mercredi 31 juillet 2024

La bonne fortune de monsieur Ma - Xiaolong QIU



Shanghai. 1962. Monsieur Ma, la trentaine, tient avec sa femme une librairie dans l'une des deux pièces dans un shikumen de la cité de la poussière rouge, l'autre étant leur chambre, lorsqu'il est arrêté pour activités contre révolutionnaires ; son crime : détenir le roman "Docteur Jivago" de Boris Pasternak ce qui est suspect à l'époque de la révolution culturelle. Il est finalement réhabilité 20 ans plus tard et libéré 10 ans avant la fin de sa peine, décide d'ouvrir une herboristerie orientale grâce aux compétences théoriques acquises en consultant durant 20 ans le seul livre sur la médecine chinoise que ses geôliers lui ont permis de garder dans sa cellule. L'autorisation de licence est obtenue grâce à l'intervention d'un policier haut placé qui a vécu dans la cité.

Voici une nouvelle de 40 pages en deux parties (1962 et 1982) à intégrer dans la série des nouvelles de la cité de la poussière rouge, où l'on voit apparaître en filigrane l'ombre bienfaisante de l'inspecteur Chen Cao dans le rôle du policier qui intervient pour lui obtenir une licence spéciale pour ouvrir l'herboristerie.

Vous savez déjà que je suis très intéressée par les romans de Xiaolong QIU et qu'après la lecture de tous les romans du cycle de Chen Cao, j'ai commencé les nouvelles de la cité de la poussière rouge, dont il est d'ailleurs souvent question dans les enquêtes de Chen Cao.

On retrouve ici toute la tragi-comédie spécifique à l'auteur qui transpose les horreurs de la révolution culturelle et ses effets.

Monsieur Ma avait grandit dans la cité. En 1948, un an tout juste avant la Libération, il avait hérité de son père d'une petite librairie composée de deux pièces, l'une ouvrant sur la rue  du Fujian, l'autre, à l'arrière, menant à la cité. Son commerce rapportait peu. (p.13-14)

publié en 2010 en anglais "Doctor Zhivago"
en 2011 pour la verison FR



Illustration d'entrée de billet : Ha Qiongwen (illustration pour la série "lire trop de livres est dangereux, Mao Zedong

L'aventure de Bryan Harker - Archibald Joseph CRONIN



L'histoire est celle d'une jeune ingénieur américain en Autriche qui passe dans la zone russe pour ses affaires et se retrouve mêlé à la police secrète soviétique lorsqu’il tente de sauver une jeune femme qu'il croit être la fiancée de son ami, poursuivie pour actes d'espionnage.

Un peu plus
Nous sommes en 1950 à Vienne (Autriche) et Bryan Harper est directeur d'un consortium américain de travaux publics ; à la veille de remporter un gros contrat de construction de pont, il lui faut passer en territoire à Gmünd sous contrôle soviétique pour acheter le bois nécessaire à la construction. Après avoir obtenu les autorisations réglementaires, il prend le train. Mais le voyage ne se passe pas comme prévu : il est surveillé et au cours du contrôle de papiers, il laisse malencontreusement échapper la photo d'identité de la fiancée d'une de ses connaissances tchèques qui l'a autrefois sauvé d'une mort certaine et auquel il se sent redevable, lequel lui demande de prendre des nouvelles de la jeune femme. C'est le début d'une course poursuite haletante pour repasser la ligne de démarcation en compagnie de la jeune femme car ils se retrouvent poursuivis par le service de renseignement russes.



En lisant ce court roman (150 pages) j'ai eu l'impression de l'avoir déjà lu et c'est certainement le cas car il est improbable que l'épilogue, digne d'un film d'espion comique soit présente dans un autre roman. C'est aussi pourquoi je m'efforce de résumer mes lectures et avis aussi régulièrement que possible.

A l’origine, le roman fut publié sous forme de feuilleton dans le magazine Collier’s en 1954 sous le titre "Escape from fear" :


Bryan Harper nous est présenté comme un homme au bout du rouleau, expatrié sans attache, qui survit un peu en dehors de lui et malgré lui, un looser. Acculé et poursuivi par des espions sans pitié, il se révèle téméraire, plein de ressources, inventif : il se démène comme un diable pour sauver la demoiselle en détresse mais qui elle aussi fait preuve d'une grande force morale.

L'ensemble du roman est drôle, tout en ayant le côté tragique des destins coupés par la guerre et ses conséquence : les exécutions sommaires, les déportations, les séparations de famille.

- Je me retrouve aux abois, lui répondit Harker. En d'autres termes, je suis prêt à tout pour gagner la zone britannique. Aussi m'est-il absolument indifférent de vous laisser derrière moi mort ou vivant."
Le médecin changea de visage et balbutia :
" Si j'agis sous la contrainte, nul ne peut m'en tenir rigueur...
- Voilà qui est sagement raisonné, docteur. (p.120)

publié en 1954 (anglais)
publié en 1978 en FR


Illustration d'entrée de billet : The Blessing of the Wheat in Artois par Jules Breton

mardi 30 juillet 2024

Sidney Chambers et les périls de la nuit - James RUNCIE



Chapitre 1. Hiver 1955. Un professeur et deux élèves escaladent de nuit un bâtiment de Cambridge, le professeur tombe, un des deux élèves disparait. Il s'avère que cette mise en scène pourrait cacher un suicide mais aussi la disparition d'un élève agent secret pour l'Est.

Chapitre 2. Août 1955. Un incendie ravage la dépendance d'une propriété que louait un photographe, celui-ci offre à Sidney son appareil photo Minox.

Chapitre 3. Carême 1956. Hildegard séjourne en Angleterre à Cambridge et entraîne au piano dans un des logement de professeur. Près de son appartement, un mathématicien meurt électrocuté dans sa baignoire durant le rénovation électrique d'un bâtiment. Sidney aidé d'Hildegard soupçonne un plagiat de thèse, à raison.

Chapitre 4. Mai 1956. Sidney a 38 ans. Un joueur de cricket d'origine indienne meurt, a priori victime d'un empoisonnement, Sidney cherche à retrouver trace de la substance qu'aurait pu ingurgiter le fiancé secret d'une jeune demoiselle dont les parents désapprouvaient l'union avec un indien musulman.

Chapitre 5. Pâques 1961. Amanda va se marier et demande à Sidney d'organiser la cérémonie. Surpris par le comportement plutôt fuyant du fiancé américain qui cache bien son jeu, Sidney averti son amie qui rejette ses soupçons. Sidney devra apporter la preuve à son amie que son fiancé est déjà marié et s'apprête à la bigamie dans le seul but de disposer de la fortune d'Amanda.

Chapitre 6. Juillet 1961. Sidney prend des vacances et rejoint Hildegard en Allemagne. Mais à son arrivée, la jeune femme est parti en RDA au chevet de sa mère. Sidney la rejoint en train mais pour avoir reconnu un ancien étudiant de Cambridge, il se retrouve pris pour un espion de l'ouest et emprisonné.




Je poursuis ma lecture des aventures du charmant Sidney ("les mystères de Grantchester"), qui, approchant la quarantaine va songer à fonder un foyer tout en faisant face au monde de l'espionnage (chapitres 1 et 6), de la vengeance (chapitre 2, ), de la jalousie (chapitre 3), du racisme (chapitre 4), de la cupidité (chapitre 5).
Sidney est toujours aussi attachant mais je n'aime pas trop l'aspect romantique, surtout avec la veuve Hildegard, vraiment ! je ne comprends pas. Beaucoup d'humour et vraiment un bon moment de lecture en sa compagnie.

Je vous invite à découvrir la série Cambridge Spies (BBC, 2003) qui évoque les espions Burgess et Maclean dont il est question dans le roman (voir extrait). 


Comme vous le savez pertinemment, à Cambridge il convient d’être très prudent quant à l’usage du mot « espion ». Il donne lieu à des conjectures fort déplaisantes dont nous avons déjà largement notre content.”
Sidney avait bien conscience que l’université ne s’était pas encore totalement remise de l’ignominie de “l’affaire des diplomates disparus”, les anciens diplômés Burgess et Maclean qui, on le supposait, s’étaient enfuis à Moscou quatre ans plus tôt. Consulté sur leur disparition, Keating avait protesté qu’on ne lui avait pas donné un accès suffisamment complet à l’enquête. Depuis, la situation avait assurément évolué. Des rumeurs avaient couru selon lesquelles un autre apôtre de Cambridge, Kim Philby, était “un troisième homme” après sa démission du MI6 en 19511 , et Keating n’avait pas caché qu’à son avis, le nouveau KGB, conduit par Ivan “le Terrible” Serov, voyait dans l’université un terrain de recrutement fertile.
“J’ignorais que Lyall travaillait pour les services de sécurité.
— Je n’ai pas dit qu’il travaillait pour eux.”
Sidney attendit, en vain, que le principal s’explique. “Vous ne vous attendez tout de même pas à ce que je vous parle de tout cela en détail. Mieux vaut laisser certains sujets dans l’ombre. Je suis convaincu que nous pouvons trouver une façon discrète de mener l’affaire.
— Je n’en suis pas certain, principal. Après une mort…(p.18)



publié en 2013, et en 2017 pour la VF


Illustration : Selborne village, gravure 19è.

lundi 22 juillet 2024

Le roitelet - Jean-François BEAUCHEMIN



Le narrateur (l'auteur) évoque la maladie de son petit frère diagnostiqué schizophrène et passe en revue, de manière non chronologique, le début de la maladie, les épisodes de crise, le temps qu'ils passent ensemble y compris après la mort des parents, les subterfuges dont il use pour aider son frère lors des crises. Prenant comme point de départ la routine d'écrire chaque jour une page de son histoire familiale, l'auteur compose ce recueil de souvenirs, parsemé de rêves donnant parfois un aspect presque fantastique au roman (épisode de la farine !).
« Je me suis souvenu des premiers symptômes : son décrochage de l'école, l'étrange repli sur soi, la perte d'intérêt pour presque tout, les insomnies, les troubles de l'attention puis les si déroutants accès de paranoïa, le mutisme, l'émoussement de l'affectivité, la lente dislocation de la personnalité. » (p.63)
J'avais vu ce titre dans mes recommandations chez Babelio et j'avais eu peur que ce soit vraiment trop triste mais à l'occasion d'une déambulation dans ma médiathèque je suis tombée sur ce très court roman en 63 chapitres d'une ou deux pages pour l'essentiel. Le style est très poétique mais pas superficiel : il décrit très bien son ressentit vis à vis de la maladie handicapante de son frère, repli sur soi, délires de persécution, et l'impact sur lui entre incompréhension, fatalisme 
Deux ans plus tard mon frère et né à son tour, mais le chien cette fois a senti que quelque chose ne tournait pas rond. pendant un an, tous les jours et toutes les nuits pendant de longues heures, cette brave bête est restée plantée au chevet du petit corps, observant sans doute les quelques ombres qui déjà planaient au-dessus du berceau. » (p.80)

mais aussi espoir

« Je me rappelais avoir souffert, et qu'à l'époque ces gens-là m'avaient guéri, en quelque sorte. J'espérais secrètement que les livres aient sur mon frère le même effet bénéfique qu'ils avaient sur moi. C'était difficile à dire. je ne sais trop comment ni pourquoi, les poètes l'aidaient à vivre. » (p.52)

 

publié en 2024





Illustration d'entrée de billet : Philip Hallawell

Maud Martha - Gwendolyn BROOKS



Moi aussi j'ai été attirée par la couverture du livre : une femme noire en robe blanche sur un fond rouge. Et des couleurs, il y en a beaucoup dans le court roman (170 pages) dès le premier chapitre et j'ai trouvé cela très intéressant et prometteur :

"Mais ce qu'elle voyait surtout, c'étaient des pissenlits. Des joyaux jaunes pour tous les jours, constellant la robe verte et rapiécée de son jardin." (p.19)

Hélas, au fur et à mesure que j'avançais dans le roman je n'ai pas trouvé le style agréable, les phrases sont superficielles, elles n'arrivent pas à inviter le lecteur à prendre Maud Martha sous son œil bienveillant. Au lieu de cela : une succession de constats brefs et presque dénaturés sur sa condition de femme noire de la classe moyenne (ses parents possèdent leur propre maison même si celle-ci n'est pas exactement comme Maud Martha voudrait qu'elle soit : propre, bien rangée, bien meublée et sans les odeurs) qui doit s'ajuster à cette société blanche aux règles injustes et comportement illogiques, y compris envers les enfants. Maud Martha aspire à la richesse et ses privilèges qu'elle assimile elle-même à la blancheur ! n'est-elle pas elle-même raciste ?

Le récit débute lorsque Maud Martha a 7 ans jusqu'à l'annonce de son second enfant : enfin une note d'espoir dans ce roman qui aurait gagné à être plus profond dans les sentiments car les belles phrases poétiques ne m'ont rien fait ressentir !

"L’école paraissait solide. Briques d’un ton rouge-brun, corniche sale en pierre de couleur crème. Cheminée imposante, robuste, solennelle. Le ciel était gris, mais le soleil distillait des promesses ténues et argentées quelque part là-haut, des signes. Le vent soufflait. Drôle de jour de juin, non ? Qui ressemblait plus à un jour de fin novembre. (p.21)
 Maud Martha, décrite à la 3è personne focalisée sur le point de vue interne de Maud Martha mais pour moi elle est comme une poupée de papier qu'on enveloppe mais qui ne parvient pas à prendre corps, un comble lorsqu'on apprend que l'auteur s'est inspirée de sa propre vie pour écrire son unique roman traduisant le racisme dont elle a été victime.


Illustration d'entrée de billet + la couverture du livre : Gabriel Gay

dimanche 21 juillet 2024

Le Fantôme et Mrs Muir - R. A. DICK



Début 1900 en Angleterre. Au décès de son époux, madame Muir n'a qu'une envie : se libérer de sa belle-famille à laquelle elle s'est soumise par habitude et refus de confrontation ; à présent, elle entend bien vivre selon ses envies et rien ni personne ne la fera changer d'avis, même l'irascible capitaine Daniel Gregg de la marine marchande qui hante la maison, victime d'un banal accident domestique, et qui n'accepte de quitter la maison qu'elle loue que lorsque celle-ci reviendra aux vieux marins selon ses dernières volontés.

- J'ai dit, répliqua le capitaine, que je resterai dans cette villa jusqu'à ce qu'elle soit devenue une maison de repos pour les vieux marins et je suis un homme qui a l'habitude de tenir sa parole. Dieu merci, j'ai le droit absolu de rester dans cette maison qui est la mienne, que j'ai bâtie de mes propres mains, et achetée avec de l'argent qui m'appartenait !... De l'argent, je vous le ferai remarquer au passage, qui en fin de compte est tout de même allé à ce maudit parent à moi, de sorte que je n'arrive pas à comprendre, ma chère amie, pourquoi vous vous tracassez ! (p.52)



J'ai eu envie de relire ce roman de 1945, seul roman de l'auteure (dont le véritable nom est Josephine Leslie) traduit en français et il était disponible dans ma médiathèque. J'ai bien entendu vu les film et feuilleton qui ont été adaptés, un lointain souvenir cependant.

Le film de 1947


J'ai bien aimé la première partie (voir mes résumés ci-dessous) mais j'ai moins été convaincue par le déroulement des parties suivantes. La découverte du fantôme et les bases de leur attachement sont vraiment intéressants, en revanche le bellâtre Miles m'a été antipathique et Mrs Muir met un temps infini à se rendre compte que cet homme (qui lui demande carrément d'abandonner ses enfants) n'est pas pour elle ; le comportement des enfants est beaucoup moins réussi, d'ailleurs les enfants sont plutôt superficiels et traités comme des ombres chinoises sur le théâtre de sa vie.

Un mignon petit roman qui retrace les difficultés d'une femme au début du XXè siècle à subvenir à ses propres besoins écrit dans un style qui réserve quelques beaux passages, sans plus.
  

Résumé plus détaillé (révélations)

1ère partie. Lucy Muir est à la recherche d'une maison dans la petite station balnéaire de Whitecliff et insiste pour visiter " les mouettes" car le loyer est très raisonnable. Elle remarque aussitôt un fait étrange : la maison est hantée mais cela ne l'empêche pas de s'y installer avec ses deux enfants et sa bonne Martha. Le capitaine fantôme lui explique les circonstances de son décès, la maison est revenue à un lointain parent richissime avant qu'il ne puisse indiquer ses dernières volontés : héberger les vieux marins sans famille. Il propose à madame Muir d'acheter la maison avec le trésor qu'il a caché et lui demande faire le testament qu'il n'a pu faire.

2è partie. Madame Muir promène son chien qui s'enfonce dans un terrier et manque d'y rester coincé mais il est secouru par un mystérieux et séduisant étranger qui fait une cour éhontée à madame Muir qui comprend juste à temps que ce dernier est un Dom Juan déjà marié.

3è partie. Les enfants grandissent : le garçon Cyril ambitionne d'être évêque, sa fille Anna veut être danseuse professionnelle et part à Londres. Face aux études des enfants, Madame Muir a besoin de gagner de l'argent et envisage de prendre des pensionnaires mais Daniel Gregg refuse et lui propose une autre solution : il lui dictera l'histoire de sa vie, elle sera l'intermédiaire avec l'éditeur, prétendant que l'auteur veut rester anonyme. Le succès est immédiat malgré certaines scènes "olé olé" témoignant des escales de jeunes marins.

Dernière partie. Les enfants se marient. Son fils veut absolument qu'elle vienne vivre avec lui et sa femme, la fille unique de l'évêque. Elle refuse. Sa fille lui présente son futur époux et lui demande de na pas rester seule à Whitecliff  et de reprendre Martha car son futur époux a déjà une cuisinière. La petite madame Muir vieillit et s'endort pour toujours devant le portrait du capitaine qui vient la chercher pour l'éternité.

Illustration d'entrée de billet : ccccccccccc

vendredi 19 juillet 2024

Cité de la Poussière Rouge - Xiaolong QIU



A Shanghai, un Shikumen appelé "cité de la poussière rouge" offre allées et cours où les habitants se réunissent le soir pour commenter le quotidien, les événements sociaux et politiques. Chaque chapitre débute en résumant les évènements marquants d'une année terminée qui sont également inscrit à l’entrée de la vieille cité de la Poussière Rouge sur un tableau noir puis le narrateur évoque le destin d'un des habitants de la cité ayant subit la révolution culturelle.

À l’heure du déjeuner, les résidents qui sont chez eux sortent de nouveau avec leur bol de riz, ils bavardent, ils rient, ou ils s’échangent une tranche de porc frit contre un morceau de poisson à la vapeur. Le soir, la Poussière Rouge voit davantage de monde, les hommes jouent aux échecs, aux cartes ou au mah-jong sous la lampe de l’allée, les femmes bavardent, tricotent ou font la lessive. En été, certains sortent des chaises longues en bambou ou des nattes. Il fait si chaud à l’intérieur. Quelques-uns préfèrent dormir dehors…(p. 12)

Avis

Vous savez certainement que je suis une grande admiratrice de l'auteur dont j'ai lu jusqu'à présent les enquêtes de l'inspecteur Chen, qui reste l'un de mes héros littéraires préféré. C'est ainsi que j'ai eu envie de découvrir d'autres romans de l'auteur. Dans ce recueil de 24 courtes histoires, point de crime autre que ceux de la révolution culturelle : ainsi cette jeune femme partie combattre et annoncée morte qui revient après des années d'emprisonnement mais qui au lieu de réjouir sa famille et voisins qui la pleuraient, voit avec effarement qu'on la considère comme une paria. Dans chaque histoire, un leitmotiv : la perte d'identité, la faim, la pauvreté, la promiscuité, le manque de liberté même dans le choix d'un métier. Malgré le pessimisme des histoires et des destins, le style n'est jamais glauque et la description des plats que mangent ou rêvent les protagonistes y est pour beaucoup. Deux autres romans ont également trait à la cité et je les lirai très prochainement.

titre original : Years of Red Dust (2008)




Illustration d'entrée de billet : Shikumen sur Wenmiao Road, artiste inconnu

dimanche 14 juillet 2024

Sidney Chambers et l'ombre de la mort - James RUNCIE



Sidney Chambers, le jeune chanoine de la paroisse de Grantchester près de Cambridge et à 1 heure de Londres, se retrouve bien malgré lui embarqué dans des enquêtes et collabore alors avec la police en la personne de George Keating, son ami qui est inspecteur à Scotland Yard et avec lequel il passe une soirée dans la semaine dans un pub. Tout commence lorsqu'une femme vient le voir car elle est persuadée que l'associé de son mari que l'on vient d'enterrer ne s'est pas suicidé comme tout le laisse croire mais qu'il a été assassiné.

Comme beaucoup, je pense j'ai découvert Sidney Chambers sur écran avec la série Grantchester et c'est en mettant à jour mon article que j'ai eu envie de lire le roman dont la série s'inspira.

Je ne suis pas déçue car le style est d'une grande qualité et les six nouvelles constituant ce premier tome sont très agréables à lire : le récit prend place dans l'après-guerre nous sommes en 1953. Au prétexte des enquêtes, l'auteur aborde des thématiques sociétales telles que le rationnement, la difficulté de vivre avec de petits moyens, le poids des conventions : mariage, adultère, homosexualité mais aussi le bénévolat, la compassion, l'amitié véritable.
Il lui arrivait de penser que le métier de pasteur faisait penser à celui de directeur général d'une entreprise où personne n'était payé. (p.243)
Les enquêtes en elles-mêmes sont presque classiques même si le coupable n'est jamais évident et je préfère ce type de roman policier "cosy mystery" à la Agatha Christie, Sidney Chambers a d'ailleurs le talent d'intuition et d'observation de Miss Marple, aux romans policiers pervers avec forces détails macabres et sanguinolents.

Un autre aspect est assez intéressant dans les différentes histoires car Sidney n'est pas insensible au charme de son amie Amanda, une jeune femme qui travaille à la National Gallery et qui se trouve être la meilleure amie de sa soeur Jennifer ; mais il estime qu'elle est d'une classe supérieure à la sienne étant donné ses maigres revenus à lui (elle porte des robes Chanel et lui ne peut pas se chauffer correctement !). Un pacte d'amitié s'instaure entre eux malgré le tendre affection qu'ils se portent : ils resteront très bons amis. Elle lui offre un labrador pour compagnie et c'est ainsi que Sidney va désormais faire de longues promenades avec son chien qu'il nomme Sherlock.

Enfin, je dirais que bien que les 6 nouvelles puissent être lues de manière indépendantes, il y a une sorte de fil rouge d'une nouvelle à l'autre (un personnage) et qu'elles se déroulent de manière chronologique sur une année depuis fin décembre 1952 à fin octobre 1953.

Satisfaction de lecture : 4.5/5

publié en 2013
en 2016 pour la traduction française

Personne n'en parlait et pourtant Sidney savait que que tous avaient continué à penser aux choses qui s'étaient passées en espérant que leurs pensées et leurs peurs s'estomperaient. Le reste de leur vies se passeraient dans l'ombre de la mort et ils consacreraient du temps à des activités qui auraient probablement moins d'impact que tout ce qu'ils avaient bien pu faire pendant ces années de guerre. (p.27)



Illustration d'entrée de billet : La prairie - Alfred Sisley