Lune froide sur Babylon - Michael MCDOWELL

"Bien mal acquis ne profite jamais"

 

La chose s'éleva encore, faisant apparaître un vêtement aussi livide et pâle que le cou et la tête : entièrement incolore, d'un blanc-gris liquide et phosphorescent. Mais alors qu'on pouvait discerner chaque cheveur, la tenue était indistincte, sans véritable coupe, seulement de vagues suggestions de manches, de fronces, de boutons, aussi incertaines que miroitantes. (p.133) 

La famille Larkin, propriétaire d'une propriété sur laquelle sont cultivées des myrtilles, tire le diable par la queue depuis la disparition tragique de Jim Larkin et sa femme Jo-Ann, partis se promener sur la rivière Styx qui borde leur terrain. A la disparition de leurs parents, leurs enfants alors âgés de huit ans pour Jerry et d'un an pour Margaret sont pris en charge par Evelyn Larkin, la mère de Jim. 13 ans plus tard , Margaret disparait en revenant de Babylon, son corps et peu de jours après retrouvé attaché à son vélo. Commence alors une enquête pour trouver le meurtrier qui ne va pas s'arrêter là pour anéantir les Larkin.
 

Poursuivant les romans de la bibliothèque McDowell en train d'être réédités par les éditions Monsieur Toussaint Louverture, j'ai plongé, non pas dans le Styx ni dans la Perdido, mais à coeur perdu dans ce roman horrifique mais tellement satisfaisant et parfois même drôle, oui !
En se retournant, il vit le visage d'Evelyn Larkin, tout près de lui. Son cadavre était entortillé dans une longue robe sale. le corps, intact malgré l'explosion, s'était manifestement pris dans les branches du chêne avant de lui tomber dessus. trois douzaines d'huîtres à demi digérées se frayèrent un chemin hors de l'estomac de Nathan. (p.334)
 
vers la bibliothèque McDowell


La forme du roman est impeccable : un prologue suivi de chapitres réunis en section dont le titre annonce un moment important dans le tournant de l'histoire.

Jo-Ann nagea jusqu’à la rive, se mit à ramper et tomba dans des sables mouvants qui, aux abords du Styx, étaient aussi communs que les sangsues. Elle fut lentement aspirée et ne cessa de crier le prénom de son mari. (prologue)

Révélations [
  • En traversant le Styx (mort de Margaret)
  • La disparition de Margaret (recherches et réapparition de Margaret)
  • La chose dans l'arbre (Margaret hante son ennemi)
  • Hors des eaux noires (Margaret arrive en ville)
  • Lune croissante (le meurtrier frappe de nouveau)
  • Les morts sans cercueil (les revenants se rebiffent)
  • Défense précaire (Margaret attaque)
  • Pleine Lune (les morts se vengent).
] fin de certaines révélations.

Je suis satisfaite de la tournure des évènements : j'avais détesté que dans le roman "les aiguilles d'or", la famille des entourloupeuses Shanks s'en tirent presque à bon compte de leurs multiples et atroces méfaits. Ici au moins, le romancier débusque, révèle, punit.

J'ai passé un très bon moment de lecture, effectivement il y a des passages horribles et assez bien décrites pour que l'on puisse imaginer la scène mais cela n'a rien à voir avec certains passages de romans policiers ou thrillers assez sanglants que, pour ma part, j'abandonne sans regret d'autant plus que le style littéraire laisse à désirer !

Ici, c'est glauque mais bien écrit et c'est tout ce que je demande.

Terrorisée, Belinda regarda autour d'elle. Le bruit avait soudain diminué mais couvait parmi les troncs, dans l'air vert et épais; à huit, peut-être dix mètres derrière eux. Elle jeta fébrilement un œil dans cette direction, mais ne vit rien. Elle avait la sensation que l'un de ces troncs élancé cachait quelque chose - mais qu'est-ce qui pouvait être aussi mince ? Elle chancela vers Nathan, le tira pour le remettre debout et ramassa ce qu'il avait lâché : "Grouille-toi ! Foutons le camp d'ici tout de suite !" (p.183)

Il me plait que les esprits survivent à leur mort précoce et reviennent se venger, fondus dans les éléments naturels ce qui est le juste tribu pour ces êtres surnaturels.

Le roman est aussi très graphique : les champs de myrtilles, les eaux noires et lentes du Styx où se faufilent des crotales, les denses forêts le long des routes droites et la lune comme un œil justicier qui envoie son rayon blanc comme un glaive tout puissant.


De quoi parle le roman ?

C'est l'histoire d'un enfant terrible qui hérite d'une bonne place à la banque suite à l'accident de son père. Sa position lui laisse à penser qu'il le droit d'imposer sa force, sa volonté et son pouvoir sur les plus faibles. Suivi par son petit-frère, il use et abuse de sa situation et de sa renommée, assassine à tour de bras mais se retrouve fort dépourvu lorsque les revenants le font tourner en bourrique jusqu'au voyage ultime.
Ses victimes, créatures exsangues revenues d'entre les morts vont lui faire sa fête sous les bons auspices de la Lune complice.

"Je ne suis pas assez malin pour m'occuper de ça tout seul. j'ai besoin de quelqu'un pour me conseiller, pour m'aider. C'est le genre d'affaires qui requiert habilité et rigueur. Je me suis débrouillé jusqu'à présent, mais j'ai pensé que vous et moi pourrions peut-être collaborer sur cette histoire de terrain ; on le rachèterait à la banque par l'intermédiaire d'une société-écran ou quelque chose. (p.212)


Salutations ! cher MCDOWELL, où que vous soyez !

publié en 1980 "Cold Moon Over Babylon"



Illustrations : Leonardo Santamaria

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