jeudi 31 juillet 2025
La Vénus d'Ille et autres nouvelles - Prosper MÉRIMÉE
mercredi 30 juillet 2025
Nick et le Glimmung - Philip K. DICK
« Vous êtes conscients, n’est-ce pas, dit M. McKenna, que les créatures natives de la planète du Laboureur sont coincées dans une lutte à mort qui dure depuis plusieurs siècles ?
— Oui, nous le savons. Les Werjs nous l’ont expliqué.
— À cause de cette guerre, la plupart des colons humains qui s’installent ici veulent repartir, dit Mme McKenna. Ils sont même prêts à retourner sur Terre malgré la surpopulation.
— Nous ne pouvons pas rentrer, à cause d’Horace, intervint Nick.
— Un chat est-il une raison suffisante pour se retrouver banni de son propre monde ? demanda M. McKenna d’une voix teintée de mépris.
— C’est une question de principe, expliqua calmement M. Graham. Nous estimons qu’il devrait y avoir de la place pour les animaux, quel que soit le degré de surpopulation atteint par la planète.
— Vous comptez faire de l’agriculture, ici ? demanda M. McKenna. Vous allez labourer la terre et faire des semis ?
— Exactement, répondit le père de Nick.
— Et vous avez de l’expérience dans ce domaine ?
L’Imprim s’ébranla et se dressa haut dans le ciel. Il se vrilla en colonne, et de cette colonne jaillit un spectre : dans son agonie, l’Imprim avait produit une copie de Glimmung. Une réplique médiocre, certes, mais néanmoins vivante et immense. Le spectre, coiffé lui aussi d’un casque à cornes étincelant, brandit sa lance fantôme et, les yeux brûlants de malveillance, la plongea dans la gorge de Glimmung.
Glimmung s’élança dans le ciel en serrant le livre dans sa main gantée. La lance dépassait de son cou. Tout en grimpant, Glimmung l’attrapa pour tenter de l’arracher. En vain : elle tenait bon et une plaie se forma autour, béante à jamais. Pas plus qu’il ne pouvait retirer la lance, Glimmung ne pourrait soigner cette blessure. Il avait été transpercé et il porterait l’entaille que son double inexact et mal modelé lui avait infligée pour toujours, pour toute l’éternité.
Glimmung ne se cachait plus dans le Werj. Sous une forme qui lui était propre, il soufflait maintenant comme un vent visible vers Nick, peinant pour se dépêcher. Il approchait aussi vite qu’il le pouvait, irrésistiblement attiré par le livre, son livre, celui grâce auquel il régnait sur cette planète.
samedi 26 juillet 2025
The Spanish Diplomat’s Secret - Nev MARCH
Le regard perdu dans le brouillard, il se frotta la nuque, puis dit : « Je vais vous le dire. Ça ne servira à rien, mais voilà : il y a vingt ans, une corvette espagnole a intercepté un petit bateau à aubes au large de Cuba. Vous savez où c'est ? »
« Non. »
« Au sud de la Floride. Une colonie espagnole. Le Virginius était un petit navire américain. L'Espagne a prétendu qu'il s'agissait de pirates. Elle a saisi le navire. Ça a fait beaucoup de bruit. »
Son regard passa de Diana à moi. « Tu n'as pas l'air américaine. » Diana sourit. « En Amérique, tout le monde vient d'ailleurs, sauf quelques-uns qu'on appelle Amérindiens. En fait, je suis indienne, je viens d'Inde ! »
Diana et moi étions arrivés sur Ellis Island à l'automne 1892. Notre dossier d'immigration avait été traité et validé au bout d'un après-midi qui n'en finissait pas avant que notre naturalisation soit obtenue. Nous nous étions alors réjouis d'être Américains mais encore nous fallait-il nous habituer à cette nouvelle identité.
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| publié en 2023 uniquement en langue anglaise (lu en e-book) |
vendredi 25 juillet 2025
Le guérisseur de cathédrale - Philip K. DICK
Sur les trottoirs de la ville, l'immense entité ahanante quasi animale que formait la masse des éternels sans-emploi de Cleveland se rassemblait et se dispersait, se regroupait pour attendre, attendre toujours, se fondre en un agglomérat triste et instable. Muni de son sac de pièces, Joe Fernwright heurtait leur flanc collectif en se frayant un passage vers la cabine téléphonique de monsieur Travail. Il humait l'odeur familière, vinaigrée et pénétrante, de leur présence massive, passionnée et pourtant porteuse d'un regret plaintif.
« Je n'ai pas travaillé depuis sept mois et on me propose un boulot qui me mènera hors du système solaire. J'ai peur. Et si je n'y arrive pas ? Si j'avais perdu mon doigté après toute cette oisiveté ? »
« le personnel de l'hôtel ne va pas apprécier », remarqua Joe à mi-voix. Bon Dieu ! Cette énorme montagne dotée de centaines de bras qui se contorsionnaient et cinglaient l'air frénétiquement, semblant sortir de tous les points de la carcasse gigantesque… cet amas grouillant oscilla un instant, puis, dans un rugissement furieux, fit s'écrouler le sol qui le supportait ; la chose disparut à la vue, laissant partout des immondices. de la crevasse béante montaient de fines volutes de fumée, sans doute de la vapeur d'eau. Mais Glimmung s'en était allé. Tout s'était passé selon les prévisions de Mali : le plancher n'avait pu résister à ce poids, Glimmung était tombé à travers dix étages jusqu'au sous-sol.
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| publié en 1969 puis en 1977 en français avec le titre "manque de pot" |
vendredi 18 juillet 2025
La Collection invisible - Stefan ZWEIG

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| Antiope par Rembrandt |
Quant à moi, je ressentis quelque chose de solennel en entendant cet homme pathétique qui ne se doutait de rien, me charger, comme d’une mission de confiance, d’administrer sa collection invisible et depuis longtemps envolée.
dimanche 13 juillet 2025
La gouvernante italienne - Iris MURDOCH
Une voix féminine au-dessus de moi prononça doucement mon nom. Je m'arrêtai et levai les yeux. Un visage me regardait par-dessus la rampe, un visage que je reconnus confusément, en partie. Puis je me rendis compte que ce n'était que mon ancienne gouvernante, l'Italienne. Depuis que nous étions petits, nous avions toujours eu dans la maison une série de gouvernantes italiennes. (p20).
Et il y a toujours, je suppose, nombre de bonne raisons pour les femmes malheureuses de supporter le mal qu'elles connaissent plutôt que se jeter dans l'inconnu. (p26).
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| publié en 1964 (anglais) et en 1967 pour la version française |
vendredi 11 juillet 2025
Nager avec les piranhas Carnet guyanais - Michel ONFRAY
France aux multiples visages et héritages
Sur la première photo, il porte aussi les vertus de sa tribu : la fierté, la détermination, la virilité, la superbe, la force, l'affûtage : sur la seconde, les vices de la nôtre : l'arrogance, la suffisance, le narcissisme, l'égotisme, l'insolences, l'avachissement. Sur l'un, il est bien campé sur ses jambes écartées, les mains sur les hanches, cuivré comme un petit dieu de la forêt ; sur l'autre, il est désarticulé comme un rappeur, il grimace avec ses doigts, son regard qui est resté le même n'est plus le même. Ici, il dit l'acuité : là, il signifie la fourberie. (p.32)
Par dizaines, donc, des enfants se pendent, des enfants se noient, des enfants s'asphyxient, des enfants s'ouvrent les veines, des enfants avalent de l'herbicide, des enfants se tirent une balle dans la tête. Ils n'en peuvent plus de vivre deux vies, autrement dit, de n'en vivre aucune : l'Etat français leur apprend les pyramides et l'agora, Jésus et Voltaire, les Lumières et 1789, la révolution industrielle et le national-socialisme ; s'il n'a pas succombé à l'alcoolisme, leur grand-père leur raconte comment trouver la liane dans la forêt, de quelle manière elle saigne comme un ruisseau quand on la taille, puis ce qu'elle soigne, il explique en baissant la voix la façon dont l'esprit des ancêtres morts vient parler aux vivants la nuit, il rapporte le souvenir qu'il a d'une guérison par la parole du chamane quand les médecins de l'hôpital ne pouvaient rien pour lui. (p.60)
Dans le cas de la Guyane dite française, si la république voulait sauver sa peau et s'inventer une nouvelle forme, celle qui fut ébauchée en 1798 et décapitée par les robespierristes qui envoyèrent les girondins à la guillotine en 1792, elle pourrait rendre le pouvoir qu'elle a confisqué à ceux sur lesquels il s'exerce. (p.73)
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| publié en 2017 |
jeudi 10 juillet 2025
L' inspecteur Chopra et l'héritage inattendu - Vaseem KHAN
Chopra était un homme à l'esprit pratique et il avait déjà réfléchi à la façon dont il allait occuper son temps, maintenant qu'il avait quitté les forces de l'ordre. L'argent n'était pas un problème : on lui avait accordé sa pleine pension, et ses besoins n'étaient pas bien importants. Non, ce qui terrifiait Chopra, c'était ce sentiment au fond de ses tripes que tout ce qu'il pourrait faire à présent ne suffirait jamais à remplir l'existence de l'homme qu'il était. (p.37)
Chopra, pétrifié par la surprise, vit le petit Ganesh bousculer le malfrat par l'arrière, le faisant tomber, tête en avant dans l'eau. Puis il le piétina au pas de charge, passant sur son dos et sa tête.
Chopra retrouva peu à peu ses esprits. Il ne savait aucunement comment et pourquoi tout cela était arrivé. C'était bien la réalité, pourtant. Comment le petit Ganesh avait-il pu le retrouver ? Versova Beach n'était pas tout prêt de la résidence où vivait l'inspecteur. Certes, peu de gens avaient dû prêter attention à un éléphanteau déambulant seul dans les rues de Bombay, mais ce qu'il ne parvenait pas à comprendre, c'était comment l'éléphant avait pu le retrouver. (p.228-229)
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| publié en 2017 "The Unexpected Inheritance of Inspector Chopra" et en 2019 pour la version française |
mercredi 9 juillet 2025
Le Bouquiniste Mendel - Stefan ZWEIG
J’éprouvais seulement une sourde tension, une préoccupation, car je me rendais compte, sans deviner pourquoi, que j’étais déjà venu ici une fois, des années auparavant, et qu’une obscure réminiscence me liait à ces murs, à ces chaises, à ces tables et à cette salle enfumée.
Il avait fallu que ce soit précisément ce catalogue scabreux qui tombât entre ces mains ridées, rougies et gercées, et ces mains ignorantes qui n’avaient jamais rien tenu d’autre que des livres de prière ! J’avais grand-peine à réprimer le sourire qui me venait aux lèvres, et cette hésitation troubla la femme qui me demanda si c’était un ouvrage précieux ou bien si, à mon avis, elle pouvait le conserver. Je lui serrai affectueusement la main. « Ne vous en faites pas, gardez-le ! Notre vieil ami Mendel serait très heureux qu’au moins une parmi les milliers de personnes à qui il a procuré un livre se souvienne encore de lui. »
Puis je partis, un peu honteux devant cette brave vieille qui était restée fidèle à ce mort, d’une façon si simple et pourtant si humaine. Car elle qui n’avait pas fait d’études, elle avait conservé au moins un livre pour mieux se souvenir de lui. Tandis que moi, j’avais oublié Mendel pendant des années, moi qui devrais pourtant savoir que l’on ne fait des livres que pour rester lié aux hommes par-delà la mort et pour nous défendre ainsi contre l’ennemi le plus implacable de toute vie, le temps qui passe et l’oubli.
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| publié en 1929 |
Les enfants perdus - François SUREAU

Pendant qu'ils échangeaient cet adieu, un très jeune homme s'était approché. Il était grand, mince, et blond, dans un costume civil se serge noire, avec un regard clair où passait moins d'inquiétude que de curiosité.
"C'est un civil, dit le soldat, comme pour l'excuser d'on ne savait quelle faute imaginaire. Nous lui avons donné à manger hier. Il venait à pied d'un bled du coin...de...
- De Charleville, répondit le jeune homme d'une belle voix grave. Je vais faire comme lui, remonter vers Paris, je crois."
Il regarda la pipe de More et tira de sa poche une Gambier en terre ; More lui passa du tabac et il alluma sa Gambier le fourneau vers le bas, à cause du vent.
"Vous avez vu la bataille ? demanda More.
-Je l'ai vue. Sur les côtés."
More laissa un peu le silence filer dans l'air du soir.
"Alors pourquoi poursuivre ? Vous avez déjà vécu une saison en enfer."
Le jeune homme tressaillit.
"Une saison en enfer...Je m'en souviendrai.
-Je vous souhaite bonne chance. je m'appelle Thomas More. Et vous ?"
Seligmann eut l'impression fugitive que More connaissait la réponse.
Jean. Jean Rimbaud, de Charleville." (p.60-61).
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| pipe anthropomorphe fabriquée par Gambier |
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| publié en 2025 |





























