samedi 28 décembre 2013

AILLON Jean (d') - Rome 1202


France, 1202. Bartolomeo et sa soeur Anna Maria reçoivent une invitation du Pape Innocent III pour rentrer en possession du domaine de Ninfa dont ils ont hérité de leur père. Etonnés mais enthousiastes, ils pensaient en effet que le Pape était fâché contre eux après qu'ils aient failli à une mission de confiance à la suite de laquelle ils ne sont pas rentrés en Italie, les héritiers se mettent en route pour Rome mais Guilhem d'Ussel leur ami ne les regarde pas partir sans crainte et se met en tête de les suivre. Heureusement car il s'agit bien d'un traquenard et ce ne sera pas le dernier durant les 6 mois que durera leur aventure romaine dans un pays où les familles sont prêtes à tout pour s'approprier ou garder le pouvoir ; où d'autres sont prêts à renier la leur pour vivre leur amour.

Nous avons découvert la jeunesse de Guillem dans "DE TAILLE ET D'ESTOC" et c'est avec grand plaisir que je retrouve le héros du moyen-âge aux prises avec les barons romains et autres prélats tous plus rapaces les uns que les autres. Heureusement tous les personnages ne sont pas complètement véreux et certains sont même des alliés de prix, comme le célèbre Robin Hood lui-même.
Apercevant Claricia dans la foule des spectateurs, Bertoldo s'était mêlé à la plèbe pour attester son courage. Avec un simple couteau, il avait égorgé quatre cochons sauvages. L'usage était que les hommes rapportent les intestins des victimes à leur compagne pour prouver leur virilité. Bertoldo ne pouvant offrir les boyaux à Claricia, il les avait brandis devant la jeune fille, émue par ce beau témoignage d'amour. (p.83)
Jean d'Aillon nous conte une histoire puissante, fait revivre le moyen-âge (habitudes, repas, vocabulaire, etc.) comme si on y était sans les odeurs ! Un style précis, beaucoup d'humour aussi pour contrebalancer quelques détails de scènes particulièrement atroces.
- Plus tard, les Romains ont utilisé cette falaise pour punir les traîtres en les précipitant dans le vide, ajouta Ricardi. Le rocher est creusé de caves et cryptes qui servaient de prison et celliers.
Les chèvres devaient être intéressées par cette discussion, car elles suivaient les trois hommes en chevrotant. (p.305)
Très intéressante plongée dans le moyen-âge qui n'était pas toujours courtois !
- Je ne suis pas romain. Vous ne me faites pas confiance et je le comprends. Ecoutez néanmoins ma proposition. Ceux qui me suivront mangerons à satiété, pourront se laver et se soigner. Je vous armerai et vous offrirai un cheval. L'expdition se déroulera dans quelques jours. Certains y trouveront la mort, mais ce sera au moins les armes à la main. Les autres seront libres si nous sommes victorieux. Quand à ceux qui resteront ici, ils seront confiés au Saint-Père.
- Une fois dehors, pourquoi resterions-nous avec vous ? s'enquit une voix se voulant ironique.
- Parce que s'il y a une désertion, une seule, vos compagnons pourriront à jamais dans ce trou.
Quelques murmures s'élevèrent jusqu'à ce que le barbu aux poux déclare :
- J'en suis ! (p.308) 

année de sortie 2013
édition Flammarion
430 pages
illustration d'entrée de billet : © Frederic William Burton

samedi 21 décembre 2013

NOTHOMB Amélie - La nostalgie heureuse


Février 2012. Pour les besoins de l'émission "Empreintes" de France 5, l'auteur entreprend une sorte de pélérinage au Japon où elle ne s'est pas rendue depuis 16 ans. L'occasion pour elle de revoir Nishio-san, la nounou japonaise qui fut sa "mère", de rencontrer la traductrice de "Métaphysique des tubes" qu'un éditeur japonais vient de sortir (Nothomb n'avait pas été publiée dans le pays depuis son "Stupeur et Tremblements"), et de retrouver quelques heures, Rinri son ancien fiancé. Toutes les preuves de son existence passée au Japon sont bonnes à récupérer car l'auteur craint que ses souvenirs d'enfance au Japon ne soient qu'une fiction.
J'aimais bien les livres de Nothomb dans ses débuts, les deniers moins, je ne les achète plus. J'ai emprunté celui-ci en bibliothèque hier vendredi et ça y est je l'ai fini tout à l'heure. Le récit est sans surprise, à peine émouvant et c'est bien dommage car il y a quelques beaux passages qui sont malheureusement trop superficiels, ses rencontres sont puissantes, du moins on le suppose, mais le compte-rendu qui est est fait ici retombe comme un soufflet. C'est comme si ce roman ressemblait à un vol d'oiseau à la surface d'un lac, mais jamais l'oiseau ne pique son bec dans l'eau pour attraper le petit poisson qui file.
Rinri a désormais mon numéro de téléphone à Paris. Hier soir, sur mon répondeur, j'entends une voix d'homme qui dit qu'il se réjouit de me revoir. L'espace d'un instant, je me demande de qui il s'agit. Ensuite, tout me revient ; l'effet est aussi bizarre que si j'avais vécu deux vies. (p.30)   

année sortie 2013
édition Albin-Michel
140 pages
illustration d'entrée de billet : temple Senso-ji (photo personnelle)

jeudi 19 décembre 2013

STEN Viveca - La reine de la Baltique


L'été sur une île de l'archipel face à Stockholm. Le corps d'un homme est retrouvé sur la plage, il a séjourné plusieurs mois dans l'eau. L'inspecteur Thomas Andreasson connaît bien l'île pour y avoir passé les étés de son enfance et il y mène son enquête, laquelle pourrait bientôt se conclure par un banal accident. Mais bientôt, le corps de la cousine qu'il vient d'interroger est retrouvé dans une pension sur l'île, elle aurait subit des violences. Thomas, aidé de sa bonne copine d'enfance Nora qui réside sur l'île pendant les vacances, se met en quête de trouver les preuves d'une affaire de contrebande, la première victime travaillait en effet pour le Systembolaget (sorte de magasin "Nicolas" nationalisé). Quand un autre homme est retrouvé noyé, l'affaire se complique : les deux premières victimes n'étaient jamais venues sur l'île mais la dernière victime ne l'avait pratiquement jamais quittée. Rien ne semble rattacher les 3 victimes mais l'enquête doit aboutir car la belle saison bat son plein et l'île est fort fréquentée par du beau monde, à commencer par des têtes couronnées qui participent aux régates. 
Alléchée par des critiques fort élogieuses (il me semble avoir lu ce titre dans les pages littéraires du "Monde" !!!), j'étais curieuse de découvrir ce roman n° 1 des ventes en Suède et je l'ai emprunté à la bibliothèque. J'aurais dû être alertée lorsque j'ai lu sur la 4ème de couverture que l'auteur est la rivale de Camilla Läckberg qui ne m'a pas du tout impressionnée (rappelons-nous le plus que moyen "Cyanure"). Le style est plat, rien de remarquable, l'intrigue complètement tirée par les cheveux (trop de hasard tue le hasard) et en plus, on sait pratiquement dès le début de quoi il est question !
Elle n'avait demandé que ce qu'il lui revenait de droit. Ni plus ni moins. Elle savait ce qu'elle savait et demain elle y retournerait. Il faudrait bien arriver à se mettre d'accord. Elle n'avait pas dit son dernier mot...(p.64)
Le côté positif de cette lecture reste la découverte de la vie à la suèdoise, dans une île qui pourrait ressembler à l'île de Ré et ses maisons de famille devenues hors de prix, ses plages fréquentées en été et pratiquement désertes l'hiver, avec à son large le phare de Grönskar également nommé "La reine de la Baltique". J'ai bien aimé certains passages brossant le portrait de la mère active qui met en berne sa carrière au profit de celle de son mari, de la qualité de vie de ses enfants, beaucoup de choses assez justes. Le côté "polar" reste tout de même largement râté ; on est très loin des intrigues à la Henning Mankell, sans parler de son style très particulier que j'aime beaucoup. Rien dans ce roman ne fait lever les yeux des pages pour soupirer et se dire "c'est beau !".

En résumé, un pauvre polar mais une plongée intéressante dans la culture suédoise.



titre original : I de lugnaste vatten
année sortie 2008
édition française en 2013
éditions Albin-Michel
380 pages
traduction du suédois par Rémi CASSAIGNE
illustration d'entrée de billet : Le phare de Grönskar peint par Elias Sehlstedt

mercredi 11 décembre 2013

HARRISON Jim - L'été où il faillit mourir


3 nouvelles.
L'été où il faillit mourir
Chien Brun, un métis indien, a la garde de ses beaux-enfants tandis que la mère est incarcérée (il l'a épousée pour éviter d'aller lui-même en prison). Il refuse de laisser les services sociaux placer sa belle-fille en institut pour déficients mentaux et décide de partir avec elle au Canada tandis que son frère, très intelligent ira au collège.

Épouses républicaines
Martha cherche à se venger de Daryl son amant irresponsable en tentant de l'empoisonner. Elle se réfugie ensuite au Mexique dans l'attente des nouvelles de son acte et est bientôt rejointe par Frances et Shirley, ses deux meilleures amies, qui furent elles aussi les maîtresses de Daryl, un pseudo poète-écrivain raté mais charmeur qu'elles ont rencontré alors qu'ils étaient tous à l'université. Daryl, entre autres choses, n'a pas hésité à envoyer à chacun des époux de ces femmes aisées mais insatisfaites, une photo d'elles nues. Daryl n'est pas mort de l'empoisonnement mais va porter plainte et dans l'attente de la confrontation, les trois amies confient leurs états d'âme.

Traces
Jim Harrison parle de son enfance, ses passions pour l'art, la littérature, la France. Et de son travail aléatoire d'écrivain.
Lorsqu'il marchait dans les rues d'East Lansing, à une dizaine de kilomètres seulement de chez lui, mais très loin de New York, il avait au moins la consolation de rencontrer d'autres jeunes gens qui lisaient des livres et qui aimaient l'art, y compris les premières jeunes femmes autres que sa soeur Judith. (p.248).

Encore un beau recueil de nouvelles. Excellent cru comme une bouteille de bon vin. Vous savez que je lis toutes les oeuvres d'Harrison, patiemment, depuis quelques années. Nous retrouvons ici Chien Brun, un homme dont on ne sait vraiment décider s'il mérite d'être apprécié tellement il a beson d'être toujours assisté ! Chien Brun est une sorte de héros récurrent dans les nouvelles de JH. D'abord apparu en 1990 dans le recueil "La femme aux lucioles", on le retrouve en 1994 dans Julip, puis en 2005 dans ce présent recueil et enfin en 2009 dans "Les jeux de la nuit". La seconde nouvelle qui est en fait 3 récits à la première personne, donnés par les 3 amies héroïnes se font suite et permettent de donner à chacune sa version des choses et la manière dont elles prennent la vie à bras le corps. La dernière nouvelle est une réelle autofiction de l'auteur qui dévoile comme dans "En marge (2002) son enfance et les débuts de ses premières passions. Lire la vie de Jim Harrison c'est découvrir un héros à la Paul Auster. Un jeune homme quitte sa terre natale pour New York seulement muni d'une valise en carton ficelée par son père et la tête remplie d'espérances.
On se réveille seulement par à-coups du sommeil limité de la jeunesse, cette transe perplexe d'hormones et d'études, de lectures et de rêveries. (p.236)
Jim Harrison je vous aime tant ! Découvrir toutes mes lectures de l'auteur reprises dans le site qui lui est consacré : Jim Harrison


titre original : The Summer He Didn't Die
année sortie 2005
édition française en 2006 (Bourgois)
315 pages
traduction de l'anglais (Amérique) par Brice MATTHIEUSSENT
illustration d'entrée de billet : © Thomas Ehretsmann "Conversation"