Affichage des articles dont le libellé est Jean d'AILLON. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean d'AILLON. Afficher tous les articles

jeudi 29 juin 2023

Les ferrets de la reine - Jean d'AILLON



Paris 1624. Louis Fronsac, tout jeune pensionnaire au collège jésuite de Clermont, est le témoin d'un complot : la Reine Anne d'Autriche doit recevoir un magnifique bijou de la part des Anglais, des ferrets en or et faux diamants. L'escroquerie vise à discréditer l'Angleterre, la Reine, et en cela remettre en cause l'entende entre la France et l'Angleterre. Avec l'aide de ses camarades de chambre, Louis va manœuvrer pour approcher l'entourage de la Reine, afin de la prévenir de la machination.


Je m'excuse, monsieur, répondit le soldat, mais il est de mon devoir d'apprendre avant tout à votre fils à survivre. Je vous l'ai dit, il n'y a aucun honneur dans les batailles. Tous les moyens sont bons pour vaincre. Il faut tuer le premier, sinon on est mort. (p.182)
Mon avis
En ces temps de rentrée scolaire, il est bon d'être confrontée à la réalité froide d'une rentrée en 1624, fut-elle parisienne ! Dans ce nouveau roman de Jean d'Aillon, nous retrouvons Louis Fronsac dans sa toute première enquête (les aventures de Fronsac ne sont pas éditées dans l'ordre chronologique) et c'est un véritable enchantement car j'ai eu du mal à me décrocher de ce livre là ! La vie quotidienne au collège de Clermont (actuel lycée louis le Grand) est un véritable anti Poudlard !


Lycée Louis-le-Grand (Paris)


Comme les petits sorciers de JK Rowling, les pensionnaires doivent faire face à une nouvelle discipline, mais là où Poudlard laisse une certaine fantaisie, Clermont n'offre qu'une ombre de liberté possible : à cette époque, les enfants ne décidaient pas de leur avenir et certains étaient forcés de devenir religieux ! Bon gré, mal gré ! Mais les enfants restent des enfants et parviennent à se sortir de tout plein de mauvais pas.

- Il y avait une tablée où les pensionnaires ont du pain noir et aucun biscuit. Ce sont les boursiers ?
- Oui. Ils n'ont personne pour payer leurs études, car ils viennent de familles très pauvres, bien que parfois de vieille race. Les pères souhaitent qu'ils n'oublient jamais leur pauvreté, c'est pour cette raison que leur robe est en toile grisâtre. C'est aussi pour ça qu'à table, ils reçoivent de plus faibles portions que nous, ou même une moins bonne nourriture. En revanche, ils ont droit aux restes de nos repas, aux aumônes et aux objets trouvés.



Pères jésuites


C'est toujours un régal, si je peux dire, de lire les descriptions des rues de Paris, couvertes d'immondices, encombrées d'animaux ou encore les ponts habités (comme celui de Landernau).



Pont de Rohan, Landernau - été 2008, photo perso


Un livre recommandé à celles et ceux qui apprécient les énigmes, qui veulent changer d'air en changeant d'époque tout en rafraîchissant (comme moi) leurs cours d'histoire. L'occasion aussi, pour ceux qui connaissent déjà la suite des enquêtes de Louis Fronsac, de découvrir la jeunesse du héros, la maison de son enfance et la manière dont cohabitaient tous les membres de la maisonnée : hébergement des domestiques, repas partagés entre domestiques et "patrons". J'ai bien aimé le personnage du grand-père de Louis, un sacré "Monsieur" ma foi. Et surtout, surtout, mention spéciale de l'histoire, qui bien que revisitée comme il en est fait mention par l'auteur lui-même, est originale, et nous plonge dans un monde autrement plus fascinant que celui des filles et fils à Papa, car il s'agit d'un monde qui nous concerne tous : le monde de nos origines.

jeudi 26 mars 2015

AILLON Jean (d') - Le grand arcane des rois de France


1663. Louis Fronsac se fait voler sa bourse et sa montre par une jeune femme qui n'est pas inconnue des services de police : Anne Lupin est en effet une témoin gênante, fille d'un faussaire emprisonné à la Bastille pour lequel elle tente par tous les moyens d'améliorer son sort. De mystérieux personnages anglais s'attaquent à cette fille insignifiante, aussi Louis, accompagné de son fidèle Gaston va offrir ses services ne doutant pas un instant d'être sur les traces d'un mystère qui pourrait servir au roi. Ou au moins à Hugues de Lionne, ministre des affaires étrangères, son protecteur contre les bassesses de Colbert qui veut sa perte.
-Rédigez-moi un acte précisant que ces Mémoires seront ensuite archivés à votre étude et n'en sortiront plus, disons, durant quatre cents ans.
Louis resta interloqué. Quatre cents ans ? A coup sûr, le fils Hauteville en savait plus qu'il ne voulait le dire.
-Puis-je vous rédiger cet acte tout de suite ? Je dispose du cachet de l'étude.
-Voici une table avec ce qu'il vous faut. Je vais chercher ces Mémoires, et demander pourquoi on ne porte pas ce vin !
-Un mot, encore, monsieur...
Hauteville s'était levé et se retourna, le regard interrogateur.
-Avez-vous lu les Mémoires de votre père ? s'enquit Louis.
-Je les ai lus.
-Aborde-t-il ce dont je viens de vous parler ?
Hauteville hésita un instant avant de répondre :
-Oui, monsieur, mais je préfère l'oublier. C'est un secret trop lourd à porter. Il sera désormais le vôtre. (p.267)


Où l'on retrouve Louis Fronsac, l'homme aux rubans noirs et pas seulement lui et ses amis : nous apercevons la silhouette du fidèle Guilhem, également Hauteville, d'autres héros littéraires de l'auteur. Louis Fronsac part à la chasse au trésor, mais surtout veut comprendre pourquoi on a voulu l'assassiner, blessant sérieusement son ami, et reconnaissant dans son assaillant un ennemi de 40 ans, celui-là même qui avait tenter de l'enlever alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années (lire "Les ferrets de la Reine"), Louis veut se venger et percer le mystère qui entoure la jeune Anne Lupin qui connaît peut-être le secret des Rois de France. Jean d'Aillon nous conte ici encore une enquête haute en couleur, parsemée de morts, au fil d'une course poursuite jusqu'à Etretat, là où tout commence.

Un roman qu'on ne lâche pas avant d'avoir lu le "vrai et faux" !  


année 2015
édition Flammarion
530 pages
illustration d'entrée de billet : Les Falaises à Étretat par Claude Monet

samedi 21 février 2015

AILLON Jean (d') - Juliette et les Cézanne

Début 1944, le capitaine John Cavendish alias "Forbin" est parachuté en Provence en mission secrète pour le compte de Churchill. Il lui faut approcher de dangereux nazis, tenter de vendre deux tableaux de Cézanne en se faisant passer pour le petit-fils héritier de sa femme de ménage. Sa cible est l'antiquaire hollandais Aloys Miedel, envoyé de Goering pour acquérir ces toiles inestimables pour une "bouchée de pain" puisque invendables sur le marché de l'époque. Par le truchement d'une manipulation, la garde rapprochée d'Hitler apprend cette future vente car il y est question d'un tableau qu'a acheté Hitler pour son musée de Linz peu de temps avant. Or le tableau de Linz est un faux et son "entourage", veut absolument récupérer le vrai tableau avant qu'Hitler ne se rendre compte qu'il s'est fait avoir. Kraut, le terrible lieutenant SS est envoyé lui aussi en Provence avec la mission de revenir avec les tableaux coûte que coûte pour la gloire d'Hitler. A Aix, Cavendish rencontre Juliette, une résistante, restauratrice au musée Granet. Les deux jeunes gens affrontent maints quiproquo et dangers pour garder le secret de Cavendish dont les véritables motifs de négoce des tableaux de Cézanne avec les nazis doit rester d'un secret absolu.
Les six hommes étaient assis autour d'une table ronde, sous un énorme ventilateur. Le sol était recouvert de tapis d'Orient et une carte du monde occupait tout un mur, une carte de l'empire britannique qui avait cinquante ans.
Sur la table se dressait une inquiétante statuette romaine en bronze : un faune dansant. Ce faune était le dieu maléfique des forêts, celui qui trompe les hommes avant de les perdre. C'était aussi l'emblème et la marque de la London Controlling Section. (p.342)

De Marseille à Aix, Jean d'Aillon brosse cette fois le portrait non pas d'un policier mais d'un noble anglais engagé dans une histoire d'espionnage destinée à détruire la cohésion allemande pour accélérer la fin de la guerre. L'auteur aime beaucoup ce livre qui emprunte à l'Histoire quelques personnages romanesques inspirés des vrais. Je dois dire que bien que n'aimant guerre les livres sur toute cette période "39-45" ce roman est captivant (lu en 5 jours trajets du matin et du soir !). Un roman émouvant aussi lorsque l'on est plongé dans la vie au quotidien : la peur d'être embarqué pour les camps (seul l'anglais sait que ce sont des camps de concentration, les autres imaginent une simple prison), les tortures, la faim, la malpropreté etc...on comprend bien que ceux qui ont vécu cette période sont marqués à vie. J'ai été étonnée de lire qu'il y avait autant de groupes résistants, qui ne pouvaient absolument rien coordonner entre eux vu qu'ils devaient déjà eux mêmes cloisonner leurs rencontres au cas où l'un d'eux serait pris.
A lire pour découvrir l'art de la guerre !

année sortie 2005 _ édition Grand Chatelet
réédité en 2010 chez Lattès
existe en kindle
275 pages
illustration d'entrée de billet : Les baigneuses par Paul Cézanne

samedi 11 octobre 2014

AILLON Jean (d') - Rouen 1203

Trafic de reliques


1203. Alienor d'Aquitaine commandite une expédition pour Saint-Jean d’Acre où se trouve une précieuse relique qu'elle convoite avant de mourir. Son chevalier meurt en route mais le clerc qui l'accompagne décide de rapporter la précieuse relique à la Reine. En France, les troupes de Jean sans Terre guerroient de manière impitoyable celles du roi de France ainsi que les bourgeois des villes fidèles à Louis Philippe. A Marseille, Guilhem d'Ussel rentre de Rome en direction de son domaine et rencontre une veuve, un infidèle déguisé en templier qui cherche à se venger d'un vol, et un arbalétrier, qu'il invite à se joindre à lui et ses hommes pour voyager en sécurité. A peine arrivé dans ses terres, Guilhem repart vers Rouen sur les traces de ceux qui ont sauvagement tué ses gens. C'est également dans cette ville normande qu'est prisonnier Arthur, le duc de Bretagne, victime de son oncle Jean sans terre.
Le capitaine templier avait posé la main sur son épée. Qu'un clerc voué à l'Eglise prenne les armes pour sa défense, il n'y avait point de mal. Lui-même était moine et pourtant il avait tué bien des infidèles et même des chrétiens pour la gloire du temple. Mais ce clerc n'appartenait pas à un ordre de la chevalerie. Il s'était attribué les armes de son seigneur, renonçant à son état sans l'accord de son évêque. Ce n'était en rien acceptable. Brûlant de colère il s'apprêtait donc à donner ordre aux arbalétriers de percer l'insolent quand, aux dernières paroles de Le Maçon, il se retint. (p.68)   


Voici la suite tant attendue de Rome, où l'on retrouve notre Guilhem, la vingtaine mais qui a déjà tant vécu ! Guilhem n'est pas un héros : il tue ceux qui se mettent en travers de sa route sans état d'âme, mais on est satisfait quand il occit les pendards. Jean d'Aillon décrit avec humour le moyen-âge français, ses horreur et ses croyances, particulièrement pour des reliques qui font la renommée des abbayes qui les possèdent, vraies ou fausses reliques et pour lesquelles de nombreuses personnes sont prêtes à tuer. Une drôle d'époque que l'auteur nous décrit avec une précision de chirurgien, depuis l'habillement jusqu'aux tortures les plus atroces. De nombreux personnages mais certains n'iront pas au bout du livre qui se lit avec avidité. Et quand la quête est achevée, on a une pensée : il fait quand même bon vivre au XXIème siècle !

Ce que j'apprécie le plus : être plongée dans une autre époque que la mienne et découvrir les usages de ces temps (culture, politique, religion, société), l'humour, les descriptions minutieuses, les commentaires historiques. 


année sortie 2014 chez Flammarion
480 pages
illustration d'entrée de billet : le saint suaire

vendredi 13 juin 2014

AILLON Jean (d') - Férir ou périr


1193. Les Croisades. Guilhem d'Ussel a 20 ans et déjà de longues années passées à combattre et tenter de rester en vie. A Paris, cherchant à se mettre au service d'un chevalier, il rencontre Jeanne et Isabelle, deux femmes qui ont grâce à ses yeux et qu'il séduit l'une après l'autre, abandonnant finalement l'idée de refaire sa vie avec la belle veuve. Mais lorsque celle-ci est enlevée par un rustre qui veut l'épouser de force pour prendre possession de ses terres, Guilhem se met en tête de la retrouver et de la sauver de cette union, d'autant qu'il est pris pour cible par les émissaires du roi Philippe Auguste car confondu avec un mystérieux exécuteur à l'arbalète qui décime peu à peu les fidèles compagnons du Roi. La piste le mène en Normandie, où Guilhem doit faire preuve d'intuition, de courage et de fidélité pour mener à bien sa quête qui pourrait lui faire perdre des êtres chers, confronté aux trahisons ou aux promesses qu'ils ont faites.
- Elle m'a trompé, Gilbert, comme d'autres. Comme Béatrix de Chissey.
- La Dame de Thury ?
- Oui.
- Pourquoi vous a-t-elle dit que son époux était seigneur de Crèvecoeur, seigneur ?
- Je l'ignore, mentit Guilhem, se refusant malgré tout à accuser Jeanne sans preuves.
Le silence se fit entre eux et Gilbert ne l'interrogea pas davantage. Il suivait son maître.
A un embranchement, Guilhem prit à dextre.
- Où allons nous, seigneur ?
- Où la destinée guidera nos pas.
Submergé par un mélange de dépit et de tristesse, Guilhem se promit de ne plus écouter les femmes. Il ne savait que se battre et il s'en tiendrait là.
Désormais sa devise serait : férir ou périr. (p.262)


Avec Jean d'Aillon, l'histoire est passionnante. Jean vous convie à une plongée dans le Moyen-âge avec force descriptions savamment orchestrées pour un opéra haut en couleurs. Rien n'est laissé au hasard, tout détail a son importance quelques pages ou chapitres plus loin. La minutie des intrigues inventées rejoint les faits historiques pour un roman qui ne vous lâche pas (ou l'inverse !). Qu'il fait bon chevaucher dans les forêts inquiétantes, trouver un abri même précaire, bien à l'aise dans notre coin de lecture pourvu que ce soit Jean qui mène la danse. Avec lui pas de répit durant les cinq mois de cavale qui ne durent pour le lecteur qu'un instant, l'instant précieux d'un livre de qualité, à la langue étudiée. La chevalerie est à nos portes, ou plutôt au bout de nos mains !
Bravo Jean, j'ai hâte de lire la suite des aventures du valeureux Guilhem !



année sortie 2014
édition Presse de la Cité
510 pages
illustration d'entrée de billet : Allégorie de la Peste (Peinture anonyme, 15e siècle)


samedi 28 décembre 2013

AILLON Jean (d') - Rome 1202


France, 1202. Bartolomeo et sa soeur Anna Maria reçoivent une invitation du Pape Innocent III pour rentrer en possession du domaine de Ninfa dont ils ont hérité de leur père. Etonnés mais enthousiastes, ils pensaient en effet que le Pape était fâché contre eux après qu'ils aient failli à une mission de confiance à la suite de laquelle ils ne sont pas rentrés en Italie, les héritiers se mettent en route pour Rome mais Guilhem d'Ussel leur ami ne les regarde pas partir sans crainte et se met en tête de les suivre. Heureusement car il s'agit bien d'un traquenard et ce ne sera pas le dernier durant les 6 mois que durera leur aventure romaine dans un pays où les familles sont prêtes à tout pour s'approprier ou garder le pouvoir ; où d'autres sont prêts à renier la leur pour vivre leur amour.

Nous avons découvert la jeunesse de Guillem dans "DE TAILLE ET D'ESTOC" et c'est avec grand plaisir que je retrouve le héros du moyen-âge aux prises avec les barons romains et autres prélats tous plus rapaces les uns que les autres. Heureusement tous les personnages ne sont pas complètement véreux et certains sont même des alliés de prix, comme le célèbre Robin Hood lui-même.
Apercevant Claricia dans la foule des spectateurs, Bertoldo s'était mêlé à la plèbe pour attester son courage. Avec un simple couteau, il avait égorgé quatre cochons sauvages. L'usage était que les hommes rapportent les intestins des victimes à leur compagne pour prouver leur virilité. Bertoldo ne pouvant offrir les boyaux à Claricia, il les avait brandis devant la jeune fille, émue par ce beau témoignage d'amour. (p.83)
Jean d'Aillon nous conte une histoire puissante, fait revivre le moyen-âge (habitudes, repas, vocabulaire, etc.) comme si on y était sans les odeurs ! Un style précis, beaucoup d'humour aussi pour contrebalancer quelques détails de scènes particulièrement atroces.
- Plus tard, les Romains ont utilisé cette falaise pour punir les traîtres en les précipitant dans le vide, ajouta Ricardi. Le rocher est creusé de caves et cryptes qui servaient de prison et celliers.
Les chèvres devaient être intéressées par cette discussion, car elles suivaient les trois hommes en chevrotant. (p.305)
Très intéressante plongée dans le moyen-âge qui n'était pas toujours courtois !
- Je ne suis pas romain. Vous ne me faites pas confiance et je le comprends. Ecoutez néanmoins ma proposition. Ceux qui me suivront mangerons à satiété, pourront se laver et se soigner. Je vous armerai et vous offrirai un cheval. L'expdition se déroulera dans quelques jours. Certains y trouveront la mort, mais ce sera au moins les armes à la main. Les autres seront libres si nous sommes victorieux. Quand à ceux qui resteront ici, ils seront confiés au Saint-Père.
- Une fois dehors, pourquoi resterions-nous avec vous ? s'enquit une voix se voulant ironique.
- Parce que s'il y a une désertion, une seule, vos compagnons pourriront à jamais dans ce trou.
Quelques murmures s'élevèrent jusqu'à ce que le barbu aux poux déclare :
- J'en suis ! (p.308) 

année de sortie 2013
édition Flammarion
430 pages
illustration d'entrée de billet : © Frederic William Burton

vendredi 12 avril 2013

AILLON Jean (d') - L'Homme aux rubans noirs


1644. Louis Fronsac, ancien notaire et désormais propriétaire terrien, quitte de temps à autre sa seigneurie de Mercy à 6 heures de Paris, et accepte d'enquêter sur des affaires spéciales, soit par amitié pour ses amis qui lui demandent, soit pour éviter un scandale qui pourrait mettre à mal l'équilibre fragile d'une France en déficit. Louis part successivement en quête d'une lettre volée dans le coffre du coadjuteur Paul de Gondi, d'un carnet de notes manuscrit laissé par l'alchimiste Nicolas Flamel et qui contiendrait ses formules pour fabriquer de l'or, le nouveau-né abandonné d'une jeune femme recluse en religion et que sa famille désire retrouver. Louis mettra encore une fois sa vie en danger au contact des pires bandits lorsqu'il cherche à comprendre qui a battu presqu'à mort Michel Particelli d'Emery, le contrôleur général des Finances, ou encore lorsqu'il cherche à disculper Cyrano de Bergerac, accusé d'avoir assassiné un comédien.

C'est toujours un plaisir de retrouver Louis Fronsac et ses comparses, surtout Tilly, l'ancien commissaire de police maintenant procureur, beaucoup moins "sage" que Louis, mais tout aussi intéressant. On découvre les complots de toutes sortes, pour défendre une religion, ou contre le pouvoir en place (Mazarin), des magouilles, des manipulations, etc...

Jean d'Aillon mélange habillement l'Histoire avec ses éléments de fiction, ce qui permet de découvrir la manière de vivre à cette époque, ainsi que les usages de société, d'une façon détaillée et divertissante (soulignons de nombreux dialogues qui pimentent agréablement le récit).
- Non ! Mlle Molé n'est pas retenue contre son gré ! cracha la prieure. Je vais la faire chercher et elle vous dira elle-même qu'elle veut rester parmi nous. Elle le dira haut et fort, devant mes témoins  ! Accepterez-vous alors sa décision ?
- Bien évidemment ! mentit Louis qui avait été à bonne école avec Mazarin, qui lui avait souvent déclaré : il n'y a pas d'inconvénient à promettre ce qu'on n'envisage pas de tenir. (p.372)
On découvre un Paris bien repoussant, aux rues de boue et de crottin. Mais aussi des personnages qui, bien qu'instruits, s'en remettaient volontiers à des croyances de magie noire, n'hésitant pas à souffrir le martyr dans l'espoir de racheter leur péchés. J'ai bien ri lors de certains passages tels que celui-ci :
Ils empruntèrent un corridor qui les conduisit au bâtiment central, lequel était assez étroit et donnait sur le grand jardin, de l'autre côté de la cour. Les pièces qu'ils traversèrent étaient richement décorées. Les grosses poutres des plafonds étaient peintes et ornées de motifs en guirlande. Des boiseries lambrissées couvraient tous les murs.
L'argent qui manquait à la France ne faisait pas défaut au trésorier de l'Epargne, songea Louis avec dépit. (p.452)

Hôtel de La Bazinière - gravure de Jean Marot vers 1658

Dans ce gros volume (plus de 500 pages), Jean d'Aillon réussit de nouveau à nous projeter au coeur d'une société plurielle : nobles, ouvriers, artisants, hommes d'Eglise parfois sans Foi, femme parfois sans loi et pas forcément soumises. Très intéressant !

année sortie 2010
edition JC LATTES
575 pages en 5 parties :

  1. La lettre volée
  2. L'héritier de Nicolas Flamel
  3. L'enfaçon de Saint Landry
  4. Le maléfice qui tourmentait M.d'Emery
  5. La confrérie de l'Index

illustration d'entrée de billet : L'enfer (détail du triptyque "Le Jardin des délices") de Jérôme Bosch

samedi 22 décembre 2012

AILLON Jean (d') - Le captif au masque de fer


Trois enquêtes du brigand Trois-Sueurs

I- La fille du lieutenant de police

          1695. Louis XIV vient de décider que les protestants ne pourraient plus faire partie de ses régiments. Refusant de se convertir, Roque La Garde est chassé de l'armée en compagnie de son oncle et quitte ainsi son poste d'enseigne au régiment du Lyonnais pour devenir un brigand défendant les opprimés, à commencer par sa propre famille, et notamment son neveu dit Esquinette, qu'il libére avant que celui-ci ne parte pour les galères, aidé en cela par la fille de Nicolas de La Reynie rencontrée au cours d'une embuscade et qui finit par lui accorder une faveur.


II- Le captif au masque de fer

          1706. Une femme de l'entourage de la princesse Palatine (belle-soeur de Louis XIV et mère du Régent) est assassinée parce qu'elle tendait d'obtenir des renseignements concernant un mystérieux prisonnier masqué mort depuis trois ans. La Princesse demande à Trois-Sueurs d'enquêter sur les raisons de la mort de sa suivante. Trois-Sueurs va approndir son investigation en découvrant qui se cachait derrière le masque.


III- Cartouche, capitaine général

          1721. François l'Espérance, un exempt au Châtelet, se retrouve au coeur d'une machination politique entre Rome et le Royaume de France alors qu'il rapporte un important courrier confidentiel pour  l'abbé Dubois (principal ministre du Régent). Il se retrouve bientôt accusé de vol pour le compte du brigand Cartouche. Condamné aux galères, il parvient à s'échapper et en vient à demander l'aide de Trois-Sueurs qui n'est plus brigand désormais mais qui n'hésite pas à reprendre du service afin de confondre les coupables et de blanchir les innocents.


J'ai été un brigand , monseigneur. Je n'ai qu'à reprendre mon ancienne condition. C'est d'ailleurs le seul métier que je sache bien faire, répliqua Trois-Sueurs avec désinvolture. Redevenu voleur, tôt ou tard, ma route croisera celle de Cartouche.
- Et si l'on vous arrrête, vous serez roué, remarqua aigrement Dubois.
- C'est un risque à prendre, réplica froidement Trois-Sueurs. Mais vous êtes un homme d'Eglise, monseigneur, ce n'est pas à vous que je rappelerai cette proposition du père Quesnel : Le pécheur n'est libre que pour le mal.
- Je vous répondrai, monsieur l'insolent, sourit Dubois, que la volonté sans la grâce est impuissante à tout bien. (p.355)
Ces trois enquêtes de Roque La Garde, surnommé "Trois-Sueurs" pour celles qu'il donne à ses adversaires avant qu'ils ne meurent sont tout simplement formidables : extraordinaires et terribles. A une base de données historiques : personnages, écrits (de Saint Simon) et de faits historiques reconnus, l'auteur ajoute quelques personnages fictifs pour raconter les complots, complicités et autres manigances en cette époque où le pauvre citoyen candide (souvent illétré) n'est qu'un pion sur le grand échiquier du Pouvoir.

Et toujours cette mine d'information sur le quotidien des personnages : habillement, équipement, moeurs etc... (on en apprend de belles !).

Les 3 récits sont dans l'ordre chronologique des événements : on fait d'abord connaissance avec Trois-Sueurs, puis on le suit dans deux aventures. A la deuxième, je me suis dis : géniale cette idée du "masque de fer", et à la troisième lecture je me suis exclamée : encore mieux !!!!!

Notons que l'on croise l'ombre de Louis Fronsac et de Gaston de Tilly dans les 2è et 3ème histoires...d'autres héros personnages des romans de l'auteur.

L'auteur parvient très bien à expliquer les tenants et les aboutissants dans le fil du récit, sans imposer trop de renvois en bas de page ; c'est vraiment très bien pensé et rédigé (preuve d'un travail considérable). Les nombreux dialogues rendent vivants l'histoire, ceux-ci sont d'ailleurs souvent amusants et permettent d'alléger un récit parfois soutenu mais nécessaire pour donner toutes les informations concernant les lois en vigueur à cette époque - notamment en ce qui concerne les galères dont il est souvent question - ou encore les positions / rôles / statuts des personnages.

Une lecture très intéressante qui permet de (re)mettre à jour nos connaissances en histoire tout en vivant à l'heure (déclinante) du Roi Soleil ou sous le régime de La Régence.


"Le captif au masque de fer" - volume de 3 romans
540 pages
I- "La fille du lieutenant de police" : 105 pages
II- "Le captif au masque de fer" : 126 pages
III- "Cartouche, capitaine général" : 210 pages
Editions Jean-Claude Lattès (2007)
illustration d'entrée de billet : détail d'une gravure de Marseille (l'arsenal des Galères) - fin du 17è siècle

mercredi 19 décembre 2012

AILLON Jean (d') - De taille et d'estoc

La jeunesse de Guilhem d'Ussel


Marseille, 1187. L'avenir d'Antoine paraît bien compromis alors qu'il n'a que 13 ans et se trouve déjà confronté aux dures réalités d'une vie ouvrière misérable. Ayant réglé son compte au rustre responsable de la mort de sa mère, désormais orphelin, Antoine n'a d'autre choix que de s'enfuir sur les routes malgré les dangers qu'il encoure à voyager sans protection, à la merci de routiers sanguinaires. Faisant contre mauvaise fortune preuve d'un courage exemplaire, Antoine devient Guilhem, et va s'endurcir au contact de bonnes et mauvaises rencontres, tiraillé entre son appel pour les armes et sa passion pour l'art du troubadour. Sa route croise en particulier celle d'un ancien moine de l'Abbaye de Cluny, accusé d'avoir volé une relique et parvient à laver de tout soupçon le malheureux en confrontant le coupable.
Le cheveu rare sous son bonnet, maigre comme un destachalard avec un visage taillé en coup de serpe et si étroit qu'il aurait permis d'embrasser une chèvre entre les cornes, il n'en avait pas moins des muscles puissants et une attitude autoritaire. Guilhem lui trouva un regard cauteleux et perfide, mais peut-être était-ce dû à son teint cendreux, à des traits creusés et à l'éclairage vacillant des torches de résine.
A côté de lui se tenait un moine bénédictain, d'après sa robe, dont la face rubiconde affichait la candeur mais peut-être aussi la faiblesse.
- Que Dieu vous conserve en Sa sainte et digne garde, noble seigneur, répondit Guilhem. Je me nomme Guilhem d'Ussel.
C'est durant ce voyage qu'il avait décidé d'ajouter ce patronyme à son nom, en souvenir du lieu où était mort Joceran.
(p.341)

Il ne fait pas bon se balader sur les routes de ce qu'est devenue la France mais qui, au XIIème, est un véritable terrain propice à des pillardises et paillardises toutes plus atroces les unes que les autres et ce, au nom de seigneurs mitoyens se disputant les terres. Jean d'Aillon nous conte dans le menu détail les conditions de vie d'un jeune garçon abandonné à lui même et doté d'un solide bon sens qui lui vaudra de pouvoir s'en sortir malgré des situations désespérées, et permettra sa survie malgré le handicap de sa jeunesse et de son inexpérience. Son érudition le sauve à maintes reprises (il sait lire, compter et écrire) et, bien qu'il ne soit pas un "saint", le lecteur est capable de lui apporter toute son admiration. En suivant Guilhem tout au long des 40 chapitres (2 parties), sur une période de 1187 à 1193, l'auteur nous fait découvrir les us et coutumes de cette période de l'histoire, les métiers, les habitations, l'alimentation, l'habillement, les croyances, tout en brossant un tableau (peu reluisant) sur les manières qu'avaient les seigneurs de faire régner leur loi par la terreur.

Un roman très original, bourré de références, qui emporte le lecteur au coeur de l'Histoire en compagnie d'un nouveau héros, chevalier et troubadour.

De taille et d'estoc (2012)
470 pages
édition par Presse de la cité
illustration d'entrée de billet : Le siège d'Acre en 1291 par Dominique Papety