mardi 29 octobre 2024

L'impossible retour - Amélie NOTHOMB


Le japonais est ma langue fantôme. (p.17)

Mai 2023, Amélie Nothomb, qui n'est pas retournée au Japon depuis 2012, entreprend le voyage à l'occasion d'un prix gagné par une amie photographe qui lui demande d'être son guide personnel. Mais voilà que l'écrivain, tout à sa joie de retrouver son pays d'adoption et de coeur, se sent comme étrangère aux lieux qu'elle a pourtant habités, connus et parcourus. Cette sensation de l'imposteur est l'occasion de s'interroger sur la mémoire, les raisons de distorsions des souvenirs.
 

Ce court roman (150 pages) se lit très rapidement car le style de l'auteur est fluide comme un murmure, et pour ceux qui la connaissent (voix) on a l'impression qu'elle nous parle.

J'aime bien Amélie Nothomb pour ces trouvailles, sa folie atypique mais ce roman n'est pas exceptionnel. Il manque de relecture : j'ai trouvé de nombreuses répétitions qui à mon avis ne sont pas un effet de style désiré, autant dans les explications que dans le vocabulaire ("interlope" utilisé 2 fois page 111 et 1 fois p. 116) et aussi le geste d'attendre "la petite sœur" pour redemander à boire (utilisé deux fois).
Tout cela me donne à tiquer mais pas autant que le comportement de l'amie photographe qui est vraiment insupportable ! Je pense donc que l'auteur a exagéré le portrait pour pimenter leurs diverses aventures à la recherche d'un hôtel au milieu de la nuit et ça c'est plutôt drôle.

J'ai fait quelques recherches pour savoir qui a gagné le prix Niépce "Gens d’images" en 2021 car le nom de Pep Beni n'existe que dans le roman et pas dans la réalité. Il semble que cela pourrait être Marina Gadonneix qui l'a gagné en 2020 car en 2021 c'est un homme (Grégoire Eloy) qui a remporté le prix. Il s'agit d'une femme car dans le roman, elles vont aux bains (non mixtes).

S'agissant de l'évocation des souvenirs je n'ai pas vraiment été touchée par ce qu'en dit Amélie Nothomb dans ce roman, pourtant mon esprit était bien ouvert à sa prose mais j'ai trouvé les séquences de nostalgie trop superficielles ou trop dispersées, entre les souvenirs avec son père et les siens à différents âges.

Tout se passe comme si le japonais était une marée : à mesure que je m'éloigne, descend la mer des mots. Il suffit que je revienne et la marée remonte, mon bateau est en eau. (p.18)

publié en 2024


Les livres dans le livre :


1/ A rebours de Huysmans, que l'auteur a emporté et qu'elle lit durant le voyage.


2/ Le Pavillon d'or que l'auteur évoque lorsque les deux femmes visitent le Kinkaku-ji à Kyoto (=appelé le pavillon d'or car recouvert de feuille d'or) et qui leur fait penser au roman de Mishima.


 

Illustration d'entrée de billet : Tsuchiya Koitsu ("Ueno Park")

vendredi 25 octobre 2024

Âmes d'occident - Anatole LE BRAZ



1- PÉCHÉ D’INNOCENT

Ervoanic Prigent, un pauvre vagabond a l'habitude de se faire nourrir dans les diverses chaumières.
Sa méthode était la suivante. Il avait son jour pour se rendre à chaque maison de quelque importance, le jour où il était assuré d’y faire le meilleur repas. Il connaissait par une série d’expériences soigneusement contrôlées les menus habituels de toutes les grosses fermes et de tous les manoirs du pays, à six lieues à la ronde, et ne se montrait, par exemple, à Coat-Garan que le mercredi soir, qu’il y savait réservé à la soupe fraîche, au Gollod que le samedi matin, qu’il y savait consacré aux bonnes crêpes chaudes.

Un jour il convoite une andouille réservée pour le prélat.

— Une si belle andouille ! Et si bonne ! Toutes les vertus ! Dire que, dans une heure, elle sera couchée sur un plat, et qu’on lui plongera le couteau dans les entrailles, et qu’elle sera découpée en tranches pour être servie à monsieur l’archiprêtre, et qu’après en avoir goûté monsieur l’archiprêtre en redemandera… Oh ! sûrement qu’il en redemandera, et non pas une fois, mais deux, mais trois fois, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus, Seigneur, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus ! Les yeux d’Ervoanic se sont emplis de larmes. À ses lèvres montent des phrases d’oraison funèbre.

De causeries en demande de pardon déguisée, il finira par la déguster.   

Pour la première fois de sa vie, de sa dure vie de vagabond, il allait réaliser sa chimère de royauté, en s’offrant une bombance chez lui, c’est-à-dire en plein air, en plein soleil, en pleine nature.



2- L’INCENDIE DU VENDREDI SAINT
Des incendies se déclarent régulièrement : une histoire de vengeance ? Le vieux garde forestier pense que c'est l'ouvre des hommes éconduits par sa fille. 
Toute une coupe du Barroz en flammes ; mes plus beaux sujets fauchés, pulvérisés, anéantis ; moi, mes trente-cinq ans d’infatigable surveillance flambés du même coup : car, dans notre administration, un incendie, c’est une mauvaise note ; deux, c’est l’avertissement définitif ; et le troisième, c’est la carrière brisée, c’est votre serviteur chassé de Kerveltrec et flanqué à la porte du bois, comme un incapable, comme un malpropre ! Voilà, cependant, leur œuvre, à ces bandits ! Et tout cela, pourquoi ? Parce que j’ai une fille, monsieur…

Mais il n'en est rien et il est alors forcé de raconter la terrible sentence qu'il a administré à une jeune garçon de 13 ans en l'attachant à un arbre sur le passage de fourmis.
Et là, devant le Christ, il jura son serment, foi de Joseph Broudic, – car du même coup il avait retrouvé son nom, son triste nom de misère –, que, du jour où il serait un homme, il ne s’écoulerait pas un Vendredi Saint sans que la forêt elle-même ne criât son crime à Bertrand Rouzès…


3- LE SONNEUR DE GARLAN
Un homme devient soudainement paralysé.

Cinq, six années durant, Gapit Quesseveur avait besogné, en qualité d’apprenti tonnelier, dans une de ces basses-fosses, et déjà le bruit courait à Garlan qu’il allait recevoir une paie de compagnon, – avant même d’avoir atteint l’âge de la conscription –, lorsqu’un après-midi de septembre, vers l’époque de la Foire-Haute, on l’avait vu rentrer au village, en charrette, allongé sur une botte de paille et si différent de lui-même qu’il en était devenu méconnaissable. Vous eussiez dit son fantôme. Il avait fallu le descendre de la voiture et le transporter à bras jusqu’à son lit, comme un blessé, comme un moribond…

Une fois remis il accepte de nombreux petits boulots mais son préféré est d'être sonneur de cloches.

Les cloches lui étaient des amies et des confidentes : elles accueillaient sa peine et la berçaient, en l’étourdissant. À exercer ainsi sa faiblesse, il lui sembla que les forces lui revenaient, il rêva d’une résurrection possible : l’espoir, le désir violent de la santé ranimaient ses énergies éteintes.

Mais Gapit est rongé par un mal encore plus terrible que ses infirmités : il est amoureux !

4- LA BARRIQUE D’OR
Trois marins se sont écharpés au sujet d'une barrique d'or.
Le fait est qu’ils en avaient joliment besoin ! Ils n’étaient que plaies et bosses, la figure marbrée d’ecchymoses, le nez tuméfié, la peau zébrée de sillons sanglants que l’ablution saline devait irriter à vif.

Tandis que les habitants les pressent de raconter leur histoire, ils sont invité à livrer leur aventure au commissaire, qui leur explique que le trésor ne peut être entièrement à eux. Etonnés, ils annoncent qu'ils n'ont pas trouvé de barrique mais qu'ils se sont disputé car non d'accord sur les parts du partage.
— Mais, mon commissaire, y en avait pas, de barrique d’or. — Hein ? Quoi ?… Pas de barrique d’or ?… Ah ! ça, qu’est-ce que vous me chantez là ?… Vous n’avez pas trouvé une barrique d’or ?… La question était si abracadabrante, paraît-il, qu’elle dérida le patron lui-même. Il sortit de son mutisme pour déclarer entre haut et bas : — Avec ça qu’on se serait fait toute cette bile à cause d’elle, si on l’aurait trouvée ! — Ainsi, vous ne l’a-vez pas trou-vée ! scanda rageusement le commissaire. Et, prenant à témoins le gendarme et le syndic, que cette conclusion inattendue de l’aventure avait comme pétrifiés : — Qu’est-ce que vous en pensez, vous autres ?… Elle est bonne, celle-là !…


5- LE ROMAN DE LAURIK COSQUÊR
Lorsqu'un homme revient dans son village il apprend que le vieil homme de son enfance, ancien marin manchot, qui doit être aujourd'hui octogénaire si ce n'est plus, se marie.

— Vous ne savez donc pas ? fit-il, en prenant lui-même un air étonné ; mais c’est Laurik Cosquêr qui épouse Néa Garandel ! Et, à cause que celle-ci est impotente, le recteur du bourg a consenti à ce qu’ils fussent mariés dans la chapelle.

Laurik lui raconte donc sa jeunesse, comme il a pour l'amour d'une femme embarqué comme marin avant de revenir et la retrouver mariée à un autre, celui-là même qu'il avait prié de passer voir sa "promise" pour lui donner de ses nouvelles. Ce n'est qu'à la mort du mari, que Laurik a pu épouser sa bien-aimée.

— C’était le lendemain de la messe anniversaire, célébrée à la mémoire de Constant Trégloz. Je mis mes hardes propres, et m’en fus, au tomber du soir, jusqu’à Buguélès. Néa filait sur le pas de sa porte. Je la bonjourai et lui dis : « L’âme de Constant Trégloz est dans son repos, vos enfants sont mariés, vous voilà seule et sans personne, Néa, comme j’étais le jour de l’enterrement de ma mère et comme je suis resté depuis. Je vous promis ce jour-là que vous me verriez arriver. Je suis venu. » Elle répondit : « Je savais que vous viendriez, Laurik, et je sais aussi ce que vous venez chercher.
– Je l’ai attendu assez longtemps, Néa, pour que vous, ne me renvoyiez point avec un refus. » Elle dénoua le ruban qui attachait le manche de la quenouille à son corsage et me tendit la quenouille en disant : « Emportez-la, Laurik, avec la laine qui est dessus : je la filerai dans votre maison ». Voilà, monsieur, comment furent nos fiançailles, n’est-ce pas, Néa ?
— C’est la vérité, fit la petite vieille, à croppetons, sur la pierre de l’âtre, où elle était retournée s’asseoir, le café servi.


6- LE TRÉSOR DE NOËL

Lors d'un repas en fin d'année, le recteur raconte la découverte d'un trésor, trouvé autrefois par l'un des ses camarades de jeunesse alors que lui-même jeune prêtre, avait accepté de tenir une messe dans une chapelle abandonnée dans la forêt..

Dans nos campagnes bretonnes, on ne « dîne » pas, on « soupe ». Et, toutes les fois que le vieux prêtre-gentilhomme était satisfait de mon travail, il commandait à la servante, Anna Béricotte, de mettre mon couvert. Je ne concevais pas qu’il pût y avoir de récompense plus agréable. Ces repas du presbytère m’enchantaient. Malgré les remontrances, souvent trop justifiées, de la sage Anna Béricotte, le recteur tenait volontiers table ouverte. Plus il avait de convives, plus il était ravi. Presque tous étaient, comme moi, des invités de la dernière heure, des invités de raccroc. Il les avait recrutés de-ci de-là, dans la rue, à l’église, voire au confessionnal. D’aucuns se présentaient in extremis, sans avoir été priés.

   

7- CHEZ LE DERNIER DES NIAL MOR
Le descendant d'une illustre famille irlandaise est soumis à un étrange prophétie qui l'empêche d'être tout à fait lui-même.

— Il est si bien de chez nous, repartit avec vivacité mon hôte, que sa famille – une des seules qui n’aient pas été dépouillées par les Cromwelliens – possède encore les trois quarts de la paroisse. Notre landlord actuel descend de lui en ligne ininterrompue. — Alors, cette résidence que j’ai entraperçue en venant et dont j’ai longé le parc pendant plus d’un mille ?… — Abrite Sa Grâce Henry Mac Swine, le dernier des Nial Mor… parfaitement ! — Le dernier, dites-vous ? — Heu !… J’en ai bien peur. Après vingt-cinq ans de mariage, il attend encore un héritier. C’est une de ses tristesses ; c’est une des miennes aussi, car ces Nial Mor sont vraiment d’une belle souche, nourrie de sève héroïque, et qui, pour son dévouement à la catholique Irlande, mériterait de reverdir jusqu’à la fin des temps… J’aimerais vous conduire à lord Henry. Mais, à cet égard, vous tombez mal.

A l'approche de la fin d'année, il se tient sur ses gardes et n'est pas d'une grande amabilité pour accueillir ses visiteurs.

Lord Henry est, à l’ordinaire, le plus abordable, le plus sociable des hommes, mais, par un phénomène assez étrange, les fins d’année ne lui réussissent pas. Il semble que l’approche de la Saint-Sylvestre exerce sur lui une influence néfaste. Il est absorbé, silencieux, triste, incapable de se mettre en frais et de s’intéresser à une conversation suivie : bref, tout l’opposé de son caractère véritable.

Une fois l'heure fatidique passée, il redevient jovial.

Aussitôt que la douzième vibration se fut éteinte, lord Henry baisa longuement la main de sa femme ; puis, se tournant vers l’assistance, massée à l’autre bout de la pièce : — Soyez témoins que Nial Mor a été chez lui jusqu’à la dernière minute de l’année pour tous ceux et toutes celles qui le voulaient rencontrer ! prononça-t-il à voix haute. Un formidable : oui ! gaélique, jailli de quelque cent vingt poitrines, ébranla le hall. — Il n’en sera pas différemment dans l’année nouvelle, si Dieu m’aide ! repartit d’un ton déjà moins compassé le châtelain de Mac Swine Manor. — Et maintenant, conclut-il, soupez en joie !… Father Mac Carthy avait dit vrai : la minute redoutable franchie, lord Henry n’était plus le même homme. Si nous nous fussions rendus à ses instances, il nous eût gardés près de lui, à sabler du porto, jusqu’à l’aube.

 
 

Encore un recueil de nouvelles (contes) trouvés sur le site Ebooks libres et gratuits que je recommande (lien dans la marge). J'ai découvert il y a 30 ans Anatole Le Braz avec une histoire de gardien de phare et de jalousie maladive : Le gardien du feu et j'ai eu envie de lire d'autres récits en e-book.

Ce que j'ai envie de dire c'est que cela fait du bien de lire un beau français même si les histoires sont mille fois dépassés par rapport à no jours : dans ce recueil il question de Bretagne, Irlande, de terres, de mer, de forêts, de temps anciens où il est dur se survivre mais où la charité n'est pas un vain mot de dictionnaire, également d'amours contrariées, le tout dans une prose vibrante.


Illustration d'entrée de billet : John William Hennessey (The Votive Offering)

mardi 22 octobre 2024

Miss Mack - Michael MCDOWELL



Miss Mack débarque dans la petite ville de Babylon (Alabama) et y obtient le poste d'institutrice. Elle se lie d'amitié avec sa collègue Janice que convoite Monsieur Hill. Désormais les deux femmes passent la plupart de leur weekend ensemble : elles vont pêcher à Gavin Pond et restent les deux jours dans la caravane installée au bord du lac dont Miss Mack a hérité, en véritable "sœurs d'arme" et peut-être "sœurs d'âmes". Monsieur Hill, le directeur de l'école, va alors chercher un moyen pour se débarrasser définitivement de Miss Mack.

Il craignait que, sous l'influence de Miss Mack, elle ne refuse sa demande en mariage. Sa mère, à qui il confia ses appréhensions, déclara : "Miss Mack ne laissera jamais partir Janice. Tu dois reprendre ce qui t'appartient de droit. Et si tu n'y arrives pas, alors reviens me voir et, moi, je te dirai ce qu'il faut faire." (p.18)




J'ai reçu avec Lune froide sur Babylon un petit livret présentant la bibliothèque McDowell dans laquelle est insérée cette nouvelle de 20 pages.

Comme dans le roman cité ci-dessus, l'histoire prend place dans la petite bourgade de Babylon, où décidément ne résident pas que de bons samaritains !

Monsieur Hill était au courant de ces sorties, et ça ne lui plaisait pas du tout. L'amitié qu'elle entretenait avec miss Mack avait transformé Janice et - du point de vue de monsieur Hill - pas pour le mieux. Elle ne voulait plus aller manger de pizza à Milton parce que Miss Mack n'aimait pas la pizza et que Janice avait décidé qu'elle n'aimait pas ça non plus. (p.17)

Insidieusement, l'auteur fait monter la tension alors que se prépare halloween ; le "trick" que Monsieur Hill va organiser pour Miss Mack va être des plus horribles.

Révélation
[il va lancer un sort qui installera Miss Mack dans une boucle temporelle où le temps n'existe plus et elle ne pourra jamais plus revenir à Babylon, ni nulle part ailleurs !].
Fin de la révélation.


Nouvelle écrite en 1986, il parsème ici quelques éléments (amitié entre deux femmes) et lieux (la rivière Perdido, la Lune, le lac) que l'on retrouve dans Lune froide sur Babylon (1980) ou dans la saga Blackwater (1983).
J'ai bien entendu beaucoup aimé cette histoire qui mêle encore une fois la (bonne) société et le paranormal (magie) et j'en redemande !

publié en 1986 dans "Halloween Horrors"
traduction de Patrick Marcel
lu dans le livret "Bibliothèque McDowell" reçu en cadeau
avec mon achat du roman 'Lune Froide sur Babylon"


 ➡️au dos du livret ⬅️
(c'est tellement satisfaisant ce genre d'attention !)

MICHAEL McDOWELL (1950-1999)
 
AVANT D'EMBARQUER POUR HOLLYWOOD

OÙ IL SERA À L'ORIGINE DE BEETLEJUICE ET
DE L'ÉTRANGE NOËL DE M. JACK, L'AUTEUR ET
SCÉNARISTE DIPLÔMÉ DE HARVARD CONNAÎTRA
UNE DÉCENNIE PROLIFIQUE DURANT LAQUELLE
UNE TRENTAINE DE SES LIVRES PARAÎTRONT
DANS DES GENRES AUSSI DIFFÉRENTS QUE
LE POLAR, LE ROMAN DE GUERRE ET
LE THRILLER SURNATUREL.

LA BIBLIOTHÈQUE MICHAEL McDOWELL,
AMORCÉE AVEC LA PUBLICATION DE LA SAGA
BLACKWATER, A POUR OBJECTIF DE RÉUNIR SES
PREMIÈRES ŒUVRES, PARUES ENTRE 1979 ET 1983,
ET QUI ONT EN COMMUN SON OBSESSION DE LA
FAMILLE ET DE LA VENGEANCE, SON GOÛT PRONONCÉ
POUR LA MORT ET LES PETITES VILLES, ET ENFIN,
UN IMMENSE TALENT POUR RACONTER DES
HISTOIRES CAPTIVANTES.

CET OPUSCULE VOUS PRÉSENTERA BRIÈVEMENT
CES ROMANS, ET VOUS FERA DÉCOUVRIR MICHAEL
McDOWELL ET LES RACINES DE SON ŒUVRE, AINSI
QU'UNE NOUVELLE ANCRÉE DANS SON UNIVERS.

CE LIVRE VOUS EST OFFERT PAR LES ÉDITIONS MONSIEUR
TOUSSAINT LOUVERTURE POUR TOUT ACHAT DE LUNE
FROIDE SUR BABYLON, DE KATIE, DES AIGUILLES D'OR,
OU DE DEUX VOLUMES DE BLACKWATER, DANS LA LIMITE
DES STOCKS DISPONIBLES.


dimanche 20 octobre 2024

Lune froide sur Babylon - Michael MCDOWELL

"Bien mal acquis ne profite jamais"

 

La chose s'éleva encore, faisant apparaître un vêtement aussi livide et pâle que le cou et la tête : entièrement incolore, d'un blanc-gris liquide et phosphorescent. Mais alors qu'on pouvait discerner chaque cheveur, la tenue était indistincte, sans véritable coupe, seulement de vagues suggestions de manches, de fronces, de boutons, aussi incertaines que miroitantes. (p.133) 

La famille Larkin, propriétaire d'une propriété sur laquelle sont cultivées des myrtilles, tire le diable par la queue depuis la disparition tragique de Jim Larkin et sa femme Jo-Ann, partis se promener sur la rivière Styx qui borde leur terrain. A la disparition de leurs parents, leurs enfants alors âgés de huit ans pour Jerry et d'un an pour Margaret sont pris en charge par Evelyn Larkin, la mère de Jim. 13 ans plus tard , Margaret disparait en revenant de Babylon, son corps et peu de jours après retrouvé attaché à son vélo. Commence alors une enquête pour trouver le meurtrier qui ne va pas s'arrêter là pour anéantir les Larkin.
 

Poursuivant les romans de la bibliothèque McDowell en train d'être réédités par les éditions Monsieur Toussaint Louverture, j'ai plongé, non pas dans le Styx ni dans la Perdido, mais à coeur perdu dans ce roman horrifique mais tellement satisfaisant et parfois même drôle, oui !
En se retournant, il vit le visage d'Evelyn Larkin, tout près de lui. Son cadavre était entortillé dans une longue robe sale. le corps, intact malgré l'explosion, s'était manifestement pris dans les branches du chêne avant de lui tomber dessus. trois douzaines d'huîtres à demi digérées se frayèrent un chemin hors de l'estomac de Nathan. (p.334)
 
vers la bibliothèque McDowell


La forme du roman est impeccable : un prologue suivi de chapitres réunis en section dont le titre annonce un moment important dans le tournant de l'histoire.

Jo-Ann nagea jusqu’à la rive, se mit à ramper et tomba dans des sables mouvants qui, aux abords du Styx, étaient aussi communs que les sangsues. Elle fut lentement aspirée et ne cessa de crier le prénom de son mari. (prologue)

Révélations [
  • En traversant le Styx (mort de Margaret)
  • La disparition de Margaret (recherches et réapparition de Margaret)
  • La chose dans l'arbre (Margaret hante son ennemi)
  • Hors des eaux noires (Margaret arrive en ville)
  • Lune croissante (le meurtrier frappe de nouveau)
  • Les morts sans cercueil (les revenants se rebiffent)
  • Défense précaire (Margaret attaque)
  • Pleine Lune (les morts se vengent).
] fin de certaines révélations.

Je suis satisfaite de la tournure des évènements : j'avais détesté que dans le roman "les aiguilles d'or", la famille des entourloupeuses Shanks s'en tirent presque à bon compte de leurs multiples et atroces méfaits. Ici au moins, le romancier débusque, révèle, punit.

J'ai passé un très bon moment de lecture, effectivement il y a des passages horribles et assez bien décrites pour que l'on puisse imaginer la scène mais cela n'a rien à voir avec certains passages de romans policiers ou thrillers assez sanglants que, pour ma part, j'abandonne sans regret d'autant plus que le style littéraire laisse à désirer !

Ici, c'est glauque mais bien écrit et c'est tout ce que je demande.

Terrorisée, Belinda regarda autour d'elle. Le bruit avait soudain diminué mais couvait parmi les troncs, dans l'air vert et épais; à huit, peut-être dix mètres derrière eux. Elle jeta fébrilement un œil dans cette direction, mais ne vit rien. Elle avait la sensation que l'un de ces troncs élancé cachait quelque chose - mais qu'est-ce qui pouvait être aussi mince ? Elle chancela vers Nathan, le tira pour le remettre debout et ramassa ce qu'il avait lâché : "Grouille-toi ! Foutons le camp d'ici tout de suite !" (p.183)

Il me plait que les esprits survivent à leur mort précoce et reviennent se venger, fondus dans les éléments naturels ce qui est le juste tribu pour ces êtres surnaturels.

Le roman est aussi très graphique : les champs de myrtilles, les eaux noires et lentes du Styx où se faufilent des crotales, les denses forêts le long des routes droites et la lune comme un œil justicier qui envoie son rayon blanc comme un glaive tout puissant.


De quoi parle le roman ?

C'est l'histoire d'un enfant terrible qui hérite d'une bonne place à la banque suite à l'accident de son père. Sa position lui laisse à penser qu'il le droit d'imposer sa force, sa volonté et son pouvoir sur les plus faibles. Suivi par son petit-frère, il use et abuse de sa situation et de sa renommée, assassine à tour de bras mais se retrouve fort dépourvu lorsque les revenants le font tourner en bourrique jusqu'au voyage ultime.
Ses victimes, créatures exsangues revenues d'entre les morts vont lui faire sa fête sous les bons auspices de la Lune complice.

"Je ne suis pas assez malin pour m'occuper de ça tout seul. j'ai besoin de quelqu'un pour me conseiller, pour m'aider. C'est le genre d'affaires qui requiert habilité et rigueur. Je me suis débrouillé jusqu'à présent, mais j'ai pensé que vous et moi pourrions peut-être collaborer sur cette histoire de terrain ; on le rachèterait à la banque par l'intermédiaire d'une société-écran ou quelque chose. (p.212)


Salutations ! cher MCDOWELL, où que vous soyez !

publié en 1980 "Cold Moon Over Babylon"



Illustrations : Leonardo Santamaria

vendredi 11 octobre 2024

Leçon de grec - Han KANG



A Séoul, un coréen d'une trentaine d'années qui a vécu la moitié de sa vie en Allemagne et qui a décidé de revenir à sa terre d'origine donne des cours du soir de grec ancien à un petit groupe d'adultes, aux motivations toutes différentes. Parmi ses élèves, une femme qui ne dit pas un mot, l'intrigue. Une femme, qui a perdu depuis de nombreuses années l'usage de la parole, et qui est d'abord passé pour folle aux yeux de sa famille au point d'être internée, doit maintenant supporter que son ex-mari lui enlève leur fils, arguant qu'elle n'est pas capable de s'en occuper. Elle se rend aux cours de grec pour se donner un but et un espoir de retrouver un jour la parole. Un soir, tandis qu'un oiseau s'engouffre par erreur dans l'immeuble où sont donnés les cours, l'homme casse ses lunettes et la femme lui porte secours jusqu'à le raccompagner chez lui.

Ce serait être malhonnête de dire que j'ai adoré ce roman, ce n'est pas le cas. Je m'attendais à autre chose de plus limpide, de plus direct, surtout après avoir lu avec intérêt la Végétarienne du même auteur. Ici, nous avons droit à des passages où l'auteur fait intervenir les deux protagonistes tour à tour sans vraiment de liaison, ni dans le narratif, ni dans la chronologie, ce que j'ai trouvé trop fouillis, pour moi qui aime la logique. Il n'en demeure pas moins un texte hautement poétique et je pense qu'il faut l'accepter comme tel pour l'apprécier à sa juste valeur. J'ai également été ennuyée de faire le parallèle avec les thèmes de Yoko Ogawa, que je connais bien : la perte d'un sens, la solitude, la famille, jusqu'aux anecdotes sur la matière, les composants chimiques, que l'auteur japonaise émaille régulièrement dans ses oeuvres. De plus, contrairement à ce que j'imaginais, ce ne sont que dans les dernières pages (à partir de la page 136 sur 183) que les deux protagonistes interagissent vraiment et se "parlent" sinon, tout au long du roman, on les décrit, on connaît leur difficultés, leurs renoncements, leurs abandons. Une belle lecture très poétique mais un style qui manque d'empathie, je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher aux personnages qui semblent évoluer dans une bulle impénétrable.


Sans qu'elle en prenne conscience, ses deux lèvres étaient sur le point de remuer comme celles d'un petit enfant. Bibliothèque, s'était-elle entendu murmurer dans un endroit plus profond que la langue et la gorge. Elle n'avait pas tout de suite réalisé combien cet instant était important.


Illustration d'entrée de billet : Heather Jacks "la lettre"

La végétarienne - Han KANG



Yeong-Hye (Yŏnghye en français) décide du jour au lendemain d'arrêter de manger de la viande après avoir fait un rêve brutal et sanglant qui l'a profondément choquée. Elle sombre progressivement dans une sorte de refus des besoins du corps humain au point de s'imaginer qu'elle est devenue un arbre.

La végétarienne est un roman en 3 parties, sorti en Corée en 2007 et en France en 2015 aux éditions le Serpent à Plumes, traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot.

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1/ La Végétarienne (point de vue du mari qui décrit la transformation de son épouse, 53 pages)
Une femme sombre lentement dans la folie après avoir fait un rêve qui lui fait avoir en horreur la nourriture animale. Tout débute lorsqu'elle vide le réfrigérateur de ses viandes et autres produits animaux devant son mari médusé. Elle maigrit considérablement, au point que son mari très inquiet est obligé d'en faire part à sa belle-famille qui n'est pas plus efficace pour la faire renoncer à son nouveau régime végétarien. Pire même : forcée d'avaler un morceau de viande, Yŏnghye tente de se suicider. Internée, son mari la retrouve presque nue dans le jardin de l'hôpital.

2/ La tache mongolique (point de vue de son beau-frère, 69 pages)
Peu de temps après, Jae, son beau-frère est obnubilé par une vision érotique qu'il a de sa belle-soeur et cherche à filmer la scène érotico-artistique qu'il a imaginée avec des acteurs inconnus pour finalement persuader celle-ci de tourner le film avec lui. le lendemain, leur film est visionné par Inhye, l'épouse de Jae qui les fait enfermer tous les deux.

3/ Les Flammes des arbres (point de vue de sa soeur, 64 pages)
Quelques temps plus tard, Inhye rend visite à sa soeur à l'hôpital psychiatrique où le médecin lui explique qu'elle doit être transférée dans un service pour les anorexiques : Yŏnghye se prend pour un végétal et refuse de s'alimenter et n'accepte que de boire.

Mon avis
Toujours dans ma poursuite de la découverte de la littérature coréenne, j'ai lu ce livre en quelques jours. Je dois dire que Han KANG me fait penser à la version coréenne de Yoko Ogawa. de là à imaginer que cette auteur est une belle référence, il n'y a qu'un pas... qu'une page ! que je ne suis pas prête de finir de tourner !

-Il n'y a pas de chemise repassée ?
Pas de réponse. Fulminant, j'ai fourragé dans le panier à linge posé devant le salle de bain et j'en ai extrait la liquette que j'y avais jetée la veille. Heureusement, elle n'était pas trop froissée. J'ai posé une cravate autour de mon cou, comme une écharpe, j'ai enfilé mes chaussures, pris mon agenda et mon portefeuille. Ma femme, toujours dans la cuisine, restait invisible. Pour la première fois en cinq ans de mariage, je partais au travail sans qu'elle m'ait aidé et dit au revoir. (p.19)



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Illustration : Darren Holmes

mercredi 9 octobre 2024

Voulez-vous - Lorenzo MORELLO


Laurent, un quinquagénaire traverse une crise existentielle : lorsqu'il apprend que Benny Andersson, du groupe ABBA qui vient de sortir l'album "Voyage", va entamer une tournée pour promouvoir le spectacle "ABBA Voyage" il décide de le rencontrer pour réaliser le vœu de sa soeur jumelle : avoir une dédicace sur le poster qu'elle avait acheté autrefois dans la revue Podium. Son associé dans la startup qu'ils ont créée a bien du mal à croire à cette lubie mais il est bien forcé devant sa détermination : en effet Laurent annonce qu'il vendra ses parts dans la société à qui lui obtiendra un entrevue avec la star suédoise.

- Sais-tu pourquoi je suis capable de te parler et de t'entendre ?
- Parce que tu perds la boule ?
- Non. Parce que je suis mort, moi aussi. Contrairement aux apparences. Je respire et je parle, je marche, je mange et il m'arrive de rire, mais la vérité c'est qu'à l'intérieur je suis aussi froid que toi. (p.58)



⭐️⭐️⭐️⭐️un beau style d'écriture, une lecture appréciée, livre recommandé.
-> J'ai enlevé une demi étoile pour les chapitres "voyeurs" que je n'ai pas trouvé utiles ni pertinents dans ce roman qui par ailleurs était fait pour moi ! et je m'en explique ci-dessous.



Quand j'ai lu le résumé sur le site Babelio qui proposait cette lecture gratuitement dans le cadre de l'opération "masse critique" je n'ai pas hésité car ABBA c'est un peu "moi, ma vie, mon oeuvre" et je vous invite à suivre le parcours réalisé en avril pour fêter mes 60 ans sur mon blog "Chronique des Temps Perdus".

Je découvre cet auteur qui m'interpelle par la qualité de son écriture : Lorenzo Morello a un très beau style comme je les aime, de l'humour, de la nostalgie, des réflexions quasi philosophiques sur le deuil, le sens de la vie, les évènements qui nous font tenir bon malgré les coups du sort.

Il met ici en scène un entrepreneur qui a très bien réussit sa vie, propriétaire d'une maison de 400 mètres carrés et d'un chat mais ne trouvant pas de joie dans la vie et devant s'offrir les services d'une call-girl pour assouvir ses besoins sexuels.

Je suis sur une piste, dit-il en s'aidant d'une main pour se redresser (l'autre caresse toujours Marcel). Ca n'a pas été de tout repos, je ne vais pas te mentir, mais il semblerait que l'un de mes contacts connaisse le responsable d'une boîte qui aurait été vaguement approchée à une époque pour bosser sur le projet ABBA Voyage. Le gars en question entretiendrait depuis des rapports plus ou moins amicaux avec Björn. On s'approche du but.
-C'est Benny qui m'intéresse. (p.65)

Il y a énormément de sujets abordés : addiction aux réseaux sociaux, perte des repères de bons sens et sous couvert d'une histoire plutôt rocambolesque on peut lire une certaine forme de procès désabusé sur le devenir de notre société qui oublie l'essentiel : la joie de vivre pleinement.

Très vite, j'ai compris que manger ne suffirait pas. rester en vie ne comblerait pas le vide. l'absence de ma soeur avait creusé un précipice si large qu'on n'en voyait pas les contours : si abyssal qu'on n'en distinguait pas le fond. Et quelque part, de l'autre côté, se tenaient mes parents, hors de ma vue. (p.133)


publié en 2024
160 pages


Retrouvez toutes les critiques jusqu'à présent positives sur ce roman :
tous les livres sur Babelio.com

Illustration d'entrée de billet : Benny Andersson

lundi 7 octobre 2024

Quelques nouvelles terrifiantes - Gaston LEROUX



LE DÎNER DES BUSTES
Lors d'un rassemblement d'anciens marins qui se racontent des histoires plus horribles les unes que les autres, le capitaine Michel qui est manchot, est pressé de raconter la sienne tandis qu'il se moque de ses camarades expliquant qu'il en a vu d'autres... C'est alors qu'il raconte dans quelle circonstance, il a perdu son bras, avertissant qu'aucun homme n'est resté à entendre la fin tellement c'est atroce.

– Ah ! çà ! capitaine Michel, il ne vous est donc jamais arrivé d’histoires épouvantables ?
– Si, répondit le capitaine, en ôtant sa pipe de la bouche. Si, il m’en est arrivé une… une seule !
– Eh bien ! racontez-la.
– Non !
– Pourquoi ?
– Parce qu’elle est trop épouvantable. Vous ne pourriez pas l’entendre. J’ai essayé plusieurs fois de la raconter, mais tout le monde s’en allait avant la fin.

LA HACHE D’OR
Une jeune femme découvre avec effroi la profession de son mari qui est le bourreau du village.

« Quelquefois il s’absentait un jour, deux jours, pour son commerce qui consistait, me disait-il, à acheter des lots d’arbres sur pied et à les revendre à des entrepreneurs. Il ne travaillait point par lui-même, laissant aux autres, me disait-il, le soin de faire, avec les arbres, des traverses de chemin de fer si la matière était de moindre qualité, des pieux ou des mâts de navires si cette qualité était supérieure. Seulement, il fallait s’y connaître. Et il tenait cette science de son père. Il ne m’emmenait jamais avec lui dans ses voyages. Il me laissait seule dans la maison avec une vieille servante qui m’avait reçue avec hostilité et dont je me cachais pour pleurer, car je n’étais pas heureuse. Herbert, j’en étais certaine, me cachait quelque chose, une chose à laquelle il pensait sans cesse et dont, moi non plus, qui ne savais rien, je ne pouvais détacher ma pensée.


L’AUBERGE ÉPOUVANTABLE
Deux couples arrivent en pleine tempête dans une auberge réputée pour avoir été le lieu de plusieurs années de massacre de voyageurs. Les nouveaux propriétaires pourraient bien s'inspirer de leur prédécesseurs, qui sait ?

« L’aubergiste revint nous trouver : “Encore deux qui veulent coucher ici ! La promenade ne leur dit rien par un temps pareil… Dépêchez-vous de choisir votre chambre car, entre nous, il n’y en a qu’une de propre !” « Vous pensez bien qu’on ne se le fit pas répéter et qu’on lui emboîta le pas. Nous grimpâmes un escalier raide comme une échelle. Par cet escalier, on arrivait, à gauche, au grenier qui s’étendait juste au-dessus de la grande cuisine et, par un corridor à droite, on parvenait à la chambre des voyageurs. Elle était célèbre, cette chambre : c’était là qu’avaient couché presque tous ceux que l’on avait assassinés.


LE NOËL DU PETIT VINCENT-VINCENT
Un couple ruiné organise son assassinat afin d'assurer un avenir à leur fils bien aimé.

« Le petit est bientôt au centre des plaisirs. Il tend maintenant ses mains vers l’arbre de Noël. Il veut tout toucher, tout prendre, jouir de tout à la fois ! Mais tout à coup la joie de l’enfant est suspendue. Il a vu les petits souliers dans la cheminée et constate qu’ils sont vides. Et voilà qu’il pleure !… Vincent tourne vers sa femme un regard de reproche : “Pourquoi lui as-tu causé cette peine ?” Mais elle a déjà pris le petit dans ses bras, le câline, essuie ses larmes, le console : “Petit Jésus n’a pas voulu tout apporter ce soir. Il reviendra demain matin. « – C’est bien vrai, maman ? « – Oui, il y aura un beau cadeau dans tes souliers.” « Confiant, Vincent-Vincent a retrouvé sa gaieté. « – Mais quelle surprise lui réserves-tu donc ? demande tout bas le père.

NOT’OLYMPE
Une jeune femme très belle se retrouve avec 12 prétendants. Lorsque le premier qu'elle a épousé meurt, elle se marie avec le second. la narrateur qui est en quatrième position laisse son tour et découvre qui est la main qui manœuvre la mort des 10 maris.

– Je peux vous dire que je n’ai été amoureux qu’une fois dans ma vie et c’est cette fois-là !… Si ça ne s’est plus rencontré depuis, c’est que je n’ai plus rencontré une fille pareille. Elle s’appelait Olympe ! Et nous étions bien une douzaine à vouloir l’épouser… – V’là les blagues qui commencent ! ricana Chanlieu. – Douze que je dis ! Nous les compterons tout à l’heure… Et encore, je ne parle que de ceux qui se sont déclarés !… Car il n’y avait pas un homme dans le département qui n’en eût envie !… Elle n’était point riche, mais elle était de bonne famille… Quant à la beauté, ah ! mes enfants !… À l’époque dont je vous parle, elle avait juste quinze ans et six mois !… Elle était d’un pays qui était renommé pour ses belles filles… un gros bourg bien plaisant où l’on venait du chef-lieu rien que pour voir les les jeunesses sortir le dimanche de l’église.

LA FEMME AU COLLIER DE VELOURS

Une femme blessée au cou porte un ruban pour cacher sa cicatrice, attisant la jalousie maladive de son mari.

Nous arrivons aux choses sérieuses. Nous partîmes d’Ajaccio et arrivâmes vers le soir à Bonifacio. Et, pendant que les gros navires continuaient leur chemin jusqu’à Porto-Vecchio, moi, je fus de ceux qui accompagnèrent le ministre à terre. Il y avait naturellement fête, dîner de gala et, le soir, réception dans les salles de la mairie. « Bonifacio, situé en face de la menaçante Magdelana, demandait un poste de défense mobile. Pour l’obtenir, la ville fit mille grâces, sortit ses plus magnifiques atours, ses plus belles fleurs, ses plus belles femmes, et vous savez si les femmes corses sont jolies ! Au dîner, nous en vîmes quelques-unes qui étaient d’une beauté vraiment remarquable. Comme j’en félicitais mon voisin de table, un brave homme charmant et terriblement frisé, gros garçon débonnaire que chacun appelait Pietro-Santo et qui était alors secrétaire de mairie, il me dit : « Attendez la femme au collier de velours ! « – Elle est encore plus belle que celle-ci ? demandai-je en souriant.

 
nouvelles publiées de 1911 à 1924


Je profite des mises à disposition des romans sur le site Ebooks libres et gratuits (ebooksgratuits.com) et j'ai choisi ce volume qui se lit facilement en quelques jours. De Gaston Leroux j'avais déjà lu le mystère de la chambre jaune, qui ne m'avais pas trop convaincu mais j'ai aussi le souvenir du feuilleton la poupée sanglante qui nous avait bien tenu en haleine, ma mère ma soeur et moi, lorsque j'étais jeune et que cela passait à la télévision.

De toutes les histoires, la première est vraiment la plus affreuse.

En tout cas je préfère mille fois lire ce genre d'auteur que les nouveaux écrivains qui pondent des horreurs à grand renfort d'atrocités et d'hémoglobine.


dimanche 6 octobre 2024

L'étoile du désert - Michael CONNELLY



L'ancien inspecteur du Los Angeles police department (LAPD) se porte volontaire (il a maintenant 70 ans) pour intégrer l'équipe de bénévoles travaillant sur des affaires non résolues dirigée par son ancienne collègue Renée Ballard. Il y voit l'opportunité de débusquer l'auteur du quadruple meurtre de la famille Gallagher qu'il n'a pas pu trouver avant le fin de son activité. Mais la priorité pour Ballard est de retrouver le meurtrier de Sarah, la soeur de Jake Pearlman, le membre du conseil municipal qui a autorisé l'ouverture de ce service (l'auteur rappelle qu'aux US, la police municipale est directement liée au maire). L'amélioration des analyses d'échantillon va permettre aux enquêteurs de révéler d'autres meurtres et pister ceux qui espéraient avoir commis des crimes parfaits.

Tu télécharges l'ADN de ton suspect dans la base de données de GEDmatch, tu t'assieds dans ton fauteuil et tu attends qu'il y ai une correspondance. Tu es certainement au courant. C'était super à la mode dans les affaires non résolues jusqu'à l'arrivée des lois sur la confidentialité. Aujourd'hui, c'est d'un intérêt limité, mais ça vaut la peine d'y avoir recours. (p.23)



Le moins que l'on puisse dire c'est que l'auteur a bossé son roman avec quantité de détails et procédures qui nous donnent l'impression d'être nous aussi sur le terrain. Je connais déjà le héros récurent Bosch après la lecture de quelques romans et surtout de la série et vraiment j'avait l'impression d'y être. J'aime bien Connelly : il écrit bien, sans effusion de sang inutile c'est vraiment un plaisir de lire ses romans, en particulier les aventures de Bosch qui se donne à fond dans ces enquêtes qui pourraient bien être les dernières, mais tant que le héros de meurt pas à la fin il y a toujours de l'espoir et effectivement, il y a une suite !

  • Le plus : l'humanité et la pugnacité des enquêteurs qui s'investissent sans relâche afin de découvrir d'un côté, le mobile et les circonstances de l'exécution des parents Gallagher et leurs enfants en plein désert retrouvés seulement un an après les faits, de l'autre, l'auteur des viols et meurtres de deux femmes ; des crimes qui ne méritent pas de rester impunis ! Harry qui patiemment remet les pierres qu'il a grossièrement empilées (comme un autel mémoriel) à l'endroit où les Gallagher ont été retrouvés et où il admire quantité d'étoiles du désert qui fleurissent malgré le climat aride.
  • Le moins : la sentence subie par les meurtriers un peu "faible" au regard de l'horreur de leurs multiples crimes ; je n'ai trouvé non plus très "utiles" les interventions/intuitions de la généalogiste "médium" de l'équipe.

publié en 2022 "desert star"
2023 pour la VF




Illustration d'entrée de billet : Desert Star par Dean Hueber