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mardi 22 septembre 2026

La plume empoisonnée - Agatha CHRISTIE


Jerry Burton, un aviateur blessé lors de la bataille d'Angleterre (1940) quitte Londres pour s'installer avec sa sœur Joanna à Lymstock, dans la campagne anglaise, le temps de sa convalescence qui doit durer plusieurs mois. A peine arrivés, des lettres anonymes sont distribuées un peu partout et les Burton en reçoivent également une, ce qui pique la curiosité de Jerry. Lorsque l'épouse du notaire Symmington se suicide après en avoir reçu une, Jerry s'intéresse de plus près aux mœurs des habitants et collabore avec Scotland Yard avec ses faibles moyens. Aucune piste sérieuse n'est trouvée et lorsque Agnes, la femme de chambre des Symmington est retrouvée morte dans un placard à balai, Miss Marple arrive à Lymstock et suggère une légère mise en scène pour faire tomber le coupable dans le piège tendu par la police.

 

J'ai bien aimé cette aventure assez originale car Miss Marple n'apparaît que vers les 10 dernières pages et à peine esquissée, laissant toute la place de détective amateur à Jerry. Même si le motif du meurtre n'est pas nouveau, les causes sont légèrement tirées par les cheveux surtout la mort d'Agnes qui est vraiment abusive, mais elle était témoin indésirable alors...
 

Je trouve que le style d'Agatha Christie est intemporel, tout est si moderne dans la description des relations humaines, le seul détail qui pourrait suggérer la période du récit est un marqueur temps, ici les années 40, ou l'absence d'objets modernes.

L'introduction des personnages principaux que sont Jerry et, dans une moindre mesure sa sœur Joanna, et leur développement amoureux avec des personnes de Lymstock, me laisse penser que l'auteur s'est particulièrement délecté à écrire ce livre, qui décrit si bien les différentes personnalités d'un petit village où tout se sait, se devine, se raconte, et qu'elle considérait comme son meilleur roman (source : site officiel). 

– Vous allez vous rétablir complètement. Nous n’en étions pas sûrs quand vous avez subi l’examen de contrôle mardi dernier, mais maintenant c’est officiel. Seulement ça ne sera pas une mince affaire. Ce sera long. Long et fastidieux. Quand le système nerveux et les muscles sont en jeu, il faut que le moral soutienne le physique. La moindre impatience, la moindre contrariété vous feront régresser. Alors, quoi que vous fassiez, « n’essayez pas d’aller plus vite que la musique ». La plus petite imprudence, et vous vous retrouverez en clinique. Il faut que vous preniez la vie au ralenti, comme elle vient, tempo legato. Non seulement votre corps a besoin de récupérer, mais vous avez été maintenu longtemps sous médicaments et vos nerfs sont affaiblis. » C’est pourquoi je vous dis : partez pour la campagne, louez une maison, intéressez-vous à la politique locale, aux scandales, aux potins du village, passionnez-vous pour la vie de vos voisins. Et, si je peux me permettre une suggestion, choisissez un trou perdu où vous ne connaissez rigoureusement personne.  

publié en 1942 "The Moving Finger"


 illustration 1 : Perkins Harnly, illustration 2 : Georg Achen

dimanche 6 septembre 2026

L'enfant grise - Grégoire COURTOIS

 


Le narrateur revient sur son enfance et les relations qu'il a développé au contact de la nature. Solitaire, il finit par trouver de la joie dans la forêt, et se persuade que la nature le protège et le défend, réellement ou dans son imaginaire, de ceux qui lui veulent du mal. Son amitié amoureuse avec son amie Noémie finit par être surpassée par l'attrait morbide qu'il développe avec ce qu'il a découvert tapi au fond d'un boyau dans lequel il se glisse et se réfugie : un mystérieux corps d'enfant, peut-être la camarade de jeu de son grand-père Jean, disparue en 1940 pendant l'évacuation lors d'un raid aérien durant la 2è guerre mondiale et jamais retrouvée.

Grand-Père Jean était plongé dans une sorte de rêverie éveillée, mais il continua à parler. "Ton histoire est étrange, dit-il, parce que j'ai eu moi aussi une voisine qui a été quelque temps, trop peu de temps, ma meilleure amie. - Ah bon ? dis-je. Vous aviez quel âge ?" Grand-Père Jean fit la moue indécise. Il avait une myriade de petits cratères rouges sur le nez et sous les yeux. La peau de ses mains était fine. Je voyais bouger ses tendons au travers. "Je pense que nous avions ton âge à peu près, répondit-il enfin. (empl.533)
 

 

Rentrée littéraire 2026

Attirée par la couverture énigmatique et le résumé de l'éditeur j'ai demandé à lire ce roman en avant-première grâce qu service de presse de Netgalley, vraiment une chance pour les gros lecteurs comme moi et pour combler mon désir de partager mes impressions de lecture.
 
Toutefois, si je reconnais à l'auteur un style hors du commun et une écriture très poétique, ce roman ne m'a pas plu et c'est d'autant plus étrange que je me suis souvent retrouvée dans certains passages où l'enfant se réconforte dans la nature comme j'ai pu le faire dans ma propre enfance.
 
Il y a un manque d'unité de rythme et l'on oscille sans cesse entre le passé et le présent, les hallucinations du narrateur qui se croit transporté en 1940, mais ce que j'ai trouvé le plus incongru et décevant, c'est les petites "leçons" d'écologie, d'idéologie, qui étaient insérées de manière forcée et artificielle dans le récit (la guerre c'est pas bien, les hommes sont méchants avec la nature, etc.).
 
 
 
J'ai bien aimé le choix de l'auteur qui développe l'idée où les êtres vivants sont reliés les uns aux autres, y compris à travers le temps, également la transmission générationnelle avec le petit-fils qui désire accomplir la quête inachevée de son grand-père, mais j'ai regretté un rythme trop lent et décousu. 
Tu sais, Grand-Père, dis-je; tu ne la retrouveras jamais. Tu devrais rentrer chez toi et te reposer." Au-dessus du bois des Caves, une escadrille d'avions de guerre passa dans un bruit de foin du monde. Grand-Père Jean leva le regard. Il faisait presque nuit maintenant. Il ne vit planer, au-dessus de nos têtes et des cimes, que des ombres cruciformes. "Ils vont vers Auxerre, dit-il. Ici, on ne craint rien. Certains prétendent que les fameuses caves du bois sont des trous d'obus rebouchés par le temps et les alluvions, mais aucun obus n'est jamais tombé par ici. Ces bois étaient trop petits pour cacher des camps de résistants, et quel intérêt de bombarder des bois vides ? Non. Je suis sûr que ces caves ont toujours été là, depuis l'origine du monde. Elles sont des pièges et des refuges. Elles capturent. Elles avalent. Comment voudrais-tu que je cesse de chercher ? On n'arrête jamais de chercher. Dès lors qu'on a perdu quelque choses, on n'arrête jamais." (empl.3002)

publication le 3 septembre 2026

 

 #LEnfantgrise #NetGalleyFrance  

mardi 1 septembre 2026

Le Bal des foudroyés - Camille PASCAL

 
A la mort de Mazarin, l’échiquier politique autour du roi Louis XIV, qui jusqu'à présent ne pensait qu'à la jouissance et aux réjouissances, se réorganise lorsque Louis XIV découvre l'effondrement des finances de la France à cause de détournements colossaux par ceux-là même qui étaient chargés de leur intendance.
Déterminé à reprendre les rênes du pouvoir, Louis XIV élabore un piège, avec ses plus fidèles serviteurs dont Colbert devenu son principal ministre d'État à la mort de Mazarin, pour arrêter Nicolas Fouquet qui s'est rendu coupable d'avoir continué à détourner de l'argent alors que Louis XIV, qui lui avait pardonné les écarts précédents, lui avait demandé instamment de tenir les comptes sans duperie.
Depuis bientôt cinq mois, Fouquet lui mentait ainsi ouvertement malgré ses engagements, osant lui présenter des comptes et des bilans tronqués, pour ne pas dire truqués, alors que dès le lendemain de la mort du cardinal il avait exigé de lui que les registres des finances soient tenus à la perfection. Cet homme, plein de lui-même et convaincu de la virtuosité de ses jongleries de manieur d'argent, ne s'était pas contenter de lui mentir : il l'avait traité comme un enfant que l'on tient en lisières, afin de le conduire là où bon vous semble. Cela, il ne pourrait jamais le pardonner...(empl.1967-1968)
 

 

Château de Vincennes peint par Franz Adam Van Der Meulen vers 1660
lieu où se déroulent de nombreux passage, demeure royale et celle de Mazarin

 
Rentrée littéraire 2026 (Date de parution : 27/08/2026) j'ai bénéficié de ce livre en "service presse" à ma demande par l'intermédiaire du site NETGALLEY.
 
J'ai eu un "coup de coeur" pour ce roman historique qui nous plonge dans l'année 1661 avec une première partie développant la mort de Mazarin et ses dernières manigances pour mettre à l'abri ses nièces, et une seconde partie avec ce que j’appellerai le "réveil du roi" et les découvertes et décisions que prend le jeune monarque de 23 ans bien décidé à reprendre en mains les affaires du royaume.
 
Le style est presque burlesque avec force description des atours et décors des personnages, Mazarin et ses bijoux, Louis XIV et ses aventures galantes, etc... On lit comme on assisterait à une pièce de théâtre façon Commedia dell'arte, avec Louis XIV en deus ex machina qui frappe de sa foudre ceux qui ont l'ont abusé.
 
A la fin du livre, la liste impressionnante des sources bibliographiques consultées par l'auteur pour développer avec précision l'intrigue historique démontre pourquoi l'on se sent tellement bien immergé en 1661 tout au long de la lecture avec, en prime, de l'humour tout au long du roman.
Brienne ne se le fit pas répéter, galopa plus vite qu'un rat de Paris du côté de l'hôtel de Ville et, lorsqu'il l'eut enfin trouvé, ramena le duc, plus mort que vif, en lui conseillant de ne pas s'approcher de trop près des augustes mains. (empl.1398) 
 
Louis XIV et Colbert (en bleu) par Henri Testelin

 
 
Cela, Colbert ne le savait que trop bien, et c'est la raison pour laquelle depuis plus de dix ans, il portait toujours le même habit noir à simple rabat et ses cheveux naturels, ne se faisait pas bâtir de château, affectait de regarder à la dépense tout en collectionnant secrètement les livres rares dont les prix sont un mystère pour les profanes et qui pèsent moins que des lingots d'or, se gardait bien de rouler carrosse et dissimulait avec soin une fortune déjà grosse de plusieurs millions. Qui aurait pu s'en prendre à un domestique connu pour sa frugalité, sa tempérance et son intégrité ? (empl.722)  


publié en 2026

 

Illustration : "L’Ordre rétabli dans les finances" par Charles Le Brun (1662)

mardi 25 août 2026

Les muses ne dorment pas - Zoé VALDÉS


Mars 2019. Zoé Valdés est invitée par la directrice de la collection « Ma nuit au musée »  à séjourner dans le musée Thyssen-Bornemisza à Madrid. En observant certains tableaux, Zoé leur trouve des résonances avec sa propre vie, la femme représentée dans le tableau de Bonnard est le portrait craché de sa fille. Puis la narratrice raconte le destin de deux muses : Maria qui a posé pour Balthus et Renée qui a posé pour Bonnard.

Misia Godebska par Bonnard

Curieusement, Attys Luna présente une certaine ressemblance avec Misia Godebska : sa beauté émane d'un fond discret et énigmatique conjugué à son avantageux abord. Toutes deux, Misia hier et Attys Luna maintenant, ramassent leurs cheveux en chignon de façon identique, subtile et exquise. (p.19)


Ceci est mon huitième livre de la collection "Ma nuit au musée" que j'ai débuté en mai 2023 avec Andrea Marcolongo et son magnifique "Déplacer la Lune de son orbite" qui nous transportait à Athènes sur les ruines du Parthénon.

Zoé Valdés nous emmène à Madrid mais de cette ville, et du musée Thyssen-Bornemisza où elle passe la nuit, nous ne saurons pas grand chose et c'est bien dommage ; c'est pourquoi j'ai mis une notation moyenne (2,5/5) car si les histoires racontées m'ont intéressées, elles auraient largement pu l'être dans un contexte différent de cette collection qui doit, il me semble, en dire un minimum sur le pourquoi du choix du musée et le musée en lui-même. L'auteur choisit le récit de deux muses dans les deux parties de ce livres : Renée Monchaty qui sert de modèle à Pierre Bonnard mais qui la laissera tomber, l'autre une certaine María (on comprend qu'il s'agit de Zoé elle-même) qui deviendra modèle pour Balthus et sa composition au corbeau. Mon intérêt à poursuivre le récit est exclusivement dû à la prose très poétique de l'auteur qui m'a beaucoup touchée. Toutefois, la fin m'a parue précipitée et peu crédible avec cette mise en abîme le rêve dans le rêve.

Bonnard, Le Repos (Renée Monchaty)
 

J'ai été un modèle, pas une muse. La muse de Bonnard fut Renée Monchaty. Ce personnage situé  au centre de la place Saint-Marc fut aussi une inspiration pour Canaletto. De Balthus, qui le sait ? Quand je parle de "muse", je veux dure une authentique inspiration, voix directe ou medium vers la création pure. (p.191)

Canaletto - La place Saint-Marc
 
 
Le temps s'écoule de la même manière pour tous les êtres humains, mais tout être humain flotte de façon différente manière dans le temps. (p.212) 

 

Publié en 2021, traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan
218 pages

 Illustration d'entrée de billet : Balthus (composition au corbeau)

lundi 24 août 2026

Une année à Paris avec Gertrude Stein - Deborah LEVY


Une année à Paris raconte l’histoire d’une anglaise qui séjourne à Paris afin d'écrire un essai sur Gertrude Stein qui s'y installa au début du XXè siècle en compagnie de son frère Leo où elle se distingua en tant que mécène de nombreux artistes avant de devenir célèbre grâce à un roman sur sa "femme" Alice B. Toklas.



"My year in Paris with Gertrude Stein" publié en 2026 et traduit la même année par Céline Leroy aux Éditions du sous-sol.

J'ai lu ce livre en version électronique grâce à Netgallay, intéressée par le titre car je venais de lire "Alcools" de Guillaume Apollinaire (1880-1918) et que les notes complémentaires de mon édition évoquaient Gertrude Stein (1874-1946) dont je n'ai jamais entendu parler jusqu'à présent. Parfois, mes choix de lectures jouent à saute-mouton d'un livre à l'autre.

Marie Laurencin "Apollinaire et ses amis"
Gertrude Stein à gauche, Apollinaire au centre

Guillaume Apollinaire est mon poète muse le plus fou. Il est mort de la grippe espagnole en 1918, à trente-huit ans, en même temps que des million d'autres frappés par cette pandémie étrangement non documentée qui a ravagé l'Europe. .../... Picasso avait l'habitude de plaisanter qu'Apollinaire, qui n'a jamais connu son père italien, était le fils du pape. Gertrude Stein aimait l'exubérance d'Apollinaire, admirait l'agilité de son esprit et sa sensibilité d'avant-garde. Ils étaient bons amis. Il a comparé l'explosion d'une balle à un "mimosa en fleur", mais il ne parlait peut-être pas de la balle qui lui a explosé le crâne. (emplacement 101)

J'ignore si mon ebook est conforme à ce qui est prévu par l'éditeur mais j'ai lu un texte complément désordonné, avec des numéros et des titres en milieu de ligne qui m'ont perturbée ; j'ai poursuivi ma lecture en tentant d'ignorer cette mise en page sans savoir si elle est voulu car lorsque j'ai lu d'autres avis, je n'ai pas retrouvé cette remarque. 

exemple et ce n'est pas le seul...

C'est un essai qui se lit comme un roman ; la narratrice vit elle-même un séjour parisien chaotique avec ses amies : Eva une américaine écrivain qui écrit un roman graphique et dont le mari est resté en Amérique, Fanny, et à la fin un mystérieux Jean-Luc. 
Le récit alterne entre les expériences de la narratrice et ses réflexions sur celle qu'elle cherche à comprendre à travers ce qui reste d'elle : ses écrits, ses amis, les écrits de ses amis sur elle et les choix de sa collection d'art.

Tout ce mélodrame .../... m'offrait un répit bienvenu dans l'écriture de mon essai consacré à Gertrude Stein, sur qui j'en savais à la fois trop et pas du tout assez. Stein mettait beaucoup d'obstacles sur ma route. la route de la compréhension. Parfois, quand je lisais son style à la fois déroutant et captivant, j'avais envie de lui donner un coup dans les côtes. Elle voulait que les lecteurs viennent à elle, mais une partie d'elle-même ne supportait pas d'être trouvée. (empl. 44)

Nous apprenons donc un peu sur Gertrude Stein, ses études de psychologie, de médecine (brillante élève elle ne termina pas son doctorat), puis son départ pour Paris, ses relations mondaines, sa mise en ménage avec une femme, ses débuts de collectionneuse.

Collectionner l'art le plus audacieux du début du XXè siècle. Cézanne. Picasso. matisse. Les peintres "hors-la-loi" moqués, en difficultés. Gérer, à vingt-neuf ans, la première galerie d'art moderne d'Europe dans l'appartement qu'elle louait à Paris avec son frère. Puis elle décide de se trouver une femme et se de séparer de son frère, qui s'était mis à l'attaquer sur son écriture. (empl.213) 

Dans cette année à Paris, qui n'est d'ailleurs pas celle de la narratrice mais celle de Eva (on le découvre à la fin du livre), nous aurons rencontré des artistes, été témoin de la recherche d'un chat perdu nommé "Le fil", traversé le Père Lachaise pour découvrir la tombe de Stein mais nous avons surtout lu de nombreuses digressions sur la création littéraire.

Chaque siècle a besoin qu'un artiste démantèle la cohérence telle qu'on l'a apprise et fasse de la place à la nouveauté.(empl.250)

La narratrice voue un culte à la prose de Virginia Woolf dont elle se sent plus proche "Pourtant c'est chez Virginia Woolf, née huit ans après Gertrude Stein, que j'ai trouvé le plus d'encouragement à chaque étape de ma vie. Sa pensée était très profonde. Et me correspondait. Et Gertrude Stein ? Sa pensée était très profonde. (empl.264)

Pour finir ce commentaire, je n'ai pas été conquise par la prose de cet auteur qui est assez indigeste : récit brouillon, pas de structure, pas de cohérence justement, j'avais l’impression de lire un grand tableau présentant des post-it, des images découpées et quelques couvertures de livres : "Paris est une fête" d'Hemingway, "L'autobiographie d'Alice B. Toklas" de Gertrude Stein.

Nul doute que je n'en resterai pas là de mes découvertes de G.Stein et que mes prochaines lectures en seront inspirées.

vendredi 24 juillet 2026

Le fabuleux piano - Sonia DEVILLERS


 

Rentrée littéraire 2026 parution le 27 août 2026

Poursuivant le récit de son histoire familiale, Sonia Devillers part à la recherche du piano de sa grand-mère qui a dû quitter la Roumanie de Ceaușescu en 1961 en 1961. Espérant trouver une trace dans le "Répertoire" des biens spoliés aux juifs par les nazis durant la seconde guerre mondiale, elle trouve le nom de Daniel Enoch, héritier de la célèbre dynastie d'éditeurs de musique d'origine juive. Daniel est mort en déportation ainsi que son épouse et l'un de leurs fils Robert, mais Jacques, l'autre fils survivant à cette famille, était alors à la recherche de leur fabuleux piano à queue : un "Érard" numéroté, volé par les nazis en 1943. Lorsque Sonia Devillers prend possession des petits carnets de Jacques Enoch où il notait son journal, elle prend le pari de retracer l'histoire des Enoch, leur industrie en tant qu'éditeur de musique mais pas seulement : en tant que témoins de leur époque politique, sociale et économique. 
Sans le savoir, Jacques Enoch consigne au jour le jour un monde qui chavire. Le krach boursier de 1929 agit comme une déflagration. La crise économique donne un coup d'arrêt brutal à l'opulence des Années folles, dont les éditeurs de musique, comme les facteurs de pianos, ont tant profité. Les ventes s'écroulent brusquement. 
 
 

Le plus grand des instruments entremêle ces essences, telle une communauté d'êtres vivants enchevêtrés pour l'éternité. C'est probablement pour cela que les plus beaux pianos ne meurent jamais, songe Wilhelm Enoch. Lorsque les arbres auront disparu, au moins il nous restera les pianos...

Contexte de choix de lecture

Attirée par le titre, j'aime les roman d'art, j'ai choisi de lire en avant première ce roman ce n'est pas si souvent que je lis les livres de la "rentrée littéraire". Ce n'est d'ailleurs pas à proprement un roman mais plutôt un essai sur une biographie et même plusieurs avec le fil rouge la recherche d'un piano pour la famille Enoch et la famille de Sonia Devillers.

logo éditions musicales "Enoch & Cie"
 

Si un piano n'avait pas été arraché à ma grand-mère roumaine, je ne l'aurais probablement pas su : un instrument peut dépeupler une vie. 

Le piano ne représente pas seulement un objet luxueux, c'est avant tout un compagnon d'histoire : un objet évocateur d'un statut mais aussi d'une maîtrise. 

piano Érard de 1907

 

Difficulté de lecture : oui ou non

Le livre n'est pas très difficile à lire mais il mélange de nombreuses histoires non linéairement ce qui peut gênée la fluidité du récit qui reste complexe avec l'entrelacement de l'enquête méthodique sur la famille Enoch et le récit familial de l'auteur.

L'adresse

L'appartement familial des Enoch se situe au 164 rue de Courcelles (Paris)
 

Le cadre historique

8 000 pianos volés à leurs propriétaires et transportés dans des "Camps pour pianos" jusqu’aux confins du IIIe Reich. L'auteur cite Caroline Piketty :

L'ancienne directrice des Archives nationales, Caroline Piketty, a passé plusieurs années de sa carrière à manipuler ces missives et leur a consacré un petit livre : "Harmonies volées"


ainsi que d'autres journalistes et chercheurs qui ont traité diverses spoliations (mobiliers, tableaux etc...). Pour les tableaux et œuvres d'art je recommande "Rose Valland l'espionne à l’œuvre" de Jennifer Lesieur.

Quelques personnalités autres que les protagonistes citées dans le livre

  • Yves Montand
  • Jacques Prévert
  • Joseph Kosma
  • Maurice Ravel
  • Serge Gainsbourg
  • Léon Blum
  • Darius Milhaud
  • Louis-Ferdinand Céline,
  • Marlène Dietrich
  • Marcel Carné
  • Jean Gabin
  •  Francis Salabert

 

La surprise

On découvre l'histoire de la chanson "Les feuilles mortes" ! J'en ai encore des frissons. 
 

Je recommande ou pas ?

Le sujet est original car je ne connaissais rien à cette histoire de spoliation de piano, cependant le récit est confus de part le choix de l'auteur de mélanger la dynastie Enoch avec sa propre histoire qui reste douloureuse. 
Je recommande aux amateurs d'histoire de la seconde guerre mondiale.
 
publié en 2026
photo de couverture : Lee Miller

 
illustration : couverture du livre de Caroline Piketty paru en 2025 "Harmonies volées"

mercredi 22 juillet 2026

La légende - Boualem SANSAL


 
Boualem Sansal, dit "La légende", relate les circonstances de son arrestation arbitraire en novembre 2024 sur ordre du président algérien, les (rapides) étapes de son procès à charge sans pouvoir disposer d'un avocat, les retombées de cette incarcération qui dura un an sur la scène politique française et internationale, le circuit de sa libération en novembre 2025 via l'Allemagne, son arrivée en France et son hébergement provisoire chez son éditeur d'alors, Gallimard, avant qu'il soit obligé de quitter les lieux le plus rapidement possible, enfin les raisons qui l'ont conduit à publier le roman que nous tenons entre les mains chez Grasset son nouvel éditeur.
 
Car il y a bien eu une légende. Elle est née en prison. Elle s’est propagée dehors. Elle m’a porté comme une vague porte un corps : parfois elle le sauve, parfois elle le noie. Et j’ai mis du temps à comprendre que la légende, même quand elle nous protège, nous prend quelque chose, notre droit d’être simplement un homme. 

Je ne suis pas du tout fana des livres politiques mais j'étais très intéressée par lire "La Légende" car, comme de nombreux anonymes, j'ai été touchée par cette histoire qui a été fort médiatisée.

Pour nous, les criminels jugés, donc sans avocats, rien n'est plus essentiel que de voir la famille ; c'est la dernière île avant de disparaître dans le vaste océan de la mort.

Le style est littéraire mais accessible, le récit est non linéaire et d'habitude cela me gène mais ce roman est assez bien construit avec des chapitres, parfois appelés "temps", associés à un court résumé. On suit sa mésaventure sans pouvoir rester insensible devant tant de bassesses gratuites (les gardiens de prison), mais aussi tant d’atermoiements diplomatiques.

- Moi je t'ai apporté des livres, des bons, pas comme les tiens, mais le règlement... Le gardien-chef les a brûlés et a dispersé les cendres dans le jardin pour nourrir son citronnier. 
Je les ai bien remercié pour les cacahuètes qu'ils ont réussi à passer dans leur poches, et pour leurs mots d'esprit qui m'ont aéré le cerveau.

Les redites, parce qu'elles existent c'est vrai, ne sont pas du tout gênantes et, pour ma part, je les ai assimilées à ces cailloux brassés par le reflux de la mémoire sur la plage saccagée des souvenirs d'un homme meurtri en reconstruction physique et morale. Nécessaires.

Je reviens sur le jour de ma libération. Mon esprit embrouillé en a donné un récit incomplet, et peut-être quelque peu cinématographique. En prison, le temps pèse sur la mémoire, on raconte plusieurs fois la même histoire, sous différents angles, pour trouver le plus juste.  

publié en 2026

Mon procès a duré cinq minutes : cinq ans de prison ferme, une amende faramineuse, cinq cent mille pesos, l’opprobre national, la saisie de nos biens personnels, la déchéance de nationalité et l’expulsion expresse du pays. Et je n’avais rien dit, rien fait – sinon me parler à moi-même à bâtons rompus, sans malice aucune. 

 

illustration : Man in prison par Johann Adam Ackermann

dimanche 19 juillet 2026

La belle-fille - Se-ah JANG

 

Jae-Young quitte son petit-ami violent et s'enfuit au hasard en prenant un train pour Séoul où elle espère disparaitre après avoir assommé et peut-être tué son agresseur. Dans le wagon quasi vide elle voit débarquer une jeune mère et son bébé et se trouve obligée d'écouter ses confidences : Hyo-jin, la jeune mère, a été abandonnée par le père de l'enfant et a décidé de laisser son bébé aux bons soins du grand-père richissime. Après être allée faire une pause aux toilettes juste avant un arrêt, Jae-Young découvre que la maman a disparu du train lors de l'arrêt et lui a laissé un mot pour lui demander de présenter le bébé à sa belle-famille car elle n'en a pas le courage. Sans autre projet immédiat et désirant avant tout disparaître pour un moment de peur d'être rattrapée pour tentative d'assassinat sur son conjoint ou pire, elle se présente au portail de la grande propriété du grand-père où elle est accueillie comme si c'était elle la "belle-fille". Voyant là l'opportunité d'un nouveau départ, Jae-Young décide de ne rien dire, simule l'identité de la mère du bébé et s'installe peu à peu dans ce manoir impressionnant sans savoir qu'un piège se referme sur elle car elle est victime d'une machination visant à récupérer l'héritage du vieil homme.
Ce manoir pourrait bien se révéler le refuge que j'espérais. Personne ne sait que je suis ici à part la mère du bébé, et elle m'a annoncé son intention de disparaître, peut-être définitivement. 

J'ai choisi ce livre car j'aime beaucoup les histoires énigmatiques. La trame du récit est assez bien tournée avec des retournements de situation surprenantes : la manière dont l’héroïne découvre que l'homme qui partageait sa vie est en réalité le fils ainé et père du bébé est assez bien vue. Le style est correct mais manque de profondeur sur de nombreux détails : personnages, décor, repas, etc. Sans les prénoms coréens rien de laisse entendre que nous sommes en Corée car peu de descriptions.

Ce soir là, je dîne seule dans la salle à manger. le repas somptueux, préparé juste pour moi, est fade en l'absence de compagnie.

Le roman est découpé en 2 parties et 77 chapitres. La première partie glisse le lecteur dans la peau de Jae-Young, la seconde dans celle de Hyo-jin ; cette construction permet de nous faire revisiter certaines scènes du point de vue de la manipulatrice. En résumé, un roman qui convient bien pour l'été : facile à lire, se termine bien, avec un soupçon de mystère. Cela me fait penser aux romans "Harlequin" lus dans la jeunesse. 

À l'époque où je l'avais connu, je n'avais aucune attache. Ma famille d'accueil avait fini par me renvoyer à l'orphelinat. Et depuis que j'avais quitté celui-ci, je vivais seule. J’avais toujours espéré rencontrer un homme digne de confiance, qui m'aurait vraiment soutenue. Mais mon rêve a rapidement viré au cauchemar.  

traduit en français par Nathalie Serval
paru en mai 2026 aux éditions Les presses de la cité

 

 

publié en 2025 en version anglaise chez Random house
traduction par S.L.Park
titre anglais "A twist of fate",352 pages


publié en Corée en 2023 sous le titre "Runaway"
éditions "Aphros Media Seoul"

dimanche 24 mai 2026

Claude Monet - Georges Clemenceau une Histoire, Deux Caractères - Alexandre DUVAL-STALLA


Il s'agit d'une biographie croisée de l'amitié durable et fraternelle entre Claude Monet et Georges Clemenceau. Les deux hommes se croisent à Paris dans le quartier latin dans les années 1860 lorsqu'ils ont 20 ans (les deux hommes n'avaient qu'un an d'écart), se perdent de vue, et se retrouvent plus tard au début du XXè siècle. Bien que distant des affaires politiques, Monet appréciait Clémenceau qui lui rendait l'admiration pour son travail artistique quasi viscéral. 

 
Biographie croisée de deux illustres : un recueil très intéressant qui témoignent d'un travail de recherche instructif : je ne regarderai plus les Nymphéas comme avant après cette lecture. Bien sûr, cela ne remplace pas les biographies de chacun mais la mise en perspective des évènements dans la frise temporelle politique est un marqueur utile et indispensable. Le caractère de Monet y montré assez épouvantable , Clémenceau fait figure d'un bon ami persévérant et stoïque. J'ai relevé de très beaux passages (voir la section des citations". Petit bémol : l'auteur commence par la fin de l’aventure des Nymphéas au musée de l'Orangerie, c'est étonnant, peut-être pour accrocher le lecteur ?  

Sans la persévérance de Clemenceau les nymphéas ne seraient sans doute pas là où ils sont : Monet qui devenait aveugle (cataracte) menaçait alors d'abandonner son projet des Nymphéas. 


"Sur votre demande un contrat est intervenu entre vous et la France où l'État a tenu ses engagements. Vous avez demandé l'ajournement des vôtres et;, avec mon intervention, vous l'avez obtenu. Moi j'ai été de bonne foi, et je ne voudrais pas que vous me fissiez passer pour un complaisant qui a desservi l'art de la France pour se plier aux lubies de son ami. Non seulement vous avez mis l'État dans l'obligation de faire d'importantes dépenses, mais vous les avez provoquées et même sanctionnées de votre approbation sur place. Il faut donc aboutir artistiquement et honorablement car il n'y a pas de si dans les engagements que vous avez pris".

 

Au delà du récit d'amitié qui unit les deux hommes, on découvre des pans de l'histoire politique (effondrement de l'empire, Commune de Paris, affaire Dreyfus, implication de Clémenceau dans ses articles de presse, 1ère guerre mondiale, etc.) et artistique (difficulté de faire admettre son envie d'être peintre professionnel, précarité, début du mouvement des impressionnistes, etc.).
 
Monet est en première ligne. Il concentre les critiques. Il y présente cinq toiles. Les quatre premières portent des titres : Déjeuner, Boulevard des Capucines, Coquelicot, Bateaux sortant du Havre. Mais il manque un titre à la dernière toile. À Edmond Renoir, le frère cadet d'Auguste, qui s'occupe de l'établissement du catalogue, Monet déclare : "Ça ne pouvait vraiment pas passer pour une vue du Havre, je répondis : "Mettez impression."
Et l'impressionnisme de naître avec ce titre : Impression, soleil levant ; aidé par un critique qui pensait de ce bon mot éreinter l'exposition. Cette exposition de 1874 fut le point de départ d'une des plus belles et des plus grandes aventures esthétiques que le monde ait connues. L’impressionnisme, c'est non seulement le génie d'une poignée d'artistes persévérants et travailleurs insatiables, mais surtout l'histoire d'une quête collective d'une esthétique picturale sans précédent. (p.107)

les 5 tableaux de l'expo de 1874 (clic pour agrandir)


La lecture est assez aisée bien qu’émaillée de nombreux chiffres renvoyant à la fin de livre pour identifier la source des extraits cités.

Passionnant.

publié en 2010

Livre acheté lors de ma visite du musée Clémenceau à Saint-Vincent-sur-Jard (mars 2026)

 

clic sur l'image pour agrandir

 

samedi 22 novembre 2025

Le faucon de Malte - Dashiell HAMMETT


Un détective privé de San Francisco se voit confier une simple affaire de filature qu'il confie à son associé, lequel est bientôt retrouvé mort. C'est alors le début d'une longue enquête pour ce détective blasé qui se retrouve embarqué dans une affaire d'escroquerie d'un trésor disparu qui vient de réapparaitre sur le marché : un faucon d'or recouvert de pierres précieuses provenant du trésor des templiers recouvert d'une couche d'émail noir pour camouflage et que certaines factions de malfaiteurs convoitent sans hésiter à tuer pour se l'approprier.

Première lecture de ce roman "classique" du polar mettant en scène le détective Sam Spade dans une première histoire qui sera suivie de deux autres. Je n'ai pas été convaincue par la personnalité du détective qui est très caricaturale dans le sens macho, ce n'est pas cela qui m'a gênée c'est la répétition de ses erreurs ce qui me parait inimaginable, en particulier avec sa cliente dont il fait sa maîtresse et dont il ne se méfie pas alors qu'il faudrait. J'ai pourtant apprécié la lecture qui se lit rapidement du fait de nombreux dialogues et descriptions, j'avoue que l'on est pressé de savoir quand va apparaître la mystérieuse statuette ! La narration à la 3è personne fait de nous un découvreur omniscient mais incapable d'anticipation, qui ne connaît pas les pensées des protagonistes ce qui laisse l'impression d'un parfait théâtre d'ombres, très cinématographique.



Il est évident pour moi que lire un roman publié initialement en feuilleton (magazine Black Mask) contient des écueils qu'il faut subir : des scènes répétées (la cigarette que le détective roule à de nombreuses reprises ou que sa secrétaire lui prépare par exemple). Le style n'a rien d'extraordinaire mais est d'une qualité permettant de passer un bon moment de lecture. 

J’essaye de recouvrer un… objet d’art… une statuette… égarée. J’espérais que vous pourriez m’aider à la retrouver.
Spade hocha la tête et leva les sourcils, manifestant l’intérêt qu’il portait aux paroles de son interlocuteur.
– Cette… statuette, dit Cairo, choisissant soigneusement ses mots, représentait un oiseau, un oiseau noir.
Spade hocha de nouveau la tête, intéressé.
– Je suis prêt à payer, au nom du propriétaire légitime, la somme de cinq mille dollars à la personne qui me permettra de la retrouver.
Cairo leva la main et désigna, de son index court à l’ongle plat, un point imaginaire dans l’espace.
– Je suis prêt à promettre également que… quelle est la phrase consacrée ?… Ah oui ! que je ne poserai aucune question indiscrète. Il replaça sa main près de l’autre, sur le bureau, et sourit placidement en regardant le détective.
– Cinq mille dollars, c’est une somme intéressante, remarqua Spade pensif. C’est… On gratta à la porte.
– Entrez, dit le détective. 

roman de 1930 publié en français en 1936

– Que savez-vous, monsieur, de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, appelés plus tard Chevaliers de Rhodes ? 
Spade agita son cigare en un geste vague.
– Pas grand chose, avoua-t-il. Ce n’est pas au temps des Croisades ?
– Très bien ! Vous avez oublié, sans doute, que Soliman le Magnifique les chassa de Rhodes en 1523 ?
– Je ne l’ai, sans doute, jamais su. 
– Eh bien, monsieur, les Hospitaliers se réfugièrent en Crète. Ils y demeurèrent 7 ans, jusqu’en 1530, date à laquelle ils réussirent à persuader l’empereur Charles-Quint de leur céder – Gutman leva trois doigts rosés et gras et compta : Malte, Gozzo et Tripoli.
– Oui ?
– Oui, monsieur, mais aux conditions suivantes : ils devaient payer annuellement à l’empereur un tribut consistant en un faucon, marquant ainsi la soumission de l’Ordre à l’Espagne, car Malte devait retourner à cette nation si les Hospitaliers cessaient de l’occuper. Comprenez-vous ? Ils ne pouvaient abandonner ni vendre l’île. 
– Oui. Le petit homme regarda, par-dessus son épaule, pour vérifier que les trois portes étaient fermées, puis il approcha son fauteuil de celui de Spade et baissa la voix.

Plusieurs fois adapté au cinéma, j'ai choisi une image du film de 1941 avec Humphrey Bogart comme illustration de ce billet.