samedi 13 avril 2013

CONAN DOYLE Arthur, Le pacte des quatre


Londres, 1888. Mary Morstan, une jeune femme demande l'aide de Sherlock Holmes pour parvenir à résoudre une énigme, depuis quelques années elle reçoit une belle perle d'un expéditeur anonyme, et cette fois, il s'agit de se rendre à un rendez-vous en toute discretion vis à vis de la police, afin d'entrer en possession d'une partie d'un mystérieux trésor qui aurait dû revenir à son père disparu depuis 10 ans. Holmes et son ami Watson se mettent alors en quête d'un vol de bijoux qui eut lieu il y a 30 ans en Inde par quatre bandits, qui eux-mêmes se sont fait subtiliser leur trésor. Mais l'un des quatre est peut-être sur la trace de son trésor perdu...


Une gentille petite nouvelle, fort bien écrite et distrayante, avec l'emphase habituelle du génie de Holmes mise noir sur blanc et les traits non moins attendrissants de Watson qui se préoccupe de la santé de son colocataire...
Trois fois par jour, depuis de nombreux mois, j'avais été témoin de ce geste, mais l'habitude ne me l'avait pas rendu plus acceptable. Au contraire, de jour en jour, le spectacle avait accru mon irritation et chaque soir, au fond de moi, ma consience me reprochait de ne pas avoir eu le courage de protester. (p.7, Holmes se drogue à la cocaïne)
... tout en restant sensible au charme de sa future femme. J'aime bien ce genre de lecture, simple au niveau de la fome, peu de personnages, et en même temps, soigné par les descriptions, les explications etc... Un bon moment de lecture qui donne envie de (re)lire les autres romans consacrés à Holmes.


titre original : The Sign of the Four
année sortie 1890
édition française lue aux éditions Anatolia
traduit de l'anglais par Béatrice VIERNE
180 pages
illustration d'entrée de billet : le fort Agria en Inde

vendredi 12 avril 2013

AILLON Jean (d') - L'Homme aux rubans noirs


1644. Louis Fronsac, ancien notaire et désormais propriétaire terrien, quitte de temps à autre sa seigneurie de Mercy à 6 heures de Paris, et accepte d'enquêter sur des affaires spéciales, soit par amitié pour ses amis qui lui demandent, soit pour éviter un scandale qui pourrait mettre à mal l'équilibre fragile d'une France en déficit. Louis part successivement en quête d'une lettre volée dans le coffre du coadjuteur Paul de Gondi, d'un carnet de notes manuscrit laissé par l'alchimiste Nicolas Flamel et qui contiendrait ses formules pour fabriquer de l'or, le nouveau-né abandonné d'une jeune femme recluse en religion et que sa famille désire retrouver. Louis mettra encore une fois sa vie en danger au contact des pires bandits lorsqu'il cherche à comprendre qui a battu presqu'à mort Michel Particelli d'Emery, le contrôleur général des Finances, ou encore lorsqu'il cherche à disculper Cyrano de Bergerac, accusé d'avoir assassiné un comédien.

C'est toujours un plaisir de retrouver Louis Fronsac et ses comparses, surtout Tilly, l'ancien commissaire de police maintenant procureur, beaucoup moins "sage" que Louis, mais tout aussi intéressant. On découvre les complots de toutes sortes, pour défendre une religion, ou contre le pouvoir en place (Mazarin), des magouilles, des manipulations, etc...

Jean d'Aillon mélange habillement l'Histoire avec ses éléments de fiction, ce qui permet de découvrir la manière de vivre à cette époque, ainsi que les usages de société, d'une façon détaillée et divertissante (soulignons de nombreux dialogues qui pimentent agréablement le récit).
- Non ! Mlle Molé n'est pas retenue contre son gré ! cracha la prieure. Je vais la faire chercher et elle vous dira elle-même qu'elle veut rester parmi nous. Elle le dira haut et fort, devant mes témoins  ! Accepterez-vous alors sa décision ?
- Bien évidemment ! mentit Louis qui avait été à bonne école avec Mazarin, qui lui avait souvent déclaré : il n'y a pas d'inconvénient à promettre ce qu'on n'envisage pas de tenir. (p.372)
On découvre un Paris bien repoussant, aux rues de boue et de crottin. Mais aussi des personnages qui, bien qu'instruits, s'en remettaient volontiers à des croyances de magie noire, n'hésitant pas à souffrir le martyr dans l'espoir de racheter leur péchés. J'ai bien ri lors de certains passages tels que celui-ci :
Ils empruntèrent un corridor qui les conduisit au bâtiment central, lequel était assez étroit et donnait sur le grand jardin, de l'autre côté de la cour. Les pièces qu'ils traversèrent étaient richement décorées. Les grosses poutres des plafonds étaient peintes et ornées de motifs en guirlande. Des boiseries lambrissées couvraient tous les murs.
L'argent qui manquait à la France ne faisait pas défaut au trésorier de l'Epargne, songea Louis avec dépit. (p.452)

Hôtel de La Bazinière - gravure de Jean Marot vers 1658

Dans ce gros volume (plus de 500 pages), Jean d'Aillon réussit de nouveau à nous projeter au coeur d'une société plurielle : nobles, ouvriers, artisants, hommes d'Eglise parfois sans Foi, femme parfois sans loi et pas forcément soumises. Très intéressant !

année sortie 2010
edition JC LATTES
575 pages en 5 parties :

  1. La lettre volée
  2. L'héritier de Nicolas Flamel
  3. L'enfaçon de Saint Landry
  4. Le maléfice qui tourmentait M.d'Emery
  5. La confrérie de l'Index

illustration d'entrée de billet : L'enfer (détail du triptyque "Le Jardin des délices") de Jérôme Bosch

mardi 2 avril 2013

SOLJENITSYNE Alexandre - Le Pavillon Des Cancéreux


1955, dans une ville d'Ouzbékistan, un haut fonctionnaire arrive au pavillon des cancéreux et fait connaissance avec ses voisins de lit. Tous sont d'origines différentes et font face d'une manière presque égale à la maladie : avec crainte. Les uns sont opérés, les autres sont soignés par la radiothérapie, et parfois aussi leur tumeur régresse grâce à de mystérieuses piqûres qui les détraquent. Tous se rattachent à ce qu'ils connaissent de la vie, la façon dont ils ont vécu jusqu'àlors, et ce qu'ils envisagent de leur avenir. Les malades ainsi que le personnel médical qui les entourent jour ou nuit.
Pour le médecin, c'était l'aveu de son impuissance, de l'imperfection de ses méthodes ; mais pour le coeur du médecin, c'était la pitié, la pitié la plus banale : voilà un Tatar nommé Sigbatov, si doux, si gentil, si triste, tellement capable de gratitude, et tout ce qu'on pouvait faire pour lui, c'était prolonger ses souffrances. (p90)
Voici un livre aperçu sur une étagère "passe livre" (opération de cross-booking) à la Maison du Livre de Nouvelle-Calédonie à Nouméa et je n'ai pas résisté à la curiosité de découvrir cet auteur que je n'avais jamais lu. Je ne le regrette pas car ce roman est magnifique, je l'ai lu presque d'une traite car impossible de lâcher cette histoire qui relate deux mois de soins, souffrances et espoirs des "locataires" du pavillon, mais également les troubles qui envahissent parfois les médecins et infirmières, le tout dans un contexte politique mouvant qui inquiète les uns (les abuseurs) et redonnent espoirs aux autres (les injustement brimés). L'humour n'est pas absent de ce livre, bien au contraire ! Et le style est tout à fait accessible, direct, agréable et touchant sans être larmoyant.
Elle laissait encore beaucoup de travail à faire, des crachoirs à nettoyer ; on aurait pu aussi laver le plancher dans le vestibule ; mais Zoé regarda son large dos et se contint. Elle ne travaillait pas depuis si longtemps elle-même, mais elle commençait à comprendre ce regrettable principe : à ceux qui bossent, on demande toujours double, à ceux qui ne font rien, on ne demande rien. (p.50)
Nous découvrons en effet la société poststalinienne : les uns "bourreaux" - dénonciateurs assez satisfaits de leurs actes passés d'ailleurs, les autres victimes résignées. Très intéressant !

Mais tout n'est pas noir ou gris : car l'amour s'inscruste dans le pavillon où la mort se répand.
"Allons, faites-moi des compliments, dit-il en se relevant.
-Je vous en fais." Elle eut un sourire. Triste. "Faites votre promenade."
Et elle partit en direction du pavillon.
Il avait les yeux fixés sur son dos blanc. Deux triangles-celui du haut, celui du bas.
Comme il était devenu sensible à toute marque d'attention féminine ! Sous chaque mot il croyait deviner plus qu'il n'y avait, après chaque geste il attendait le suivant.
"Véga ! Vé-ga ! prononça-t-il à mi-voix, s'efforçant de la suggestionner de loin. Reviens, tu entends ? Reviens ! Au moins, retourne-toi !"
Mais en vain. Elle ne se retourna pas. (p.323)
Impossible d'être indifférente aux sentiments naissants qui se tissent entre Oleg le relégué arrivé presque mourant et son médecin Véra, la solitaire tellement confiante dans les résultats de sa pratique.
Elle était prise dans d'étranges fils vivants qui, tels de longs cheveux de femme, s'étaient accrochés à elle et l'enlaçaient à ce malade. Et elle était seule à ressentir la douleur quand ces fils se tendaient et se cassaient, tandis que lui n'avait pas mal, et alentour personne ne le voyait.  Le jour où Véra avait eu vent des scènes nocturnes avec Zoé, cela avait été comme si d'un seul coup on en avait arraché toute une touffe. Et peut-être qu'il aurait mieux valu en finir à ce moment-là. Par cette secousse, on lui avait rappelé la loi qui veut que les hommes n'ont pas besoin de femmes de leur âge, mais de femmes plus jeunes. Elle n'aurait pas dû oublier que son temps était passé, bien passé. (p.602)
Et, longtemps après avoir refermé le livre, dansent devant nos yeux fermés la petite silhouette de Véra et celle plus grande d'Oleg, en espérant qu'elles se sont peut-être retrouvées.

A lire ! à recommander ! D'autant que le roman fut inspiré par le vécu de l'auteur qui donne au personnage d'Oleg sa propre expérience. 


titre original : Раковый корпус (Rakovii Korpus)
année sortie 1967 (roman écrit entre 1963 et 1967)
édition française en 1968 (Julliard)
700 pages
traduction du russe par Alfreda en Michel COUTURIER, Lucile et Georges NIVAT et Jean-Paul SEMON
illustration d'entrée de billet : une radiographie des années 1950