samedi 24 janvier 2015

SAGAN Françoise - La femme fardée


Clarisse est la femme fardée qui, avec son époux, s'embarque pour une croisière musicale de 9 jours à bord d'un paquebot en mer méditerranée. Sur le pont des voyageurs en classe "luxe", elle croise les artistes du programme : le maestro pianiste et la diva cantatrice, fait connaissance avec des habitués ou de nouveaux (par)venus, mais surtout, Julien, celui qui va lui donner l'envie d'abandonner son maquillage outrancier et lui ouvrir les yeux sur sa propre vie, une vie de liberté, de bonheur et d'amour.


Voici un très joli roman de Sagan qui nous offre avec un humour légèrement désabusé un "huis-clos" en haute mer : des couples se forment et se déforment comme une danse du cœur. Il y a le vieux couple d'industriels, habitués de la croisière : lui plongé dans ses journaux financiers, elle jouant à la bonne fée. Egalement le jeune couple intrigant formé par cette triste petite femme riche mariée à un journaliste "de gauche" qui n'attend pas un jour pour la tromper avec cette actrice venue avec le réalisateur le plus en vue du moment. Sans oublier le maestro au piano, ancien amant de la Diva qui aime les jeunes hommes. Andrea, le gigolo de Nevers, tombe amoureux de la Diva. Tout le monde joue un rôle ou improvise selon les coups de théâtre sous l’œil inquiet du capitaine du paquebot qui n'a qu'une envie : que le programme se déroule à la lettre. Sagan m'a régalée de son humour (la scène ou la capitaine chante "au clair de la lune" au téléphone vaut son pesant de steak pour la journée !) et de sa poésie.
"Heureux...je suis heureux", se répétait-il les yeux fermés, encore ignorant des raisons de ce bonheur mais déjà prêt à s'y abandonner. Et il se refusait à les rouvrir à présent, comme si ce beau bonheur involontaire eût été captif de ses paupières, et prêt à s'en enfuir. Il avait bien le temps : "On ferme les yeux des morts avec douceur, et c'est aussi avec douceur qu'il faut ouvrir les yeux des vivants." D'où cela venait-il...? Ah ! oui, c'était une phrase de Cocteau découverte dans un train vide... Et Julien crut encore sentir l'odeur grise de ce train, et il crut même revoir la photo plate du grand pic neigeux qui lui faisait face dans ce wagon désert, et il crut revoir la phrase de Cocteau et ces signes noirs sur la page blanche. (p.190) 
Un très beau moment de lecture ! un livre qui fait du bien : dépaysant et caustique [et une fin heureuse...enfin pas pour tous !]


année sortie 1981
édition Ramsay
535 pages
illustration d'entrée de billet : Véronique La Perrière

vendredi 9 janvier 2015

MANKELL Henning - L'Homme inquiet


L'inspecteur Wallander a dépassé 60 ans, il perd parfois le fil de ses pensées, se retrouve à faire des choses dont il s'étonne. Sa fille Linda est avec un jeune banquier et ils viennent d'avoir une fille. Lorsque Håkan von Enke, le père de son futur gendre, l'entreprend le jour de son anniversaire pour lui raconter un épisode de son passé lorsqu'il était sous-marinier au temps de la guerre froide il semble inquiet. Peu de temps après, Håkan disparaît sans laisser de traces, sa femme Louise demande l'aide de Wallander même si celui-ci doit agir hors de sa juridiction. D'autant plus qu'après avoir oublié son arme de service dans un bar, le voilà en vacances "forcées" et il a du temps devant lui pour faire sa petite enquête.
De vagues éclats de souvenirs traversaient le crâne douloureux de Wallander. Peut-être avait-il sorti l'arme de sa poche en prenant son téléphone ? Mais comment avait-il pu l'oublier ensuite ? (p.51)
Bientôt, Louise est découverte morte, en possession de documents secrets. Espionnait-elle vraiment son époux officier supérieur de la marine suédoise au profit des Russes puis de l'URSS ? Tout porte à le croire mais la vérité est parfois un miroir déformant.


Dernière enquête de Wallander. Le livre commence très bien, un véritable enchantement que j'ai eu plaisir à retrouver les premiers jours : une véritable allégresse. Wallander et Mankell se séparent l'un de l'autre, Wallander se souvient de ses enquêtes, de ses amours : son ex qui resurgit dans sa vie
Wallander se demanda si ce n'était pas là le véritable but de sa visite, et si elle n'était pas venue lui faire la cour. Il y a quelques années encore, elle aurait réussi, pensa-t-il. C'est dire combien de temps j'ai cru qu'on pourrait se remettre ensemble. J'ai quand même fini par comprendre que c'était une illusion, que cette vie-là était derrière nous et que je n'avais plus besoin ni envie de la retrouver. (p.247)
(on apprend que W. est un père attentif tandis que Mona son ex, une poivrote invétérée, W. dit adieu à Baïba, son second amour gravement malade, W. se raccroche à l'idée de laisser un bon souvenir à sa petite fille, Klara. On fait le tour du tendre avec W. comme on inspecte une maison dont on fait l'état des lieux. Mais je suis très déçue pas les derniers chapitres ainsi que par le dénouement qui arrive comme un "chien dans un jeu de quille" : bouleversant mais aussi en total déséquilibre avec tous les faits quasi minutieux du début du roman : je m'attendais vraiment à autre chose de plus percutant et j'ai eu l'impression d'une fin bâclée, presque indigne de mon inspecteur suédois préféré ! Il reste néanmoins le plaisir d'imaginer Wallander dans sa maison de Loderüp...face à sa maladie (Alzeimer est envisagé mais pas confirmé). Je suis presque déçue que l'histoire s'arrête ainsi et ici ; j'aurais voulu que cela ne finisse jamais...car je l'aime Wallander !



titre original : Den orolige mannen
année sortie 2009
édition française en français en 2010
585 pages
traduction du suédois par Anna GIBSON
illustration d'entrée de billet : Marie-Suzanne Giroust-Rolin par son époux (cette peinture me fait penser à Louise von Enke)