mardi 31 octobre 2023

Sang trouble - Robert GALBRAITH

 "arsenic et vieilles dentelles"


Alors qu'il traite déjà plusieurs affaires dans son agence de détective privé avec plusieurs filatures en tous genre, Cormoran Strike accepte de reprendre un cold case : la disparition de Margot Bamborough, une docteur disparue dans les années 1970 à la fin d'une journée pluvieuse, son corps n'a jamais été retrouvé. Les soupçons se portent vers un tueur en série qui habitait dans son quartier mais celui-ci n'a jamais avoué le meurtre. En interrogeant les témoins de cette affaire, en déchiffrant les notes ésotériques du premier policier en charge de l'enquête, Cormoran et son associée Robin, ont un an pour tenter de découvrir ce qui s'est passé ce soir là. Pendant ce temps Strike doit accompagner du mieux qu'il peut celle qui l'a élevée et qui se meurt d'un cancer et Robin désire divorcer au plus vite de son mari adultérin afin de récupérer sa part et de reprendre son indépendance.


Après avoir lu il y a quelques années les 4 premiers tomes, et ayant eu envie de poursuivre les aventures de Cormoran Strike, j'ai réservé ce bouquin dans ma médiathèque mais je n'imaginais pas qu'il faisait plus de 900 pages ! J'avoue que c'est vraiment très et trop long : j'avais hâte que tout cela se termine.

L'auteur (autre nom de plume de J.K. Rowling) traite de bien trop de sujets dans ce bouquin : émancipation de la femme, syndrome génétique, homosexualité, vi-ols, paraphilie, prostitution, drogue, empoisonnement, sadisme, tortures, meurtres atroces, avortement, fausse couche, cancer, dépression, tentative de suicide, cela fait beaucoup même en 900 pages. Comme je suis plutôt du genre cosy mystery que thriller dégueulasse, je n'ai pas tellement apprécié de roman à sa juste valeur (certes, il y avait aussi des scènes dégoutantes dans les premiers tomes mais pas autant). J'espère que les histoires suivantes seront plus plausibles et avec moins de scènes pénibles.
  • Le plus : l'évolution de la relation entre Strike et Robin (je les aime bien ces deux là)
  • Les moins : trop de personnages (on s'y perd dans les prénoms et les métiers), trop de détails sordides, trop de pages, les enquêtes secondaires inutiles, le cold case aurait été suffisant pour un seul volume et les autres enquêtes ne font que leur faire perdre du temps même s'ils sont nombreux dans l'agence à travailler avec Strike et Robin, trop de cigarettes, d'alcool et j'en passe et pour finir l'explication de la disparition de Margot très décevante.
    2020 troubled blood
    2022 Sang trouble
     
Son maigre bagage intellectuel avait fait d'elle une proie facile pour les charlatans de toute sorte. Sa philosophie, si tant est qu'on puisse nommer ainsi les lubies et autres caprices qu'elle appelait pompeusement ses principes, consistait seulement à vivre à rebours des valeurs prônées par la bourgeoisie. (p.503)

Illustration d'entrée de billet : St Mawes par l'artiste Yvonne Fuller.
St Mawes est le village où habitent les tante et oncle de Strike qui l'ont élevé à la place de ses parents.

lundi 23 octobre 2023

Visa pour Shanghai - Xiaolong QIU

 


Alors que la police vient d'être avertie que le cadavre d'une vraisemblable victime de la mafia chinoise vient d'être découvert en plein parc du Bund, grande promenade très touristique, voilà que l'inspecteur principal Chen Cao est mandaté pour tenir compagnie à Catherine, une policière américaine venue chercher Wen, l'épouse d'un passeur chinois, arrêté en Amérique, sur le point de dénoncer les filières à condition que sa femme le rejoigne. Tandis que Chen cherche à découvrir les mobiles du meurtre de l'inconnu du parc, il est également à la recherche de l'épouse qui a disparu dans la nature, à la grande déconvenue de l'américaine qui cherche à faire équipe avec son homologue pour retrouver Wen.


Ceci est 
la deuxième aventure de l'inspecteur et mon 4è roman de la série des enquêtes de Chen Cao (je vais les lire dans l'ordre maintenant). 

Au début du roman, j'ai apprécié l'atmosphère, puis j'ai eu du mal à achever la lecture (340 pages) pour plusieurs raisons : le semblant de romance apporté entre Chen et Catherine est vraiment peu crédible et comme ça dure tout le long du livre, j'avais vraiment eu peur qu'ils "passent à l'acte" ; ensuite, l'histoire est compliquée car elle cumule deux enquêtes : un assassinat et une disparition ; enfin, l'histoire de Wen est terrible alors j'avais vraiment hâte que l'histoire finisse et bien si possible pour elle, à la limite, on s'en fiche du cadavre car on se doute que c'est un personnage peu recommandable.
Pour finir j'ai peu apprécié la quantité de poésies dans le roman, je ne les ai même pas toutes lues.

Le personnage de Chen est plutôt original et je l'apprécie. C'est un érudit qui a étudié la littérature anglaise, mais qui, par le fait d'un ancêtre qui a "mal tourné" (il a juste été emprisonné pour position prise contre le gouvernement) n'obtient pas le métier convoité et se retrouve policier où il continue malgré tout ses travaux d'écriture.
Ce n'est toutefois pas un policier "de base" puisqu'il est inspecteur principal de la brigade des affaires spéciales de Shanghai, ce qui le fait côtoyer toute la société chinoise, des plus nantis aux plus démunis.
Avec lui, on découvre la politique et la corruption, la vie courante (la manière d'attribution des logements) et la gastronomie, le Parti dans toute action car c'est un cadre, il a des appuis qui peuvent le porter à de plus hautes fonctions. J'ai envie bien sûr de découvrir la suite de ses aventures au fil des romans que je trouverai, mais je vais laisser un peu de temps avant de repartir en Chine (trop déprimant).

roman de 2001, traduit en 2002

Le titre français est particulièrement hors sujet car s'il y a un visa dans le roman c'est plutôt celui un visa pour l'Amérique dans la mesure où l'histoire principale évoque les migrations clandestines et le graal pour els Chinois qui veulent s'émanciper d'un régime totalitaire. De plus, le titre original anglais : A loyal character dancer, est à 100 % approprié à l'histoire de Wen.
 
Chen était particulièrement frappé par un instantané pris à la gare de Shanghai : Wen dansait en tenant à la main un coeur en papier rouge portant en caractère chinois : Loyal. (page 33)

Autres romans du même auteur critiqués ici

Visa pour Shanghai (tome 2 ici même)


samedi 14 octobre 2023

Le rideau déchiré - Maryla SZYMICZKOWA

 


Cracovie, 1895. En cherchant à comprendre les circonstances du décès de sa femme de chambre qui semble avoir été la victime d'un vaurien, Zofia Turbotynska découvre un sombre trafic de traite des blanches dont les ramifications remontent à des personnes insoupçonnables et va s'efforcer de déchirer le rideau des apparences.


Après la découverte du duo d'auteurs de Madame Morh a disparu je retrouve avec joie et satisfaction les trépignantes aventures de Zofia qui ne se contente pas de faire préparer de bons petits plats à son cher mari mais qui cherche avant tout à faire réparer l'injustice surtout lorsque la police semble avoir été un peu trop prompte à abattre le malfaiteur. L'histoire est riche et dense, très bien écrite, le sujet est assez sombre bien entendu puisqu'il est question du v i o l et de la mort d'une jeune fille de 17 ans, l'enquête est bien menée et réaliste, l'héroïne est pleine d'énergie et de ressources pour atteindre son but. Le roman permet aussi de décrire le joug des femmes à cette époque où elles n'avaient que peu de liberté pour elle-même et encore moins quand elles étaient au plus bas de l'échelle sociale.

Elle ressentit une pointe de culpabilité à vivre sa deuxième vie non seulement hors de son mariage, mais aussi à la place de son mariage. Ce qui aurait dû lui suffire en tant que femme - un bon mari, une maison prospère, une activité de bienfaisance, le soutien spirituel de l'Eglise - était assurément passé au second plan . L'excitation qu'elle ressentait lors des recherches rocambolesques du meurtrier surpassait de loin la joie de prendre posément soin de son foyer ; consulter des revues en bibliothèque la réjouissait beaucoup plus que l'étude des livrets de prières, et la collecte de dons pour la rénovation de la cathédrale ne pouvait rivaliser avec la collecte de pistes et les tentatives de les agencer en une mosaïque qui mettrait au jour le secret de l'assassinat de Karolina. (page 286)

  
édité en 2023


Une très belle et intéressante lecture que je recommande, j'espère aussi que les auteurs qui se cachent derrière le nom féminin sur le livre : Jacek Dehnel et Piotr Tarczyński, vont poursuivre les aventures de Zofia dans un troisième roman !



lundi 2 octobre 2023

Perspective(s) - Laurent BINET

La visitation par Pontormo c.1528

Au fil de lettres trouvées dans une échoppe d'antiquaire, l'auteur nous emporte à Florence au 16è siècle. Pontormo, le peintre chargé d'une fresque dans la chapelle de San Lorenzo est retrouvé mort, poignardé. Vasari, un intime du duc de Florence, est chargé de retrouver le coupable et s'adresse à Michel-Ange chargé des travaux de la chapelle Sixtine à Rome. De nombreux protagonistes dans l'entourage du Duc s'écrivent, se questionnent , se répondent. Sa fille de 17 ans qui désire faire un mariage d'amour et s'adresse à sa tante Catherine de Médicis (reine France) qui l'encourage à venir la rejoindre. Le peintre Bronzino, élève de Pontormo et chargé de prendre la suite pour achever la fresque, tente de se disculper car il est l'un des gagnants dans la mort du vieux peintre. D'autres cherchent à s'unir pour faire valoir leurs droits dans leur corporation artistique non reconnue. Le tout dans un climat guerrier où les terres sont encore disputées entre les pays d'Italie et de France.


Voici l'un des rares livres que j'ai acheté cette année depuis que je me suis inscrite à la médiathèque. Exceptionnellement, j'ai craqué pour ce roman atypique attiré par le thème sur l'art et je ne le regrette pas car c'est vraiment bien fait : on a l'impression de lire de véritables correspondances même si certaines m'ont laissé plus interrogative car ignorante des chicaneries de l'époque sur la bienséance des représentations des personnages religieux, leur nudité, ou encore les querelles politiques entre royauté et république mais point n'est besoin d'être féru en histoire pour se plonger dans cette enquête qui semble vouée à l'échec car sans réelle piste à suivre ni témoin mais avec cependant une bizarrerie : la fresque a été retouchée par quelqu'un de très doué, ce qui réduit fortement le nombre de personnes capables, mais pas assez cependant pour trouver les bons mélanges de couleurs. Mystère !

Par ailleurs, Pontormo a également peint un tableau au visage représentant le fille du duc mais dans une position de lèse majesté : il s'ensuit une chasse au tableau pour le cacher, le détruire, en faire les choux gras selon la personne qui y voit un avantage ou un élément de pression.

Le roman porte en fait plusieurs sujets et c'est peut-être un peu pour cela qu'il pourrait sembler difficile à suivre au fil des échanges de lettres (on passe du coq à l'âne).

Bien que pure invention de la part de l'auteur, les évènements et les protagonistes ont bien existés : Pontormo a travaillé à la décoration de l'abside de l'église de San Lorenzo (ces fresques, dont on ne connaît que les cartons préparatoires, ont complètement disparu). 

2023

En effet, qu'y a-t-il de plus horrible que de peindre à fresque ? On passe la journée le cou tordu, la tête à l'envers, dix ou quinze pieds au-dessus du sol, à manier le pinceau comme on peut avant que l'enduit ait séché, sans quoi il faut tout recommencer. (page 29)


  • Les plus : un style soutenu et original. La découverte de la corporation des peintres, leurs vicissitudes au service de commanditaires pas toujours aimables ni reconnaissants.
  • Les moins : longueur de l'enquête dont on espère qu'elle finira par aboutir. Petit doute de ma part sur la capacité réelle du coupable à avoir réalisé son forfait...mais au final, je donne une très bonne appréciation à ce roman que je recommande à qui aime les arts.