McCULLERS Carson - Le cœur est un chasseur solitaire


Amérique, années 30. Chez les Kelly, une pension de famille modeste, se croisent quatre êtres perdus et éperdus de libertés et de rêves autour d'un cinquième homme, sourd-muet. Tous se retrouvent à un moment ou l'autre dans la chambre accueillante de John Singer qui y réside depuis que son ami Antonapoulos, muet comme lui, a dû être interné en institution. Il y a Mick Kelly, une adolescente, la fille des propriétaires qui rêve d'être compositeur de musique, le Docteur Copeland, un vieux docteur noir qui désire libérer sa race de l'emprise des Blancs, Biff Brannon, le gérant d'un café-restaurant qui se remet lentement du décès de son épouse et enfin Jake Blount, un homme arrivé depuis peu dans la petite ville qui rêve de plus d'égalité sociale en combattant le fascisme.
Le dimanche, la maison était toujours pleine parce que les pensionnaires recevaient des visiteurs. On entendaient le froissement des journaux et il y avait de la fumée de cigare dans l'air et des bruits de pas dans l'escalier. (p57)
Plongée dans une petite ville du sud américain dans un climat de pauvreté contre lequel tentent de lutter des êtres auquel peu de choses sont données, à part peut-être les rêves qu'ils gardent à portée de main et de coeur. Nos personnages sont comme les rayons d'une roue, tous convergent vers Singer, l'étrange muet qui semble tellement les comprendre et les approuver dans ce que tous veulent entreprendre ; nous découvrons vers la fin qu'il n'en est rien car ce dernier ne comprend absolument rien à leurs bavardages. C'est sur ce genre de détail que nous pouvons admettre l'incroyable richesse, le talent de l'auteur qui a écrit ce livre si jeune (entre 19 et 22 ans indique Denis de Rougemont dans sa préface). Nous y trouvons en effet d'incroyables éléments de réflexion et certains sont même prémonitoires : je pense à l'idée du Docteur Copeland de créer une marche vers Washington pour demander l'arrêt de la ségrégation de Noirs, celle-ci aura bien lieu une vingtaine d'années plus tard avec la marche de Martin Luther King.

Un roman classique de la littérature américaine que j'ai, pour ma part, eu du mal à finir. Le style de l'écriture n'a rien de particulier si ce n'est l'incroyable générosité des descriptions de situation, ainsi que celles des personnages et qui donne à l'ensemble une impression touffue d'émotions, surtout de souffrances, de misère, d'injustices et une sorte de faim qui dévore : la faim au premier degré, également la faim d'arriver à réaliser une ambition. Je pense que j'ai été moins convaincue par le côté légèrement moralisateur, complètement désespéré voire morbide, sans parler du fait que rien de positif ne finit par arriver pour aucun des personnages qui en arrivent à perdre leurs illusions.

titre original : The Heart is a Lonely Hunter (1942)
430 pages
édition française 1947 par Stock
traduction de l'anglais par Marie-Madeleine FAYET
illustration d'entrée de billet : © Dorothea Lange

One Response so far.

  1. Malice says:

    Livre lu il y a déjà un petit moment et j'avais été très toucher par ce roman de Carson Mac Cullers :
    http://livresdemalice.blogspot.fr/2010/12/carson-mccullers-le-cur-est-un-chasseur.html

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