vendredi 7 novembre 2014

WOOLF Virginia - Monday or tuesday

Des mots comme des tableaux


8 mini-récits ou nouvelles.

1- A haunted house _ Une maison hantée (4 pages)

Un narrateur observe un couple de fantômes, imagine ce qu'ils se disent et s'attendrit de voir à quel point ils sont attachés à la maison et aux souvenirs qu'ils y ont laissés.
"C'est ici que nous dormions" dit-elle. Et lui d'ajouter : "Que de baisers." "Le matin au réveil..." "Au jardin..." "Quand venait l'été...". "L'hiver par temps de neige..." Les portes se ferment une à une au lointain, battant doucement comme un cœur qui bat. (p.29)

2-A Society _ Une société (27 pages)

Le père d'une jeune femme annonce à celle-ci qu'elle héritera à condition de lire tous les livres de la London Library. Devant une telle injustice, ses amies promettent de ne plus faire d'enfants tant qu'elles ne seront pas convaincues que les hommes agissent pour rendre le monde meilleur.
C'est ainsi que nous avons fondé notre société de questionneuses. L'une d'entre nous devait aller visiter un navire de guerre ; une autre se cacher dans le bureau d'un universitaire ; une troisième assister à des réunions d'hommes d'affaires ; et toutes, nous devions lire des livres, voir des tableaux, aller au concert, parcourir les rues en ouvrant l’œil, et poser des questions en permanence. (p.43)

3-Monday or Tuesday _ Lundi ou mardi (2 pages)

Formes, couleurs et cris se confondent dans un tableau kaléidoscope, comme une allégorie des expériences visuelles ou sonores, qui nourriront, plus tard, l'écrivain.
Jaillis de profondeurs ivoirines, les mots répandent leurs ténèbres et leurs bouquets pénétrants. (p.91)

4- An unwritten Novel _ Un roman à écrire (22 pages)  

Dans un compartiment de voyageurs, la narratrice observe ses compagnons, particulièrement une dame, et invente sa vie, et même une identité, jusqu'à ce que la réalité lui révèle un peu plus que son imagination.
"Je vais rester à côté de ma valise, m'dame, c'est plus prudent. Il m'a dit qu'il viendrait me chercher... Ah, le voilà ! C'est mon fils." (p.135)

5- The String Quartet _ Le quatuor à cordes (8 pages)  

Une salle de concert, une symphonie de Mozart est source de digression sur l'art, les rêveries en général et les superficialités mondaines.
Voici les amoureux sur l'herbe.
"Daignez, madame, prendre ma main...
- Messire, c'est mon coeur que je voudrai vous confier. D'ailleurs, nous avons laissé nos corps dans la salle des fêtes. Ceux que vous voyez sur le gazon sont les ombres de nos âmes. (p.151)

6- Blue and green _ Bleu et vert (2 pages)

Observation sensorielle au travers d'un lustre au reflet vert et d'une marine aux tons océans.
Leurs taches bleu acier éclaboussent la ferraille rouillée de la plage. (p.161)

7-Kew gardens (12 pages)

Observations dans un jardin de roses.
Puis la brise fraîchit un peu dans le ciel, et la couleur jaillit dans les airs, emplissant les yeux des hommes et des femmes qui se promènent à Kew Gardens en juillet. (p.167)

8- The mark on the wall _ La marque sur le mur (15 pages)

Le narrateur observe une tache sur un mur, peut-être légèrement bombée, et cogite en imaginant ce que cela peut-être avant de découvrir qu'un escargot est en train d'avancer sur le mur.
Si la marque provenait d'un clou, il ne pouvait avoir servi à suspendre un tableau, plutôt une miniature - le portrait d'une dame aux boucles poudrées à frimas, aux joues finement enfarinées et aux lèvres purpurines. (p.193)


Livre en édition bilingue anglais-français, page en vis à vis (pratique pour ceux qui veulent lire en VO mais qui n'ont pas beaucoup de le vocabulaire). J'ai choisi ce livre en "coup de coeur" parce que j'avais déjà lu Virginia Woolf, que je suis sensible à sa poésie, sa prose.

Ce roman rassemble des petits récits assez inégaux en terme d'intérêt. Je ne peux pas vraiment me prononcer sur des textes de 2 pages. J'ai préféré "une société" qui montre pour moi le talent, l'humour et une certaine distance avec les usages de la société de la part de l'auteur. Je ne parlerai pas ici de tout le contexte de publication du roman. J'ai juste envie de conseiller ce livre à ceux qui ont envie de lire quelque chose de différent, qui a du style, au sens propre du terme.


titre original : Monday or Tuesday
année sortie 1921
édition française en 2012 (Gallimard)
mon livre est une édition de 2014
92 pages
traduction de l'anglais par Michèle RIVOIRE
illustration d'entrée de billet : Rachel Russell par Landseer

dimanche 2 novembre 2014

MANKELL Henning - Une main encombrante

Une histoire d'os


Scanie, 2012. Wallander rêve d'avoir un chien et d'acheter une maison pour ses vieux jours. Son collègue Martinsson évoque la maison de son oncle par alliance et Wallander accepte d'aller la visiter dans l'espoir que le prix demandé ne sera pas au-dessus des ces moyens financiers car elle est située dans une zone résidentielle très prisée en bordure de mer. Lors de sa visite, son pied heurte quelque chose dans l'herbe et découvre qu'un squelette est enterré dans le jardin. Les analyses permettent de dire que le corps est enterré là depuis plus de 60 ans. Wallander décide de découvrir l'identité de la mystérieuse victime, une femme d'une cinquantaine d'années.
Wallander eut comme un frisson de joie. Était-il sur le point d'obtenir la maison dont il avait si longtemps rêvé ? Pas loin de chez son père, en plus, où il avait passé tant de temps...(p.25)


Au départ, Mankell écrit cette histoire pour un scénario de la série des Wallander anglais avec Kenneth Branagh (sur la BBC). Il décide de remanier le texte qui se place dans la chronologie des romans juste avant "L'homme inquiet" qui est la dernière aventure de son héro. Une bonne histoire qui fait penser à une enquête de la série Bones (qui reste ma série préférée de tous les temps !). Un bon roman policier entre Ystad et le bord de mer où l'on retrouve sa fille Linda, découverte dans le roman "Avant le gel" et Stefan, le héros dans "Le Retour du professeur de danse". Wallander est sur plusieurs pistes mais les témoins sont morts, ou bien vieux à présent, pour des événements qui se sont passés durant la guerre mondiale. Bien sûr, Wallander, de rebondissement en rebondissement, découvre le pot aux roses.

A la fin du roman, l'auteur évoque la genèse de son héros qui trouve sa place parmi ses autres publications, et nous offre ses réflexions sur la manière dont il a fait évoluer son Kurt Wallander, sorte de double de sa personnalité, ainsi que les raisons des thèmes abordés dans ses romans.
A lire !!!

titre original : Handen
année sortie 2012
édition française en 2014
traduction par Anna GIBSON (Seuil)
150 pages
illustration d'entrée de billet : Löderup en Scanie