samedi 16 août 2014

INDRIDASON Arnaldur - La voix


Dans un grand grand hôtel de Reykjavik à l'approche de Noël, "Gulli" le portier discret qui faisait office d'homme à tout faire : réparateur, et même père Noël, est retrouvé à la cave, dans la pièce qui lui servait de chambre depuis plusieurs années, poignardé dans son déguisement quelques minutes avant le spectacle de Noël. L'enquête commence pour le commissaire Erlendur (et ses deux collègues) afin de découvrir qui pouvait en vouloir à cet homme sans ami, ni relation, d'après les premiers éléments récoltés. Erlendur découvre alors que la victime était autrefois un enfant "star" lorsqu'il était le meilleur chanteur des chœurs d'enfants d'Islande, promis à une carrière dorée. Erlendur découvre aussi que la victime avait rompu tout lien avec son père et sa sœur dans le même temps où sa voix mua, le faisant passer de la célébrité à l'anonymat.
Erlendur doit faire face aux problèmes existentiels de sa fille Eva Lind, jeune droguée qui sort du coma après avoir fait une fausse couche et qui menace de se suicider, tandis que sa collègue assiste au procès d'un homme accusé d'avoir maltraité son fils. Sa rencontre avec une biologiste auquel il n'est pas indifférent lui fait s'avouer à lui-même et comprendre que depuis son enfance, il culpabilise pour avoir survécu à une tempête de neige alors que son petit frère n'a jamais été retrouvé. Erlendur finit par tirer un fil qui le mène à de mystérieuses boîtes contenant les 45 tours récupérés des 2 enregistrements de "Gulli" au moment de la faillite de la maison de disques, pour lesquels certains seraient prêts à payer très cher pour les récupérer.
Le directeur de l'hôtel les pria d'agir avec autant de discrétion que possible. C'étaient les termes qu'il avait employés au téléphone. Il s'agissait d'un hôtel et le succès des hôtels dépend de leur réputation. (p.13)

Que dire ? un livre choisi lorsque je l'aperçu dans la bibliothèque de vacances où je me trouvais, en panne de mes livres car j'avais fini plus vite que prévu le roman précédent (un "pavé") qui devait me durer une semaine. Je ne connaissais pas cet auteur dont j'avais lu ici et là de bonnes critiques. Et bien non ! ce polar n'est pas terrible, loin s'en faut : les personnages sont superficiels, l'intrigue est moyenne avec ce pauvre gars abandonné, qui passe des années dans une cave et qui sort la nuit pour rentrer en cachette dans sa famille (?). En plus je trouve que l'auteur digresse sur 2 autres récits qui pour ma part peinent à faire avancer le schmilblick : l'enfance du commissaire et ses regrets qui justifient des lectures de personnages "perdus dans la nature" (ça ne s'invente pas !), puis celle d'un père qui a (peut-être) battu son petit garçon et que la collègue d'Erlendur a déjà déclaré coupable ; et je ne parle pas de la fille du commissaire qui n'arrête pas de lui mettre la pression. Reste quelques brins d'humour ici et là dans certains dialogues qui m'ont amusée :
- Vous êtes cinglés ou quoi ? hurla-t-il. Vous vous imaginez peut-être que je suis allé voir Gulli pour lui mettre une capote sur la quéquette ? Non mais, ça va pas ? bande de crétins ! C'est hors de question ! Absolument hors de question ! Vous pouvez bien me coller au trou et jeter la clé mais je refuse de prendre part à des conneries pareilles ! Vous m'entendez ! Pauvres crétins ! (p.65)
Nous sommes loin, très loin de l'intérêt des romans de Hennig Mankell qui reste pour moi exemplaire dans son genre. Ici, le style est insipide. Je n'ai pas trouvé en Erlendur un personnage pour qui je pourrais avoir de la sympathie : les personnages manquent de profondeurs même s'ils sont tous meurtris. L'intrigue est inintéressante alors que le sujet du jeune prodige qui bascule dans une vie de paria (à cause de son homosexualité cachée car elle fait honte à sa famille) aurait pu prendre un autre air. Un essai non concluant pour moi, qui peine à trouver un bon polar à lire.

Un détail m'a fait tiquer car comment est-ce que ce commissaire peut-il ignorer l'usage du snus, ce tabac à priser dont il est question et qui est pourtant très commun en Suède, un pays proche de l'Islande et par ailleurs évoqué dans l'enquête ? Mystère !


titre original : Röddin
année sortie 2002
édition française 2007
390 pages
traduction de l'islandais par Eric BOURY
illustration d'entrée de billet : maîtrise d'enfant (auteur inconnu)

TARTT Donna - Le chardonneret


New York. A 14 ans, Theo est victime d'un attentat à la bombe dans le MET (Metropolitan Museum of Art). Il s'en sort mais sa mère meurt. Avant de trouver une issue dans le chaos qui l'entoure, le garçon assiste aux derniers instants de Welty, un vieil homme qui lui donne une bague ancienne et lui demande de la rapporter à une adresse qui est celle d'une boutique d'antiquités. Dans sa fuite, Theo emporte aussi un tout petit tableau provenant d'une exposition temporaire hollandaise, peint par un certain Fabritius, et qu'il sauve ainsi des flammes. Theo est accueillit presqu'une année dans la famille très snob d'Andy, son meilleur ami, jusqu'à ce que son père ne vienne l'y chercher, accompagné de sa nouvelle compagne (une écervelée) et part vivre à Las Vegas où il ne tarde pas à faire la connaissance de Boris, un migrant russe vivant avec un père alcoolique et violent. Bientôt, les deux adolescents livrés à eux-mêmes dans la mesure où leurs parents respectifs ne s'en occupent pas du tout, préférant les sorties, la drogue et la boisson, en viennent eux aussi à se droguer et à boire plus que de raison. Ceci dure plusieurs années jusqu'à ce que le père de Theo meure. Pour éviter d'être placé en famille d'accueil, Theo décide de s'enfuir pour retourner à New York et débarque chez Hobie, l'ami de Welty à qui il avait autrefois remis la bague et avec qui il a continué à correspondre durant son exil à Las Vegas. Hobie devient son tuteur une fois que l'avocat de Theo qui s'occupe de ses intérêts ait tout arrangé. L'avocat, ami de sa mère, avait fait en sorte que le père de Theo ne puisse sous aucun prétexte, jouir de l'argent de son fils, argent que sa mère avait mis de côté pour ses études. Avec Hobie, Theo append la restauration d'antiquités et se rapproche aussi de Pippa, la fille dont il est amoureux, pupille de Welty, victime comme lui de l'attentat du musée, et qui revient parfois en visite chez Hobie quand elle n'est pas dans sa pension suisse.
Quelques années plus tard, Theo alors âgé de 24 ans, reprend la boutique laissée à l'abandon depuis la mort de Welty, et cherche une manière discrète de rendre le tableau qu'il avait précieusement conservé pour pouvoir l'admirer car sa vue lui procurait un bienfait inestimable après toutes les épreuves subies. Son besoin de se débarrasser du tableau devient urgent lorsqu'il est approché par un personnage louche lui laisse entendre qu'il sait qu'il détient ledit tableau et qu'il est prêt à payer une fortune pour l'avoir.
Pleinement conscient de ma folie, j'avais téléchargé sur mon ordinateur et mon téléphone des photos représentant le tableau pour pouvoir jubiler devant l'image en privé, coup de pinceau au rendu digital, éclat de lumière du soleil du XVIIème siècle compressé en points et en pixels, mais plus la couleur était pure, plus le sentiment d'empâtement était puissant, plus je voulais l'objet lui-même, irremplaçable, glorieux, inondé de lumière. p.528)


12 chapitres pour ce très beau roman qui, malgré sa longueur, se lit d'une manière impérieuse : c'est très bien écrit, c'est intéressant, ce roman agit comme une drogue : le lecteur est vite "accro" comme nos jeunes héros qui tombent vite dans la spirale infernale de la drogue. Portrait sans doute réaliste d'une certaine jeunesse, je ne peux dire, mais ce qui est sûr, c'est que celle-ci est épouvantable ! Enfants livrés à eux-mêmes par des parents démissionnaires, qui s'amusent à chercher la mort, ou en tout cas, qui ne vivent pas sainement c'est le moins que l'on puisse dire : aucun soin, des repas inexistants, de l'alcool qui coule à flots, tout ce qui leur tombe sous la main, des drogues douces, dures en veux-tu en voilà.... Je me demande comment ça se passe en classe car, tout de même, des ados qui ne mangent rien, qui ne dorment pas, qui boivent et qui se droguent : ça doit se voir ! Mais l'auteur ne développe pas cet aspect là de l'éducation scolaire américaine.
J'ai apprécié ma lecture mais j'ai été déçue par les dernières pages où l'auteur tente une sorte de justification de ce qu'est l'art, la beauté, la rédemption...pour ma part une partie inutile.


titre original : The goldfinch
année sortie 2013 - édition française en 2014
Traduction de l'anglais (EU) par Edith SOONCKIDT
780 pages
illustration d'entrée de billet : "le chardonneret" de Carel Fabritius (1654)