mardi 27 février 2024

Sans effraction - Dominique Julien-Labruyère



En ce début juin, quatre vols sans effraction d'oeuvres d'art  se sont produits dans la nuit du vendredi au samedi dans quatre châteaux de la vallée de Chevreuse. La compagnie d'assurance envoie Sabine, une enquêtrice expérimentée, sur place, afin de vérifier les témoignages des propriétaires ou directeurs de sites et faire la connaissance d'un patron de scierie qui connait très bien la région et qui l'accompagne dans ses visites. En quinze jours, Sabine va mettre à jour un vaste complot sur fond de trafic d'œuvres d'arts.

 


Roman acheté au magasin du château de Breteuil (un nouvel article sera bientôt publié dans la chronique des temps perdus, mon blog) lors de ma visite la semaine dernière. Je dois dire que je suis déçue par cette lecture. 

Tout d'abord, le style : tout le long l'auteur sexualise de manière trop prononcée son héroïne et fait passer tous les hommes qui la côtoie pour des obsédés ! Et leur fait tenir des propos très limites.

Sabine se leva en prenant soin de tirer légèrement sur sa jupe un peu trop cintrée devant le regard médusé de son interlocuteur obnubilé par le galbe de ses jambes. (p.27)

Même un homosexuel ne résiste pas ! 

Il regarda partir Sabine, sa démarche de femme élégante lui plaisait. Alain Verse aimait les femmes habillées avec goût comme elle, par contre, la nudité féminine le gênait, il n'était attiré que par les hommes velus et puissants. Mais il leur reprochait toujours leur manque de grâce, celle que l'on trouve chez les femmes. Il se dirigea vers la discothèque gay la plus proche pour finir en beauté son escapade parisienne (p.78)

Comme si cela ne suffisait pas, il fait passer ses personnages pour des ringards !

Il n'était pas insensible au charme de cette jeune femme, il se demanda ce qu'elle faisait dans cette compagnie d'assurance, elle aurait dû être mariée et mère de famille. Sa vision de la vie féminine se réduisait trop souvent à cette fonction première, il n'aimait pas dépendre du bon vouloir d'une femme pour traiter de ses affaires. La beauté de son interlocutrice avait un côté agaçant pour lui, autant il aurait aimé l'avoir à déjeuner au "Pré Catelan", où il avait ses entrées, autant il lui déplaisait de devoir la recevoir pour cette histoire de vol qu'il voulait oublier. (p.34)

Ensuite il y a beaucoup de digression sur les plans écologiques mis en œuvre dans la vallée de Chevreuse : l'auteur est cofondateur du Parc Naturel Régional de la Haute vallée de Chevreuse (premier parc naturel régional en Ile-de-France) et on a l'impression de lire une notice pour sociétés devant s'implanter.

Il se trouve que je réside dans la vallée de Chevreuse (depuis 30 ans) et que je connais la plupart des sites évoqués c'est pourquoi je m'attendais à d'autres descriptions que celles disposées dans le roman (des vaches importées de Highlands, des pistes cyclables, etc.) pour donner envie de venir découvrir  notre belle région, calme et bucolique il est vrai. L'auteur se met d'ailleurs en scène dans le rôle de George, le propriétaire de la scierie... 

Pour finir cette critique, je n'ai pas compris pourquoi changer le nom des châteaux et des propriétaires alors que n'importe qui peut vérifier ce qu'il en est grâce à Internet. De fait : 

  • Le château de Dampierre devient le château de Lussac et les propriétaires qui y habitent ne sont pas les Luynes mais les Lissac. J'ai d'ailleurs découvert en préparant cet article que Dampierre appartient depuis 2018 à monsieur Franky Mulliez, le fondateur de Kiloutou.

    Sur ce lien, ma visite du château de Dampierre en 2006, durant laquelle j'ai justement aperçu le duc propriétaire à l'époque, sur sa terrasse qui partait à la chasse avec ses chiens (une scène du roman)

  • Le château féodal de la Madeleine qui surplombe Chevreuse devient dans le roman tout simplement Château de Chevreuse.

    Sur ce lien une photo du château depuis la route, j'y suis allée de nombreuses fois mais je n'ai pas fait d'articles, il est prévu que j'y retourne.


  • Le château de Breteuil à Choisel devient le château de Bréhaut.

    Sur ce lien, des photos du château de Breteuil, visité quatre fois en 30 ans (on y est souvent allés en famille et aussi avec les enfants). Je rajouterai le lien vers l'article que je rédigerai en mars et il y aura les photos des daims albinos dont il est question dans le roman !

  • Le château de Vert-Coeur à Milon-la-Chapelle devient le Château de Verbois. C'est à la famille De Gaulle que l'on doit l'initiative de ce projet d'accueil des femmes handicapées mentales et j'ai trouvé inutile de brouiller les pistes, au contraire il aurait en fallu en parler normalement ! Dommage d'ailleurs que l'auteur fasse passer la maîtresse des lieux pour une femme qui règne sur son domaine, qui rabroue méchamment son personnel ! là je ne comprends pas.

Evidemment, le roman indique que c'est une œuvre de fiction, mais cela n'obligeait pas du tout à changer les noms, surtout si le roman se veut une invitation à découvrir lesdits châteaux.

Vous aurez compris que le style du roman m'a fortement gênée et incommodée, c'est mon ressenti. Pour moi, il aurait fallu une meilleure relecture qui aurait aurait évité des erreurs telles que chenilles "processionnelles" au lieu de "processionnaires" ! page 11 qui est la première page, ça commence bien !

Quant à "l'enquête", il n'y en a pas vraiment : la gendarmerie classe l'affaire, et seule Sabine, en se baladant à droite à gauche, en tombant comme par hasard sur un vieux livre parmi 5000 et en prenant des notes sur son petit carnet (comme l'inspecteur Colombo) découvre le processus des vols commis.

La fin du roman nous précipite dans un malström de filiation hasardeuse : il faut un papier pour écrire qui est le fils de qui, qui est le frère de qui tellement c'est compliqué.

Toutefois, le roman donne un aperçu d'une région proche de Paris certainement peu connue, mais les transports en communs sont pour tout dire insuffisants, les axes routiers tout petits et engorgés (2 voies). Je ne regrette pas mon achat car à la lecture ce roman, j'ai eu très envie de (re)découvrir des lieux d'histoire, de patrimoine car c'est ma passion ! 

édité en 2016


Illustration d'entrée de billet : photo personnelle, château de Breteuil février 2024

lundi 26 février 2024

La danseuse de Mao (the Mao case) - Xiaolong QIU


L'inspecteur principal Chen Cao est chargé par le ministre de Pékin d'une mission délicate sous couverture afin d'approcher la petite-fille de Shang, une ancienne maîtresse de Mao. Celle-ci pourrait disposer d'une preuve matérielle compromettante sur la vie de Mao qui pourrait dériver vers un scandale. C'est donc en tant qu'écrivain qu'il approche Jiao au prétexte de récolter des anecdotes et témoignages sur Shanghai en 1930.
 

6è roman des aventures de Chen Cao.

Je suis toujours "fan" des aventures de cet inspecteur et pourtant il n'a pas grand chose d'attirant : très peu décrit physiquement, je n'arrive pas à me faire une idée de à quoi il ressemble, en revanche, le lecteur connait tout de ses pensées, de ses rêves et de ses désespoirs aussi, ce qui le rend plutôt sympathique, bien qu'il fume "comme un pompier". Dans ce roman, il est d'autant plus malheureux que son ancienne petite amie Ling, fille de cadre de supérieur, se marie ! 

Mao et sa maîtresse Shang, actrice et "danseuse"

Je n'ai pas trouvé l'enquête très aboutie. Au départ, Chen a l'intention de découvrir le secret de Jiao qui, suite au suicide de sa grand-mère puis au décès accidentel de sa mère a été élevée dans un orphelinat. Surveillée de loin par la sécurité intérieure, elle devient quelques années plus tard inexplicablement riche, quitte son emploi de secrétaire et s'installe dans un appartement de luxe. Tout ceci pourrait avoir été possible par la vente des fameux documents compromettants hérités de sa grand-mère Shang. Mais Chen tourne en rond, se heurte à des secrets, tâtonne complétement du fait de devoir rester dans l'ombre de son véritable exercice de policier. C'est dans les derniers chapitres qu'on découvre la source de la soudaine richesse de Jiao, et c'est d'ailleurs ce qui nous fait tenir jusqu'au bout !

L'intérêt du roman est de découvrir, au travers du destin dramatique de véritables personnages, les dégâts causés par la révolution culturelle. Egalement les retombées de ces années de propagande : l'écart qui se creuse de plus en plus entre les riches et les pauvres, le délire fanatique chez certains qui idolâtrent Mao. 

...Mao était devenu une marque commerciale pleinement intégrée dans l'ère de la consommation, avec les restaurants Mao, les antiquités Mao ; on collectionnait des badges Mao et les timbres à son effigie. Des Mao en plastique étaient devenus de puissants porte-bonheur et se balançaient devant le pare-brise des chauffeurs de taxi. Chen lui-même possédait un briquet en forme de Petit livre rouge...(p.107)

Et toujours en bruit de fond la spéculation immobilière avec le rachat ou la dépossession d'anciennes parcelles privées de l'époque coloniale avec des manoirs délabrés, coûte que coûte. De manoir il est d'ailleurs question puisque Jiao fréquente celui de monsieur Xie qui donne des leçons de dessins.

publié en 2007 "the Mao case"
2008 pour la traduction en français

Jiao était vive, et intelligente, malgré son peu d'instruction. En regardant la courbe de ses petites fesses pendant qu'elle se penchait sur son ouvrage, il aurait voulu en savoir davantage sur elle. Mais il se répéta que c'était une affaire Mao, et qu'il ne lui restait qu'une semaine jusqu'à la date fixée par la Sécurité intérieure. Il devait se montrer plus efficace dans son "approche". (p.89)

Le livre dans le livre

Il est bien sûr toujours question de poésies comme dans tous les romans du cycle de Chen Cao. Il est ici question d'un livre que l'inspecteur Chen va éplucher pour trouver des pistes et des traces de témoins de l'époque Mao. C'est d'ailleurs pour éviter la sortie d'un autre livre sur les frasques de Mao que le pouvoir dépêche Chen sur ces fameuses preuves que détiendraient Jiao.


Un manga issu de ce roman a été publié en 2000 :



Illustration d'entrée de billet : Han-Wu Shen "loyale to Mao"

dimanche 25 février 2024

Mauvaise base - Harlan COBEN



Myron Bolitar apprend durant ses vacances que son associée et amie Espéranza a été arrêté pour le meurtre de Clu Haid, un joueur de baseball dont il s'occupe en tant qu'agent sportif. Voyant qu'Espéranza n'essaye pas de se défendre et ne pouvant croire à sa culpabilité, il cherche le véritable coupable. Clu Haid avait pourtant semblé tirer un trait sur son passé de drogué. En parallèle, la propriétaire de l'équipe de baseball à laquelle Clu Haid appartenait recherche sa fille disparue depuis 10 ans et demande à Bolitar de s'en occuper.

 


Mon Dieu que c'est compliqué ! un véritable méli mélo de fausses déclarations qui remontent à plusieurs années et qui impactent le temps présent : il faut suivre ! Je n'ai pas du tout apprécié et j'ai lu en grosse diagonale pour arriver à la fin. Je pense que j'ai fait le tour d'Harlan Coben qui m'avait beaucoup plu dans ma jeunesse ; je vais arrêter là mes lectures de cet auteur car j'ai l'impression que les derniers romans sont des téléfilms en puissance qui se ressemblent.

Avec Coben, je ne ressens plus de "virginité littéraire" à la lecture de ces polars : très peu d'attrait sur le sujet, personnages vraiment proches de la caricature et un style que je n'aime plus du tout (dialogue "ras-les-pâquerettes", langage grossier, etc.).

J'ai besoin de surprise et d'émotions que je trouve dans les polars de Henning Mankell qui ne m'ont jamais déçus. Et que je découvre depuis quelques temps dans un tout autre genre et autre pays avec ceux de Qiu Xiaolong (enquêtes de l'inspecteur Chen Cao). 

édité en 1999 "the final detail"

Faire sa gym à onze heures du soir. Charmante époque que celle où le temps libre fond comme la graisse chez une liposucée. (p.41)



samedi 24 février 2024

Jusqu'à ce que la mort nous unisse - Karine GIEBEL



Vincent, un guide de montagne collectionne les femmes qu'il abandonne au bout d'une nuit depuis que sa femme l'a quitté. Lorsque l'un de ses plus anciens amis meurt en montagne il cherche à savoir si c'est un accident, un suicide ou un meurtre. Il se rapproche de la nouvelle gendarme, originaire de Colmar et tout juste sortie d'école qui vient d'arriver à Colmars (humour) près des gorges du Verdon.

 


Pour un policier je dois dire que c'est bien la première fois que je vois le mort arriver après presqu'un tiers du roman ! Honnêtement je n'en avait rien à faire des aventures sentimentales de ce gros rustre qui se croit irrésistible. Le personnage de la gendarmette n'est absolument pas plausible : pas entrainée pour la marche, part en montagne sans équipement approprié ; pour qui a déjà fait des randonnées ce n'est pas envisageable.

Donc les personnages ne sont pas vraiment attachant et ressemblent plus à des marionnettes que l'auteur a placé là pour réaliser son enquête. Trop de caricatures ce qui me fait tomber ce livre des mains, dommage, le cadre de la montagne changeait un peu et en plus on découvre une très jolie région de France !

Je n'ai pas du tout aimé ce roman.

Je pense que cela pourrait être le point de départ pour un téléfilm policier "Meurtre à ..." que l'on regarde avec ma mère sur France TV, on a vu pire que ce scénario parfois.

édité en 2009

Elle continua à avancer en prenant garde de ne pas glisser sur les rochers encore humides de rosée matinale. Surtout que ses muscles, durs comme la pierre, tremblaient sous les piqures d'adrénaline. Enfin, elle distingua Vincent, à genoux auprès de Pierre. Plus que quelques mètres délicats, quelques efforts sur la peur pour le rejoindre. Fin du voyage.

- Mon Dieu ! murmura-t-elle. Vincent...

La scène était insoutenable. Il avait pris dans ses bras le corps cassé, martyrisé, comme s'il voulait le consoler. (p.141)

vendredi 23 février 2024

A même la peau - Lisa Gardner



Une inspectrice (personnage récurrent de l'auteur) est attaquée sur une scène de crime par un tueur en série et malgré ses blessures et ses douleurs, elle tient à travailler sur cette enquête et finit par rencontrer une psychiatre qui se trouve être la fille d'un tueur en série qui a commis plus de vingt auparavant le même genre de mise en scène dans la mort : des victimes écorchées sur lesquelles une rose est déposée.
 

Etant assez "fan" des romans policiers, une amie m'en a prêté un wagon, ou presque. Dès les premières pages j'ai su que cela n'allait pas coller entre cette histoire et moi : rien n'est beau, rien n'est bon. Profusion de douleurs intenses, absence de douleurs (insensibilité congénitale à la douleur), automutilations, aller-retour entre présent et passé dans le même chapitre (je déteste) ! C'est trop noir et trop tiré par les cheveux. Les personnages, le style vraiment rien ne va. Ce pourrait être à la rigueur une série d'horreur sur une chaîne de streaming. 

édité en 2014

-Je ne suis pas sûre de rêver.

- Peut-être que ça fait partie des avantages de ta maladie. Moi je rêve un maximum. Généralement en rouge sang. La seule chose qui varie, c'est la personne qui a le couteau : tantôt moi tantôt notre cher papa. (p.26) 


Illustration d'entrée de billet : rose sanglante trouvée sur internet

jeudi 22 février 2024

Les mystères de Morley Court - Joseph Sheridan Le Fanu



Au manoir de manoir de Morley Court, le tyran Sir Richard Ashwood règne sur la maisonnée et refuse à sa fille d'épouser son amoureux Edmond O'Connor, y compris après que celui-ci se soit enrichi. Son fils Henry ne vaut guère mieux, joueur, flambeur, sa parole ne vaut rien. Le pauvre Edmond s'achemine inexorablement vers le drame après avoir traversé mille vilénies et machinations.

 


J'adore Le Fanu qui pour moi est un écrivain de haute volée : il n'a pas son pareil dans le style vraiment moderne pour l'époque (début 19è) et bon nombre d'écrivains contemporains (ou s'imaginant tel sous le prétexte d'être publié) devraient prendre exemple sur son style, sur la maîtrise des mises en scène souvent drôles et surtout la richesse du vocabulaire employé.

Malgré cela, je n'ai pas aimé l'histoire qui ne se termine pas bien et moi je reste une grande romantique et j'estime que les auteurs devraient donner de l'espoir si la vie n'a pas autant de bonté. Galops dans les bois, tripots mal famés, Le Fanu soumet dans ce premier roman ses personnages dans un Dublin décadent qui ne laisse pas place à la rédemption au long de 73 chapitres courts (mais c'est quand même un peu trop long).

Roman publié en 1845
traduction française en 2008

Avez-vous remarqué la sale gueule de ce type, dans le couloir ? Pauvre Creignan ! Un gentilhomme de naissance, et nanti d'un joli magot... Quatre cents bonnes livres par an, et plus... Tout a fondu, comme neige au soleil, surtout ici, à force de parier gros, le pauvre gars ! Je me souviens de lui comme de l'un des hommes les mieux habillés de la ville, et le voilà trop heureux de ramasser quelques shillings par semaine à l'endroit même où il en a perdu des milliers. Tel est le sort de l'homme ! (p.51)


Illustration d'entrée de billet : couverture du roman édition anglaise "the cock and the anchor" (le coq et l'ancre)

mardi 20 février 2024

De soie et de sang - Xiaolong QIU



Le corps d'une jeune femme est découvert et très vite le qipao (robe élégante et très ajustée) qu'elle porte ainsi que son entière nudité laisse présager d'une mise en scène complexe, le corps ayant été abandonné dans une rue très fréquentée. Alors que l'inspecteur Chen s'est mis en retrait du bureau de police afin de rédiger une dissertation prévue dans son cursus universitaire, d'autres jeunes femmes sont découvertes habillées du même style de robe étrangement fabriquée dans un tissu de qualité qui n'est plus fabriqué depuis au moins une vingtaine d'années. Pour faire face à ce mystérieux tueur en série, Chen préfère rester dans l'ombre pour investiguer dans le passé de la première victime et tirer quelques fils qui finiront pas dessiner le motif de vengeance d'un petit garçon traumatisé.  

 


5è tome du cycle de Chen Cao.

J'ai décidé de lire les enquêtes de Chen dans l'ordre car c'est tout de même assez compliqué de suivre car il y a de nombreux personnages satellites qui tournent autour de lui : ses coéquipiers, leur famille proche et divers personnages récurrents qui l'aident dans ses missions. Toutefois, la plupart des enquêtes, il me semble, sont toutes liées aux ravages de la révolution culturelle : les nantis qui se retrouvent brisés, déchus de leur maison, de leur droits et dans le pire des cas, de leur vie.

Pour une fois, j'avais deviné le motif du meurtrier vers la moitié du livre mais sans deviner son identité que l'on découvre vers la fin. Mais ce que j'aime au delà des enquêtes c'est la description des intérieurs, je suis toujours horrifiée de lire la promiscuité dans les Shanghai shikumen, les habitations communes des quartiers historiques aux cuisines partagées (comme dans la Russie actuelle d'ailleurs où chaque famille dispose de son four dans une cuisine commune).

C'était une pièce à tout faire avec un lit en désordre au centre, une échelle menant à une mansarde de construction plus récente, un poêle à briquette de charbon éteint près du lit, et un vieux pot de chambre à peine couvert. Pas d'autre mobilier. (p.51)

Dans ce roman, Chen mange encore beaucoup et souvent : il est invité dans des endroits très chics qu'il ne peut pas vraiment s'offrir. Ici, j'ai envie de dire végétarien ou vegan s'abstenir de lire ce roman car de nombreuses descriptions de préparations de plats (oui il y a beaucoup de gastronomie dans les enquêtes de Chen) les feront défaillir de dégout avant la fin de la page.

Chen est vraiment l'alter égo de l'auteur : tous les deux victimes collatérales de la révolution culturelle et toujours avec un bruit de fond : la corruption ! Ce roman ne fait pas exception et le pouvoir politique lui aussi tire les ficelles mais pas de façon directe.

Je vais poursuivre la lecture des aventures de Chen et j'espère sincèrement que l'auteur lui réserve un peu de bon temps car c'est globalement un homme très stressé et épuisé qui cherche une compagne c'est évident !

Sur l'enquête policière en elle-même

  1. Un premier regret : aucune explication sur le mode opératoire du meurtrier déposant les corps de ces victimes dans des environnements fréquentés où il est censé être aperçu par quelqu'un et bien entendu personne n'a rien vu donc...bizarre. De même, la cause des meurtres est une raison un peu trop légère et pas très réaliste à mes yeux (pourquoi passer à l'acte si longtemps après les faits ?)
  2. Autre bémol dans ce roman car vraiment il saute aux yeux et c'est assez gênant parce que par trois fois, oui, trois fois, l'auteur nous parle du met qui consiste à manger le cerveau d'un singe vivant, franchement là c'est abusé et pour moi, c'est un manque de relecture.

paru en 2007 en anglais et en français
(le titre anglais est plus "parlant")

Dehors, le soir se déployait comme un rouleau peint traditionnel, offrant un panorama d'hiver jusqu'à l'horizon. A cette altitude, la lumière durait plus longtemps. Les pics n'avaient jamais paru plus magnifiques, comme s'ils exhibaient leur beauté dans une ultime tentative de rester illuminés par le jour (p.163)


Illustration d'entrée de billet : Chen Yiming

vendredi 16 février 2024

Meurtre en Mésopotamie - Agatha CHRISTIE


Sur un site de fouilles archéologiques en Mésopotamie (Irak), l'épouse du directeur des fouilles est retrouvée assassinée dans sa chambre où pourtant personne n'a été vu y pénétrer, l'autre issue étant une fenêtre fermée à barreaux. Hercule Poirot de passage dans la région accepte d'étudier ce mystère de la chambre close, aidé par l'infirmière que vient d'engager le directeur pour veiller son épouse qui craignait pour sa vie après avoir reçu depuis plusieurs années des lettres menaçantes semblant provenir de son premier mari pourtant mort lors de la guerre.
 

O que j'aime les romans d'Agatha Christie qui ne m'ont jamais déçus même si certains sont plus réussis que d'autres. Le style est incomparable, toujours changeant mais intéressant. Et ils n'ont à peine vieilli : à part les objets technologiques modernes qui sont absents, toutes ses histoires pourraient se passer de nos jours, sauf qu'à ces époques le monde me parait beaucoup plus respectueux.

Le roman ici est relaté par le truchement de l'infirmière qui est invitée par l'un des protagonistes à écrire un manuscrit comme si elle écrivait une chronique : le lecteur apprend tout de cette histoire par les yeux de celle-ci et ne connait rien de ce qui se passe ailleurs. Le manuscrit en question est le roman que nous tenons entre les mains.

Et il emportât mon manuscrit, sans la moindre hésitation. Si jamais on le publie, j'en serai la première étonnée. (p.253)

Inspirée par ses propres voyages en Irak, au cours desquels elle fera la connaissance de son deuxième mari, Agatha Christie a donc de la matière pour décrire les chantiers de fouille, la maison d'habitation de l'équipe et ses chambres sommairement meublées, les différentes salles de travail, les occupations des uns et des autres, le soir venu.

Ceci est la 14è enquête d'Hercule Poirot. Il y a beaucoup d'humour dans ce roman et par la voix de l'infirmière Agatha se moque même de l'allure de son cher détective belge : irrésistible ! 

Jamais je n'oublierai l'impression que me causa Hercule Poirot la première fois que je le vis. Certes, par la suite, je m'habituai à lui, mais, au premier abord, son allure me stupéfia et ce dut être le cas pour chacun d'entre nous.../... Rien qu'à le regarder, il vous prenais envie de rire. Poirot vous rappelait un artiste sur la scène ou au cinéma. d'abord ce petit bonhomme tout rond, haut à peine de cinq pouce, paraissait tout à fait vieux avec son énorme moustache, et sa tête en forme d'oeuf. On eût dit un coiffeur dans un vaudeville. (p.92)

A lire, à relire, personnellement je peux relire cent fois, je ne me souviens jamais du coupable !

A la fin du roman, le récit de l'infirmière évoque le fait que Hercule Poirot a résolu un mystère lors de son voyage en train du trajet de retour en Angleterre, faisant ainsi allusion à l'un de ces précédents romans : Le crime de l'Orient Express.


Mr Coleman, penché en avant, me criait dans l'oreille : "Le chemin n'est pas du tout mauvais, n'est-ce pas ?" au moment où nous venions d'être soulevés de nos sièges pour aller donner de la tête contre le toit de la voiture. Et il avait l'air de parler le plus sérieusement du monde !
- Ces secousses sont excellentes pour le foie. Vous devez savoir cela mademoiselle ?
-A quoi bon stimuler le foie quand on risque d'avoir le crâne ouvert ? répliquais-je d'un air de mauvaise humeur. (p.23)

Illustration d'entrée de billet : couverture de l'édition originale

samedi 10 février 2024

Le cycle Blackwater de Michael McDowell


Cet article spécial présente très synthétiquement mais avec la sincérité qui me caractérise, l'ensemble du cycle de la Blackwater qui m'a donné autant de ferveur que ce que j'ai connu avec :
  • celle de Dune de Frank Herbert quand j'avais 20 ans,
  • celle de Harry Potter de JK Rowlings quand j'avais 30 ans,
  • celle de Twilight de Stephenie Meyer quand j'avais 40 ans,
  • et maintenant celle-ci à 60 ans !
Au départ un peu sceptique de lire ce genre de romans "fantastiques" j'ai été immédiatement happée par la chronique familiale des Caskey, l'élévation de la digue pour protéger la ville des crues futures de la Perdido et de la Blackwater, le mystère entourant l'apparition soudaine d'Elinor et son influence progressive au sein de la famille Caskey.

Par petites touches d'étrange, de surnaturel, dans un récit à première vue normal, l'auteur garde en réserve beaucoup de lapins qui sortent de son chapeau de magicien ! Le monstre n'est pas toujours celui qu'on imagine : il se cache surtout dans le coeur et le cerveau des hommes. D'ailleurs, pour ma part j'étais souvent très compréhensive dans les actions d'Elinor et de sa fille Frances.

Kelly McKernan


Le style est très agréable et sans fausse note ce qui est vraiment appréciable. La narration choisie est le point de vue omniscient (focalisation zéro) et c'est vraiment rassurant de voir que le narrateur est en mesure de nous donner toute information, y compris celles qui vont arriver. Et il y a beaucoup d'humour, même noir, ce qui n'est pas pour me déplaire.

Jamais traduit en français, ce cycle qui fut publié aux États-Unis en 1983, a eu la chance d'être choisi par les éditions de Monsieur Toussaint Louverture. Au format "poche", le livre est beau, agréable au toucher (couverture en 3d), la lecture est facile (les caractères ne sont pas trop petits comme certains poche d'antan que j'avoue avoir du mal à déchiffrer.

Beaucoup de thèmes sont évoqués, dont certains en avance sur son temps : condition des femmes, des noirs, la nature en danger, les différences de classes sociales, l'adoption, les couples de même sexe, et même la possibilité que les noirs puissent avoir un jour une position politique telle que maire d'une ville, etc.

Vasilisa Romanenko

Alabama étant sa région natale, il n'est guère étonnant que l'auteur l'utilise comme toile de fond, et lorsque les personnages voyagent c'est comme s'ils étaient projetés dans un ailleurs au bout d'une canne à pêche avant d'être ramenés à la maison dans un mouvement de moulinet implacable.

Elinor est le formidable personnage de cette saga : formidable au sens qui inspire une grande crainte mais qui est aussi extraordinaire. Arrivée avec la crue, elle ne révèle sa véritable forme que dans l'eau son véritable élément qui fait qu'elle ne craint pas les remous à la confluence de la Perdido et de la Blackwater où nombre d'âmes y ont péri.
Origine inconnue


On s'attache à cette chronique d'une famille propriétaire d'une scierie et de terrains aux alentours qui fait sa fortune et celle de la ville. En l'espace de 6 tomes, on traverse 50 ans (de 1919 à 1969) d'intrigues, de moments d'histoire (crack boursier de 1923, 2è guerre mondiale).

Ici, aucune famille n'est normale, les enfants ne sont pas forcément élevés par leurs parents, comme s'ils étaient une sorte de monnaie d'échange ou de pression. Les femmes ont un pouvoir incroyable (comme dans "les aiguilles d'or" d'ailleurs) : à croire que l'auteur faisant grand cas de leur pouvoir dans la vraie vie.

Madalyn Mc Leod "Into the Depths"



Ce qui m'étonne le plus c'est que l'auteur a écrit ce cycle en quelques mois d'une même année avec un résultat remarquable d'une épopée familiale atypique. L'absence de scène de sexe, ou de grossièretés verbales, permet à cette saga d'être lue par le plus grand nombre, malgré les quelques scènes d'horreur où les monstres aquatiques s'en prennent aux humains.


Retrouver mes avis en cliquant sur l'image

Cliquer sur l'image pour afficher tous mes articles sur le cycle Blackwater


Et ici un article en anglais qui évoque l'édition illustrée : magnifique ! Cliquer sur l'image 





Illustration d'entrée de billet : Bayard Wu

Blackwater, tome 6 : Pluie - Michael McDowell


1958, deux ans après la "disparition" de Frances, la seconde fille d'Elinor, nous retrouvons la famille Caskey pour les fiançailles puis le mariage de Miriam, sa fille ainée, l'occasion de faire une grand fête avec toute la ville et toutes leurs connaissances au-delà. Sister meurt et Queenie reste seule dans la grande maison qui produit des bruits et lumières étranges. Miriam et son mari Malcom n'ayant pas d'enfants et se sentant bien seuls, ils demandent à élever Lilah, 15 ans, la fille de Frances. Lorsque Lilah part à New York pour poursuivre ses études, nul ne s'étonne de la manière de faire qui ressemble fort à ce Miriam elle-même a fait subir à sa famille quelques années auparavant. Oscar décline et perd la vue avant de mourir sous les coups terribles des deux fantômes qui hantent la chambre d'amis. La maison est témoin muet des visites nocturnes que Frances rend à sa mère la nuit venue, laissant au matin des traces humides et l'odeur de la Perdido. Frances voudrait qu'Elinor la rejoigne, elle et sa fille aquatique au fond de la rivière et ainsi échapper à la vieillesse inéluctable mais Elinor qui approche des 70 ans refuse car cela fait bien longtemps qu'elle a abandonné l'idée d'une si longue vie. Lorsque son heure arrive à la suite d'une blessure mortelle, elle est défendue par son gendre et sa fidèle gouvernante noire Zaddie contre la dernière attaque des deux fantômes de la chambre d'amis. La digue cède alors au terme d'une dizaine de jours de pluie discontinue qui réhausse les rivières de plus de 10 mètres de haut. 


L'auteur n'aurait pas pu imaginer que j'ai lu ce livre un jour de pluie, ni que les larmes ont bel et bien coulé à plusieurs reprises au cours de la dernière moitié de ce volume, tant mon intérêt pour cette famille était meurtri par la disparition des uns et des autres comme si j'avais perdu de bonnes connaissances. Comme pour les précédents livres, l'auteur distille ses petites gouttes corrosives avec les apparitions fantomatiques ou cruelles. L'air de rien, il continue la peinture d'une société clivée par petites touches de fatalisme et d'espoir.

On vint de tout le sud de l'Alabama et de l'ouest de la Floride, en cortèges de voitures partis de Mobile, de Montgomery ou de Pensacola. Des hommes qui travaillaient dans le bois de charpente et le pétrole prirent l'avion depuis New-York, la Nouvelle-Orléans et Houston. On fit même monter une tente de réception derrière chez Queenie pour la communauté noire de Perdido. (p.58)

En cet ultime volume, le coeur de la famille ­Caskey prend des coups qu'il essaye de parer mais qui ne fait que produire des anévrismes qui n'ont plus qu'à éclater, exactement comme le feront les rivières Perdido et Blackwater lorsque Elinor viendra à mourir, conformément à ses prédictions, 50 ans après son arrivée en ville.

Magnifique histoire que je recommande car j'ai eu énormément de plaisir à lire cette saga Blackwater en l'espace d'une semaine.  


Peu importe les épreuves endurées, peu importe la souffrance et les erreurs, peu importe ce à quoi on a renoncé et à quoi on aurait dû s'accrocher, peu importe ce à quoi on s'est accroché et à quoi on aurait dû renoncer, peu importe ce qui nous a rendus malheureux, il ne faut pas souhaiter qu'il en ait été autrement. (p.202)



Illustration d'entrée de billet : Rubén Armiche Benítez Padrón

vendredi 9 février 2024

Blackwater, tome 5 : La fortune - Michael McDowell



Perdido en 1946. Frances épouse Billy Bronze, le jeune homme devenu indispensable aux Caskey autant que ce dernier ne peut imaginer sa vie sans eux. Très doué en gestion comptable, il prend en charge tout ce qui a trait aux finances de la scierie et également celles de chaque membre de la famille : il fait des miracles en mettant tout à plat, permettant ainsi à chacun de connaitre sa véritable fortune. L'achat de terrains, a priori sans valeur car marécageux et difficilement atteignables, va se révéler profitable car ils renferment du pétrole, ainsi que l'avait prédit la mystérieuse Elinor. Frances tombe enceinte et accouche de deux filles une humaine et une "aquatique" qu'il faut immédiatement remettre à l'eau, où là seule elle peut survivre se repaissant de poisson-chat ou de petit garçon téméraire qui s'aventure dans la rivière au jour de l'an. La famille s'agrandit au retour du fils de Queenie qu'elle croyait mort à la guerre et qui devient l'homme de confiance des Caskey. Sous la houlette de ­Miriam, non seulement la scierie est plus que jamais la pierre angulaire de la fortune de Perdido, mais son acharnement à développer les forages pétroliers accroit encore les richesses de tous, à la grande satisfaction d'Elinor qui voit tous ses vœux s'exhausser ; seule ombre au tableau : Elinor doit accepter la disparition officielle de Frances qui, à force de se baigner longuement chaque jour dans la rivière, se transforme mentalement et physiquement en monstre aquatique : il ne lui reste plus qu'à rejoindre son autre fille au fond des eaux rouges de la Perdido et de disparaître en tant qu'humaine.

 


Un cinquième tome peut-être un peu plus sombre avec un accouchement qui ne se fera pas sans douleur spirituelle pour une mère obligée d'abandonner l'une de ses jumelles à la Perdido. Nous lecteur, on peut comprendre à quel point cela peut-être ardu cette coupure maternelle. L'auteur a une incroyable façon de donner aux monstres l'autorisation d'exister dans leur véritable nature sans jugement.

Moi, je ne la trouve pas laide du tout, bien au contraire ! ajouta-t-elle en glissant affectueusement un doigt dans la bouche sans lèvres du nouveau-né et jouant avec sa langue noire et gonflée. Bien au contraire !
- Mais qui va s'occuper d'elle ?
Elinor prit l'enfant et se débarrassa des langes dans lesquels elle avait été emmaillotée.
"Il y en a d'autres là-dessous ? insista Frances. Quelqu'un qui va s'assurer qu'elle mange à sa faim ?" (p.124)

Le titre est on ne peut plus clair et réaliste tant les chapitres se suivent et martèlent comme les machines de forages des puits de pétrole, toutes les étapes qui feront des Caskey de grands propriétaires terriens richissimes. Lors de la lecture, je ne pouvais pas m'empêcher de faire le parallèle avec son roman précédent - écrit en 1980 - "Les aiguilles d'or", dans lequel l'auteur avait pris le parti des scélérats qui s'en sortent au détriment de personnages seulement coupables d'être nés riches.

édité en 1983

Ses puissantes jambes grises glissèrent sur les draps avec un bruit mouillé. A présent qu'ils n'étaient plus captifs de lourdes couvertures, elle étira ses pieds palmés et les fit gigoter. Puis elle se tourna légèrement, et sa puissante queue grise glissa sur le côté du lit pour pendre vers le sol. (p.218)

origine inconnue (pinterest)



  

Illustration d'entrée de billet : Vasilisa Romanenko

jeudi 8 février 2024

Blackwater, tome 4 : La guerre - Michael McDowell



Un peu avant que l'Amérique ne s'engage dans la guerre après l'attaque de Pearl Harbor, certains habitants de Perdido et alentours voient leur vie bouleversée : deux vauriens attaquent une supérette station-service et laissent la patronne menacée par une arme rudement éprouvée. La famille Caskey, liée à l'un des deux, prend en charge les dédommagements d'un point de vue financier et solidaire en donnant de leur personne à la station-service. L'autre vaurien investigateur de l'attaque à mains armées, est condamné à la prison. A la surprise de tous, Miriam, la fille ainée d'Elinor part subitement dans une université catholique jésuite à 1h30 de Perdido et ne donne plus de nouvelles. De son côté Elinor se sent mal et décide de rejoindre sa famille, en fait se plonger quelques semaines dans cette eau noire qui va la requinquer. La guerre déclarée, le travail s'organise autrement, y compris à la scierie : les femmes, les noirs s'y mettent tandis que les hommes rejoignent l'armée pour se former ou aller "sur le terrain". Le rationnement semble moins toucher Perdido qui dispose de meilleures ressources que d'autres villes, et étant proche de la base aérienne, elle accueille les soldats comme 20 ans auparavant, en 1919, elle avait accueillis les travailleurs de la digue. Lorsque réapparait le deuxième vaurien de l'attaque de la station service avoir purgé sa peine en prison, il s'en prend à une Caskey par alliance, mais Frances, la deuxième fille d'Elinor, qui est de la même nature monstrueuse que sa mère, s'occupe de lui et le fait disparaitre dans les eaux noires. Surprise par ses propres actes horribles, Frances questionne sa mère qui la rassure et lui assure que rien ne s'oppose à son mariage avec le jeune homme qui fréquente la famille depuis quelques temps et qui est amoureux d'elle. 

Dans ce tome, on voit bien que l'auteur avait une longueur d'avance sur bien des choses qui nous semblent  naturelles aujourd'hui : 
-le travail des noirs - on n'oublie pas que nous sommes en Alabama ! Ici, ils vivent dans leur partie de ville mais sont bien intégrés dans la famille et en font partie, d'ailleurs, ils héritent ;
- les relations / attirances de même sexe : bien qu'il n'y ait aucun passage "olé olé", il règne un grand souffle de liberté et d'acceptation des différences ;
- la meurtrissure des viols : à ce stade de la saga : on a tout de même deux femmes violées qui mettent au monde un enfant qui, fort heureusement, sera accepté et choyé comme il faut.

Je suis toujours très enchantée à la lecture de cette saga et j'ai beaucoup de plaisir à lire cette histoire, exactement comme le suppose l'auteur lorsqu'on lit à la fin de chaque tome :
"Il n'y a pas d'autre raison de lire que le plaisir. On peut toujours avancer que cela permet d'apprendre des choses, mais au fond la seule vraie raison qu'on ait de lire est le plaisir, et c'est pour ça que j'écris." Michael McDowell

édité en 1983

En rêve, Frances voyait les choses secrètes qui demeuraient tapies sous la surface de l'eau claire et regardaient avec avidité passer l'automobile sur la chaussée. Elle savait ce qui se dissimulait dans l'herbe rase des vagues îles marécageuses, quelles choses mortes gisaient tordues et brisées sous la boue immémoriale. Elle rêvait des os enfouis sous les monticules herbeux, elle voyait ce qui déchirait les filets des pêcheurs, elle comprenait pourquoi les pêcheurs eux-mêmes disparaissaient parfois. (p.91)


Madalyn McLeod





Illustration d'entrée de billet : Anna Dittmann