samedi 29 mars 2014

BAKER Jo - Une saison à Longbourn


181x, en Angleterre, sur le domaine de Longbourne où vit la famille Bennet et leurs 5 filles à marier, il y a également leur domesticité : les Hills qui ont recueilli les petites Sarah puis Mary, renommée "Polly" puisqu'il a une Mary Bennet... et bientôt arrive le mystérieux James qui fera office de valet. Que cache le jeune homme qui semble avoir connu des heures bien difficiles et qui transporte dans sa besace de bien exotiques coquillages ? Voilà qui intrigue la jeune bonne Sarah au service de ses demoiselles Bennet qui ne songent qu'à se divertir, se chercher de nouvelles toilettes pour aller danser et espérer trouver un mari tandis qu'elle, trime à laver leur linge, raccomoder leurs jupons et vider leurs pots de chambre.
Alors, habillées, coiffées, les deux soeurs lui souhaitent une bonne soirée. Elles sortirent de la pièce comme si elles flottaient, et descendirent d'un pas léger. Sarah posa délicatement sa nouvelle robe sur le lit. Elle nettoya et rangea brosses, peignes, épingles et rubans. Elle lissa le dessus-de-lit froissé. La pièce, assombrie maintenant, semblait figée ,sans vie, en l'absence des deux ainées. Elles étaient toutes deux si ravissantes, si lumineuses. Sarah, munie de son cadeau, emprunta le couloir de service puis l'escalier menant aux mansardes en songeant qu'elle n'était qu'une des innombrables ombres du jour qui déclinait. (p.76)

En écho à Orgueil et Préjugés de Jane Austen, voici Longbourne et l'envers du décor : une atmosphère de Downtown Abbey avec moins de domestiques et moins de tension puisqu'il n'y a que quatre, puis cinq individus et qu'ils forment une famille plutôt unie au service d'une autre. Joies et drames s'emmêlent d'un étage à l'autre, d'une époque à une autre.
Le style est soigné, le rythme est vif : les descriptions portent à notre vue la délicatesse des tissus des robes, à notre nez la bonne odeur des pâtisseries, on patauge dans la boue des chemins grossiers, on a les mains qui picotent quand Sarah a les siennes trempées dans l'eau de la lessive sans oublier de tourner les pages pour lire la suite ! Très beau roman que j'ai lu presque d'une traite ! Intéressant car l'auteur s'est documentée sur le quotidien d'une maison à cette époque, les occupations de la maisonnée, et les préoccupations de cette  périodes entre rêves et trahisons.

Très belle idée que ces histoires d'amour vécues du côté des serviteurs, qui portent la lumière sur ceux qui restent dans l'ombre dans Orgueil et Préjugés et qui dévoilent également les exactions durant la guerre d'indépendance espagnole (l'histoire de James) sans oublier les petits secrets de la société qui ressemble en bien des points à la nôtre.

Je recommande celivre à tous ceux qui aiment l'époque georgienne et à tous les janéites ! Passionnant et surtout bien écrit, ce qui est tout de même assez rare de nos jours pour être souligné.


titre original : Longbourne
année sortie 2013
édition française en 2014 aux éditions STOCK
384 pages
traduction de l'anglais par Sophie HANNA
illustration d'entrée de billet : William Mulready

vendredi 14 mars 2014

HARRISON Jim - Grand maître


A quelques jours de la retraite, l'inspecteur Sunderson, 65 ans, tombe sur le cas d'un grand manitou qui, sous pretexte d'être le gourou d'une secte, abuse des jeunes filles de ses adeptes qui n'osent porter plainte. Sunderson se met en devoir de faire tomber le "maître" de son piedestal.
Sous le prétexte d'une vrai-fausse enquête, Jim Harrison nous entraîne dans les pas de son héros au nom suédois. Sunderson est un monument, un totem qui pour moi représente tout à fait l'auteur. Sunderson est un "ancien" qui a des principes et qui adore la liberté. Divorcé, il aime encore sa femme mais n'hésite pas à fantasmer sur sa petite voisine de 16 ans qui n'a pas l'air de s'en plaindre, ou sur toute femme qui croise sa route. C'est tendre et jamais lubrique, plutôt pathétique. Du Michigan à l'Arizona, et jusqu'à son (dernier) refuge au Nebraska, le héros traque le gourou pervers tout en savourant les moments de la vie, hanté par ses lectures, s'interrogeant sur ce qui motive le monde, l'argent, le pouvoir, le sexe ? Sunderson a sa petite idée sur la question. On le croit volontiers.
On lui avait un jour reproché d'avoir cassé le bras d'un délinquant, mais la méth avait tellement fait maigrir ce jeune homme que, lorsque Sunderson lui avait saisit le bras pour l'empêcher de s'enfuir par une fenêtre du deuxième étage, il crut entendre une branche se briser. Que comptait donc faire ce jeune drogué, s'envoler ? (p.61)
Quel plaisir de lire un Harrison, moment de sérénité plus que de frénésie, je savoure, je relis, je repasse les meilleurs passages comme le fer sur un vêtement aimé.



titre original : The great leader
année sortie 2011
édition française en 2012 (Flammarion)
340 pages
traduction de l'anglais (état-unis) par Brice MATTHIEUSSENT
illustration d'entrée de billet : Arizona



BRISAC Geneviève et DESARTHE Agnès - La double vie de Virginia Woolf


Une part de la vie et de l'oeuvre de Virginia Woolf décrites selon une thématique basée sur les points forts de ses inspirations, ou plus exactement "point de fuites" pour me rapprocher d'un terme lié au dessin dans la mesure où l'auteur avait un lien très étroit avec le domaine de l'art et celui de la peinture en particulier.

Malice m'a envoyé ce livre en Nouvelle-Calédonie et je l'ai lu deux fois (je viens de le relire pour faire mon billet (lire l'avis de Malice ici). Je ne connais pas l'œuvre de l'auteur n'ayant vu que le film Orlando qui m'a d'ailleurs beaucoup plu et enthousiasmée. La lecture m'a semblée assez difficile au départ pour moi qui ne connait rien à l'œuvre de Woolf, ni son style, ni ses thèmes, alors quand les auteurs choisissent de parler de la difficulté de son style, c'est sûr que je ne peux pas vraiment me rendre compte...Quelques extraits permettent d'y voir plus clair et cela m'a vraiment intéressée. Je connaissais certains titres (la plupart en fait) mais sans plus : cet essai permet de se faire une idée des histoires qu'ils racontent car les auteurs les résument.
Les auteurs admirent visiblement Woolf mais personnellement j'ai trouvé que leur style était trop poétique, trop ampoulé parfois : j'avais l'impression de me promener dans une maison baroque pour admirer des tableaux baroques. Au bout d'un moment on ne sait plus où est l'objet artistique car tout est à voir ; c'est une sensation pesante c'est pourquoi il a fallu que je m'y reprenne pour pouvoir en parler.
Un essai à mes yeux n'est pas fait pour en mettre plein la vue mais pour focaliser l'attention sur l'objet que l'on a choisi d'exposer. C'est mon avis. Ceux qui ont déjà lu Woolf auront sans doute un avis différent car eux ils savent où regarder.
Ceci étant, quand on se focalise sur le sujet Woolf, on ne peut qu'être intéressé. Cette femme n'est pourtant pas à envier, puisant sa force dans ses tourments, ses hontes, ses peines, ses doutes et ses peurs. On en retient une personnalité assez dure tout de même, exigeante, surtout avec elle-même et je pense aussi qu'elle devait être insupportable à vivre au quotidien (sans parler de sa maladie des nerfs). Mais les quelques extraits que j'ai pu lire ici m'ont comblée d'aise. J'aime le non-conventionnel, être étonnée, j'aime les choses insolites.
Je ne peux écrire que si je ne me relis pas, si je me mets à réfléchir, je n'ai plus qu'à les déchirer. (p.74)
Maintenant, je sais ce qu'il me reste à faire : lire Virginia Woolf.



année sortie 2004
édition de l'Olivier
270 pages
illustration d'entrée de billet : portrait de Virginia Woolf par son ami Roger Fry

samedi 8 mars 2014

SAFIER David - Maudit karma


Kim Lange, une jeune animatrice est brutalement expédiée dans le corps d'une fourmi après avoir été écrasée par les toilettes d'une station spatiale disloquée. Ayant cumulé trop de mauvais karma, Bouddha lui fait subir plusieurs réincarnations avant de lui accorder le Nirvana, mais Kim laissera-t-elle facilement derrière sa fille qu'elle espère tant pouvoir reprendre dans ses bras ?


Excellent livre rempli d'humour, je crois que je n'ai jamais lu un livre en riant autant. Kim va rencontrer Casanova lui même incarné en fourmi depuis plusieurs centaines d'années, les deux vont s'entraider car ils sont capables de communiquer entre eux ayant gardé leur pensées humaines et leur capacité de réflexions et de décision. Ils comprennent qu'ils doivent agir en toute bonté afin de cumuler du bon karma et ainsi accéder à une stade de vie supérieure jusqu'à pourvoir se réincarner en humain.
Il voulut me fourrer dans la cage où les trois petits regardaient autour d'eux avec inquiétude, tandis que Casanova, lui, souriait aux anges. Il m'apparut que, dès que Bodo aurait tiré le verrou derrière moi, je n'aurais plus aucune chance de fuir. Alors je mordis aussi fort que je pus son doigt empestant la nicotine.
Il poussa un cri et me laissa tomber. Je heurtai brutalement le carrelage froid, mais, malgré la terrible douleur, je filai aussitôt de toute la vitesse de mes petites pattes.
- Que faites-vous donc, madame ? me cria Casanova.
- Il faut se tirer d'ici !
-Mais...et notre bon karma ?
-Merde pour le bon karma ! lui criai-je.
Et je courus pur sauver ma peau. (p.167)
Les situations sont hyper réalistes, le ton est incroyablement pertinent. Je recommande ce livre qu'une amie m'a prêtée en me disant, c'est léger, ça passe bien. Oui, c'est exactement cela : un livre qui passe bien et qu'on ne peut oublier !


titre original : Mieses karma
année sortie 2007
édition française en 2008 aux Presses de la cité
335 pages
traduction de Catherine BARRET
illustration d'entrée de billet : Bouddha