagne et des couvents. Et l'on ne pouvait pas se douter que tout cela était un signe précurseur de l'animation qui régnerait bien plus tard dans le Montparnasse nocturne des années 1920. (p.19)
 
publié en octobre 2025

 
 
 
 

Illustration d'entrée de billet : le 5è étage d'une maison à Paris en 1860 (artistes)