lundi 17 juillet 2023

La plaisanterie - Milan KUNDERA

 

La chevauchée des rois, tableau anonyme

Un étudiant communiste est renvoyé de l'université, exclu du Parti et enrôlé de force dans l'armée, sans une compagnie réservée aux "traitres" pour travailler dans les mines. Son crime est d'avoir osé écrire une carte postale à sa petite amie du moment « L'optimisme est l'opium du genre humain ! L'esprit sain pue la connerie ! Vive Trotski ! ». Ce qui n'était pour lui qu'une plaisanterie l'oblige à prendre un nouveau destin et d'abandonner ses rêves de physicien. Après des années passées dans la mine, il décide de se venger de l'ancien étudiant qu'il tient responsable de sa sentence d'alors. Ses actes n'auront pas l'effet escompté.

Mon avis
J'ai ce livre dans "ma pile à lire" depuis 5 ans et c'est à l'occasion du décès de l'auteur que j'ai eu envie de le lire. Bizarrement je m'attendais à un roman pompeux et philosophique rempli de notions et de citations inconnues et je tombe sur un roman rare de beauté, de vérité, de cruauté, à chaque page. Et dans un style qui me plait beaucoup.

Faisant parler tour à tour quatre personnages, l'auteur coud patiemment un motif de vengeance et de rédemption sur le linceul de sa jeunesse et de ses idéaux perdus.

Il y a Ludvik l'étudiant musicien, dégradé de son avenir scientifique par sa plaisanterie.
Son meilleur ami Jaroslav, musicien également, très attaché aux traditions.
Helena, une journaliste, qui se trouve être l'épouse de cet étudiant qui a été le plus vindicatif à son encontre et a précipité son exclusion de l'université et du parti.
Enfin, Kostka, un ancien comparse de Ludvik à l'université qui est très croyant.

L'auteur débute le récit avec Ludvik et achève le roman encore avec lui, une vingtaine d'années plus tard, après qu'il ait passé 5 ans dans les mines en tant que soldat puis civil (la mine paie bien). Ludvik a alors pu trouver un travail plus dans ses aspirations. Le point d'orgue de ce roman vers lequel l'auteur nous fait progresser est "La Chevauchée des Rois", une attraction festive traditionnelle durant laquelle nos quatre personnages se croisent, se retrouvent, s'avouent, s'expliquent.

A noter que l'auteur a repris lui-même la traduction française en 1985 et c'est cette version que j'ai lue.




...un chez-soi qui n'est que la maison des parents, ce n'est pas un fil ; c'est seulement le passé : les lettres qui arrivent de tes parents, ce sont des messages d'un continent dont tu t'éloignes ; pis, cette sorte de lettres ne cesse de te répéter que tu t'es égaré en te rappelant le port d'où tu appareillas dans des conditions si honnêtement, si laborieusement réunies ; oui, te dit une telle lettre, le port est toujours là, immuable, sûr et beau dans son ancien décor, mais le cap, le cap est perdu ! (p.88)

jeudi 13 juillet 2023

Augustus Carp - Sir Henry Howard BASHFORD


Angleterre, début du XXème siècle. Augustus Carp est l'antithèse de ce que l'on pourrait considérer comme un parfait gentilhomme car il est prétentieux, fat, suffisant, phallocrate, aucun adjectif ne manque à son actif d'homme qui mérite des claques, et ce, pour le plus grand plaisir du lecteur qui a dans ses mains son hilarante autobiographie (à son corps défendant).


Mon avis
Voici un livre choisi au hasard car je n'en avais jamais entendu parler. Les raisons sont les suivantes :
Le titre ? Enigmatique.
Le nom de l'auteur ? Inconnu.
La couverture ? pas spécialement.
L'épaisseur du libre (200 pages). Un peu, j'avoue.

Alors ?
J'ai lu en 4ème de couverture l'expression "Tout à fait réjouissant." 
Et c'est ce qui me fait l'emporter.

Depuis les pièces de théâtre de Molière, je n'ai jamais lu un livre de ce genre : où le héros est une sorte de Tartuffe, bourré de principes, engoncé dans une vertigineuse capacité à ne rien faire d'héroïque. Je confirme, c'est une histoire tout à fait réjouissante, qui m'a d'ailleurs fait rire à maintes reprises.

L'auteur est d'une imagination sans bornes pour ce qui consiste à faire passer notre héros pour un balourd, au propre comme au figuré puisque ce cher Augustus est légèrement enveloppé. En tout cas, pour un gars à qui il faudra bien tôt ou tard donner une belle leçon.

Augustus Carp est un énergumène qui s'évertue à réprimer les besoins de ses semblables qui désirent boire, fumer, danser : le soir venu, il passe son temps à distribuer des tacts et distiller le voeu d'abstinence. Il est une sorte d'oeuvre condensée de ce que je supporte pas : imbu de lui même, il traite sa mère comme une "bonne à tout faire" et ne semble respecter que ses propres béatitudes. Le contraire du personnage de John Irving dans Une prière pour Owen. Je me suis bien amusée lorsqu'il se prend une cuite mémorable avec l'aide de la régalade portugaise (du Porto) fournie en belle quantité par une implacable Nemesis. Car bien sûr, il y a un retour de bâton, sinon le comique serait beaucoup moins réussi.

Mention spéciale et particulière au traducteur qui nous plonge avec délices dans cette superbe pantalonnade en utilisant tout ce qu'il faut pour nous faire oublier notre incapacité à lire en VO ; pour ma part, je n'ai pas vu de maladroites répétitions (que je traque sans pitié).

Mon passage préféré :
...j'étais loin de penser, alors que je tâtonnais pour trouver la porte, que je n'avais pas encore abordé la dernière station de mon chemin de croix. Car, à peine arrivé à la grille du jardin de Mon repos, plutôt en meilleure forme que je ne l'escomptais, j'aperçus un tramway, surchargé à la limite de sa capacité légale, qui s'en approchait en cahotant sur les rails. Un seul coup d'œil au véhicule gorgé de femelles et dont les flancs étaient distendus par les bagages suffit à me paralyser d'horreur, quoique moins pour mon compte personnel que pour celui de mon père, qui était debout sur le pas de la porte, pétrifié. Il poussa un cri du pathos le plus extrême et, tandis que les huit sœurs de ma mère mettaient pied à terre, tomba à plat ventre sur l'allée du jardin pour ne plus jamais se relever.
C'en était trop pour moi aussi. Ebranlé au plus profond de mes fondations intimes, je tournai le dos à cette marée inexorable de femelles parlant gaélique et m'effondrai au côté de mon père, mais tête-bêche. (p.205 - Où les 8 tantes que son père avait exilées au pays de Galle, reviennent à Londres)
Avouons le : voilà ce qui s'appelle le comique de situation, ou encore la deadpan comedy -in english in the text.
Un mot sur l'auteur : Sir Henry Howarth Bashford (1880-1961) était avant tout médecin, et publia anonymement ce roman satirique qui brosse avec une jubilatoire férocité la mentalité de ses contemporains. Tout ceci ne peut que me le rendre encore plus sympathique !

Mais nous n'étions pas confinés à des distractions terrestres au bord de la mer et nous adonnions fréquemment, pendant peut-être un quart d'heure, à la pratique délicieuse de l'immersion pédestre. Le développement intégral de l'art natatoire nous était, bien sûr, totalement interdit pour raisons médicales ; nous trouvions néanmoins cette occupation fort hilarante et même des plus excitantes. Et je me souviens qu'au moins en deux occasions, par inadvertance passagère, nos pantalons retroussés furent partiellement submergés. Une vive retraite à la maison, toutefois, ainsi qu'une tasse de lait chaud et un prompt alitement suffirent dans chaque cas à nous prémunir contre toute suite fâcheuse. (p.63 - où, pour éviter d'attraper un rhume, Augustus Carp et son père courent se mettre au lit après avoir pris un bain de pieds !


mercredi 12 juillet 2023

Raga mortel - Ellis PETERS

 


Années 70. Alors qu'ils étaient sur le point de passer le réveillon de Noël en Angleterre, Dominic et Tossa (un couple ? ou deux amis d'université ?) acceptent d'accompagner Anjili, une adolescente, en Inde chez son père qu'elle n'a pas revu depuis son enfance. Alors que tout semblait réglé dans la mesure où la mère d'Anjili avait envoyé un courrier à son ex-mari pour le prévenir de l'arrivée de sa fille, les trois voyageurs découvrent que le père a disparu depuis un an et que personne n'a de nouvelles de lui. Se tournant alors vers la grand-mère de la jeune fille : pas plus de chance car lorsqu'ils se présentent , celle-ci est en train de rendre l'âme devant toute la famille réunie. Alors qu'ils décident de rentrer tous les trois en Angleterre, Anjili fugue ! Il n'est plus question de rentrer tant qu'Anjili n'est pas retrouvée.


Récupéré dans une boite à livre, ceci est le tome 9 sur 13 de la série des enquêtes de Georges Felse ; avant celui-ci je ne n'en avait jamais lu et j'avoue qu'il manque des explications pour expliquer quelques sont les relations entre Dominic et Tossa car ils habitent ensemble, partent en vacances ensemble, mais ne semble pas du tout amoureux ou amants...

De plus Dominic est le fils de l'inspecteur de cette série littéraire et on ne sait pas trop ce qu'il fait dans la vie. Passé ce flottement dans la présentation des personnages principaux, j'ai tout de suite accroché à l'histoire qui nous emporte en Inde ! L'occasion de découvrir quelques bâtiments, de la musique (le "raga") et l'histoire de Bouddha (un film sur sa vie est en train d'être tourné par les membres qui vont aider notre binôme dans leur quête).

L'histoire est originale mais le déroulement ne tient pas trop debout car il y a trop de situations invraisemblables (fugue d'une gamine qui ne connait rien à la ville où elle vient à peine d'arriver...non ce n'est pas trop réaliste) ; toutefois on suit facilement les étapes de cette pseudo enquête.

Au final, un roman plutôt plaisant car le style est très correct même si les personnages gagneraient à avoir plus de profondeur (description très superficielle).

J'ai bien envie de lire le tome 1 pour découvrir les personnages afin de me faire une idée plus précise si j'aime cette série ou si j'abandonne.


_ Tu crois vraiment que...pour tous les deux ? Evidemment, je conçois que c'est une occasion unique...Mais vraiment , maman, je ne sais si...Oui j'aimerais bien, mais...Je parie qu'il aimerait aussi... Ecoute, je vais lui en parler et je te rappelle...

_ Oui, c'est ça, marmonna Dominic, suffisamment bas pour ne pas être entendu de leur interlocutrice, envoie-la promener et laisse moi le temps de te mettre un peu de plomb dans la cervelle ! 

lundi 10 juillet 2023

Sanditon - Jane AUSTEN



Ayant secourus le couple Parker dont la voiture a versé dans un ravin près de chez eux lorsque monsieur Parker qui s'est foulé la cheville, les époux Heywood acceptent l'invitation faite en remerciements et envoient leur fille Charlotte séjourner chez eux dans leur maison de Sanditon, une station balnéaire dont M. Parker souhaite le développement touristique. Là-bas, Charlotte va faire connaissance d'une multitude de personnages, dont le frère de son hôte : Sydney dont elle se sent très vite assez proche par l'esprit et bientôt par le coeur. 


J'ai choisi à la médiathèque ce roman inachevé de Jane Austen sans avoir rien lu sur ce roman auparavant. J'ai été heureusement surprise de retrouver ma Jane et je n'ai pas du tout découvert à quel moment le récit était repris par l'autre auteur (dans mon édition il s'agit de Mary Catton Dobbs; livre édité en 1997).
Mary Dobbs

L'histoire est plutôt sarcastique : en effet de nombreux personnages dépeints sont clairement moqués (les pingres : lady Denham, les hypocondriaques : Diana, Susan et Arthur Parker, les obsessionnels : M. Parker avec son idée de vouloir à tout prix transformer Sanditon en station balnéaire à la mode, Mme Parker, son épouse qui ne songe qu'à ses boutures et passe ses journées dans la serre ou encore Sir Edward avec la décoration de sa chaumière).
Jane, puis Mary, n'ont pas lésiné sur les scènes et conversations truculentes qui s'ensuivent face à un tel parterre de personnages hauts en couleur et ce fut un réel plaisir de sourire et même rire à de nombreux passages.

En toile de fond, une petite ville balnéaire et sa promenade le long de la mer,

des bains pris à l'aide d'une voiture tiré par un cheval,


ou encore le ramassage d'algues gluantes des plus épiques, des marches dans la campagne...

Les héros de ce roman, Charlotte et Sydney, sont dès leur rencontre un match assez prévisible malgré plusieurs épisodes qui font craindre une séparation possible de ces deux-là ! J'ai été moins convaincue par l'épisode de l'enlèvement de Charlotte à la fin car rien de laissait entrevoir que Sir Edouard deviendrait assez fou pour entreprendre parelle vilénie même s'il idéalise Lovelace, le personnage romantique de Samuel Richardson !

Sanditon est un charmant roman très agréable à lire : la plupart des personnages ont de bonnes intentions même si certaines sont plus justifiables et utiles que d'autres.

dimanche 2 juillet 2023

La fabuleuse découverte de la tombe de Toutankhamon - Howard CARTER



Début du XXè siècle, le mécène Lord Carnarvon fait appel à l'archéologue Howard Carter pour fouiller une concession dans la vallée des rois. En 1922, Carter découvre la tombe de Toutankhamon dont certaines pièces ont été profanées 255 ans auparavant mais recelant encore quantité d'objets et surtout le sarcophage du jeune souverain. Le livre est le récit d'Howard Carter sur cette aventure extraordinaire.

Magnifique récit authentique et très bien écrit ! Une description simple et émouvante des difficultés du métier du fouilleur dont le travail peut parfois être vain. Le récit se lit comme une histoire exceptionnelle dont Carter et son équipe se sont fait les ambassadeurs. j'ai eu la chance de visiter le tombeau en 1990 et j'avoue que j'aurais certainement été plus attentive à ce que j'ai vécu si j'avais lu ce livre avant !

C'était une expérience qu'aucun de nous ne pourrait jamais oublier. Nous venions, en un sens, d'assister à la cérémonie funéraire d'un pharaon mort depuis longtemps et presque oublié. Lorsque trois heures plus tard, nous sortîmes à la lueur du jour, transpirant, poussiéreux, échevelés, la Vallée n'était plus la même ; elle venait de nous faire vivre un rêve.


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