vendredi 29 septembre 2023

Les anges noirs - Ævar Örn JOSEPSSON


LilyaCorneli & MarieMann

Oubliez la quatrième de couverture que vous lirez n'importe où sur internet : ce ne sont que des âneries mais surtout il y est donné un indice qui n'est en fait révélé qu'au milieu du roman (la "meilleure informaticienne !! vraiment ? )!

Le récit début avec deux enquêtes a priori distinctes : l'une concerne le vandalisme d'une voiture d'un PDG véreux duquel on a sans doute chercher à se venger et qui dépose plainte, l'autre celui d'une disparition soudaine d'une femme (Birgitta)  qui n'est pas revenue chercher ses enfants chez son ex mari comme prévu après le week-end. Les policiers s'attaquent donc à ses deux affaires, tandis que le chef de service s'apprête à partir en vacances en fin de semaine, laissant sa place à l'un de ses équipiers qui n'est pas le plus ancien mais le plus capable.

Birgitta (la "meilleure informaticienne") travaillait sur des programmes d'espionnages sensés faire chanter les gros pontes qui détournent de l'argent pour le placer dans les paradis fiscaux et était donc de mèche avec les services d'espionnage islandais qui cherchent à récupérer un ordinateur portable qu'elle aurait dû avoir avec elle. Le corps de Birgitta finit par être retrouvé dans une cavité inondée du tunnel du Hvalfjörður qui relie Reykjavik à la partie Nord-Ouest de l'île où elle possédait un chalet.

Reste à l'équipe de policiers (qui travaillent un peu chacun pour soi en espérant monter les échelons) la difficile tâche de la reconstitution de l'emploi du temps des protagonistes au cours de cette soirée du samedi soir où Birgitta était encore en vie dans un night club, et démêler parmi les nombreux témoignages le vrai du faux.


Voici un polar nordique qui m'a vraiment tenu en haleine bien que l'enquête soit assez longue ma foi, mais le style de l'auteur étant assez soutenu ce qui rend la lecture agréable et intéressante avec beaucoup de digression sur la psychologie des personnages dont on découvre les pensées les plus intimes dont certaine sont plutôt graveleuses ce qui auraient pu être un peu raccourcies car on avait bien compris que l'un des policiers ne pense qu'à "ça" lorsqu'il croise d'une femme ! Ce n'est que vers la fin que l'on découvre que Birgitta aura été la victime d'un drame passionnel sans aucun rapport avec son activité d'espionnage. Une enquête qui patine beaucoup car l'auteur nous emmène sur beaucoup de pistes (j'ose dire "noires") : espionnage, alcoolisme, précarité, solitude, détournement d'argent, adultères, tabagisme, etc...tout en décrivant une société plutôt morfondue qui comme tout le monde attend impatiemment les vacances pour vivre enfin. Un dénouement honorable.

roman sorti en 2003
2012 en français

Karin était douée, il l'avait compris dès le jour de son arrivée dans la section, cinq ans plus tôt. Elle deviendrait chef de brigade, au bas mot. C'était une question de temps et, toutes carte en main, elle pourrait assez vite se trouver en position de donner des ordres. Il s'attendait à vivre pareille situation avant de partir en retraite. Ce qui ne le dérangeait nullement. Il y avait pire comme supérieur.(p.59)


  • Les plus : un style soutenu et intéressant. Une étude de la société islandaise (emprise américaine sur le pays).
  • Le moins : non traduction des devises (500 000 couronnes = 3450 €)  

lundi 4 septembre 2023

Le Festin - Margaret KENNEDY


1947. Le festin est celui que veulent offrir les trois fillettes résidant à l'hôtel de Pendizack dans lequel elles sont venues passer une semaine de vacances, car elles n'ont jamais connus de fête en cette période d'après-guerre et de rationnement. Il faut dire que leur mère, veuve et sans le sou, a une façon bien à elle de décider à qui s'adressent les privations. L'hôtel est tenu par une famille désargentée qui peut ainsi continuer à espérer donner une éducation à leurs deux plus jeunes fils, l'ainé étant déjà médecin. Outre la mère indigne des fillettes qui se fait très vite remarquer par son absence de compassion pour ses filles, on y trouve une famille aristocratique et leurs 4 enfants, une célèbre femme de lettres accompagnée de son secrétaire, un couple vivant dans le souvenir de leur enfant morte et un chanoine rustre brimant sa fille complétement soumise. Ils sont servis par une femme de chambre aigrie et incompétente et par une jeune fille du village. Au fil de la semaine, tout ce petit monde va se côtoyer, se découvrir des animosités ou des intérêts et se laisser attendrir par la détermination contagieuse des petites filles qui trouveront des aides inattendues pour mener à bien leur invitation. Pendant ce temps, la falaise fragilisée et présentant d'importantes crevasses va finir par produire un éboulement en plein sur l'hôtel.



L'histoire commence par la fin, tandis qu'il faut rédiger une oraison funèbre en mémoire de ceux qui ont été ensevelis dans les décombres de l'hôtel. Bien entendu nous ne savons pas lesquels et c'est là tout l'art et la manière qu'a imaginé l'auteur qui nous détaille, chapitre après chapitre, le passé et les secrets des personnages qui ont tous une sombre histoire, une part d'ombre. Le style est superbe, on ne s'ennuie pas, on est surpris, on a envie de savoir qui en réchappe ! Les chapitres n'ont pas la même forme : tantôt des lettres, tantôt des pensées, des dialogues, des rencontres : tout est si vivant. Il y a de nombreux chapitres autour des sept enfants et leur société secrète. Aucun couple n'est unis mais pour des raisons différentes. Beaucoup de signes funestes laissent prévoir la catastrophe annoncée.

Ce roman offre un très bon moment de lecture ; si seulement la plupart des romans étaient réalisés d'une si belle façon et avec un tel style. Drame et humour y sont présents. J'ai bien aimé tenter de dénicher les indices disséminés par l'auteur qui elle, sait qui en réchappera. J'ai également noté de nombreuses références littéraires, auteurs ou personnages.





Ce voyage à Pendizack était la suprême aventure de leur vie. Elles en étaient toutes un peu ébahies. On eût dit une une histoire lue dans un livre et soudain devenue réalité. Elles auraient, une semaine auparavant tenu pour impossible d'approcher des amis comme les Gifford. A présent la barrière entre les choses possibles et impossibles semblait avoir disparue. (pages 159)


Edité en 1950 sous le titre "The feast". Traduction de l'anglais par Denise Van Moppès. Editions de la Table ronde.