jeudi 26 septembre 2013

ENDO Shûsaku - Le dernier souper et autres nouvelles


1-Les ombres (43 pages). Un homme entreprend l'écriture d'une lettre au prêtre japonais catholique qui fut un ami pour sa mère, devint son mentor malgré lui, et finit par être défroqué pour être tombé amoureux d'une japonaise et avoir vécu en couple avec elle ; l'auteur retrouve l'ancien prêtre par hasard et peine à le reconnaître.
Je ne sais pas si je vous enverrai cette lettre. Je vous en ai déjà écrit trois, mais ou je me suis arrêté en route, ou je les ai fourrées dans le tiroir de mon bureau sans jamais les poster.
2-  Le retour (17 pages). - Un homme mesure combien il est seul au monde à l'instant où il doit transférer les cendres de son frère avec les restes de sa mère dans un plus grand caveau.
C'était un après-midi d'été brûlant. J'avais commandé une nouvelle pierre tombale chez le marbrier funéraire, à Fuchû.
3- Le dernier souper (30 pages). Un médecin vient en aide d'un vieil homme rongé par un cancer du foie et par la culpabilité d'avoir été cannibale pour survivre pendant la guerre.
"Docteur !" s'écria soudain un dénommé Tsukada, assis à côté de moi, dans un restaurant. A ce mot, le cuisinier, un couteau à la main, leva la tête et cligna de l'oeil dans ma direction pour me signifier que cet homme était connu dans un établissement à cause de son penchant pour l'alcool.

Encore un très beau petit fascicule à 2 € pour entrer dans l'univers d'un grand écrivain où nous découvrons la facette peu commune de la religion chrétienne au Japon, pays traditionnellement shintoïste. Ces trois nouvelles sont extraites d'un plus important recueil édité sous le titre français "Une femme nommée Shizu" et qui comporte dix nouvelles écrites entre 1959 et 1985, dont les thèmes tournent autour de la mémoire, le rachat des fautes, le pardon de Dieu.

A lire d'urgence ! (pas pour l'aspect "religion" mais pour le style). 

année sortie 1959
édition française en 1997 pour Denoël
100 pages
traduction du japonais par Minh NGUYEN-MORDVINFF
illustration d'entrée de billet : © Keigetsu Kikuchi

mardi 24 septembre 2013

CAPOTE Truman - Monsieur Maléfique et autres nouvelles


1-Monsieur Maléfique. Une jeune femme prend son émancipation en vendant ses rêves à un étrange homme qui refuse de lui rendre ce qui lui fait perdre peu à peu son identité.
Après, je lui ai encore raconté un autre rêve. Il s'agissait de lui : c'était la nuit, il me tenait dans ses bras, et tout autour on voyait des ballons qui montaient et des lunes qui descendaient. Il a dit que les rêves qui le concernaient ne l'intéressaient pas. Et il a demandé à Miss Mozart, qui prenait les rêves en sténo, d'appeler la personne suivante. Je ne crois pas que j'y retournerai jamais, dit-elle.

2- Tels des enfants, au jour de leur anniversaire. Une petite fille de 10 ans débarque un jour dans une bourgade et y fait sa loi jusqu'au jour funeste d'un tragique accident.
Elle s'arrêta seulement quand il fallut remonter le phono. Et quand la lune se mit à dévaler les croupes montagneuses, quand les enfants furent rentrés chez eux, et que l'iris de la nuit commença à s'épanouir, Miss Bobbit était toujours là dans le noir, tournant comme une toupie.
3- Une dernière porte est close. Déchéance d'un jeune homme prêt à tout pour monter dans la société mais victime de potins.
Un après-midi, sachant qu'elle ne serait pas chez elle, il se rendit à l'appartement et se servit du passe qu'elle lui avait donné il y a bien longtemps. Il avait laissé quelques affaires, des vêtements, des livres, sa pipe ; tandis qu'il fouillait pour retrouver son bien, il découvrit une photographie de lui barbouillée de rouge à lèvres : cela lui donna subitement l'impression de tomber dans un rêve.

Magnifique petit recueil de poésie noire de trois histoires presque magiques mettant en scène des personnages plutôt paumés et pressés de vivre leur rêve :  l'indépendance, la renommée, la considération, pour tout cela rien n'est trop dur, rien ne doit se mettre en travers du chemin, ni amis, ni voisins, ni amours. Pour le pire sans le meilleur....et avec un soupçon de maléfice.

Un petit recueil à lire de toute urgence (en folio 2€ !) pour ces 3 extraits tirés du recueil plus important comportant 8 nouvelles et  édité sous le titre "Un arbre de nuit (A Tree of Night)" :
  • Master Misery
  • Children on Their Birthdays
  • Shut a Final Door
  • Jug of Silver
  • Miriam
  • The Headless Hawk
  • My Side of the Matter
  • A Tree of Night



titre original :
1- Master Misery
2- Children on their birthdays
3- Shut a final door
année sortie 1949
édition française en 1953 pour Gallimard
1- Master Misery 34 pages traduction de Serge DOUBROVSKY
2- Children on their birthdays 31 pages traduction de Serge DOUBROVSKY
3- Shut a final door 26 pages traduction de Maurice Edgar COINDREAU
illustration d'entrée de billet : Little girl par Hinke Schreuders

vendredi 20 septembre 2013

CHO Christine - Comment les hommes trouvèrent leurs racines


Comment les hommes ont-ils fait pour s'accrocher à la terre, eux qui étaient si légers qu'ils s'envolaient au moindre coup de vent ? Ce merveilleux conte vous donnera la réponse.

Un petit focus sur ce très joli conte écrit par ma copine Christine de Nouvelle-Calédonie, croisée via internet alors que nous y étions conjointement. Christine Cho est une artiste aussi bien en écriture qu'en dessin et ce petit conte philosophique l'illustre parfaitement. (Livre vendu à ma connaissance en Nouvelle-Calédonie seulement peut-être aussi lors de "foires du livre"). 

année de sortie 2012
Lauréat du prix écrire en Océanie
35 pages
illustration d'entrée de billet par Christine Cho

CESBRON Gilbert - Il est minuit, docteur Schweitzer


Gabon, à la veille de 1914. Le docteur Albert Schweitzer s'occupe de l'hôpital de brousse qu'il a construit pour soigner la population locale, abandonnant femme et enfant restés en Alsace. Il a pour compagnie Marie, son infirmière, et reçoit souvent les visites de ses voisins : le père catholique de Ferrier chargé de sauver les âmes, le commandant Lieuvin chargé de construire les routes, ainsi que Leblanc, l'administrateur civil chargé de faire respecter l'ordre. Le docteur n'a de cesse de travailler pour soigner encore et encore, tandis que bientôt la menace de la guerre lui fait craindre de se retrouver l'ennemi de la France puisqu'il est alsacien. De son côté, le commandant Lieuvin est amoureux de Marie, et réciproquement, mais celle-ci est également courtisée par Leblanc.
Schweitzer
J'entendais les grandes personnes parler de leur idéal et de leur enthousiasme comme d'enfants qui seraient morts. Alors j'ai résolu de traverser la vie avec une âme... intacte !

Gilbert Cesbron fut mon auteur de jeunesse préféré. Etudié à l'école (je ne sais plus quel titre), j'ai ensuite lu pour moi même une demi-douzaine de ses oeuvres que je possède encore (des éditions tournant autour des années 80 que j'adore). Cette pièce de théâtre est très belle, et fut bien sûr jouée au théâtre, mais aussi portée à l'écran.
N'y a-t-il donc que les tyrans et les miliardaires pour aller jusqu'au bout de leurs desseins ? (p.33)
Le récit est adapté d'une histoire vraie : celle du Docteur Schweitzer qui s'installa à Lambaréné, au milieu de nulle part. Les autres personnages sont fictifs mais crédibles et apportent une dimension dramatique à ces deux nuits qui précèdent la déclaration de guerre et les conséquences pour tous les protagonistes.
La sympathie n'est pas une donnée politique. (p.66)

A lire !!!!!!!!!!!

année sortie 1952
190 pages
illustration d'entrée de billet : hôpital de Schweitzer au Gabon

mercredi 18 septembre 2013

MANKELL Hennig - Le chinois


2006. Suède. Dans un petit village retiré, les habitants sont retrouvés tous froidement exécutés à l'arme blanche, un sabre vraisemblablement ; tous de la même famille. Birgitta Roslin découvre par hasard que l'un des noms de famille est aussi celui des parents adoptifs de sa mère. Etant en convalescence, elle se rend sur place et parvient à découvrir un carnet écrit par un émigrant du siècle dernier, ancêtre de ces gens, qui s'était installé en Amérique, à l'époque de la construction de voies de chemin de fer ; son journal y relate son aversion pour les travailleurs sous ses ordres. Suivant la piste d'un ruban rouge trouvé à proximité des crimes, la juge décide d'enquêter toute seule et découvre qu'un mystérieux chinois aurait été de passage au moment des sanglants évènements. 
Les voyageurs avaient disparus depuis longtemps. L'un d'eux reposait au fond de l'océan, les autres dans des tombes anonymes. Pendant toutes ces années, une complainte était montée de leurs sépultures. C'était sa mission à présent de les faire taire pour toujours. Tout reposait entre ses mains : faire en sorte que ce voyage, enfin, s'achève.

Un roman en 4 parties que j'ai lu en quelques jours, efficace quoique moins intéressant que d'autres écrits par l'auteur. J'ai beaucoup aimé la première partie, en Suède, la découverte des corps et la piste suivie par notre héroïne qui a (comme l'inspecteur Wallander) le même âge que l'auteur. J'ai beaucoup moins aimé la partie du passé en 1863, et j'ai lu avec un certain agacement tout ce qui avait trait aux idéaux communistes qui s'étalent sur plusieurs pages (chapitres) car ils illustrent le questionnement de Birgitta Roslin sur sa jeunesse activiste persuadée que le bonheur et la liberté des hommes arriveront grâce au "petit livre rouge". J'ai trouvé la construction du roman pourtant judicieuse : 4 parties assez égales, des titres évocateurs, mais je pense que l'auteur a tout de même un peu "rempli" certains passages en se répétant ; c'est mon avis. Au final, un roman policier atypique (l'enquête n'est pas faite par la police) et plutôt efficace car on a envie de savoir... mais hélas jonché de trop de coups du sort assez peu vraisemblables.

Pour conclure, j'ai été happée par le récit mais j'ai regretté que certains passages me semblent artificiels ou superficiels.

 
titre original : Kinesen
année sortie 2006
édition française en 2011 aux éditions du Seuil
560 pages
traduction du suédois par Rémy CASSAIGNE
illustration d'entrée de billet : affichette de propagande pour le petit livre rouge de Mao

dimanche 15 septembre 2013

KODAMA Yûki - Blood lad


Staz n'est pas un garçon comme les autres : c'est un vampire qui règne en maître dans le quartier ouest du monde des démons. Il est très puissant mais passe son temps à collectionner tout ce qui vient du Japon car il adore la culture niponne : lire des mangas, jouer à des jeux électroniques et manger des sushis.
Un jour, sa garde rapprochée lui amène Fuyumi, une jeune fille humaine inexplicablement apparue dans le monde des démons. Comme elle est japonaise, Staz est vraiment tout chamboulé car il n'en avait jamais rêvé autant ! Posséder une humaine japonaise dans sa collection, c'est vraiment le must pour lui ! Il décide de l'enfermer dans sa chambre en attendant de savoir quoi en faire mais la pauvre est dévorée par une plante carnivore et sur le champ transformée en fantôme puisqu'elle porte un triangle blanc retenu par un bandeau sur le front. Staz se fait un devoir de la ressusciter, même si pour cela il va devoir affronter des démons plus puissants que lui, à commencer par Blaz, son frère ainé qui pourrait bien être en mesure de l'aider.
Fuymui et Staz dans Blood Lad



Voilà ce que c'est de passer quelques jours au Japon, d'avoir une fille qui adore les mangas (et le Japon) et d'avoir eu la curiosité de voir à quoi ressemble une librairie entièrement dédiée aux mangas sur une grande avenue de Tokyo ;arrivés à l'étage nous sommes tombées sur un immense poster de Staz, alias Blood Lad. Sympathique invitation à découvrir son histoire. Une fois revenus en France, nous avons vite acheté les tomes disponibles et avons commencé à les dévorer, moi-même, ma fille (15 ans) et mon fils (10 ans).
A ce jour, nous avons les 6 tomes mais il en existe déjà 9 au Japon. En France, il faut compter 3 mois d'intervalle entre chaque sortie, le 7ème tome est attendu pour novembre 2013. L'histoire est amusante, énormément d'humour, un peu de romantisme aussi (et surtout peu de gros mots !). Tout le monde aime Blood lad chez nous !



titre original : Buraddo Raddo
année sortie 2010
édition française en 2012 aux éditions Kurokawa
traduction du japonais par Frédéric MALET
180 pages
Illustration d'entrée de billet : Staz, le garçon vampire

vendredi 13 septembre 2013

ECO Umberto - Le Nom de la rose


Italie, 1968, un narrateur évoque la possession d'un manuscrit écrit plusieurs siècles auparavant par un certain Adso de Melk ; celui-ci y relate des évènements de 1327 auxquels il prit part alors que, novice chez les moines bénédictins, il devint le secrétaire du moine franciscain Guillaume de Baskerville. A peine arrivés dans l'abbaye où doit se dérouler une entrevue de médiation entre deux confréries de moines qui ne reconnaissent pas l'autorité d'un même chef de l'église, ils sont mandatés pas l'abbé pour trouver la cause de la mort du jeune aide-bibliothécaire qui vient d'être retrouvé dans le précipice que surplombe l'Edifice, un très ancien bâtiment qui abrite la cuisine, le scriptorium et enfin la bibliothèque dans l'étage supérieur mais où personne n'est admis à pénétrer, exception faite des deux bibliothécaires : le responsable et son aide. Bientôt, d'autres cadavres sont retrouvés, sans que Guillaume réussisse à deviner l'identité du ou des coupables... si seulement la bibliothèque pouvait livrer son secret !
Un livre est fait de signes qui parlent d'autres signes, lesquels à leur tour parlent de choses. Sans un oeil qui le lit, un livre est porteur de signes qui ne produisent pas de concepts, et donc il est muet. Cette bibliothèque est née peut-être pour sauver les livres qu'elle contient, mais maintenant elle vit pour les enterrer. Raison pour quoi elle est devenue source d'impiété. (p.498)
.


Ceci est ma deuxième lecture du roman, 20 ans après la première fois. Mon avis est mitigé : si j'ai été heureuse de retrouver la matière d'une bonne enquête policière j'y ai aussi subi les descriptions interminables des divisions entre confréries de moines, manigances pour le pouvoir etc...sans parler de nombreux passages en latin non traduits qui alourdissent un tantinet la lecture, personnellement j'ai survolé de nombreux pages.

J'avoue ne pas avoir été très attentive aux motifs de divisions autour de la religion, "Jesus a t-il rigolé" oui ou non, "a-t-il été pauvre ou riche", etc.... Tout cela dépasse mon entendement ! Par contre tout ce qui concerne la vie dans l'abbaye, le rythme d'une journée, la découverte des cadavres, les observations et déductions faites par nos deux limiers, très bien.

Donc une lecture appréciée, mais raccourcie par la suppression (survol) pure et simple des passages sur la théologie et tous ceux en latin !


titre original : Il nome della rosa
année sortie 1980 (Fabbri-Bompiani)
édition française en 1982 par Grasset et Fasquelle (mon édition) 415 pages
traduction de l'italien par Jean-Noël SCHIFANO
illustration d'entrée de billet : "St Jerome in the scriptorium" par Master of Parral