samedi 12 décembre 2015

LE CRIME DE L'ORIENT-EXPRESS - Agatha CHRISTIE


1934. Depuis la Syrie où il est venu pour affaires, Hercule Poirot doit repartir d'urgence pour Londres par l'Orient-Express, qui, pour cette période de l'année, est inhabituellement complet. Heureusement, Poirot retrouve Monsieur Bouc, un ami qui s'avère être un directeur des chemins de fer, lequel lui offre sa cabine de première classe tandis que que lui-même s'installe dans un autre wagon. Au cours de la nuit, le voisin du détective belge, un riche américain qui lui avait demandé protection, est assassiné : le corps est découvert en fin de matinée et, le train étant bloqué par la neige au niveau de Vinkovci, Bouc demande à Poirot de mener l'enquête avant que la police yougoslave n'intervienne car un diplomate voyage en leur compagnie.


L'enquête menée par Poirot est encore une fois un bel exercice de style. En ce moment je suis dans ma période "train" et Agatha Christie, j'ai envie de lire des romans "anciens" qui racontent une façon de vie plus lente, plus intuitive.
Je ne suis pas une grande admiratrice du personnage d'Hercule Poirot que je ne trouve pas particulièrement sympathique (alors que j'aime beaucoup Miss Marple), mais je dois reconnaître que l'auteur lui donne une forme d'humour qui est son bon côté, le moins bon étant sa prétention.
L'intrigue n'est pas mal amenée, bien que sans le billet à moitié brûlé que Poirot déchiffre, la piste sur la fausse identité du riche américain comme ancien criminel n'aurait pas pu être révélée.

Tenant son intrigue de l'affaire de l'enlèvement du fils de Charles Lindbergh en 1932, l'auteur raconte une histoire de vengeance implacable et de la sentence prononcée par les victimes collatérales de l'assassinat de la petite Daisy Armstrong la mort.

A découvrir ou à relire.
-Soutenez-la, et dès qu'elle reprendra connaissance, faites-lui avaler un doigt de cognac, recommanda le médecin.
Et il courut rejoindre ses deux compagnons. Une vieille dame "qui tombait dans les pommes" le passionnait moins que la recherche de l'assassin.
Quoiqu'il en fût, sa méthode s'avéra d'une efficacité remarquable. Au bout de quelques minutes, Mrs Hubbard revenait à elle et buvait à petites gorgées un verre de cognac que le serveur approchait de ses lèvres. Bientôt la dame recouvrait l'usage de la parole.
-Je ne saurais vous décrire ma frayeur. Personne dans ce train ne peut se rendre compte de ma sensibilité. J'ai toujours été très nerveuse. La vue du sang...Oh ! rien que d'y penser, je me trouve mal.
Le serveur lui offrit de nouveau le verre.
- Encore un peu, madame ?
- Vous me le conseillez ? De ma vie je n'ai bu de vin ni de liqueur. Toute ma famille appartient à une ligue antialcoolique. Toutefois, comme il s'agit d'un médicament...
Elle but encore un bon petit coup. (p.139)



Murder on the Orient Express
année de sortie 1934
lu en poche
214 pages


illustration d'entrée de billet : affiche pour l'Orient-express

mercredi 11 novembre 2015

LE TEMOIGNAGE DE RANDOLF CARTER - LOVECRAFT


Harley Warren et Randolph Carter s'aventurent dans une région maudite et interdite, guidés par une mystérieuse carte faisant mention d'un ancien cimetière où s'abriterait une créature, mais également un secret que désire trouver à tout prix Warren. Arrivés à l'endroit prévu, Warren décide qu'il descendra seul dans les entrailles de la Terre, laissant son ami mort d'inquiétude, surtout lorsque celui-ci entend les cris d'effrois de son camarade qui le supplie de quitter les lieux au plus vite en l'abandonnant à son sort.


Après Les montagnes hallucinées voici un deuxième essai de lecture post-mon-adolescence pour cet auteur particulier qui m'a enchantée autrefois mais que je n'apprécie plus. Le style littéraire, les thèmes abordés, tout cela me laisse dubitative, je n'accroche pas, je n'éprouve pas de plaisir. la seule chose de positif dans cette courte nouvelle c'est le montage à l'envers : on connait la fin et on remonte le temps à travers le récit de Carter qu se retrouve interrogé puisque seul survivant de l'expédition. J'ai trouvé parfois tout de même une note humoristique mais rien de l'effroi sensé être apporté au contact de cet témoignage qui prélude au reste des aventures de Carter dans le volume complet "Démons et merveilles" dont il s'agit ici de la première partie.



Le témoignage de Randolph Carter (The Statement of Randolph Carter)
année de sortie 1919
lu en audio livre


illustration d'entrée de billet : Marais par Craig Mullins

dimanche 8 novembre 2015

LE TRAIN BLEU - Agatha CHRISTIE


Katherine Grey vient d'hériter de son ancienne patronne dont elle était la dame de compagnie et accepte de retrouver une lointaine cousine qui vit sur la côte d'azur. Elle prend le "Calais-Nice" et croise Ruth Kettering, la fille de Monsieur Van Aldin, un riche américain, accompagnée de sa femme de chambre. En gare de Marseille, le corps de Ruth est retrouvé, elle a été étranglée. Katherine témoigne et rencontre ainsi Hercule Poirot qui voyageait lui aussi à bord du train bleu et qui lui propose d'enquêter avec lui. Peu de temps après, le père de Ruth arrive sur la côte d'azur, accompagné de son secrétaire Richard Knigthon. Le père est persuadé que son gendre, Derek Kettering, est coupable de la mort de sa fille, ils étaient sur le point de divorcer et elle rejoignait son amant. Mais où sont passés les magnifiques rubis que Monsieur Van Aldin venait d'offrir à sa fille ? De son côté, Katherine ne veut pas croire à la culpabilité de Derek dont elle commence à tomber amoureuse.

L'auteur n'aimait pas trop ce roman mais j'ai toujours du plaisir à lire Agatha Christie, son style est agréable, même les exagérations de ses personnages ou les clichés dont elle fait parfois preuve sont pour moi "rassurants" ; un roman d'A.Christie c'est l'assurance de passer un bon moment de lecture, ne pas se prendre la tête et découvrir une autre époque.
Ils arrivèrent à Douvres en un rien de temps. Ruth avait le pied marin, mais elle détestait le froid et fut heureuse de gagner la cabine privée qu'elle avait réservée. Sans se l'avouer, elle était superstitieuse et faisait partie de ses gens pour qui les coïncidences ont un sens. Après avoir débarqué à Calais, elle s'installa avec sa femme de chambre dans son double compartiment du Train Bleu, puis se rendit au wagon-restaurant. Là, elle éprouva un petit choc en se retrouvant assise à table en face de la personne avec qui elle avait voyagé dans le pullman. Elles esquissèrent toutes les deux un vague sourire.
-Etrange coïncidence, dit Mrs Kettering
-Les effets du hasard sont en effet bien curieux, répondit Katherine Grey  (p.58)



"The Mystery of the Blue Train)"


de Agatha Christie
année sortie 1928
Traduit de l'anglais par Etienne LETHEL
218 pages
illustration d'entrée de billet "train bleu", origine inconnue


samedi 31 octobre 2015

L'ARABE DU FUTUR (tome 1 et 2) - Riad SATTOUF

d'actualité !


1980. Riad a 2 ans lorsqu'il part en Libye où son père a trouvé un poste d'enseignant. A partir de ce moment, Riad va découvrir la vie dans un pays totalitaire car après la Libye de Kadhafi ce sera la Syrie d’Hafez al-Assad, séjours entrecoupés de vacances en France où il retrouve "tout ce qu'il faut pour être heureux".  

L'arabe du futur c'est celui qui, par l'instruction et l'éducation, s'affranchira du joug qui lui est imposé par la religion ou un socialisme moyenâgeux qui maintient le contrôle du peuple par la terreur (exécution, pendaison, meurtre en famille, etc...).

J'ai découvert ce roman graphique autobiographique grâce à une émission de télévision qui témoignait de la sortie du deuxième tome et le lendemain j'ai couru à ma libraire pour commander le tome 1 et 2.

Père syrien (émancipé mais tout de même conservateur limite misogyne) et mère bretonne avec du caractère mais parfois un peu trop dépassée par les événements (jamais je n'aurais supporté aussi longtemps ce qu'elle a enduré !) Riad Sattouf découvre un monde parfois absurde et abrupt dans lequel il essaye de s'adapter en comptant sur l'aide de son père ou de sa mère qui le conseillent ou le défendent.

J'ai mis du temps avant de me pouvoir me consacrer à ces livres (j'ai ces bouquins depuis le mois de juin) mais je ne les ai pas lus avant cette semaine, prise sur d'autres sujets. Et bien je les ai dévoré l'un après l'autre en quelques heures. Le récit est passionnant, instructif et tout à fait d'actualité. Il est également rempli d'humour : j'ai ri comme je ne l'avais pas fait depuis longtemps pour une lecture.


La seule bonne nouvelle en arrivant à la fin du deuxième tome c'est de lire "à suivre" puisque le troisième tome est prévu. J'ai hâte !


"L'arabe du futur"
de Riad SATTOUF

récit en 3 parties.

TOME 1 sorti en 2014
TOME 2 sorti en 2015

édition ALLARY

160 pages

illustrations : Riad SATTOUF



vendredi 23 octobre 2015

RICHIE-Raphaëlle BACQUE

ICARE, DU CIEL A HADES

Né en juin 1958, issue d'une famille de médecins (père et mère), Richard Descoings n'a rien d'un leader né et poursuit une scolarité sans se faire remarquer mais assez brillante pour qu'il atterrisse au conseil d'Etat à la fin de sa formation à l'ENA. De fil en aiguille, il devient directeur du prestigieux mais néanmoins moribond Institut d'Etudes politiques de Paris (IEP ou "sciences po") dont il va organiser la réforme dès 1996 afin de hisser l'école sur un rang international, n'hésitant pas à démarcher les écoles et universités étrangères de même nature afin de créer des liens d'échanges d'élèves et de professeurs. Toutes ses réformes et prétentions ont un coût et il faut bien se mettre les politiques dans la poche, qu'ils soient de droite ou de gauche. Pour cela, rien ne vaut un carnet d'adresses bien rempli et des alliances de tout bord. Et Richard Descoings excelle en la matière, n’hésitant pas à mettre à contribution ses amis intimes, collaborateurs épuisés ou épouse adoratrice, tous conscients du génie mais aussi de la fragilité de cet homme toujours en quête de reconnaissance, ayant assumé très tôt son homosexualité aux yeux du grand public, ou ne cachant rien de sa vie intime dans les réseaux sociaux. Parti à New York pour quelques conférences en avril 2012, il meurt dans sa chambre d'hôtel, officiellement victime d'une crise cardiaque. Il avait 53 ans.



Une amie m'a prêté ce livre pour la semaine de vacances et j'ai donc abandonné mes lectures du moment pour me consacrer à la découverte de cette sorte de biographie posthume d'un illustre inconnu pour ma part, ayant certainement entendu son nom aux informations mais sans plus.

J'ai plongé dans ce bouquin qui "se lit vite" m'avait avertie mon amie, et je confirme : il m'a fallu quelques heures lors d'un voyage sur Nantes pour l'achever aux côtés de mon mari qui conduisait et qui m'entendait rire à côté de lui. Bien sûr, certains passages ne sont pas risibles et même dramatiques, mais le style est agréable et vivant, on ressent de l'empathie, mêlée toutefois d'un sentiment de gâchis.

A Matignon, Lionel Jospin se méfie un peu de ce directeur qui paraît accomplir à marche forcée des réformes que son gouvernement a suspendues, faute d'adhésion de son électorat traditionnel. Mais au sein de son cabinet et de son gouvernement, la plupart des conseillers adhérent pleinement aux transformations de l'école qui est souvent, celle de leurs enfants. (p.121)
Car comment un homme qui promettait de belles réformes en est arrivé au point de ne plus supporter la critique, de s'octroyer des salaires et primes de prince (avec les deniers de la république) ? Car oui, je trouve assez insupportable que les "élites", ou celles et ceux qui estiment en être, passent au dessus des autres pour parvenir à leur fin. A lire si l'on s'intéresse aux faces cachées des individus et aux personnalités énigmatiques, et si l'on aime aussi l'abstraction car tous les passages qui évoquent les réformes etc...tout cela reste un peu flou, à part peut-être les passages relatifs aux démarches pour les relations d'équivalence internationales entre les écoles.

Mais ce portrait dresse au fond un tableau assez sombre de la société française, de ceux qui nous gouvernent (ou tentent de le faire) comme si nous étions des petits bateaux ivres à la dérive des clapotements furieux des marées.




"Richie"
de Raphaëlle Bacqué
année sortie 2015
édition GRASSET
275 pages
illustration d'entrée de billet par Henry-Scott TUKE "The bathing cove"


dimanche 16 août 2015

NAGEUR DE RIVIERE - JIM HARRISON


1-Au pays du sans-pareil
Clive, la soixantaine solitaire mais encore vigoureuse, quitte la ville pour s'installer un mois dans le Nord Michigan chez sa mère dont l'activité principale est l'observation des oiseaux, pendant que Margaret sa grande soeur visite l'Europe et la France. Il retrouve Laurette, son ancienne amoureuse, sa voisine, qui le chahutait continuellement et qui semble s'être mise en couple avec une femme après un mariage raté et sans enfants. De son côté : pas mieux : divorcé de Tessa, une femme qui a versé dans le spirituel à l'excès, il s'est aussi fâché avec sa fille Sabrina qu'il n'a pas revue depuis 2 ans. Ces quelques jours vont lui ouvrir un nouvel horizon en lui offrant de nouvelles envies de peindre, activité qu'il a mis en veilleuse depuis des années.
2-Nageur de rivière
Depuis toujours Thad, 18 ans, est accro à la nage, n'importe où, n'importe quand. Sa voisine Laurie lui plait beaucoup mais ce n'est pas du goût du beau-père de la jeune fille, un pervers odieux et violent qui lui tombe dessus et l'amoche salement. Ayant promis de disparaître après son passage à tabac, Thad croise Emily, une riche fille à papa de 19 ans qui tombe follement amoureuse de lui.
Voilà Thad en plein dilemme : que faire comme études alors que sa vie est dans l'eau et pour l'eau ? Comment reprendre son destin en main alors que son entourage semble vouloir décider pour lui ce qui est mieux...


Voilà le dernier Harrison (20ème oeuvre hors recueils de poésies) que j'ai acheté à sa sortie mais que je n'ai lu que cet été.

découvrir ici, le site que je consacre à l'auteur

Deux beaux récits, cependant j'ai largement préféré le premier avec Clive, le peintre "maudit" en passe de (se) redécouvrir une nouvelle jeunesse, sans doute parce que je m'identifie plus facilement à cet homme désenchanté qui reprend du poil de la bête, alors que l'histoire de Thad et ses nages excessives dans les rivières ne m'a pas vraiment touchée (je n'aime pas tellement nager...). Je n'ai pas vraiment été convaincue par le côté "mystérieux/mystique" avec les bébés-poissons.
Ceci étant dit, un très bon moment de lecture avec un style dont je ne me lasse pas et que je lis avec une vénération proche de l'adoration... et où l'on retrouve non seulement le côté lumineux de l'auteur : son amour pour la bonne chaire, les femmes, la nature, les animaux, mais où l'on découvre aussi son côté sombre : les corps meurtris (amputations, etc.).
Au dîner, Clive parut presque ensorcelé, car le souvenir d'un autre dîner remontant à quarante ans envahit la table. C'était au printemps de sa deuxième année d'études universitaires, Margaret avait quatorze ans. Leur père s'était noyé deux mois plus tôt, début mars. L'année précédente, en octobre, son père avait perdu la main droite à cause d'une ramasseuse de maïs défectueuse, et il détestait sa prothèse. Il avait passé le plus clair de l'hiver à pêcher tout seul à travers la glace d'un lac voisin ; le soir de sa mort, il avait rejoint sa cabane au volant de son pick-up, mais la glace avait été fragilisée par un dégel de la fin février. (p.45)


titre original : THE RIVER SWIMMER
année sortie 2013
édition française en 2014
246 pages
traduction de l'anglais (Etat-unis) par Brice MATTHIEUSSENT
illustration d'entrée de billet : pont couvert (base de données perso)

samedi 15 août 2015

MEURTRE A CANTON - ROBERT VAN GULIK

Chine, année 680. Le juge Ti séjourne officiellement à Canton pour prendre connaissance des voies commerciales particulières de cette ville portuaire. Officieusement, il enquête aidé de ses deux fidèles lieutenants sur la disparition du censeur Liou, réputé incorruptible qui a été vu récemment dans la ville alors qu'il ne devait pas y revenir après y avoir réalisé son contrôle. Le censeur a t-il découvert  une irrégularité ? a-t-il voulu revenir de façon anonyme et est-il tombé dans un piège ? c'est ce que le juge Ti veut découvrir mais il lui faut déjouer les diverses tentatives de meurtre qui ne manquent pas de se produire dans son cercle de proches.

Ce roman est la 13ème aventure du juge Ti, personnage récurrent de l'œuvre de l'auteur dont la Chine est la spécialité. Il s'agit d'une relecture pour ma part, ma première date de 1998 et j'en avais gardé un excellent souvenir. Cette fois, déception, je n'ai pas été convaincue par les intrigues emmêlées entre passion amoureuse, empoisonnement, revanche etc... malgré les louanges que je peux lire un peu partout sur ce roman je trouve que les personnages ne sont pas attachants. J'avais l'impression de voir des marionnettes agitées sans parvenir à leur mettre un visage et une personnalité.

Les chapitres sont bien menés et courts, il y a en fait 3 intrigues liées les unes aux autres : la disparition du censeur fait mener l'enquête parmi la communauté arabe, les deux assistants du juge tombent dans un piège et manquent de peu de se faire assassiner. Beaucoup de morts (les malfrats ne sont pas doués : ils se trompent de cibles !) et un final grand-guignolesque.
J'ai cependant apprécié toute la partie sur la société, les coutumes, les trafics à cette époque.
En résumé, une relecture ratée pour moi qui me réjouissait de partir en Chine à une époque ancienne.

Un extrait page 64 :
Ce fut ensuite au tour de Yao de prendre la parole. Assez intimidé au début, il s'enhardit en décrivant son travail, et le juge reconnut en lui un homme d'affaires très entendu. Lorsqu'il eut finit de dresser la liste des produits importés par les divers marchants arabes, le juge lui demanda :
-Mais comment faites-vous pour reconnaître ces gens-là ? Pour moi ils se ressemblent tous ! Ce doit être pénible d'avoir des contacts quotidiens avec ces barbares sans culture.
Monsieur Yao haussa ses confortables épaules.
-Dans les affaires, il faut savoir s'accommoder de bien des choses, Seigneur Juge ! Et un certain nombre de ces étrangers ont beaucoup appris chez nous.

titre original : MURDER IN CANTON
année sortie 1966
traduit de l'anglais par Roger GUERRET
300 pages
illustration d'entrée de billet : View of the European factories par William Daniell

dimanche 19 juillet 2015

Encres de Chine - Xiaolong QIU


Shanghai. Une ancienne garde-rouge devenue par la suite dissidente, compagne d'un célèbre écrivain, écrivain elle-même auteur d'un roman devenu "culte", est retrouvée assassinée dans le réduit qu'elle occupait, à l'entresol d'un Shikumen où s'entassent une quinzaine de familles. L'affaire est confiée à la Brigade spéciale de la police de Shanghai dirigée par l'inspecteur Chen, lui-même en congés, car il est primordial que cette mort ne soit pas associée à un acte "politique". Tandis que Chen s’attelle à la traduction d'un rapport relatif à la construction d'un consortium touristique qui mêlera architecture traditionnelle et modernité du pouvoir d'achat, l'inspecteur Yu mène l'enquête, fortement aidé par sa dévouée épouse, férue de littérature, sur les traces de cette mystérieuse femme dévouée à son amour perdu qui croise la trajectoire de son unique héritier.



Après MORT D'UNE HÉROÏNE ROUGE nous replongeons dans la Chine des années 90, se relevant péniblement des années post "révolution culturelle". Les intellectuels qui ne sont pas morts en camps de rééducation se dévouent à la mémoire des disparus. Ainsi l'ancienne garde-rouge tombée amoureuse de Yang, un écrivain de 20 ans son aîné se dévoue corps et âme à la mémoire de celui-ci.
Yu tenta de se rappeler la façon dont Chen s'était frayé un chemin dans la jungle de la politique du Service. D'ailleurs il en voulait un peu à Chen, aussi. Hier soir, il était certain d'avoir entendu des chuchotements et de la musique, en fond sonore de leur conversation téléphonique. Ce que faisait Chen ne regardait que lui. L'inspecteur principal pouvait se permettre de prendre du bon temps, avec son statut, son "projet lucratif", sa carrière prometteuse, et sa "petite secrétaire". Pourtant cette idée mettait Yu mal à l'aise. Il était surpris des suggestions de Chen et se demandait comment, au beau milieu d'un travail de traduction urgent, il s'était débrouillé pour échafauder ces théories. Ce n'étaient malgré tout que des hypothèses, que rien de concret ne venait étayer. Lui-même avait effectué de timides incursions dans ces directions, sans résultat. (p.217)
Qiu Xiaolong décrit les contradictions de la Chine de cette période au travers du quotidien de Chen Cao, inspecteur célibataire mais bénéficiant d'un appartement avec salle de bain pour lui seul alors que la famille de son adjoint s'entasse dans un 20 m2 sans sanitaire. Le travail de traduction auquel il  s'adonne le fait entrer dans un monde de privilège : "petite secrétaire" dévouée qu'il aurait pu prendre pour maîtresse s'il n'avait été moins scrupuleux.

Je suis toujours enthousiaste de ce genre de policier, même si je regrette que la personnalité de l'inspecteur Chen, héros principal de cette série, soit trop superficielle : il a 35 ans, se rend compte qu'il lui faudrait s'établir et avoir une descendance, mais plus question d'amoureuse (ni la fille du ministre, ni la journaliste) : on a envie d'un peu de romance !


titre original : When red is black
année sortie 2004
édition française en 2004
chez Liana Levi
310 pages
traduction de l'anglais (Etats-Unis) par Claire MULKAI
illustration d'entrée de billet : © Christopher Lee


Pour ma lecture suivante, et parce que je poursuis mon été chinois je vais me plonger dans une Chine très traditionnelle : Meurtre à Canton de Robert van Gulik


samedi 11 juillet 2015

Mort d'une héroïne rouge - Xiaolong QIU


Chine, années 90. Dans une banlieue proche de Shanghai, le corps de Guan Hongying, très connue pour avoir été la travailleuse modèle de la Nation est retrouvée dans un sac plongé dans un canal peu fréquenté. L'enquête est confiée à la brigade des affaires spéciales, sous la direction de l'inspecteur Chen Cao, un jeune membre du parti également poète et traducteur à ses heures de loisirs. Sa ténacité, l'appui et les conseils avisés de ses proches, permettra à Chen et son adjoint Yu de découvrir le coupable malgré des influences placées au pouvoir.




Mon deuxième Qiu (mais pas le dernier car je suis déjà au milieu du 3ème roman). Je suis dans un état quasi euphorique, voilà vraiment la sorte de livre que j'ai plaisir à retrouver chaque jour, vous savez, c'est comme un rendez-vous secret qui donne l'eau à la bouche : une conversation amoureuse que l'on voudrait ne jamais achever.
Seule une chiffonnière des temps
Passe en jetant les débris
De chaque minute dans son panier. (p.272)
Du même auteur j'avais précédemment lu "Dragon bleu, tigre blanc" déjà fort apprécié.


Durant mon "été chinois", je découvre la Chine sur écran (voir toutes mes séries et films sur mon blog) et j'apprécie encore mieux mes lectures, je suis plus familière aux noms des personnages, à leurs conditions de vie, assez inimaginables alors que nous étions en 90. L'auteur décrit sa propre expérience, romancée, dans la langue d'adoption : l'anglais. Ceci est remarquable car le style est assez recherché, ici rien n'est superficiel, je n'ai pas été obligée de lire des passages inutiles pour "remplir" la copie. Passionnant... Un très bon moment de lecture qui dépayse en nous faisant sentir privilégiés.
Ils furent quand même choqués à l'idée que dans de telles maisons ne vivaient qu'une seule famille, alors que dans leur quartier une maison bien plus petite pouvait être divisée pour en loger une douzaine. Le décor leur apparut comme le théâtre d'un conte de fée cruel. (p.247)


titre original : Death of a Red Heroine
année sortie 2000
édition française : Liana Levi en 2001
496 pages
traduction de l'anglais par Fanchita Gonzalez Battle
illustration d'entrée de billet : © Rozi Demant

MODIANO Patrick - Dans le café de la jeunesse perdue


Louki (Jacqueline) a disparu du domicile conjugal, son mari engage un détective privé pour la retrouver. Sur les traces de la jeune femme, son passé se dévoile peu à peu : enfance solitaire, refuge dans un mariage sans passion, découverte d'une échappatoire dans la drogue jusqu'à l'instant fatal.


Mon deuxième Modiano. L'écriture est belle, mais il m'a manqué quelque chose de neuf, de renouvelé. Ici j'ai l'impression d'être retombée dans le récit de Dora Bruder : même ambiance, même désolation des personnages.
Originalité : le roman est constitué du récit des personnages eux-mêmes, comme un fil conducteur déroulé de l'un à l'autre. Un très beau rendu. Dommage que l'histoire elle-même ma,que de passion. reste Paris, ses défauts et son magnétisme, ses lieux marqués dans les mémoires comme autant de petites aiguilles dans la course d'orientation de nos propres souvenirs de Paris rive droite.


année sortie 2007
Gallimard
154 pages
illustration d'entrée de billet : "Dans un café ou l'absinthe" par Degas (1875)

samedi 23 mai 2015

FERRARI Jérôme - Le principe


De nos jours, un jeune étudiant (en philosophie) est interrogé sur le physicien allemand Werner Heisenberg lors d'un oral auquel il échoue lamentablement. Du coup, il s'intéresse à ce scientifique et entame avec lui un monologue malgré les années qui les séparent ; il l'interpelle sur les étapes importantes de sa carrière de chercheur, depuis ses débuts d'étudiant passionné de mathématiques. Heisenberg se retrouve chercheur en physique et s'attaque à la résolution d'une magnifique inconnue : la composition de la matière et l’interaction des éléments qui la compose. La résultante de ses équations pour lui ne fait aucun doute : par principe on ne peut jamais connaître la vitesse et la position d'un élément. 1926 : à 25 ans, Heisenberg pose le principe d'incertitude et cette découverte, comme toutes les découvertes scientifiques, lui attire des ovations et des moqueries. Mais nous sommes en pleine guerre mondiale et tandis que ces collègues scientifiques fuient l'Allemagne nazie, Heisenberg décide de rester (affronter l'ennemi) et doit travailler à la découverte d'un réacteur nucléaire. Quelques collègues se détachent de lui et de ses travaux d'application car ils l'accusent de travailler pour les nazis afin de leur "délivrer" la bombe atomique, ce qui dément Heisenberg à qui veut bien l'entendre.
Il suffisait de renoncer aux questions, celles qui portaient sur une réalité physique que personne ne pouvait observer ni concevoir, il fallait oublier toutes ces histoires d'ondes et de corpuscules, d'orbites et de trajectoires, se libérer douloureusement de la nostalgie des images pour bondir d'un seul coup, par dessus l'abîme, dans le refuge des formes mathématiques, car c'est là que, depuis toujours, la raison a sa demeure - et c'est à nouveau la nuit d'été dans la cour du château de Prunn quand s'élevaient d'un violon solitaire les notes de la chaconne qui vous arrachait à votre douleur en révélant que le monde n'était pas seulement le chaos qu'il semblait être, ce grand corps disloqué, avec ses morts inutiles, ses âmes désorientées, ses vains espoirs, ses ruines, la rancœur et la colère inextinguibles, l'humiliations des diktats, et qu'il était encore possible d'avoir foi en ce que vous n'appeliez pas Dieu mais un ordre central, au sein duquel toute chose prenait sa place. Oui, vous aviez trouvé la bonne voie, la seule, c'était une certitude, et sans doute, pour un moment, vous n'avez pas douté que vous en convaincriez la communauté des physiciens. (p.29)


Le choix du livre


Un livre recommandé par une amie très chère. Avant ce livre, je ne connaissais pas du tout Heisenberg ni Ferrari dont j'avais même oublié le nom malgré son prix Goncourt de 2012.

Ce qui m'a plu : l'introspection


J'ai découvert la trajectoire tragique d'un jeune homme peut-être né au mauvais moment, dans un monde à la recherche de la domination des uns sur les autres. Durant ma lecture, une question se pose : et moi qu'aurai-je fait à sa place ? m'enfuir au risque de regretter de n'avoir rien tenté ? ou résister comme ces jeunes allemands de la "rose blanche" ?

L'impression globale


Un livre intéressant mais assez ardu tout de même et pas à la portée de tout le monde : un style littéraire, parfois un peu trop travaillé, et avec une trop grande distance avec son sujet de réflexion et d'affection, c'est ce que j'ai ressenti : certains passages font croire à un narrateur-laborantin qui observe une souris dans le dédale de son labyrinthe. La souris va t-elle s'électrifier ou contourner le piège ? voilà à quoi je pensais. J'ai souvent repris ma lecture pour bien tout comprendre, j'ai également fait des recherches sur internet car beaucoup de faits historiques évoqués m'étaient obscurs comme les exécutions (décapitations) des jeunes protagonistes de la rose blanche.


Le mot de la fin


J'aurais aimé un peu plus de légèreté pour contrecarrer le pessimisme de ce récit mais je suis heureuse d'avoir fait cette lecture "presque" commune avec mon amie.



année sortie 2015
Actes Sud
160 pages
illustration d'entrée de billet : Werner Heisenberg (à 32 ans)

ma note : 3♥/5

vendredi 8 mai 2015

OGAWA Ito - Le Restaurant de l'amour retrouvé



Japon, de nos jours. Rinco, une jeune femme rentre un soir après sa journée de travail et découvre que l'appartement où elle vit est complètement vide, tout a disparu: ses plus chers souvenirs ainsi que son petit ami. Elle en perd la parole et utilise un petit carnet pour se faire comprendre des phrases de politesse habituelles. Elle décide de retourner dans son village natal où vit encore sa mère qu'elle n'a pas vu depuis 10 ans, et avec laquelle elle n'a pas beaucoup d'affinités. Sa mère l'autorise à ouvrir un restaurant dans une dépendance qu'elle utilise en remise. En échange, Rinco devra soigner Hermès, sa truie, qui est un peu son enfant-animal de compagnie. Très vite, la réputation de Rinco se fait par delà la vallée car il se dit qu'après avoir souper chez elle, chacun voit ses désirs exhaussés.
Papy Hibou avait toujours vécu dans le grenier du bâtiment principal. Depuis mon enfance, toutes les nuits sans exception, il hululait précisément douze fois aux douze coups de minuit, hou, hou, hou... Ses cris étaient d'une régularité parfaite, un vrai métronome. Une telle précision, c'était tout simplement surnaturel. Mon coeur d'enfant s'en émerveillait, les animaux étaient fantastiques ! (p.52)



Il y a des livres que l'on cherche absolument parce qu'on a eu une critique avantageuse, il y a ceux que l'on trouve par "hasard" au détour d'une vitrine, d'une table, d'un rayon.... Et puis il y a des livres qui viennent à vous sans que vous vous y attendiez. Des cadeaux. C'est ce qui m'est arrivé avec ce roman lumineux qui m'est tombé dessus comme une météore, une perle. Avec un nom pareil "Ogawa" je ne pouvais qu'être intriguée, rapport à mon affection pour Yoko Ogawa, un homonyme. Je ne suis pas déçue car j'y retrouve la même musique des mots, des gestes, des pensées. C'est frais et vivifiant, parfois drôle, surréaliste et très poétique. Pour moi, le thème principal est que tout est lié : la nature, les végétaux, les animaux et les hommes, sont tous dans une spirale, une sorte d'ADN indestructible et nous interagissons les uns sur les autres, les uns avec les autres : ce qui disparaît d'une côté, réapparaît de l'autre, rien ne se perd. L’héroïne nous donne une belle leçon de vie et d'amour dans son restaurant 'table d'hôte" où elle officie comme dans une église, désirant plus que tout rendre les gens plus heureux.

Un livre très bien écrit, tout est parfait.


titre original : Shokudô katatsumuri (cafétéria "escargot")
année sortie 2008
édition française en 2013
édition Philippe Picquier
250 pages
traduit du japonais par Myriam DARTOIS-AKO
illustration d'entrée de billet : la couverture de l'édition japonaise


ce roman a été adapté dans le film Shokudo katatsumuri
clic sur l'image pour accéder à mon résumé

vendredi 1 mai 2015

HOUELLEBECQ Michel - Soumission


La France en 2022. François Hollande est toujours au pouvoir. Dans le contexte des prochaines élections présidentielles, des alliances se font pour contrecarrer la victoire annoncée du FN et c'est ainsi que la "droite" et la"gauche" s'allient avec La Fraternité musulmane un nouveau parti mené par Mohammed Ben Abbes. La guerre civile est proche. A Paris, François, la cinquantaine célibataire, professeur de littérature à la Sorbonne spécialiste de Huysmans, observe les événements d'une manière assez détachée, tout à sa propre déchéance solitaire, il est au bord du suicide. Une fois Ben Abbes président, les choses changent dans le pays, surtout au niveau de la liberté et représentation des femmes ainsi que dans l'éducation nationale où tout professeur doit devenir musulman pour pouvoir enseigner. François, qui s'était retrouvé à la retraite anticipée, voit une seconde carrière s'offrir à lui grâce au nouveau parti au pouvoir, sans compter que son célibat va n'être qu'un mauvais souvenir lorsque son nouveau poste s'accompagne d'une proposition pour lui trouver une ou plusieurs épouses, selon sa convenance.



Et bien moi, j'aime le style de Houellebecq. Pour moi, c'est un bon écrivain. Après on peut aimer, ou détester les histoires qu'il raconte, mais il n'en demeure pas moins que son style est loin d'être paresseux, bien au contraire. Je pense que tout est calculé et j'envie presque les futurs étudiants qui, à l'instar du héro de ce roman, feront à leur tour une thèse sur Houellebecq dans quelques années, car il est l'un des plus grands auteurs français de notre génération.

Soumission est bon roman : l'histoire est originale et tous les événements qui conduisent à la chute sont bien menés. J'ai vraiment eu plaisir à retrouver ce livre chaque jour durant une petite semaine (se lit assez rapidement) et j'avais hâte de connaître la fin !

Michel Houellebecq y livre un exercice jubilatoire de politique-fiction en nous tendant un prisme rempli de second degré. C'est intelligent, souvent drôle (même si les situations ne le sont pas) auto-dérisoire et jamais barbant.
Je me promenai pendant un quart d'heure sous les arcades de poutrelles métalliques, un peu surpris par ma propre nostalgie, sans cesser d'être conscient que l'environnement était vraiment moche, ces bâtiments hideux avaient été construits durant le pire période du modernisme, mais la nostalgie n'a rien d'u sentiment esthétique, elle n'est même pas liée non plus au souvenir d'un bonheur, on est nostalgique d'un endroit simplement parce qu'on y a vécu, bien ou mal peu importe, le passé est toujours beau, et le futur aussi d'ailleurs, il n'y a que le présent qui fasse mal, qu'on transporte avec soi comme un abcès de souffrance qui vus accompagne entre deux infinis de bonheur paisible. (p.267)
Au cinéma, ce pourrait être un film des frères Cohen : bien trash (violences urbaines / scènes de folies / ses tristes relations sexuelles) et en même temps romantique / philosophique (pensées de François, son soudain attachement à Myriam, dialogues avec ses comparses, etc...). Les politiques actuels (Hollande, Valls, Marine Le Pen, François Bayrou ou Jean-François Copé) en prennent "pour leur grade", très drôle.

A lire comme on lit une roman et pas un programme politique uchronie !!




année sortie 2015
édition française Flammarion
320 pages
illustration d'entrée de billet : Huysmans par Forain

ma note : 3♥/5

dimanche 26 avril 2015

HERZOG Félicité - Un héros


Laurent Herzog naît en 1965 et meurt en 1999. Entre temps, une vie chaotique à l'ombre d'un père héros à plus d'un titre : l'alpiniste Maurice Herzog qui partit à la conquête de l’Annapurna en 1950 et en redescendit héros de la nation française puis devint ministre des sports sous De Gaulle. Ce père si convainquant devant les lumières de la célébrité brille moins sous le regard implacable de sa fille Félicité qui dévide l'histoire familiale depuis la figure étonnante de Marie Adrienne Anne Victurnienne Clémentine de Rochechouart de Mortemart, l'ancêtre aristocratique et féministe : la Duchesse d'Uzes, jusqu'au fantôme de son frère qui hante encore le château de la Celle-les Bordes où il périt en avril 1999. C'est quelques années après la mort de son frère aîné que Félicité Herzog déclenche une avalanche de vérités cachées, mettant en lumière la vie intime de son père qui ne parvient jamais à se comporter comme tel et auquel elle reproche non seulement l'absence mais surtout le manque d'amour filial et d'intérêt pour ses enfants.
Toutes ses années, il m'apparut aussi inaccessible que l'homme brandissant son piolet sur cette photo, d'abord publiée en exclusivité par Paris Match. Il ne me semblait jamais être redescendu de ce versant sur lequel il se dresse en pleine tempête, tenant à deux mains le drapeau français. Quelque chose d'autre que ses mains et ses pieds n'était-il pas resté sur les flancs de ce sommet considéré comme une déesse par les Népalais : sa sensibilité ? son humanité ? sa propre estime ? Ressentait-il une secrète culpabilité à avoir entraîné Louis Lachenal dans cette folie, même au nom de l'intérêt national, folie dont Lachenal n'allait jamais se remettre ? (p.54)



Un roman qui, comme vous l'aurez compris en lisant mon résumé ci-dessous, n'en est pas un, ou alors comme je l'indique en libellé de cet article, c'est un roman "non fiction", une sorte d'essai que j'ai trouvé passionnant, non pas par son style qui est très inégal et tristement banal après quelques premières pages accrocheuses, mais par son contenu, et principalement par la "vie de château", cette vie balancée entre les séjours de l'auteur et de son frère chez les grands-parents (ceux de leur mère Marie-Pierre Cossé-Brissac) et surtout, je suis tombée folle d'intérêt pour cette impétueuse duchesse d'Uzes :


C'est sans surprise parce que nous sommes prévenus dès les premières pages que l'auteur prend le parti d'attaquer publiquement son père dans ce livre, mais ce que j'ai perçu également, c'est le procès de tout un système social dont il est question : malgré la notoriété, l'éducation, les relations, la maladie de Laurent reste invisible aux yeux des siens. Laurent, ce frère despotique tout de même, qui ne rate pas une occasion pour lui donner des coups, et bien personne ne s'interroge sur l'origine de sa violence ! L'auteur tient pour responsable le père, Maurice Herzog, si brillant en public et si ténébreux dans sa vie privée, comme un ange déchu. Coupable de la séparation de ses parents puisqu'il est parti du foyer vers une nouvelle conquête, laissant son épouse démunie, et visiblement incompétente devant la schizophrénie de son fils, révélée tardivement par la médecine après un suicide manqué, mais qui aurait pu être décelée plus tôt si les premiers signes de violence et d'incohérence avaient été soignés dans l'enfance.

Si j'ai aimé l'aspect documentaire historique de l'enfance malmenée : une mère intellectuelle qui ne s'occupe pas vraiment de ses enfants livrés à eux-mêmes, j'ai moins été attirée par le récit de la vie politique de Maurice Herzog et je regrette également le manque de cohérence de ce livre qui traite de beaucoup trop de sujets périphériques, sans les approfondir, ce qui laisse une impression de roman achevé dans la précipitation, dommage. 



année sortie 2012
édition Grasset puis Le livre de Poche en 2013 (réédition)
220 pages
illustration d'entrée de billet : trophées de chasse au château de la Celle-les-Bordes © René Stoeltie

ma note : 2♥/5