Lectures en contrepoint par Wictoriane : 🔰nouveautés 📗lectures atypiques 📗 littérature étrangère 📗 découverte de pépites littéraires confidentielles 📗 j'aime la série "les nuits au musée" des éditions Stock 🔰
L'auteur découvre les peintures d'Eugène Delacroix dans la chapelle des Saints-Anges de l'église Saint-Sulpice à Paris ; frappé par sa représentation de "la lutte avec l'ange", il fait de nombreuses recherches sur le sujet lui-même, le peintre et ses origines, ses lieux de refuge, ses amis ou ennemis contemporains. A la fin, il reporte son intérêt sur François-Joseph Heim, le peintre qui a laissé une oeuvre moins éclatante dans la chapelle des Âmes-du-Purgatoire juste derrière le mur de la chapelle des Saints-Anges.
Mes choix de lecture sont régulièrement inspirés par des expériences et c'est après la découverte et première visite au musée Delacroix le mois dernier que j'avais repéré ce livre.
Je m'attendais à un récit plus concentré sur les événements et les circonstances de la peinture et bien sûr il y a des chapitres explicatifs mais ils sont noyés dans un récit autocentré, où l'auteur parvient à nous glisser par deux fois qu'il a été otage au Liban et très honnêtement, je ne l'ai pas oublié car à l'époque les journaux télévisés rappelait cette horreur tous les jours, mais ce double rappel n'a rien à faire dans ce récit.
J'ai été déçue car la ligne narratrice est désorganisée : les chapitres ne sont pas dans l'ordre chronologique et j'ai vraiment été dérangée par cela. Par exemple, on apprend seulement page 89 (sur 250) que Jean-Paul Kauffmann découvre "La lutte avec l'ange" son ami Leopold, critique d'art, qui l'initie et grâce auquel l'auteur va commencer à hanter l'église Saint-Sulpice, attiré par elle comme un aimant.
"Si on allait voir l'église :" Telle était la phrase rituelle à la fin de nos conversations. Mon ami n'en demandait pas plus. La visite était l'occasion de déployer son érudition. L'honnêteté m'oblige à dire qu'il m'a beaucoup appris. Surtout à regarder. Que de fois m'a-t-il répété : "Il ne faut jamais raconter une peinture. C'est la pire des choses. La peinture ne raconte pas d'histoire, elle produit de l'énergie. Oui, c'est de l'énergie qu'on a enfermé dans un cadre, dans un rectangle." p.94
J'ai heureusement trouvé très intéressante et émouvante l'histoire de Delacroix (1798-1863) : ses origines, son travail exténuant et pourtant décevant car il n'avance pas assez vite. Il apparait clairement que pour écrire ce livre l'auteur a mené une enquête scrupuleuse, lisant les journaux de Delacroix (qui ne savait pas seulement peindre mais savait écrire !), se rendant dans les lieux où il a habité, il n'a certes pas ménager ses efforts mais j'ai l'impression que vers la fin de son "enquête", il le dénigre et cela m'a donné un sentiment d'incompréhension.
Il ne me reste plus qu'à aller voir très prochainement "la lutte avec l'ange" in situ.
En 1849, Delacroix reçoit une commande de la ville de Paris pour décorer la chapelle des Saints-Anges de l'église Saint-Sulpice dont la construction a débuté en 1645 et Delacroix va choisir 3 représentations bibliques :
"La Lutte de Jacob", l'un de ces chefs-d’œuvre,
"Héliodore chassé du temple" sur le mur d'en face,
"Saint Michel terrassant le dragon au plafond.
Delacroix va découvrir au fil des ans l'ampleur du travail à achever car les murs humides et poreux doivent être préparés (enduits, plâtrés) afin d'être peints et que la peinture tiennent ! Il abandonne souvent son chantier fermé par des palissades et il va mettre 6 ans (de 1855 à 1861) pour achever sa commande.
Que raconte la scène ?
Jacob (fils d'Isaac et frère jumeau de Esaü) est un berger qui revient avec troupeau et famille et qui au moment de franchir un torrent se retrouve face à un ange intimidant envoyé de Dieu ; Jacob lutte avec l'ange et finit par être estropié lorsque l'ange lui déboite la hanche ce qui met fin au combat.
Quelques autres représentations de cette scène par d'autres artistes
1659 par Rembrandt
1853 Paul Baudry
1855 par Gustave Doré
1865 par Alexandre-Louis Leloir
1888 par Paul Gauguin
1910 par Odilon Redon
Essai publié en 2001
Structure : 1/5
Crédibilité de l'auteur : 4/5
Style d'écriture : 4/5
Coup de coeur : 1/5
Illustration d'entrée de billet : Eugène Delacroix "la lutte avec l'ange"
Pour la France, le XVIIIe siècle fut marqué par le passage d’un régime monarchique caractérisé par les frivolités des privilégiés insouciants, représentés ici par la marquise de Tencin, à un gouvernement plus respectueux des droits de chacun. Sous l’impulsion de philosophes, d’écrivains et d’artistes à la recherche de plus d’égalité, des idées nouvelles se firent jour et se répandirent peu à peu dans le pays. Ces « Lumières » contribuèrent à l’avènement de la Révolution française qui, malgré de grandes difficultés, finit par donner à notre pays un régime plus démocratique. Cependant la condition des paysans de nos campagnes périgourdines, soumis aux caprices du climat, resta très précaire tout au long de ce siècle qui se termina pour les républicains avec une certaine amertume. Tous les efforts déployés pour obtenir une société plus juste n’étaient pas arrivés à juguler l’ambition personnelle de politiciens tels que Napoléon.
Un livre hybride : historique et instructif
Un livre très documenté (une biographie assez conséquente est indiquée en fin de livre) mais le découpage des chapitres n'est pas facile à suivre car d'un chapitre à l'autre on passe "du coq à l'âne" soit sur des généralités en France, soit sur des particularités dans le Périgord (famines, inondations) qui est la région de prédilection de l'auteur.
Le livre est en fait constitué de "fiches" sur des personnes ou des faits prenant place au 18è siècle.
Le salon de Madame de Tencin
Le village de Neuilly était, pour les Parisiens, un lieu de sortie au début de la Régence. On s’y rendait pour y aller boire de l’eau-de-vie dans un cabaret, après le spectacle et le souper. La mode était aussi aux « petites maisons », des maisons de plaisance situées dans des endroits discrets, souvent destinées à des rendez-vous galants. Faisant référence à Léontion, une courtisane athénienne du 3ème siècle avant notre ère, qui tenait une école de philosophie et écrivait ou à Flora, une courtisane romaine, maîtresse de Pompée ou bien à Aspasie de Milet, célèbre pour sa beauté, s’entourant d’un cercle d’artistes et de philosophes, Madame de Tencin voulut se trouver au milieu de célébrités. Elle ouvrit son propre salon en 1717 dans une maison de la rue Saint-Honoré. Certains, comme Voltaire le fera plus tard, appelaient ce lieu « la Ménagerie ». Elle y recevait le mardi, assise sous un portrait du pape Benoît XIV. D’autres surnommaient ce salon « un bureau d’esprit ». On y discutait politique et finances dans l’esprit des Lumières. On pouvait y rencontrer des personnages aussi divers que :
– l’abbé Prévost, romancier, historien, journaliste et homme d’église,
– le comte de Tressan, un militaire, physicien, écrivain connu pour ses adaptations de romans, – le docteur Jean Astruc, un amant parmi tant d’autres,
– Louis Racine, le plus jeune fils de Jean Racine,
– Marivaux qui fit d’elle un beau portrait dans « La vie de Marianne »,
– l’abbé Le Blanc, homme d’église mais aussi avocat et écrivain,
– Charles de Ferriol d’Argental, son neveu ambassadeur,
– Madame Dupin qu’elle surnommait « ma chère friponne »,
– Duclos, écrivain et historien,
– l’académicien de Boze, avocat,
– Emilie du Châtelet, une femme de lettres, mathématicienne et physicienne,
– l’abbé Trublet, un moraliste farouchement opposé à Voltaire,
– l’écrivain Fontenelle, – Françoise de Graffigny, une écrivaine lorraine très en vue,
– l’abbé Gabriel Bonnot de Mably, philosophe, moraliste, économiste et historien,
– le docteur Tronchin, un médecin suisse,
– le peintre François Bouchet,
– et une multitude de jeunes auteurs et plus particulièrement anglais…
Pour moi, c'est un livre hybride qui mélange des chapitres ayant trait à une période ou à un thème particulier ("Des artistes peintres", "la médecine au 18è siècle", etc...), ce qui me fait poser des questions sur "quelle est la cible du lecteur" car ce n'est pas un divertissement et c'est trop court pour servir de base de travail universitaire.
Très bon niveau de rédaction qui rend le livre très agréable à lire. A réserver aux curieux qui s'intéressent à l'histoire de manière superficielle.
Chapitre "Des artistes peintres"
La peinture du 18ème siècle fut marquée par le goût « rococo ». Les fêtes galantes et les décors de théâtre étaient représentés par nombre d’artistes. On peut citer, parmi tant d’autres :
.../...
Antoine Watteau, fils d’un marchand de tuiles de Valenciennes, aimait représenter des scènes de théâtre et il avait beaucoup de commandes de princes européens et de riches collectionneurs privés. Malgré une carrière assez brève – une quinzaine d’années car emporté par la maladie à 36 ans – il laissa une œuvre considérable : des milliers de dessins et plus de 200 tableaux. Après sa disparition, plusieurs de ses tableaux abîmés furent repeints ou restaurés, si bien que certains spécialistes ne reconnaissent que 39 toiles authentiques.
Structure
1 / 4
Crédibilité de l’auteur
4 / 4
Style / écriture
4 / 4
Potentiel du livre
2 / 4
Coup de coeur
2 / 4
Illustration d'entrée de billet : Portrait de la marquise de Tencin, artiste non précisé au Musée des Beaux-arts de Valenciennes
Ratu ("Reine" en indonésien) est une jeune femme à la recherche d'un petit ami afin de couper court aux questions envahissantes de ses parents qui désirent qu'elle se marie à l'approche de la trentaine. Après être tombée amoureuse d'un bel homme qui finit par en épouser une autre, elle accepte un mariage de raison pour faire plaisir à ses parents, finit par l'aimer avant de découvrir pourquoi il l'a épousée.
"Raison et sentiments" (Sense and sensibility")
Dans un récit à la recherche de l'amour perdu, Nuril Basri évoque la difficulté de trouver l'âme soeur dans une société influencée par l'argent, l'apparence, le poids de la famille. L'histoire se passe en Indonésie mais pourrait tout à fait être reportée dans n'importe quel pays, y compris en France, où les jeunes trouvent du travail souvent loin de chez eux, devant accepter un logement pratique non loin du travail mais souvent exigu et partagé, devant être éloignés de sa famille qu'il faut visiter le plus souvent possible et dont il faut supporter la pression d'obligation de fonder une famille à l'approche des 30 ans. Grâce à un humour de situation souvent mélancolique que j'apprécie, Nuril Basri traque sans pitié la vérité des sentiments face à la raison et déroule sa tragédie moderne des amours déçues, des conventions asphyxiantes et sur la désillusion, héritière de non-dits néfastes.
Développement
Ratu, 27 ans, travaille à Jakarta où elle dispose d'une chambre dans une colocation. Ratu est mal dans sa peau, se trouve grosse et n'aime pas ni son visage, ni ses cheveux c'est pourquoi elle choisit de mettre un avatar sur son profil Facebook afin de ne pas décourager d'éventuels jeunes hommes avant leur rendez-vous.
I use a Hello Kitty doll as my profile picture, so I seem like a cute—yet mysterious—girl. Here is the problem: if I use my real face, nobody would want to meet me. I swear! It’s not that I make a habit of asking boys out—I’m not that cheap—but I need a boyfriend. Right now. And because work keeps me so busy, I only get to meet boys online. (p. 5)
ma traduction
J'ai mis une image Hello Kitty en guise de profil sur Facebook pour me donner un air mignon et mystérieux, car le problème c'est que si j'utilise mon vrai visage, personne ne va vouloir me rencontrer, je le jure ! Je n'ai pas non plus l'habitude de demander aux garçons de sortir avec moi, je ne suis pas si misérable, mais j'ai besoin d'un petit ami. maintenant. Etant donné que je travail trop, je ne peux le trouver que sur Internet.
C'est ainsi qu'elle rencontre Hans, beau comme un acteur dans le drama coréen Boys over flower. Au premier abord, il se comporte comme un gougeât mais elle finit par le contacter pour lui proposer un travail : se faire passer pour son petit ami devant ses parents. Deux ans passent et le faux couple devient presque vrai tout en restant chaste, car Ratu a des principes, mais Hans lui papillonne sans vergogne et finit par être obligé d'épouser une fille qu'il a mise enceinte. Désespérée, Ratu qui croyait à son prince charmant, décide contre toute attente d'épouser l'homme que lui présente ses parents mais pour elle ce sera un mariage blanc car elle ne supporte pas sa présence, encore moins sa proximité même si elle n'arrive pas à dormir seule dans leur maison commune (elle fabrique un barrage dans le lit pour éviter qu'ils ne se touchent en dormant : qu'est-ce que c'est drôle !!!).
Ratu a un poste intéressant à l’ambassade de Corée à Jakarta et bien entendu, il est hors de question qu'elle arrête de travailler, d'autant qu'elle croit que Inu, son mari, est un simple chauffeur Gojek, le Uber indonésien. Il est impensable pour elle de rester vivre à Bogor sans rien faire : sa maison est tellement impersonnelle qu'elle ne songe pas à y emménager totalement et elle conserve son appartement à Jakarta, de plus elle aime trop son travail qui lui offre non seulement une indépendance financière mais également une satisfaction personnelle de se sentir utile.
Prise dans ce jeu de dupes, Ratu fait perdurer la relation avec Hans durant 2 ans, navigant le week-end entre Jakarta et Bogor où habitent ses parents (1 heure de trajet environ), espérant qu'il finisse par la demander en mariage. Mais Hans tout en lui avouant qu'il l'aime lui apprend qu'il a mis enceinte une autre femme et qu'il doit l'épouser. Désespérée, Ratu accepte d'épouser l'homme que ses parents lui présente sans rien savoir de lui, juste pour contrarier Hans.
I’m not thinking about all that. Sure, I did, once. A dream wedding with a dream man. But the way things have turned out? I’m not marrying for love anymore. You could say I’m marrying against my will (and also for vengeance)—to somebody I don’t even know. This is not the wedding of my dreams. So I don’t care. (p. 74).
Ma traduction
Je ne pense pas à ça (la robe, la bague). Bien sûr, j'y ai pensé autrefois : un mariage de rêve avec un homme de rêve, mais les choses ont mal tourné. Je ne me marie pas par amour et tu pourrais même dire que je me marie contre mon gré, et même pour me venger, à quelqu'un que je ne connais même pas. Ce n'est pas le mariage de mes rêves alors je m'en fous.
Le jour du mariage, Ratu découvre que son mari n'a plus de famille (parents morts et fils unique) et le lecteur découvre que Ratu avait une grande soeur (c'est important pour la suite).
I am an only child, too. Well, not really. There was my sister. She was two years older. She has been gone a long while. She died when she was in her second year of secondary school. I was in my third year of middle school. I try not to think about her. It is all heartache. I loved her. The fact that somebody I loved so much is gone…that is torture. I don’t want to remember her. She should be here, sharing this with me. My best friend. She always listened to me. When she was alive, I wasn’t fat. We’d watch our weight together. People used to say we looked alike, but she was way prettier than I. (p.77)
Ma traduction
Je suis moi aussi enfant unique. Enfin, pas vraiment car j'avais une grande soeur nous avions 2 ans d'écart, elle est morte depuis longtemps elle avait 16 ans et j'en avais 14. J'essaye de ne pas penser à elle car cela me brise le coeur et je ne veux pas trop me rappeler d'elle. Elle devrait être ici et partager ce moment avec moi. Ma meilleure amie, elle m'écoutait toujours. Quand elle était là je n'étais pas grosse, on surveillait notre poids mutuellement. Les gens disaient qu'on se ressemblait mais elle était bien plus belle que moi.
Après son mariage que Ratu espère le plus court possible afin de pouvoir enfin convoler avec son chéri Hans, la jeune femme est submergée par un nouveau sentiment lorsque débarquent deux connaissances de Inu : sa cousine et une amie d'enfance belle comme Dian Sastro (voir ci-contre), une actrice célèbre, toutes deux très inquisitrices, n'hésitant pas à envahir son espace domestique, faire la lessive, faire des courses, s'occuper de la décoration de sa nouvelle maison à Pamulang (1h de Jakarta). Ratu se persuade qu'elle n'est pas jalouse mais la situation lui échappe et force est de constater que son mari mérite bien qu'elle s'y intéresse un peu plus, exigeant même qu'il l'emmène en voyage de noces et ce sera à Yogyakarta à environ une demi journée de trajet en bus (passages très drôles).
The car fills up. A conductor comes around, renting out pillows. What for? The pillows all run out, oddly. Do these passengers expect to sleep all the way there? Really? Hah. Turns out they do really sleep all the way. I’m not joking. “You go to Yogyakarta often, Mr Inu?” I ask. “Not really,” he says. “Oh.” That’s all. Nothing else to say. Why doesn’t he say anything? Ask me something, maybe. The places I’ve been to. Where I like to go. Anything. He’s like some kind of bad actor. “Have you been to Jogja?” he asks. Finally! At least he’s talking. So I won’t fall asleep. This bad actor knows how to improv a little, after all. “Once, when I was in middle school, on a study tour,” I say. His response? “Oh.” Exactly like I answered, a moment ago. It really hurts. What is this? Oh. Oh. Doesn’t he have a follow-up question? Act interested, at least? So irritating. Why did God make a person like Inugrahadi and forget to make him a brain? “How long do you think this journey will take?” I ask him. What my tone is saying is: “Oh God, I can’t wait for this to end!” (p. 111).
Ma traduction
Le bus se remplit et le chauffeur passe dans l'allée pour louer des oreillers. Pour quoi faire ? Etonnamment, tous les oreillers sont empruntés. Est-ce que les passagers espèrent vraiment dormir tout le trajet ? Vraiment ? Ah et bien il s'avère qu'ils ont vraiment dormi tout ce temps, je ne plaisante pas. Je demande à mon époux : "Est-ce que vous êtes souvent allé à Yogyakarta Monsieur Inu ?" Il me répond : "Non pas vraiment".
"Oh" ! Et c'est tout ? Rien de plus ? Pourquoi est-ce qu'il ne dit rien ? Demande moi quelque chose par exemple. Les endroits que j'ai visité. Ceux que j'apprécie, n'importe quoi. Il ressemble à un mauvais acteur.
"Etes-vous allée à Jogja (= Yogyakarta), me demande-t-il. Enfin ! Il a finit par placer un mot ainsi je ne vais pas avoir à dormir. Cet acteur raté sait finalement comment se bonifier. Je lui réponds : "J'y suis allée une fois quand j'étais au collège en voyage d'études".
Sa réponse fut : "Oh !" la même exclamation que la mienne juste avant. C'est vexant. Qu'est-ce que cela veut dire ? Oh. Oh. est-ce qu'il n'a pas d'autre question à poser ? Faire semblant au moins ? C'est tellement énervant. Pourquoi Dieu a-t-il créé une personne comme lui et oublier de lui donner une cervelle ? "Tu crois que ce voyage va durer longtemps ?" lui demandai-je ? Mais ce que je voulais sous-entendre c'est "Oh mon Dieu vivement que ce voyage se termine".
Sous une apparente tragédie comique, l'auteur raconte avec beaucoup de psychologie les relations complexes au sein des familles, d'un couple qui s'apprivoise, la perte d'un enfant ou d'une soeur, le monde du travail, les bonnes et mauvaises raisons du mariage, la nécessité de se convertir à la religion du conjoint, l'abandon d'un rêve face à la réalité et surtout, la difficulté de se trouver une raison de vivre.
roman publié en 2016 traduit en anglais en 2019 avec le titre "Love Lies and Indomee"
Paru en 2016 sous le titre Enak, il a été traduit en anglais par Zedeck Siew qui vit en Indonésie et a choisi le titre de "Love, Lies and Indomee", le mot Indomie étant une marque de nouilles instantanées dont il est régulièrement question dans le roman.
Yatoze s'ennuie, dans les transports en commun il cherche un détail pour rompre la monotonie du quotidien. Après sa journée de boulot il prend le métro et descend avant sa station pour un problème technique. Il entend par hasard une voie féminine qui le trouble (Yu-Ka) et décide de se diriger vers l'aéroport pour partir en Corée du Sud afin de participer à un jeu dont le premier prix est une somme faramineuse avec laquelle il compte financer la tournée de Yu-Ka. Peu après, la radio annonce un terrible accident d’avion qui n'a fait qu'un survivant plongé dans le coma.
— Je pars en Corée du Sud, financer la future tournée de Yu-ka.
— Yu-ka… Qui est Yu-ka ?
— Ma raison de vivre !
— Ta raison de… Tu es en train de me faire une blague, n’est-ce pas ?
— Elle a comme projet d’organiser une tournée en Suisse mais il lui manque les fonds nécessaires.
— C’est bien beau tout cela mais comment tu comptes t’y prendre ?
— Je vais participer à un jeu, le gagnant remporte 45,6 milliards de Wons.
— Et si c’était un jeu mortel, tu ne trouves pas ça suspect ?
Je suis très perplexe car ce mini livre qui se lit en 15 minutes est illisible, pour être certaine, je l'ai relu une deuxième fois mais je reste sur ma première impression : il me semble que l'auteur maîtrise mal le français (j'ai surligné le texte que je ne comprends pas) mais il y a de nombreux passages avec des erreurs.
Debout près de l’échappatoire, mon regard était attiré par les paysages qui défilaient inlassablement ; bien que ceux-ci soient jolis, mes yeux imbibés de monotonie viscérale me montraient tout un autre aspect radicalement opposé. Pour autant que je les connaisse par cœur, je pouvais m’en empêcher de les occulter méticuleusement, en quête d’un élément déclencheur aussi futile soit-il, qui allait m’indiquer un changement imminent.
ou encore
— Mon casting est dans un peu moins d’une heure, est ce que ça te dirait d’aller boire un verre en attendant ? Je connais un bon Izakaya pas très loin.
— J’aurais bien voulu mais je ne voudrais pas rater celui de trop.
— Avant que je t’interrompe, tu allais rejoindre une fille ?
— Non, j’allais juste rentrer chez moi. Longue journée.
— Je comprends, alors je te souhaite une bonne soirée.
— Bonne chance pour votre casting !
Il n'y a aucune information sur l'auteur (je me suis même demandé si ce n'était pas une IA) ni de mention sur un éventuel traducteur.
L'histoire en elle-même est assez originale : un homme qui cherche à rompre sa monotonie du quotidien décide de partir sur un coup de tête, survit à un cash d'avion et se controuve dans le coma, mais il manque des morceaux, il faut recoudre et corriger quelques passages afin que le récit soit plus compréhensible.
— Mesdames, Messieurs à la suite d’un dérangement sur les voies, la procédure d’urgence à été mise en route. Ce qui implique que ce métro sera immobilisé à la prochaine station, pour une durée indéterminée. Nous vous prions de nous excuser pour le désagrément occasionné et vous souhaitons une bonne soirée.
Illustration d'entrée de billet : Ajay Murthy (sur unsplash.com)
Un homme dépressif cherche à passer les premiers jours de l'année 2000 en vacances et se laisse convaincre par une île méconnue : Lanzarote. Il n'y trouve que deux excursions intéressantes mais décide de louer une voiture pour chercher par lui même d'autres découvertes. De fil en aiguille, il fait connaissance avec un belge encore plus désabusé que lui et de deux allemandes non farouches qui lui autorisent des galipettes sur le sable. Dans un décor de post apocalypse dans la mesure où l'île a été dévastée par des tremblements de terre et des éruptions, le voyageur réfléchit au destin de l'homme, sa quête de la survie, sa crédulité face à des gourous.
Prévoyant un voyage à Lanzarote, j'ai trouvé dans mes recherches que Houellebecq, dont j'apprécie généralement les récits prophétiques, avait écrit sur le sujet, cette île étant devenue une destination régulière et une inspiration de l'auteur.
Si le début de cette "nouvelle" de 90 pages m'a intéressée et amusée, j'ai été déçue par le tournant sexuel que son personnage prend, avec force détail de ses aventures avec les touristes allemandes, qui n'ont pas froid aux yeux ni ailleurs. Passé ce désappointement, le récit reste un concentré humoristique sur les voyages en groupe, la solitude, l'attrait du sectarisme ici, les "Azraelien".
Il est dommage que Houellebecq ne puisse s'empêcher de salir par des descriptions (souvent immondes, je pense aux viols dans la secte) son propos de départ ; parfois, il vaut mieux avoir des semelles de vent que de mettre les pieds dans le plat.
Le livre de la "nouvelle" se présente dans un coffret avec un 2è livre de photographies de Lanzarote, paysages effectivement lunaires ou martiens, photos prises par l'auteur (sans légende).
publié en 2000
Lanzarote est une destination qu'on peut recommander aux français. On peut même spécialement la recommander aux poètes hermétiques français, qui auront tout loisir d'y produire des pièces du style :
Ombre,
Ombre de l'ombre,
Traces sur un rocher. (p.20)
Illustration d'entrée de billet : Antonio Sessa "jardin de cactus" sur unsplash.com