ENQUIST Anna - Le retour


Angleterre, années 1770. Elizabeth Cook espère que son époux James une fois de retour de sa deuxième expédition restera pour de bon auprès d'elle. Ils ont si peu vécu ensemble, il a manqué les morts et naissances de certains enfants, et à chaque fois, il part pour des voyages de 3 ans ! Elle souhaite à présent une vie ordinaire et espère que la cohabitation avec son époux se fera naturellement, dans la complicité qui fut la leur dès leur première rencontre. James Cook revient bien décidé à rester à terre, accepte un poste administratif mais après une soirée arrosée en compagnie de ses mentors (dont le ministre de la marine), Cook se déclare prêt à repartir pour une dernière mission : découvrir le passage entre l'océan Atlantique et l'océan Pacifique. Une fois encore Elizabeth se résout à attendre le retour de son époux.
- Je (*) viens de rentrer. En ce moment, je ne touche plus qu'une demi-solde. Je me suis inscrit sur le rôle d'équipage de la nouvelle expédition. J'attends." Il lança un regard timide à Elizabeth tandis qu'il continuait de bavarder. "Il n'y a rien de plus beau que de naviguer sur l'océan Pacifique. La dernière fois j'ai vraiment participé au tracé des cartes. Des terres que personne ne connaît encore ! Soudain nos dessins les font exister ! J'aimerai bien faire cette expédition encore une fois, de préférence avec le capitaine Cook évidemment. Est-ce qu'il en fait partie ?
- Rien n'est encore décidé, dit Elizabeth. Ils font pression sur lui, ils voudraient qu'il parte. Nous devons encore en discuter. (p.215) (*) : Isaac Smith, le neveu d'Elizabeth
Anna Enquist entreprend le récit imaginaire de la vie sentimentale et familiale d’Elizabeth Cook, épouse de l'explorateur James Cook qui découvrit l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie, Hawaï et de nombreuses autres îles du Pacifique. Onze ans séparent Elizabeth et James mais un attachement véritable les unis, que va progressivement effilocher l'absence due à la longueur des missions endurées par le capitaine Cook que la passion de la découverte du monde submergeait. Je voulais lire ce livre depuis longtemps mais je voulais auparavant m'instruire du personnage de Cook et c'est chose faite (voir ma lecture sur ses journaux de bord).

Je dois dire que si le récit romancé est une réussite : belle écriture parfois un peu trop remplie d'emphase :
Le baiser. le baiser qui dura et dura mais ne prit pas de temps réel. Il n'y avait qu'espace. Sans effort, ils figèrent tout le temps en dehors d'eux. Le sablier se bloqua, l'ingénieuse montre de M.Harrison s'interrompit et la terre cessa de tourner. (p.27)
j'ai été assez déçue du portrait donné de James Cook qui apparaît égoïste et insensible à sa vie de famille. Certes, il est quand même parti plusieurs fois, mais de même que d'autres à cette époque. Dans le roman, il passerait presque pour un idiot qui ne se contente pas de ce qu'il a. Je n'ai pas été convaincue par l'histoire d'amour-amitié entretenue entre Elizabeth et Hugh Palliser, le meilleur ami de James Cook. Sans parler de la fin qui brode sur la personnalité de Cook qui aurait pratiquement "pété les plomb", déprimé au point de faire faire n'importe quoi à ses équipages (représailles sanglantes), voire de provoquer lui même sa mise à mort.

Les deux premières parties sont légèrement désordonnées : présent et passé se mélangent dans les pensées d'Elizabeth et puisqu'aucune date n'est précisée, le déroulement peut sembler confus à ceux qui ne connaissent pas les évènements réels. La 3ème partie est certainement la plus confortable et le récit très prenant.

Le couple aura quand même eut 6 enfants tous morts soit en bas âge, soit par maladie ou accidents, des drames auxquels Elizabeth survécut : elle meurt en 1835 à 93 ans.



titre original : De Thuiskomst (2005)
édition française en 2007 par Actes Sud
traduction du néerlandais par Isabelle ROSSELIN
illustration d'entrée de billet : "HMS Resolution and Discovery à Tahiti" par John Cleveley the Younger
ilustration dans la composition livre-auteur-ci dessus : portrait de Mme Elizabeth Cook par William Henderson (1830)

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