samedi 11 juin 2016

UNE JOURNÉE D'IVAN DENISSOVITCH - Alexandre SOLJENITSYNE


Cinq heures du matin. Ivan Denissovitch, "Choukhov", incarcéré dans un camp de travail, se réveille fiévreux en cette froide journée d'hiver et se demande comment il va tenir jusqu'à la fin du jour sans aller à l'infirmerie. Cela fait 8 ans qu'il est emprisonné, et ses chances de sortir sont quasi nulles : personne n'est jamais sorti. Surpris encore au lit par un surveillant qui le punit, il commence sa journée par une corvée avant d'aller voir le médecin qui lui refuse le repos et le renvoie au travail. Heureusement, Choukhov est une force de la nature et malgré ses douleurs, il se démène avec ses camarades pour construire un mur. A la fin de la journée, Choukhov est satisfait d'avoir réussi à survivre tout en manigançant pour grappiller de la nourriture ou des cigarettes. Choukhov restera 10 ans et 3 jours dans son goulag (les 3 de plus à cause des années bissextiles).


Inspiré par sa propre expérience, Soljenitsyne décrit les pensées lancinantes qui surnagent dans le gouffre au fond duquel il est tombé lorsqu'il a été envoyé aux travaux forcés. C'est lors de sa cinquième année de goulag, que l'auteur conçoit ce récit qui met en scène un double de lui-même, débrouillard, respectueux de ses comparses, et prompt à la recherche de toute manière d'éviter la faim ou le froid qui sévissent dans les camps aussi pugnaces que les mauvais traitements, la malpropreté et une certaine cruauté des habitudes. Certains passages ne sont pas exempt d'un humour timide qui montre à quel point même en captivité, l'homme garde une forme d'espoir en se détachant de certaines contingences matérielles.

Un classique de la littérature étrangère que je recommande mais que j'ai mis du temps à achever, moins intéressant que LE PAVILLON DES CANCEREUX que j'ai vraiment adoré et dévoré.

Et dire qu'il existe de ces fainéants qui s'en vont, sans que personne les oblige, courir dans les stades, à qui ira le plus vite. Faudrait les faire cavaler comme nous, ces cocos là, après toute une journée de travail, les reins encore tout cassés, avec des moufles mouillées, des bottes de feutres usées, et au froid par dessus le marché. (p.167)



Один день Ивана Денисовича
année de sortie 1962
lu en broché
250 pages


illustration d'entrée de billet : © Daehyun Kim

samedi 4 juin 2016

SATANACHIAS - LARTAS Christophe


1ère partie : SATANACHIAS (4 récits)

1-Satanachias _ Un homme parcourt le monde à la recherche du créateur mais la personne qu'il trouve n'est pas ce qu'il imaginait...
Tu me cherchais l'homme ? Me voici. Comme tous les autres que tu as pu apercevoir çà et là, tu penses avoir d'excellentes raisons pour me déranger ? pour t'introduire jusqu'ici de sorte à me dévisager ? Mais avant de poser d'éventuelles questions, réfléchis bien, car si je les juge idiotes ou fastidieuses tu finiras, de même que tous ceux qui t'ont précédé au cours des siècles et des millénaires, dans ces décorations bariolées et quelques peu macabres que tu viens d'examiner, ébahi au possible. (p.24)
2-Un cycle _ Sur une planète surpeuplée, les animaux et végétaux prennent leur revanche.
Le monde n'était plus du tout tel que nous l'avions connu - et, hélas ! tant aimé... Le monde n'était plus qu'une marée montante d’irrationalité malveillante et malsaine qui nous noyait sous ses vagues de délires surgies droit de l'hostile nuit des temps et de nos cauchemars les plus tabous. (p.67)
3-Marssygnac _ Parvenu au terme d'une longue marche, Marssygnac gravit enfin les marches d'une mystérieuse tour.
Quoiqu'il en fût Marssygnac ne cessa d'avaler les marches durant des heures et des heures, et c'est à peine s'il puisait de temps à autre un peu de fruits secs dans sa besace de cuir ou buvait par-ci par-là une gorgée d'eau à sa gourde mêmement de cuir tant il ne se ressentait pas de la fatigue de cette si longue journée. (p.91)
4-Megalopolis _ Dans une cité où vivent, d'un côté les nantis dans une confortable zone surveillée, et les autres, livrés à la maladie, la mort, les insectes et divers animaux et les immondices toujours plus envahissants, un homme se méfiant de ses congénères cherche à quitter la ville pour un ailleurs où il espère vivre enfin normalement.
Et chaque fois que je m’efforçais d'observer leurs visages ou leurs corps avec calme et impartialité, toute idée de sexe ou d'amour, voire de simple sympathie, semblait devoir me quitter sans retour. (p.110)

2ème partie : HOWARD PHILLIPS LOVECRAFT bloc d'éternité (7 proses)

7 poésies en prose dédiées à Lovecraft, au mythe de Cthulhu et ses nombreuses créatures.



Heureuse surprise que ce livre où je renoue avec le fantastique délaissé depuis quelques années grâce à la plume formidable de Lartas, qui serait un mélange de Houellebecq et de Rimbaud.

Megalopolis a ma préférence : il m'a fait songer à La Femme des sables de KÔBÔ Abe avec cette frénésie de vouloir à tout prix s'échapper sans savoir que c'est impossible... L'histoire met en scène un homme désirant échapper à une ville maudite et déshumanisée où grouillent toutes sortes de bestioles, maladie et dégénérés. Après avoir entrepris sa fuite et échapper à de repoussantes créatures, il retourne contraint et forcé à la case départ pour y vivre quelque chose de plus épouvantable que ce qu'il a quitté.

Vengeance de la nature, des animaux, des dieux sur les hommes conquérants qui se croient supérieurs, voilà le fil rouge de ce volume qui se lit facilement car les différents histoires qui le composent sont courtes.

J'ai également trouvé que les histoires pouvaient se (re)lire sur une échelle moins "fantastique" si l'on repositionne les récits au niveau contemporain de nos fléaux : la pollution, les OGM, le scandale des abattoirs, les savants fous, les épidémies, etc...

Pour la dernière partie consacrée à Lovecraft dont je ne suis pas une grande adepte, j'ai été moins touchée que pour la première dans laquelle j'ai pu m'immerger dans une macabre poésie désenchantée.
J'étais ainsi dans l'obligation de me retrouver face à moi-même, et, vu l'incurie morale dont je faisais preuve depuis belle lurette, cela m'était aussi peu plaisant, en somme, que d'endurer jour et nuit la psyché pathologique des habitants de la cité. (Megalopolis)






année de sortie 2016
Edition de l'Abat-Jour
214 pages


illustration d'entrée de billet : Chulhu par Sharksden (sur Deviantart)