AILLON Jean (d') - Le captif au masque de fer


Trois enquêtes du brigand Trois-Sueurs

I- La fille du lieutenant de police

          1695. Louis XIV vient de décider que les protestants ne pourraient plus faire partie de ses régiments. Refusant de se convertir, Roque La Garde est chassé de l'armée en compagnie de son oncle et quitte ainsi son poste d'enseigne au régiment du Lyonnais pour devenir un brigand défendant les opprimés, à commencer par sa propre famille, et notamment son neveu dit Esquinette, qu'il libére avant que celui-ci ne parte pour les galères, aidé en cela par la fille de Nicolas de La Reynie rencontrée au cours d'une embuscade et qui finit par lui accorder une faveur.


II- Le captif au masque de fer

          1706. Une femme de l'entourage de la princesse Palatine (belle-soeur de Louis XIV et mère du Régent) est assassinée parce qu'elle tendait d'obtenir des renseignements concernant un mystérieux prisonnier masqué mort depuis trois ans. La Princesse demande à Trois-Sueurs d'enquêter sur les raisons de la mort de sa suivante. Trois-Sueurs va approndir son investigation en découvrant qui se cachait derrière le masque.


III- Cartouche, capitaine général

          1721. François l'Espérance, un exempt au Châtelet, se retrouve au coeur d'une machination politique entre Rome et le Royaume de France alors qu'il rapporte un important courrier confidentiel pour  l'abbé Dubois (principal ministre du Régent). Il se retrouve bientôt accusé de vol pour le compte du brigand Cartouche. Condamné aux galères, il parvient à s'échapper et en vient à demander l'aide de Trois-Sueurs qui n'est plus brigand désormais mais qui n'hésite pas à reprendre du service afin de confondre les coupables et de blanchir les innocents.


J'ai été un brigand , monseigneur. Je n'ai qu'à reprendre mon ancienne condition. C'est d'ailleurs le seul métier que je sache bien faire, répliqua Trois-Sueurs avec désinvolture. Redevenu voleur, tôt ou tard, ma route croisera celle de Cartouche.
- Et si l'on vous arrrête, vous serez roué, remarqua aigrement Dubois.
- C'est un risque à prendre, réplica froidement Trois-Sueurs. Mais vous êtes un homme d'Eglise, monseigneur, ce n'est pas à vous que je rappelerai cette proposition du père Quesnel : Le pécheur n'est libre que pour le mal.
- Je vous répondrai, monsieur l'insolent, sourit Dubois, que la volonté sans la grâce est impuissante à tout bien. (p.355)
Ces trois enquêtes de Roque La Garde, surnommé "Trois-Sueurs" pour celles qu'il donne à ses adversaires avant qu'ils ne meurent sont tout simplement formidables : extraordinaires et terribles. A une base de données historiques : personnages, écrits (de Saint Simon) et de faits historiques reconnus, l'auteur ajoute quelques personnages fictifs pour raconter les complots, complicités et autres manigances en cette époque où le pauvre citoyen candide (souvent illétré) n'est qu'un pion sur le grand échiquier du Pouvoir.

Et toujours cette mine d'information sur le quotidien des personnages : habillement, équipement, moeurs etc... (on en apprend de belles !).

Les 3 récits sont dans l'ordre chronologique des événements : on fait d'abord connaissance avec Trois-Sueurs, puis on le suit dans deux aventures. A la deuxième, je me suis dis : géniale cette idée du "masque de fer", et à la troisième lecture je me suis exclamée : encore mieux !!!!!

Notons que l'on croise l'ombre de Louis Fronsac et de Gaston de Tilly dans les 2è et 3ème histoires...d'autres héros personnages des romans de l'auteur.

L'auteur parvient très bien à expliquer les tenants et les aboutissants dans le fil du récit, sans imposer trop de renvois en bas de page ; c'est vraiment très bien pensé et rédigé (preuve d'un travail considérable). Les nombreux dialogues rendent vivants l'histoire, ceux-ci sont d'ailleurs souvent amusants et permettent d'alléger un récit parfois soutenu mais nécessaire pour donner toutes les informations concernant les lois en vigueur à cette époque - notamment en ce qui concerne les galères dont il est souvent question - ou encore les positions / rôles / statuts des personnages.

Une lecture très intéressante qui permet de (re)mettre à jour nos connaissances en histoire tout en vivant à l'heure (déclinante) du Roi Soleil ou sous le régime de La Régence.


"Le captif au masque de fer" - volume de 3 romans
540 pages
I- "La fille du lieutenant de police" : 105 pages
II- "Le captif au masque de fer" : 126 pages
III- "Cartouche, capitaine général" : 210 pages
Editions Jean-Claude Lattès (2007)
illustration d'entrée de billet : détail d'une gravure de Marseille (l'arsenal des Galères) - fin du 17è siècle

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