lundi 30 septembre 2024

Pas le moral à Balmoral - S.J. BENNETT


- Avez-vous remarqué ? Ils ont servi des huîtres, ce soir.
- Oui, délicieuses, confirma-t-il avec un sourire entendu. Mais vous en avez mangé ? s’étonna-t-il avec un haussement de sourcils. 
- Non, même si j’en raffole. Vous savez que je ne peux pas me permettre d’en consommer à l’étranger.
- Je pense qu’on peut faire confiance aux Froggies sur ce point. Il y a peu de chances qu’ils essaient de vous empoisonner. Et ils préparent les huîtres comme personne. Depuis toujours. 
- Je n’en doute pas. Le problème, ce n’est pas les Français. Ce sont les huîtres elles-mêmes. On ne sait jamais. Et un estomac dérangé serait une catastrophe. 
- J’imagine, oui. Dommage. Elles étaient succulentes. (p.15)

1957. La reine Elizabeth est en visite en France mais voilà que quelques erreurs se glissent dans le protocole : des huitres lui sont servies, non pas qu'elle n'aime pas cela mais il ne serait pas bien vu qu'elle tombe malade durant un voyage officiel ; puis son discours en français disparait, ainsi que toutes les copies restées en Angleterre : cette fois pas de doute, quelqu'un dans le bureau veut lui nuire. 
De retour à Londres, une call girl et son client sont assassinés dans une maison dans les mews servant officiellement de club de gentlemen dans lequel son époux se rend parfois, mais disposant à l'étage d'une chambre qui est malencontreusement utilisée pour des rendez-vous galants. Une personnalité très haut placée ayant été aperçue le soir du meurtre devant le club sème la panique dans les services de la sécurité intérieure.
Au grand dam des "moustachus", les trois conseillers de son bureau privé, la reine, qui chaque jour lit avec circonscription les rapports des ministres ou de la police contenus dans les boîtes rouges royales, s'intéresse à ce meurtre et mandate la nouvelle secrétaire qui vient d'arriver dans le bureau privé pour enquêter secrètement et lui rendre compte directement.
 

Choisissant ce livre grâce aux avis de Babelio, je suis vraiment enchantée d'avoir trouvé un auteur dans la veine d'Agatha Christie avec en prime une héroïne, Elizabeth II, pour qui j'avais de l'admiration.

Ici, l'auteur lui adjoint Joan McGraw, une femme de 37 ans (la reine en a 31) en qualité de secrétaire dans son bureau privé, qui va l'aider à découvrir le complot qui vise à amoindrir les prérogatives de la reine. Depuis son château de Balmoral, la reine va même entamer une correspondance codée avec Joan pour diligenter les actions de Joan à Londres, non sans danger, ce qui témoigne du fait qu'elles ne sont pas loin de faire sortir le loup du bois ! 

L'enquête en elle-même est assez longue car elle est entravée par les services secrets, mais la reine désire que le crime soit résolu, d'autant que son cher et tendre est d'une manière ou l'autre une victime collatérale de cet assassinat. Qui a tué cette pauvre femme déguisée en princesse Grace Kelly et qui portait le diadème volé dans le coffre d'un ministre en fonction ? Qui était le "client" retrouvé un couteau planté dans son œil ? Grâce à la perspicacité de la reine, la cause des morts sera mise à jour, de même que l'investigateur des actions visant à déstabiliser la jeune reine.

la reine et la boite rouge, image de la newsletter de l'auteur, évidemment je me suis abonnée !


Une très jolie découverte qui me donne envie de lire la suite qui paraitra l'année prochaine. Eventuellement je lirais les 3 tomes précédents. 

Sir Hugh Masson sourit comme s’il ne s’agissait que d’une petite plaisanterie. Ce n’était pas lui qui s’était retrouvé pris au piège de ce raz-de-marée d’attention. Bien alignés face à Sa Majesté dans un salon de l’ambassade, ses trois conseillers en costume rayé se tenaient prêts à discuter de la journée à venir. Sir Hugh était accompagné du major Miles Urquhart, son adjoint, et de Jeremy Radnor-Milne, le secrétaire chargé des relations avec la presse. Solides, traditionnalistes et fiables, ces hommes étaient le fleuron de la vieille garde dont la reine avait hérité de son père. Philip les surnommait les « Moustachus ». (p.19)


publié en 2024 (anglais et français)



Illustration d'entrée de billet : portrait d'Elizabeth II par Banksy (photo personnelle)

lundi 23 septembre 2024

Crime à quatre mains - Christian JACQ



Il passa, sans y prêter attention, devant une statue en marbre d’Athéna, déesse de la sagesse, l’emblème du club, puis monta un escalier dont la rampe en fer forgé était ornée de volutes aériennes, traversa un palier et pénétra dans le salon de musique, son havre de paix. Tentures de velours couleur or, lampadaires de style retour d’Égypte, fauteuils victoriens au dossier en forme de lyre, canapé rouge semi-circulaire, piano à queue et harpe se détachant sur un tapis d’Iran aux motifs géométriques… L’endroit était chaleureux, empli de mélodies muettes. Sur le plus long mur, des tableaux signés sir Francis Branir. Ils représentaient des hommes en méditation devant des montagnes, des pêcheurs, un combat entre deux épéistes. Bien des marchands avaient tenté de persuader le peintre de les vendre et d’entamer une carrière artistique. Mais sir Francis était demeuré intraitable. Le salon de musique… sa création. Avec la plus belle de ses réussites, la présidence du club Tradition. Ici se faisaient et se défaisaient bien des destinées, ici se rencontraient les plus hautes personnalités, loin des oreilles indiscrètes. Sir Francis, tel un grand prêtre, régnait sur cet univers secret dont il était le seul à posséder toutes les clés. (p.14)


À Londres, dans le très sélect club "Tradition" réservé aux hommes de qualité pour y faire des alliances professionnelles ou politiques, est retrouvé le corps de son directeur sir Francis Branir, un ancien as de l’aviation britannique. Une ou plusieurs mains l'ont poignardé quatre fois dans le dos alors qu'il était assis à son piano. Scott Marlow de Scotland Yard est sur le coup et se fait aider de l'ex-inspecteur Higgins car l'enquête doit être rapidement bouclée. Interrogeant patiemment les quatre 4 couples invités ce soir là, le secrétaire et confident de Branir, mais aussi une clocharde installée non loin du club, Higgins va démêler le vrai du faux avant de révéler les noms des coupables.

Une enquête assez classique de cosy mystery : peu de protagonistes, un lieu unique, l'atmosphère d'un club anglais décrit comme étant un lieu de refuge, voilà tout ce qu'il faut pour passer un bon moment de lecture sans effusion d'hémoglobine exagérée. C'est pour moi le premier roman des enquêtes de l'inspecteur Higgins mais c'est le 52è dans l'ordre de sortie. L'auteur, que je connaissais pour ses romans sur l'Egypte, m'a convaincue de sa capacité à écrire des romans policiers et il est vraisemblable que j'en lise un autre. Le style est agréable sans être très littéraire, j'entends par là : pas de phrases extraordinaires qui sortent des lieux communs mais l'ensemble reste plaisant.

publié en 2024


— La victime a été assassinée de manière sauvage et barbare. À quatre reprises, on lui a planté une lance dans le dos. L’une des blessures est si profonde qu’elle lui a transpercé le cœur. Le coup a été porté avec précision et une grande violence. Un deuxième coup, lui aussi mortel, a perforé le poumon droit. Les deux dernières plaies sont moins graves. L’arme a dérapé sur l’omoplate. (p. 27). 





Illustration d'entrée de billet : © Françoise Augustine "Amadeus"

mercredi 11 septembre 2024

Rentrée littéraire - Eric NEUHOFF


Autour d’eux, c’était la valse des divorces, les cohortes d’avocats. Ils ne savaient plus qui ils devaient continuer à inviter. Pierre se fatiguait plus vite. Claire ne l’accompagnait pas toujours. Que leur était-il arrivé ? Comment n’avaient-ils pas vu passer tout ce temps ? Leur métier les intéressait encore. L’édition était en train de changer. Ils sortaient moins. Quand même, ils avaient accepté ce dîner. Les Calmens servaient les meilleurs bourgognes de Paris. p.11

Un couple (Pierre et Claire), dont les enfants trentenaires volent de leurs propres ailes, cogite pour vendre leur maison d'édition et quitter paris, mais hésite lorsqu'un grand groupe se présente acquéreur. En effet, ils étaient très attachés aux liens avec leurs auteurs, certains comme leur ami Mathieu, depuis le début. Des auteurs choisis "à l'ancienne" : peu de sorties mais des choix avisés, et ils se sont battent pour les faire entrer leur poulains dans les sélections des prix annuels, même si certaines récompenses ne sont pas à leur portée. Ils vieillissent et lorsqu'ils observent le rythme de leurs régulières sorties (déjeuners et soirée) ils ressentent une certaine lassitude mais ont heureusement résistés à toutes les tentations.

Je peux dire une chose c'est que l'auteur a vraiment le sens de la formule : il y en a une bonne à chaque chapitre et on sourit souvent.

La carte des vins était épaisse comme l’annuaire des Pages Jaunes.p.22


Son visage avait pris de drôles de rides, comme s’il travaillait toutes les nuits dans un casino.p.27

S'agissant de l'histoire en elle-même, il 'y a pas grand chose à raconter car ça ressemble plutôt à quelques feuilles jetées ensemble comme si l'auteur avant rassemblé au fils de sans des paragraphes qu'ils n'a jamais pu placer dans un roman.

Voici :
Un moineau vint picorer des miettes sur la table. Mathieu essaya de lui donner un morceau de sardine, mais apparemment cela ne plaisait pas à l’oiseau. La pelouse venait d’être arrosée. Dans un coin, des adolescentes s’étaient agglutinées autour d’un ordinateur comme s’il produisait une source de chaleur. Les chiens se battirent au bord de la piscine devant laquelle étaient alignés trois transats bleu marine. Il y avait une dame dans un fauteuil roulant. Une voiture klaxonna. Le serveur apporta des calamars qui avaient été pêchés le matin même. p.23

Ni véritable fil rouge, ni récit chronologique. L'histoire fait des sauts de mouton dans le passé mais heureusement cela ne nous fait pas dormir debout car le style est verbeux et très vivant. La lecture est facile et rapide mais il est finalement très peu question de "rentrée littéraire", j'avais imaginé apprendre des choses plus croustillantes, on apprend tout de même que c'est un milieu où l'entre-soi est roi mais cela je le savais déjà).

2022


samedi 7 septembre 2024

Mort de Bunny Munro - Nick CAVE


 
Il remarque que les ombres derrière lui ont commencé à dégouliner, à s'étaler et se repositionner. Elles semblent s'allonger et prendre des personnalités qui ne leur seraient pas attribuées en temps normal, comme si elles avançaient sur lui en provenance du monde des esprits. Bunny a le sentiment inattendu de sa mort imminente - pas nécessairement aujourd'hui mais bientôt - et se rend compte non sans perplexité qu'il en éprouve un certain réconfort. (p.76)


Angleterre. Bunny Munro, un père fragilisé par sa dépense au sexe, à l'alcool et à la drogue, anéanti suite au suicide de son épouse chérie mais largement trompée, tente de prouver à son jeune fils qu'il est vraiment le papa le plus formidable au monde. Munis de la liste des clientes potentielles des produits de beauté que Bunny vend en porte à porte, ils partent tous deux à bord de la Punto à la rencontre de leur destin.

Mon avis
J'ai envie de commencer par dire que ce livre est une sorte de mélange, un cocktail sans modération aucune : un road-movie frénétique d'un homme perdu qui descend de plus en plus dans l'oubli de lui-même, incapable de reprendre pied dans une vie où l'attend patiemment son garçon de 9 ans en consultant sa chère encyclopédie, tandis qu'il fait du gringue aux "desperate housewives" d'Angleterre façon Hank Moody (de la série Californication) et se montre impuissant à s'occuper de son fils qui pourtant l'adore.

Un style nerveux qui ne manque pas d'audace, de poésie, de fantasmagorie, de réalisme, d'humour, de désespoir, de fierté et de honte. Un cocktail avec une dose de Big Lebowski et une de Donnie Darko.

Bunny Junior espère que rien de vraiment terrible n'arrivera à son père, car même si sa mère a dit qu'il était perdu, et même s'il n'a probablement pas été un bon père comme ceux qu'on voit à la télé, dans les magazines, dans les parcs et tout ça - eux qui par exemple achètent du collyre pour ne pas que leur enfant devienne aveugle, ou qui joue au frisbee dans les jardins publics, des trucs dans ce genre - il aime son père de tout son coeur et pour rien au monde il ne l'échangerait contre un autre. (p.278)

Impossible d'en dire plus si je veux éviter de révéler quelques clefs... Disons simplement que nous avons là une sorte de livre-boutis formé par des pièces de vie rattachées entre elles par des fils ténus comme l'espoir, l'espoir d'un autre monde, d'une autre chance.

Notons les passages hilarants côtoyant les plus sordides, les blancs et les noirs, les lumières et les ombres :
- orange le fantôme de la mère vêtu de sa petite robe orange qui tournoie dans les pages, tantôt pour épouvanter son mari, tantôt pour rassurer son fils
- bordeaux la bétonneuse Dudman (l'homme-camelote) qui apparaît à plusieurs reprises
- blanche la brume qui arrive à l'approche du fantôme
- noirs les nuages qui s'amoncellent dans le ciel troublé
- bleu le ciel "comme une piscine".

Un roman jubilatoire que nous n'avons jamais jamais envie d'achever... mais puisqu'il le faut, alors avouer qu'à la fin j'ai pleuré.
2009 (anglais)
2010 (français)



Illustration (c)Kim Daehyun


mercredi 4 septembre 2024

La maison de verre - Roberto COTRONEO



Elle avait raison, c'était un choix magnifique, aussi magnifique que ce tableau qui occupait l'un des rares murs en béton de la villa : un tableau étrange, de grande taille, peuplé de silhouettes vêtues de noir et encapuchonnées, au beau milieu d'un danse débridée, folle peut-être. Cette peinture était inquiétante : elle me repoussait autant qu'elle m'attirait. 
Alessandra s'aperçut que l'oeuvre ne n'avait pas laissée indifférente.
- Ca vous plait ? C'est de Michaël Borremans. (p.28)


Italie. Margherita répond à une annonce pour s'occuper des jumelles d'un couple atypique : Umberto qui travaille régulièrement à Londres et sa femme qui serait en proie à une dépression. Après avoir signé une clause de confidentialité, Margherita s'installe dans l'étrange villa aux murs de verre dans la banlieue de Rome et se rend très vite compte que quelque chose ne tourne pas rond : les jumelles de 7 ans semblent beaucoup plus âgées, et tout le personnel de la villa semble craindre quelque chose. Lors d'une excursion dans la forêt proche, Margherita découvre un temple grec représentant Hécate et voit surgir les fantômes d'un homme et de son fils.


Un livre découvert en faisant des recherches sur la maison de verre de Pierre Chareau à Paris : le livre m'est apparu en résultat de recherche, les moteurs de recherche d'aujourd'hui sont beaucoup moins pertinents qu'autrefois ! L'avantage c'est que l'on peut passer du "coq à l'âne", ce qui est parfait quand on aime les nouvelles découvertes.

J'ai bien aimé la lecture, mais beaucoup plus dans les premières pages : le style de l'auteur est du genre que j'aime : prendre le lecteur pour un ami et lui décrire tout ce qui est nécessaire : les décors, les sentiments, les sensations. Vers la fin, j'ai senti que quelque chose dans le récit clochait et j'ai vraiment eut l'impression que l'auteur s'était embrouillé les pattes dans l'évolution du personnage principal qui est également le narrateur. La fin qui arrive un peu aux forceps (il était temps) est vraiment un belle trouvaille.

Spoiler : [En réalité Margherita qui narre l'histoire que nous lisons est atteinte d'une maladie psychiatrique "Syndrome de Korsakoff" : troubles de la mémoire, la personne ne sait généralement plus où elle se trouve, elle n'a pas conscience de son état].

2021 (Italien)
2022 (français)



Illustration d'entrée de billet : Michaël Borremans (La danse)

mardi 3 septembre 2024

Le gardien du feu - Anatole LE BRAZ



France. 1876. Pointe du Raz. Goulven Dénès, le gardien du phare de Gorlébella, a rédigé son crime sur ses feuilles de relevés : les conséquences de son amour fou pour sa femme, l'audacieuse et infidèle Adèle Lézurec. 

Mon avis

Quel bonheur d'être tombée, comme par hasard, sur ce Gardien du feu en parcourant les étagères poussiéreuses de la bibliothèque abandonnée de la maison de famille de mon époux, étant en manque de lecture (je n'avais pas prévu assez de combustible à mon propre feu de lectrice). C'est donc par curiosité, puis intérêt que j'ai abordé cet étrange gardien tourmenté, par la solitude, l'amour, la passion dévorante du désespoir. Car comment résister à l'appel de cette pure détresse, savamment construite.
"A l'entour s'étend le sinistre paysage que vous savez, un dos de promontoire nu et comme rongé de lèpre, troué ça et là par des roches coupantes, de monstrueuses vertèbres de granit." 

Nous commençons le récit par la découverte post-drame du récit que laisse le narrateur : il y raconte avec une précision de naturaliste, ses émotions, ses dévotions, et la fin de ses illusions. Goulven tombe amoureux de la solaire Adèle :
"Je suivis des yeux, jusqu'à ce qu'elles se fussent effacées dans l'éloignement du mail, la blancheur claire de sa cornette à deux pointes et la nuance gris-perle de son grand châle à franges, qui tombait de ses épaules à ses talons comme les ailes repliées d'un goéland. (p.16)

Mais Adèle s'ennuie durant le mois où son mari est en poste de garde sur le récif de Gorlébella et bientôt, à la faveur d'un retour dans son pays, elle rencontre un homme qu'elle fait engager au phare et dont elle devient la maîtresse en l'absence de Goulven , c'est du moins la version que Thumette Chevanton, l'épouse du troisième gardien, finit par dévoiler à l'infortuné mari.
"J'avais en ma femme une confiance aveugle. Je l'aimais d'un amour si fort et si compact que la dent du soupçon se fût brisée à vouloir y mordre. (p.87)" 

Quand Goulven apprend son infortune, devant des preuves affolantes qui lui brisent le coeur et font rugir son entendement, il en devient fou et décide de se venger des traîtres.
"Mon âme entière était comme une terre veuve, comme un pays rasé. Oui, oui, la "peste noire" avait magnifiquement accompli son oeuvre ; la trombe mauvaise n'avait rien laissé debout. moissons dorées des chers souvenirs, sèves tenaces des longs espoirs, doux logis de paix, de tiédeur et d'amour, tout était fauché, broyé, anéanti. (p.167)" 

Il ne lui reste plus qu'à entreprendre un dernier voyage : la randonnée de l'âme défunte. Chut ! je n'en dirai pas plus sur ce merveilleux livre, sauvage comme l'océan. 

Mais une dernière question flotte... Adèle et Hervé étaient-ils réellement amants ? 

Une pensée pour les romans victoriens, et en particulier pour Henry James dont j'ai lu il y a quelques temps le Tour d'écrou sans être franchement emballée. Et bien dans le gardien du feu, je dis chapeau à la construction, à l'atmosphère, à tous les détails qui nous portent peu à peu dans la folie meurtrière de Goulven, cela s'appelle la Classe !

publié en 1900
mon édition date de 1929

Illustration : Charles Wickery

Les noces noires de Guernaham - Anatole LE BRAZ


Emmanuel Prigent se languit d'amour (impossible) pour sa lointaine cousine Renée-Anne qui a dû épouser un homme vieux et riche mais qui la bat quotidiennement, exactions dont il est témoin puisqu'il travaille chez eux et habite dans l'étable. Toute la maisonnée craint le colérique propriétaire du domaine de Guernaham, souvent aviné, mais voici que le vieux barbon meurt. Emmanuel est promu régisseur de l'exploitation et continue de vivre dans son étable. Commence alors une année de veuvage pour Renée-Anne qui ne semble pas intéressée par la multitude des prétendants de son rang qui se pressent dans sa maison lors des veillées. Elle a toute confiance en Emmanuel, son protecteur mais celui-ci semble prendre ses distances malgré le fait qu'elle lui a offert de siéger auprès d'elle lors des veillées.


Après "Le gardien du feu" du même auteur (je republie l'article heureusement conservé chez Babelio juste après) j'ai eu envie de lire une autre histoire et j'ai trouvé cette nouvelle sur le site Ebooks libres et gratuits (ebooksgratuits.com) qui est vraiment parfait pour lire ou redécouvrir des classiques mais aussi des pépites moins connues. 

Le récit d'Anatole Le Braz nous invite en Bretagne, où "Les noces noires" désignent des noces après veuvage. Dans cette histoire qui sait garder du suspens, l'auteur conte avec beaucoup de poésie et de psychologie, l'histoire de deux êtres qui s'aiment, meurtris par le destin ; ils vont faire un pas vers l'autre pour briser le tabou d'un homme sans éducation qui ne pourrait prendre pour épouse une femme de meilleure condition sociale, riche propriétaire terrienne.

Une jolie nouvelle très facile à lire, je la recommande.


 
Emmanuel Prigent, dont le cœur n’avait pas encore parlé et qui n’avait pas de «  douce  » à ramener chez elle, demeura un instant sur la place à regarder l’«   homme aux chansons  » rassembler ses feuilles volantes ; puis, après une courte discussion avec lui-même, il s’achemina vers l’auberge. Il se sentait triste… La solitude, sans doute ; peut-être aussi une raison plus intime, certain malaise d’âme qui, depuis quelque temps, assombrissait sa pensée, ne lui permettait plus de jouir de la vie, béatement, comme par le passé. (p.1)

 

Illustration d'entrée de billet : Ave Maria - procession religieuse in Bretagne par Aloysius C. O’Kelly (1909)