samedi 31 août 2013

ALAIN-FOURNIER - Le grand Meaulnes


France, début du 20ème siècle. François Seurel, le narrateur, se souvient des évènements qui se sont déroulés une vingtaine d'années avant, alors qu'âgé de 15 ans, il fit la rencontre d'Augustin Meaulnes de deux ans son aîné. Meaulnes fut mit en pension chez ses parents, tous deux instituteurs du village et devint rapidement l'ami et mentor du jeune François. Un jour Meaulnes se perd dans la campagne, en cherchant un abri, il découvre une grande maison où se déroule une incroyable fête organisée pour les fiançailles d'un jeune homme : Frantz de Galais qui est attendu d'un instant à l'autre avec sa fiancée. Les jeunes gens ne sont pas là mais la fête et les repas se déroulent et Augustin fait la connaissance d'Yvonne, la soeur de Frantz et en tombe éperdument amoureux. Mais la fête se termine et Augustin doit repartir. Augustin raconte son aventure à François et lui explique qu'il va tenter de retrouver le chemin du domaine afin de revoir Yvonne (fin de la partie 1).
Arrive dans le village un nouvel élève, un bohémien, qui se trouve être Frantz en rupture avec sa famille : sa fiancée n'est pas venue et depuis, il a décidé de partir à sa recherche. Très vite Augustin et Frantz qui ne se connaissent pas (encore) rivalisent devant les autres élèves du cours jusqu'au départ de Frantz qui indique finalement à Augustin comment parvenir au domaine perdu (puisque c'est chez lui ! nous sommes en fin de deuxième partie).
Meaulnes parvient à épouser Yvonne mais n'oublie pas une promesse qu'il a faite à Frantz : celle de l'aider à retrouver sa fiancée évaporée (nommée Valentine). Pendant ce temps le narrateur tient compagnie à Yvonne restée seule et qui attend l'enfant d'Augustin. A la naissance de la petite fille, Yvonne décède, François devient son tuteur jusqu'au retour de Meaulnes qui revient enfin après qu'il ait réussi à réunir Frantz et Valentine.
Quand à François, son drame sera d'avoir tout perdu : son amour secret avec la mort d'Yvonne, son ami au départ de Meaulnes et même son seul réconfort avec le départ de la petite fille dont il s'occupait jusqu'alors.


Voici un roman que j'ai lu autrefois à l'école et relu ces derniers jours car j'attends mes nouveaux livres (ma "pile à lire") qui se trouvent dans la malle en provenance de Nouvelle-Calédonie (où j'ai habité ces 3 dernières années). Je suis donc abonnée aux relectures de livres laissés en métropole pour quelques semaines encore.

Mon avis est mitigé. Autant je trouve le début du roman exceptionnel (en gros la 1ère partie), autant j'ai trouvé le milieu et la fin moins intéressantes et surtout moins bien menées : les personnages perdent de leur consistance, leurs actes sont irrationnels : Frantz, un fils à Papa à qui on a passé tous les caprices s'en va avec des bohémiens, il a l'âge de se marier mais retourne à l'école quelques jours lors de sa fuite. La fuite, parlons-en : il recherche sa "fiancée" n'importe comment, la preuve : Augustin va réussir à la retrouver à Paris en en sachant autant que lui...  Augustin qui a tant espéré revoir Yvonne, finit par la retrouver (c'est d'ailleurs François qui la retrouve pour lui par hasard) et pourtant le lendemain du mariage il la quitte !!! et ne la reverra plus jamais. Malgré les drames, seul François réussi à m'émouvoir réellement, François, l'ami fidèle, l'amoureux secret, qui se sacrifie alors que les autres (les deux garçons) semblent fous et égoïstes.
Parfois mon pied se pose, durant quelques pas sur un banc de sable fin. Et dans le silence, j'entends un oiseau - je m'imagine que c'est un rossignol, mais sans doute je me trompe, puisqu'ils ne chantent que le soir - un oiseau qui répète obstinément la même phrase : voix de la matinée, parole dite sous l'ombrage, invitation délicieuse au voyage entre les aulnes. Invisible, entêté, il semble m'accompagner sous la feuille.
De très beaux passages cependant, qui me touchent énormément, et qui font que ce roman, bien qu'inégal, restera à jamais, l'un de mes livres préférés. 





Notons que l'année 2013 est l'année "Meaulnes" car nous fêtons les 100 ans du roman !


année sortie 1913
mon édition de 1971 (libraire Fayard)
315 pages
illustration d'entrée de billet : une aquarelle du Domaine enchanté dédié à Isabelle Rivière (née Fournier, la soeur de l'auteur) par Jacques Thévenet

mardi 20 août 2013

HOUELLEBECQ Michel - La carte et le territoire


Après son passage aux Beaux Arts, Jed Martin devient malgré lui un artiste reconnu et envié quoique parfois vite oublié entre ses périodes d'expositions. Un jour, son galériste lui recommande de contacter Michel Houellebecq afin qu'il s'occupe des textes de son prochain catalogue. La rencontre avec l'écrivain impressionne Jed qui n'hésite pas à accompagner la police sur les lieux où l'écrivain est retrouvé sauvagement assassiné afin d'aider à résoudre ce crime.


Très bon roman d'un auteur qui mérite largement son statut de romancier. Un style que j'ai envie de qualifier d'impeccable : rien à reprocher, c'est simple, direct, évident. On savoure, on déguste, on jubile, on l'applaudit en silence à défaut de pouvoir le féliciter en personne.

Jed Martin réussit à m'émouvoir alors que sa vie n'est qu'une succession d'étonnements : la gloire, l'amour et même la beauté n'est pour lui qu'un hasard. Seule compte au fond la réalité du temps, la mort au bout de tout compte.
On y parle aussi (j'allais dire évidemment) de la société de consommation, les modes, le pouvoir, un peu de politique, l'art, la reconnaissance (de l'artiste), la richesse, la solitude, l'amour, la famille, le suicide, le retour au terroir. C'est pertinent, souvent réaliste et juste. Sans oublier l'humour (parfois décalé).
Il y a une chose que je me demande en regardant votre travail depuis tout à l'heure : pourquoi avoir abandonné la photographie ? Pourquoi être revenu à la peinture ?
Jed réfléchit longtemps avant de répondre. "Je ne suis pas très sûr de savoir, avoua-t-il finalement. Mais le problème des arts plastiques, il me semble, poursuivit-il avec hésitation, c'est l'abondance des sujets. Par exemple, je pourrais parfaitement considérer ce radiateur comme un sujet picturel valable." Houellebecq se retourna vivement en jetant au radiateur un regard suspicieux, comme si celui-ci allait s'ébrouer de joie à l'idée d'être peint ; rien de tel ne se produisit.
"Vous, je ne sais pas si vous pourriez faire quelque chose, sur le plan littéraire, avec le radiateur, insista Jed. Enfin si, il y a Robbe-Grillet, il aurait simplement décrit le radiateur... Mais, je ne sais pas, je ne trouve pas ça tellement intéressant..." Il s'enlisait, avait conscience d'être confus et peut-être maladroit, Houellebecq aimait-il Robbe-Grillet ou non il n'en savait rien, mais surtout il se demandait lui-même, avec une sorte d'angoisse, pourquoi il avait bifurqué vers la peinture, qui lui posait encore, plusieurs années après, des problèmes techniques insurmontables, alors qu'il maîtrisait parfaitement les principes et l'appareillage de la photographie. (p.137) 
L'homme (au sens large) ne fait que passer et le héros de l'histoire s'applique à illustrer selon des techniques qui varient dans le temps (photographies, peintures, vidéos) l'émouvante capacité de la nature à effacer le passage de l'homme.

Reste à l'écrivain l'émouvante capacité à nous emporter dans son monde même s'il est légèrement désenchanté.




année sortie : 2010
405 pages
illustration d'entrée de billet : carte Michelin (détail du Loiret)

mercredi 14 août 2013

HARRISON Jim - De Marquette à Veracruz


Marquette, Michigan. David Burkett, le fils d'une riche famille descendant d'exploitants forestiers se rebelle contre son héritage en s'opposant à son père, un alcoolique vicieux. A partir de 16 ans et jusque dans sa quarantaine, il entreprend de rédiger l'histoire de sa famille et son influence sur la déforestation de la péninsule Nord, sans toutefois être capable de vivre avec une femme en dépit de toutes celles qui traversent sa vie et dont il pense tomber amoureux.
Jim Harrison décide de se glisser (et nous avec) dans la peau d'un homme sur une durée de 20 ans tandis qu'il se débat avec ses soucis existentiels pour parvenir à se faire pardonner aux yeux du monde : il décide d'écrire une sorte de biographie de sa famille.
Ce que nous ne pouvons pas contrôler est souvent comique. (p.54)
Le compte rendu méthodique des frasques de sa famille, le récit du comportement odieux de son père qui se retrouve en rupture avec sa famille après avoir violé Vera, la jeune fille de 12 ans de Jesse, son ancien camarade de guerre devenu son assistant et associé. Récit initiatique sur la filiation (mère-fils et père-fils), l'amour en général et ses incapacités, sans oublier les thèmes chers à Harrison : la nature, les chiens, le devoir de mémoire et, pour la première fois dans un roman que je lis de lui, la France y tient une belle part. Toujours beaucoup de poésie, d'inventions et d'images qui n'appartiennent qu'à l'univers désenchanté quoique réaliste mais non dénué d'un féroce appétit de la vie qui est celui que je trouve dans les écrits de l'auteur.
J'ai lu quelque part que les caveaux en ciment qui enferment les cercueils, construits selon la même technique que les fosses septiques, fuient souvent, si bien que les cercueils flottent dans l'obscurité. (p.301) 
Lecture exigeante tout de même : la prose de Jim se mérite en lui accordant une belle attention et un esprit assez ouvert.
Sans doute qu'à une certaine époque, davantage de gens étaient simplement eux-mêmes, mais sans doute que ni elle ni moi n'avions jamais essayé d'être simplement nous-mêmes. Enfin, nous étions peut-être le genre d'individus que la culture n'avait aucun mal à dénaturer. Enfants, nous étions assez fantasques pour souhaiter être un oiseau jusqu'au soir, et rien ne se perd plus aisément que le sens du jeu. (p.252)
titre original : True North
année sortie 2004
édition française en 2004 chez Christian Bourgois
traduction de l'américain par Brice MATTHIEUSSENT
480 pages
illustration d'entrée de billet : Marquette Harbor's par © John McCormick