Rose Valland l'espionne à l'oeuvre - Jennifer LESIEUR
Le livre relate l'histoire de Rose Valland qui fut d'abord bénévole au Jeu de Paume (Tuileries) et à qui le directeur des musées nationaux, Jacques Jaujard, confiât le délicat travail de surveillance de traçage des oeuvres spoliées qui transitaient dans le bâtiment avant d'être dirigées vers l'Allemagne. Elle surveillât aussi les échanges qui eurent lieu avec des nazis et des marchants d'art peu scrupuleux et certaines oeuvres jugées illicites par les nazis (modernes, impressionnistes, surréalistes etc...) qui furent entreposées dans une salle retirée du jeu de paume surnommée "salle des martyrs". A la libération, Rose Valland obtint un poste conséquent : chef du Service de remise en place des œuvres d'art (SRPOA) et se rendit plusieurs années en Allemagne à la recherche des oeuvres volées.
J'ai aperçu ce livre dans la médiathèque et j'ai de suite été intriguée par la phrase "la femme qui sauva 60000 oeuvres pillées par les nazis". Le livre se lit facilement mais j'ai été très déçue par ce récit trop superficiel qui ne rentre pas assez dans la psychologie de l'héroïne : on a plutôt une sorte de catalogue des faits : interventions de Rose Valland avant la guerre (ses origines, ses études, ses passions), actions pendant la guerre (son investissement, sa débrouillardise, son intelligence) et ses missions après la guerre (son engagement à retrouver les oeuvres sur le terrain).
L'auteur a quand même l'idée de nous indiquer sa relation intime avec Joyce Heer qui travaille à l'ambassade américaine, histoire vraie mais peu utile dans ce récit sauf si on avait eu dans les mains un récit subjectif, ce qui n'est pas le cas ici.
Un récit plutôt plat, presque monocorde si je devais lui donner une voix, pour un destin exceptionnel. Le point positif est la découverte de cette femme dont j'ignorais tout, qui fut heureusement récompensée pour son dévouement, au péril de sa vie, à la cause de la sauvegarde du patrimoine et à la restitution des oeuvres volées à leur propriétaires.
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timbre à son effigie 1er octobre 2018 |
L’ogre Goering, commandant en chef de la Luftwaffe, ancien héros de guerre convaincu du bien-fondé du nazisme, s’émouvait devant des joues flamandes, des tendresses de maternités, des brouillards d’aube. Lui qui se présentait comme un « homme de la Renaissance », guerrier et esthète à la fois, trouvait là de quoi orner ses palais. Il avançait lentement, ses pas lourds et ceux de son escorte étouffés par les tapis grenat – eux aussi lui plaisaient bien. Von Behr l’invita à prendre en main tout ce qu’il souhaiterait. Les gros doigts couverts de bagues se saisirent de l’un de ces petits tableaux qu’il aimait tant, représentant une partie de chasse. Oui, celui-ci, il le lui fallait. Et celui-ci. Et celui-là, également. À l’écart, presque invisible, une femme observait la scène. Elle suivait le groupe à distance raisonnable, mais personne ne prêtait attention à cette ombre mince, à ce visage sans coquetterie derrière des lunettes cerclées d’acier. Elle était pourtant la seule Française présente dans ce bâtiment réquisitionné par les nazis, qui accueillait aujourd’hui l’homme le plus puissant d’Europe – après Hitler bien sûr. Tant mieux : il ne fallait pas qu’elle se fasse remarquer. Surtout pas. Elle se contenta de regarder, en enfonçant ses ongles dans ses paumes. (p.8)
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publié en 2023 |
- Bande dessinée « Les gardiens du Louvre » de de Jirô Taniguchi
- Roman « Le portrait » de Pierre Assouline (récit imaginaire du portrait de la Baronne de Rothschild qui, pendant l'Occupation, est transféré au château de Neuschwanstein puis enfoui au fond d'une mine de sel avant de revenir en France à la Libération.
Autres livres sur Rose Valland
- La bande dessinée Rose Valland, l'espionne du musée du Jeu de Paume
Illustration d'entrée de billet : la salle des martyrs au Jeu de Paume
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