vendredi 22 juin 2012

MURAKAMI Haruki - Autoportrait de l'auteur en coureur de fond


L'auteur relate les motivations qui l'ont conduit à entreprendre la course à pieds comme moyen de se garder en forme, mais aussi comme véritable équilibre à sa capacité d'inspiration pour son oeuvre littéraire.
Il m'a fallu trois heures et cinquante et une minutes pour courir d'Athènes à Marathon. Ce n'est pas franchement un bon temps, mais en tout cas, j'ai été capable de faire toute la course seul, avec pour unique compagnie une circulation folle, une chaleur inimaginable et cette soif atroce. Je suppose que je devrais être fier de ce que j'ai accompli, mais là, tout de suite, je ne m'en soucie pas. Ce qui me rend heureux dans l'instant est de savoir que je n'ai plus à courir. (p.86)
Je voulais lire ce livre depuis pas mal de temps, voilà qui est fait et je ne regrette pas ces quelques heures de lecture, beaucoup plus agréables qu'une préparation de marathon, du moins pour moi qui déteste courir. Il n'est d'ailleurs pas du tout indispensable d'aimer la course pour apprécier les réflexions de l'auteur sur sa recherche d'explications concernant ses motivations pour réussir les épreuves qu'il s'impose (marathon ou triathlon). De très beaux passages, comme souvent chez Murakami.
Aujourd'hui encore, lorsque je cours dans Jingu Gaien ou dans Asakasa Gosho, le souvenir de ces coureurs me revient parfois en mémoire. Je tourne à un coin, et c'est comme si j'allais les voir s'avancer vers moi, courant en silence, leur souffle blanc dans l'air du matin. Et chaque fois je me dis : eux qui se sont soumis à un entraînement tellement rude, où ont disparu leurs pensées, leurs espoirs et leurs rêves ? Quand les gens disparaissent, leurs pensées s'évanouissent-elles aussi ? (p.97)
Au final, un livre hautement recommandable pour qui envisage de se poser des questions existentielles sur les motivations en général et la manière de faire face à son propre ego. Un bel exercice de style.


titre original : Hashiru koto ni tsuite kataru toki ni boku no kataru koto (2007)
210 pages
édition française 2009 par Belfond
traduction du japonais par Hélène MORITA
illustration d'entrée de billet : "Pheidippides" par James Gleeson (1967)

mercredi 13 juin 2012

WHARTON Edith + LOVECRAFT HP + BROWN Frederic - Histoires sanglantes / Bloody tales


1-L'ensorcelé / Bewitched (Edith WARTHON)


Affrontant la neige, trois personnes se dirigent vers la maison du couple Rutledge vivant reclu. L'épouse explique à ses visiteurs, venus à sa demande, que son mari est ensorcelé par la fréquentation de son ancienne fiancée revenue d'entre les morts. Comment faire pour s'en débarrasser ?
-Mais mon vieux, si elle t'entraîne toujours là-bas, est-ce que tu n'es pas assez fort pour ne pas t'approcher de la maison ?
Pour la première fois Rutledge tourna péniblement la tête vers son interlocuteur. Un sourire spectral apparut sur ces lèvres incolores. "Ca ne sert à rien. Elle me suit"...

Petite histoire sans prétention, qui personnellement m'a laissée sur "ma faim" avec un épilogue un peu tiré par les cheveux.


2-The Shunned House / La maison maudite (HP LOVECRAFT)


Deux hommes, le narrateur et son oncle le Dr Whipple, enquêtent sur les causes qui font d'une maison un lieu de désolation et de mort. Après la mort surnaturelle de l'oncle, le narrateur trouve un moyen de se débarrasser du mauvais esprit.
Avec mes camarades, nous passions en hâte devant cette maison et je me rappelle encore mes terreurs enfantines, non seulement devant l'étrangeté morbide de cette végétation sinistre, mais également devant l'atmosphère et l'odeur singulières de cette maison en ruine dont nous franchissions souvent la porte, qui n'était pas fermée à clé, en quête de frissons.
Je ne suis pas fan de la prose de HP Lovecraft. Déjà, j'avais été légèrement déçue par ses Montagnes hallucinées car je m'attendais à mieux. Ici, je trouve que 54 pages pour en arriver là, c'est trop, tout comme il a de trop nombreux personnages aux noms improbables très difficiles à "matérialiser", si je puis dire. Reste une chute digne du film Ghostbusters : c'est vraiment l'impression que j'ai eue donc, sourire. 

3-Blood / Du sang (Frederic BROWN)


Un couple de vampire ayant construit une machine à voyager dans le temps cherchent un lieu dans l'avenir où ils ne seraient plus pourchassés. Ils le trouvent mais vont-ils pour autant survivre ?
Ils s'étaient déjà arrêté à quatre reprises et, chaque fois, ils avaient échappés de peu à la mort, car leur existence n'avaient pas été oubliée.
Très bonne histoire, très belle chute, en deux pages ! bravo !



Avis général :

Un recueil en format bilingue : page de gauche en anglais, celle de droite en français (c'est pourquoi j'ai divisé le nombre de pages de chaque récit par deux en bas de cet article) ce qui fait un très bon exercice de lecture pour qui décide de se mettre à la langue de Shakespeare (ce que je suis en train de faire).

Merci à ma chère Malice qui m'a offert ce bouquin que j'ai lu avec plaisir, même si les histoires en elles-même ne m'ont pas parues exceptionnelles, exceptée la dernière !


1-Bewitched / L'ensorcelé - 34 pages - date de 1926 (du recueil "Here and Beyond") - traduction de l'américain par Florence LEVY-PAOLONI révisée par Yann YVINEC

2-The Shunned House / La maison maudite - 54 pages - date de 1924 - traduction de l'américain par Yves RIVIERE révisée par Yann YVINEC

3-Blood / Du sang - 2 pages - date de 1955 - traduction de l'américain par Jean SENDY, révisée par Thomas DAY et Yann YVINEC

préface de Yann YVINEC
illustration d'entrée de billet : cimetière (origine inconnue)