samedi 28 décembre 2013

AILLON Jean (d') - Rome 1202


France, 1202. Bartolomeo et sa soeur Anna Maria reçoivent une invitation du Pape Innocent III pour rentrer en possession du domaine de Ninfa dont ils ont hérité de leur père. Etonnés mais enthousiastes, ils pensaient en effet que le Pape était fâché contre eux après qu'ils aient failli à une mission de confiance à la suite de laquelle ils ne sont pas rentrés en Italie, les héritiers se mettent en route pour Rome mais Guilhem d'Ussel leur ami ne les regarde pas partir sans crainte et se met en tête de les suivre. Heureusement car il s'agit bien d'un traquenard et ce ne sera pas le dernier durant les 6 mois que durera leur aventure romaine dans un pays où les familles sont prêtes à tout pour s'approprier ou garder le pouvoir ; où d'autres sont prêts à renier la leur pour vivre leur amour.

Nous avons découvert la jeunesse de Guillem dans "DE TAILLE ET D'ESTOC" et c'est avec grand plaisir que je retrouve le héros du moyen-âge aux prises avec les barons romains et autres prélats tous plus rapaces les uns que les autres. Heureusement tous les personnages ne sont pas complètement véreux et certains sont même des alliés de prix, comme le célèbre Robin Hood lui-même.
Apercevant Claricia dans la foule des spectateurs, Bertoldo s'était mêlé à la plèbe pour attester son courage. Avec un simple couteau, il avait égorgé quatre cochons sauvages. L'usage était que les hommes rapportent les intestins des victimes à leur compagne pour prouver leur virilité. Bertoldo ne pouvant offrir les boyaux à Claricia, il les avait brandis devant la jeune fille, émue par ce beau témoignage d'amour. (p.83)
Jean d'Aillon nous conte une histoire puissante, fait revivre le moyen-âge (habitudes, repas, vocabulaire, etc.) comme si on y était sans les odeurs ! Un style précis, beaucoup d'humour aussi pour contrebalancer quelques détails de scènes particulièrement atroces.
- Plus tard, les Romains ont utilisé cette falaise pour punir les traîtres en les précipitant dans le vide, ajouta Ricardi. Le rocher est creusé de caves et cryptes qui servaient de prison et celliers.
Les chèvres devaient être intéressées par cette discussion, car elles suivaient les trois hommes en chevrotant. (p.305)
Très intéressante plongée dans le moyen-âge qui n'était pas toujours courtois !
- Je ne suis pas romain. Vous ne me faites pas confiance et je le comprends. Ecoutez néanmoins ma proposition. Ceux qui me suivront mangerons à satiété, pourront se laver et se soigner. Je vous armerai et vous offrirai un cheval. L'expdition se déroulera dans quelques jours. Certains y trouveront la mort, mais ce sera au moins les armes à la main. Les autres seront libres si nous sommes victorieux. Quand à ceux qui resteront ici, ils seront confiés au Saint-Père.
- Une fois dehors, pourquoi resterions-nous avec vous ? s'enquit une voix se voulant ironique.
- Parce que s'il y a une désertion, une seule, vos compagnons pourriront à jamais dans ce trou.
Quelques murmures s'élevèrent jusqu'à ce que le barbu aux poux déclare :
- J'en suis ! (p.308) 

année de sortie 2013
édition Flammarion
430 pages
illustration d'entrée de billet : © Frederic William Burton

samedi 21 décembre 2013

NOTHOMB Amélie - La nostalgie heureuse


Février 2012. Pour les besoins de l'émission "Empreintes" de France 5, l'auteur entreprend une sorte de pélérinage au Japon où elle ne s'est pas rendue depuis 16 ans. L'occasion pour elle de revoir Nishio-san, la nounou japonaise qui fut sa "mère", de rencontrer la traductrice de "Métaphysique des tubes" qu'un éditeur japonais vient de sortir (Nothomb n'avait pas été publiée dans le pays depuis son "Stupeur et Tremblements"), et de retrouver quelques heures, Rinri son ancien fiancé. Toutes les preuves de son existence passée au Japon sont bonnes à récupérer car l'auteur craint que ses souvenirs d'enfance au Japon ne soient qu'une fiction.
J'aimais bien les livres de Nothomb dans ses débuts, les deniers moins, je ne les achète plus. J'ai emprunté celui-ci en bibliothèque hier vendredi et ça y est je l'ai fini tout à l'heure. Le récit est sans surprise, à peine émouvant et c'est bien dommage car il y a quelques beaux passages qui sont malheureusement trop superficiels, ses rencontres sont puissantes, du moins on le suppose, mais le compte-rendu qui est est fait ici retombe comme un soufflet. C'est comme si ce roman ressemblait à un vol d'oiseau à la surface d'un lac, mais jamais l'oiseau ne pique son bec dans l'eau pour attraper le petit poisson qui file.
Rinri a désormais mon numéro de téléphone à Paris. Hier soir, sur mon répondeur, j'entends une voix d'homme qui dit qu'il se réjouit de me revoir. L'espace d'un instant, je me demande de qui il s'agit. Ensuite, tout me revient ; l'effet est aussi bizarre que si j'avais vécu deux vies. (p.30)   

année sortie 2013
édition Albin-Michel
140 pages
illustration d'entrée de billet : temple Senso-ji (photo personnelle)

jeudi 19 décembre 2013

STEN Viveca - La reine de la Baltique


L'été sur une île de l'archipel face à Stockholm. Le corps d'un homme est retrouvé sur la plage, il a séjourné plusieurs mois dans l'eau. L'inspecteur Thomas Andreasson connaît bien l'île pour y avoir passé les étés de son enfance et il y mène son enquête, laquelle pourrait bientôt se conclure par un banal accident. Mais bientôt, le corps de la cousine qu'il vient d'interroger est retrouvé dans une pension sur l'île, elle aurait subit des violences. Thomas, aidé de sa bonne copine d'enfance Nora qui réside sur l'île pendant les vacances, se met en quête de trouver les preuves d'une affaire de contrebande, la première victime travaillait en effet pour le Systembolaget (sorte de magasin "Nicolas" nationalisé). Quand un autre homme est retrouvé noyé, l'affaire se complique : les deux premières victimes n'étaient jamais venues sur l'île mais la dernière victime ne l'avait pratiquement jamais quittée. Rien ne semble rattacher les 3 victimes mais l'enquête doit aboutir car la belle saison bat son plein et l'île est fort fréquentée par du beau monde, à commencer par des têtes couronnées qui participent aux régates. 
Alléchée par des critiques fort élogieuses (il me semble avoir lu ce titre dans les pages littéraires du "Monde" !!!), j'étais curieuse de découvrir ce roman n° 1 des ventes en Suède et je l'ai emprunté à la bibliothèque. J'aurais dû être alertée lorsque j'ai lu sur la 4ème de couverture que l'auteur est la rivale de Camilla Läckberg qui ne m'a pas du tout impressionnée (rappelons-nous le plus que moyen "Cyanure"). Le style est plat, rien de remarquable, l'intrigue complètement tirée par les cheveux (trop de hasard tue le hasard) et en plus, on sait pratiquement dès le début de quoi il est question !
Elle n'avait demandé que ce qu'il lui revenait de droit. Ni plus ni moins. Elle savait ce qu'elle savait et demain elle y retournerait. Il faudrait bien arriver à se mettre d'accord. Elle n'avait pas dit son dernier mot...(p.64)
Le côté positif de cette lecture reste la découverte de la vie à la suèdoise, dans une île qui pourrait ressembler à l'île de Ré et ses maisons de famille devenues hors de prix, ses plages fréquentées en été et pratiquement désertes l'hiver, avec à son large le phare de Grönskar également nommé "La reine de la Baltique". J'ai bien aimé certains passages brossant le portrait de la mère active qui met en berne sa carrière au profit de celle de son mari, de la qualité de vie de ses enfants, beaucoup de choses assez justes. Le côté "polar" reste tout de même largement râté ; on est très loin des intrigues à la Henning Mankell, sans parler de son style très particulier que j'aime beaucoup. Rien dans ce roman ne fait lever les yeux des pages pour soupirer et se dire "c'est beau !".

En résumé, un pauvre polar mais une plongée intéressante dans la culture suédoise.



titre original : I de lugnaste vatten
année sortie 2008
édition française en 2013
éditions Albin-Michel
380 pages
traduction du suédois par Rémi CASSAIGNE
illustration d'entrée de billet : Le phare de Grönskar peint par Elias Sehlstedt

mercredi 11 décembre 2013

HARRISON Jim - L'été où il faillit mourir


3 nouvelles.
L'été où il faillit mourir
Chien Brun, un métis indien, a la garde de ses beaux-enfants tandis que la mère est incarcérée (il l'a épousée pour éviter d'aller lui-même en prison). Il refuse de laisser les services sociaux placer sa belle-fille en institut pour déficients mentaux et décide de partir avec elle au Canada tandis que son frère, très intelligent ira au collège.

Épouses républicaines
Martha cherche à se venger de Daryl son amant irresponsable en tentant de l'empoisonner. Elle se réfugie ensuite au Mexique dans l'attente des nouvelles de son acte et est bientôt rejointe par Frances et Shirley, ses deux meilleures amies, qui furent elles aussi les maîtresses de Daryl, un pseudo poète-écrivain raté mais charmeur qu'elles ont rencontré alors qu'ils étaient tous à l'université. Daryl, entre autres choses, n'a pas hésité à envoyer à chacun des époux de ces femmes aisées mais insatisfaites, une photo d'elles nues. Daryl n'est pas mort de l'empoisonnement mais va porter plainte et dans l'attente de la confrontation, les trois amies confient leurs états d'âme.

Traces
Jim Harrison parle de son enfance, ses passions pour l'art, la littérature, la France. Et de son travail aléatoire d'écrivain.
Lorsqu'il marchait dans les rues d'East Lansing, à une dizaine de kilomètres seulement de chez lui, mais très loin de New York, il avait au moins la consolation de rencontrer d'autres jeunes gens qui lisaient des livres et qui aimaient l'art, y compris les premières jeunes femmes autres que sa soeur Judith. (p.248).

Encore un beau recueil de nouvelles. Excellent cru comme une bouteille de bon vin. Vous savez que je lis toutes les oeuvres d'Harrison, patiemment, depuis quelques années. Nous retrouvons ici Chien Brun, un homme dont on ne sait vraiment décider s'il mérite d'être apprécié tellement il a beson d'être toujours assisté ! Chien Brun est une sorte de héros récurrent dans les nouvelles de JH. D'abord apparu en 1990 dans le recueil "La femme aux lucioles", on le retrouve en 1994 dans Julip, puis en 2005 dans ce présent recueil et enfin en 2009 dans "Les jeux de la nuit". La seconde nouvelle qui est en fait 3 récits à la première personne, donnés par les 3 amies héroïnes se font suite et permettent de donner à chacune sa version des choses et la manière dont elles prennent la vie à bras le corps. La dernière nouvelle est une réelle autofiction de l'auteur qui dévoile comme dans "En marge (2002) son enfance et les débuts de ses premières passions. Lire la vie de Jim Harrison c'est découvrir un héros à la Paul Auster. Un jeune homme quitte sa terre natale pour New York seulement muni d'une valise en carton ficelée par son père et la tête remplie d'espérances.
On se réveille seulement par à-coups du sommeil limité de la jeunesse, cette transe perplexe d'hormones et d'études, de lectures et de rêveries. (p.236)
Jim Harrison je vous aime tant ! Découvrir toutes mes lectures de l'auteur reprises dans le site qui lui est consacré : Jim Harrison


titre original : The Summer He Didn't Die
année sortie 2005
édition française en 2006 (Bourgois)
315 pages
traduction de l'anglais (Amérique) par Brice MATTHIEUSSENT
illustration d'entrée de billet : © Thomas Ehretsmann "Conversation"


samedi 30 novembre 2013

HARRISON Jim - Lettres à Essenine


Alors âgé de 36 ans, Harrison se trouve dans une période de doutes et d'envies suicidaires et entreprend une série de 30 lettres rendant hommage au poète russe Sergueï Essenine qui fut trouvé pendu (apparemment suicidé) à l'âge de trente ans dans lesquelles il s'interroge, et interroge ses témoins muets et absents, sur les rapports de la vie et de la mort.

30 lettres-hommage à Essenine mais pas seulement, d'autres amis traversent ces pages empreintes d'une haute forme de surréalisme poétique, véritable tourbillon d'émotions parfois contradictoires entre lumière et ténèbre. Une lettre par jour durant un mois, c'est ce que raconte la petite histoire. Une lettre quotidienne qui traduit l'obsession de Harrison : la vision du corps pendulaire du poète et sa répercussion dans le temps et l'espace. Et d'autres obsessions : l'alcool, la mort, les accidents. Attention, ce n'est pas complètement démoralisant, pas du tout ! plutôt surréaliste. Ces "poèmes" n'en sont pas tels qu'on les imagine, d'ailleurs je ne sais pas pourquoi les éditeurs indiquent "poèmes" pour cette collection de texte.
Pour répondre à certaines questions que tu pourrais poser si tu étais vivant et si nous étions amis, mais que se demandent deux poètes après une longue absence ? Pourquoi as-tu été vivant et comment suis-je en train de mourir sur terre sans égrener la litanie ordinaire des complaintes, ce qui revient à s'inquiéter à voix haute, égrener ces terribles grains de poussière qui flottent dans le cerveau, ces ballons roses nommés pauvreté, échec, maladie, luxure et envie. Pour en citer très peu. Mais si tu veux des précisions, non pas la condition humaine ni une lettre au journal expliquant pourquoi, au trente-sixième dessous, je crois m'être fait baiser. Voici donc les nouvelles de ce printemps : maintenant que l'herbe a grandi, j'y marche en redoutant les serpents. (p.69) 
Un recueil en édition bilingue en 140 pages donc 70 pages à lire éventuellement en anglais page de gauche ou en français à droite. J'ai aimé, parce que j'aime Harrison tout entier, mais j'avoue que ce n'est pas son registre habituel avec les grands espaces, les animaux et les dégâts de l'homme au milieu. A découvrir pour les amoureux de l'auteur.
I write to you like some half-witted, less courageaous brother, unwilling to tease those ghosts you slept with faithfully until they cast you.
Je t'écris comme un frère demeuré, moins courageux, peu désireux de taquiner ces fantômes avec qui tu dormis fidèlement avant qu'ils ne te chassent.



Letters to Yesenin
Titre français : Lettres à Essenine
paru aux Etats Unis en 1973
édition française en 1999 aux Editions Christian Bourgois
traduit de l'anglais par Brice MATTHIEUSSENT
140 pages (bilingue donc 70 pages en français)
illustration d'entrée de billet : Sergueï Essenine et sa femme Isadora Duncan



lundi 25 novembre 2013

GRIMMELSHAUSEN Hans Jakob Christoffel (von) - La vagabonde courage


Europe, début du XVIIème siècle, durant la guerre de Trente Ans. Mademoiselle Libouschka à peine âgée de 13 ans est obligée de se travestir en jeune garçon si elle ne veut pas être victime de viol. 50 ans après ces évènements, alors qu'elle a pris depuis de nombreuses années le nom de Courage, elle décide de raconter ses mémoires qu'elle dédie à l'un de ses nombreux amants de passage : Simplicius Simplicissimus, lequel a osé la tourner en ridicule dans ses propres mémoires.

Incroyable récit d'une jeune femme qui refuse de se poser en victime désignée face à l'adversité de la guerre : obligée en dernier ressort de révéler son véritable sexe, elle décide alors de faire des hommes qui traversent sa vie des alliés sinon des serveurs, tous fous de son corps et de ses charmes, car Courage est une belle femme. La structure est très bien faite : un succession de courts chapitres qui résument ses aventures, selon l'endroit où elle est, et ce qu'elle y fait, prenant part aux combats elle tue à tour de bras, ou se prostitue histoire de remplir ses bas ou encore fournit les vivres nécessaires aux armées. Beaucoup d'humour au fil des pages de vrai-faux journal inspiré par l'expérience de l'auteur qui vécu les atrocités de la guerre de 30 ans et qui en fit un premier récit dans un autre roman autobiographique : " Les Aventures de Simplicius Simplicissimus / Der abenteuerliche Simplicissimus Teutsch".

A découvrir de toute urgence !
Voyez cette vielle ribaude qui a déjà les deux pieds dans la tombe - si toutefois elle est digne de reposer dans une tombe -, voyez cette gourgandine, direz-vous, qui s'est roulée toute sa vie dans la honte et le vice, et qui a accumulé sur sa tête plus de méfaits que d'années, plus de paillardises que de mois, plus de vols que de semaines, plus de pêchés mortels que de jours et plus de péchés véniels que d'heures : ne va-t-elle pas se mettre en tête, elle qui, malgré son grand âge, n'a jamais eu de velléité de conversion, de se réconcilier avec Dieu ? (p.16)

titre original : Lebensbeschreibung der Ertzbetrügerin und Landstörtzerin Courasche
année sortie 1669
édition française en 2013 chez Libretto
170 pages
traduction de l'allemand par Maurice COLLEVILLE
préface de Gérard CHALLIAND
illustration d'entrée de billet : illustration du roman paru en anglais (auteur inconnu)

samedi 23 novembre 2013

BERGER Bernard - La brousse en folie


Nouvelle-Calédonie. Quelques tableaux représentatifs de la vie en Calédonie en compagnie de Tonton Marcel le caldoche et de ses amis représentant les différentes communautés de l'île : Dédé le canaque (ou kanak), Tathan l'asiatique et Joinville, le zoreille (entendez par là le métropolitain fonctionnaire).

Très drôle à lire mais uniquement pour ceux qui ont connu la Nouvelle-Calédonie sinon on ne peut vraiment comprendre l'humour n'ayant pas de référence de la réalité ni l'expérience du langage : "le coup de chasse, de pêche, les claquettes, awa, nouzautes etc....". A découvrir si l'on est de passage dans le caillou ! et à lire sans modération si l'on veut se replonger dans l'ambiance pour ceux qui, comme, moi, ont quitté le caillou mais y gardent encore un peu de leur coeur.


année sortie 1983
éditeur : La brousse en folie
26 tomes à ce jour

mardi 19 novembre 2013

PROLONGEAU Hubert - Le Cauchemar de d'Alembert


1751, Diderot (38 ans) le philosophe et d'Alembert (34 ans) le mathématicien sont à l'oeuvre du second volume de leur Encyclopédie et se retrouvent dans la maison de campagne de d'Alembert dans un patelin où vient de se jouer un drame : deux jumeaux âgés de 18 mois sont retrouvés noyés par leur nourrice qui est bientôt accusée et envoyée en prison avec son mari où il se donne la mort. D'Alembert qui a rêvé de la scène horrible où il aperçoit les enfants noyés, cherche à faire innocenter la pauvre femme, tandis que Diderot est confronté à l'interdiction de poursuivre la publication de l'Encyclopédie imposée par les Jésuites.

Un petit livre très bien écrit, choisi par hasard en bibliothèque grâce au titre et à la couverture. Si l'intrigue policière est plutôt moyenne (spoiler : "et la chute plutôt immorale au regard de la non "punition" des coupables), la découverte du contexte politique, religieux et sociologique de l’époque décrits au travers des aventures de nos deux encyclopédistes est infiniment intéressante et bien menée. Et il y a aussi quelques traits d'humour. A lire !
Comme d'habitude, il a pris une place en troisième loge. La Comédie-Française est toute petite, et cette solution économique ne gâche pas trop le spectacle. La scène qui s'étend devant lui, mal éclairée, est déjà encombrée des bancs réservés aux petits-maîtres, dont les commentaires se font à voix souvent plus haute que celle des acteurs. (p.10)


année sortie 1998
édition Hachette
216 pages
illustration d'entrée de billet : gravure d'une salle d'anatomie

dimanche 17 novembre 2013

DOUMENC Philippe - Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary


Yonville, petit village de Basse-Normandie en cette année 1846. Emma Bovary a trompé son mari, s'est endettée en achetant des toilettes et des cadeaux et, alors que sa maison est saisie pour rembourser ses 3000 francs de dettes, que les amis à qui elle s'adresse refusent de l'aider, il apparaît qu'elle n'ait vu qu'une solution : s'empoisonner en avalant une grande quantité d'arsenic. Mais des marques suspectes sont détectées sur son corps et une enquête est ouverte : elle a peut-être été assassinée ! Le commissaire Delévoye et son adjoint Rémi arrivent à Yonville, précédés par le légiste. Bientôt,  Rémi est persuadé que quelqu'un avait intérêt à faire disparaître Emma.

Un avis mitigé pour ce roman que j'avais envie de lire depuis quelques années (emprunté en bibliothèque il y a 4 jours). Début prometteur : un style agréable, parfois humoristique, mais la fin me semble absolument bâclée ! ce n'est pas tant la chute mais plutôt l'évolution de la personnalité des protagonistes qui semble gâtée par un dénouement pour le moins pessimiste : le commissaire déchu qui en veut à son adjoint de la réussite de son enquête alors qu'auparavant il l'estimait, cela n'est pas réaliste ! et puis ce défilé de culpabilités tout autour des mœurs dépravées des uns et des autres...cette hypothèse ne m'a pas de tout convaincue. J'ai été plus favorablement captivée par l'Emma de Flaubert.
Une dernière convulsion la secoua, elle perdit définitivement conscience : et enfin elle partit, abandonnant le terrain, laissant aux autres leur existence médiocre, leurs abominables problèmes d'argent, leur méchanceté, leur malveillance, et surtout ce cynisme, cet affreux cynisme que, même dans ses amours, elle avait rencontré les derniers temps.
Etait-ce seulement la peine d'avoir fait tourner quelques têtes ; et d'avoir été aussi jolie qu'on le disait ?
Le jour où elle mourut, Emma Bovary n'avait pas encore vingt-six ans. (p.11)

année sortie 2007
édition Actes sud
180 pages
illustration d'entrée de billet : © Édouard Dubufe

mercredi 13 novembre 2013

VEYS & ESDRAS - Les mangeurs d'Anglais


Harry Cover et ses amis Hormone et Pron se voient confier quelques missions d'espionnage par le professeur Dumbledemeur, un très vieux magicien directeur de l'école de Poudrozieu. Mais les jeunes gens ne sont pas très doués et c'est par miracle qu'ils parviennent généralement à leur but.

Dans le tome 2 de cette bande dessinée parodique du héros anglais à la cicatrice Harry Potter le scénariste Pierre Veys et le dessinateur CristóbalEsdras parviennent à nous amuser : Pron est assez bête, Hormone pas gentille du tout et Harry, reste Harry, en moins doué cependant que l'original. Cette fois, Harry, Pron et Hormone prennent un train qui leur fait remonter le temps jusqu'en 1946 car ils doivent récupérer le trésor de guerre nazi au nez (qu'il n'a plus) et à la barbe (qu'il n'a pas) de Boldemorve, celui dont on ne doit pas prononcer le nom.

A découvrir (en l'empruntant à la bibliothèque).
Tous les titres :
Tome 1 : L'Ensorcelante Parodie (2005)
Tome 2 : Les mangeurs d'Anglais (2007)
Tome 3 : Il faut sauver le sorcier Cover (2008)
Tome 4 : Les monstres du labyrinthe (2010)

Les mangeurs d'anglais est paru en 2007
éditions Delcourt
45 pages

mardi 12 novembre 2013

PATTISON Eliot - Dans la gorge du dragon


Tibet, fin des années 90. Shan, un ancien enquêteur chinois, se trouve depuis 3 ans prisonnier dans un camp au milieu de Tibétains dont certains sont d'anciens moines. Lorsque le corps de Jao, procureur dans la ville voisine, est retrouvé décapité, Shan est forcé de collaborer avec le colonel Tan afin d'éviter qu'il ne s'en prenne à ses codétenus qui entament une grève générale. Si Shan échoue à trouver le coupable, un innocent pourrait bien être accusé du meurtre car bientôt la région va accueillir des touristes, région qui, par ailleurs, s'ouvre peu à peu à l'occident, à commencer par la concession d'une exploitation minière tenue par deux américains. 


Deuxième lecture pour ce roman "pas comme les autres" (je l'ai déjà lu il y a une dizaine d'années) qui, sous couvert d'un roman policier somme toute classique, nous fait découvrir la réalité complexe des Tibétains et, plus particulièrement, celle des moines et de leur répression par le gouvernement de Mao. Un roman très intéressant, très bien écrit, émouvant. Un très beau moment de lecture que je recommande.
La pierre avait été trempée par le sang. Il se redressa, face à Shan qui le fixait toujours, avant de hocher la tête avec solennité, comme pour confirmer le sentiment de prescience douloureuse de Shan. L'homme aux jeans américains avait perdu son âme là-bas, au milieu de leur route.
Les bouddhistes allaient refuser de travailler dans la montagne. (p.19)


titre original : The skull mantra
année sortie 1999
édition française en 2002 Editions Robert Laffont
543 pages
traduction de l'anglais (Amérique) par Freddy MICHALSKI
illustration d'entrée de billet : drapeaux au Tibet par © Gaston Lacombe

FROMM Pete - Chinook


16 récits.

1. Hoot_ Drew, un jeune fermier de 21 ans fait la connaissance d'Amy, une jeune huttérienne et vit dans le souvenir de Carlton, son frère ainé qui s'est enfuit de la maison 9 ans auparavant. Carlton réapparait avec l'intention de se réinstaller à la ferme avec son frère en compagnie de sa petite famille. Drew décide alors de braver les interdits et de s'inviter dans la communauté protectrice d'Amy.

2. Pluie sèche_ Stil emmène son fils Joey dans un balade qui ressemble à un enlèvement et finit par le rendre à son ex car il se rend compte qu'il ne pet pas subvenir à leurs besoins.

3. Ormes_ Une famille très soudée part en vacances avec leurs 5 enfants dans leur maison au bord d'un champ de maïs et désepèrent que leur fils ainé ne se soit définitivement perdu dans le champ de maïs.

4. Sauvetage_ JJ devient héros malgré lui en sauvant un enfant et sa mère de l'explosion de leur bateau, constate qu'il plait beaucoup à l'une de ses collègues de travail mais renonce à sucomber à ses avances et retourne auprès de son épouse.

5. Base-ball_Dans la tête d'un joueur.

6- Babysitter_Un mari explique à ses parents de passages que son épouse garde les enfants de son patron alors qu'il a l'intime conviction qu'elle l'a quitté mais n'ose pas l'avouer.

7. Tue-serpent_Dan sune ville nouvelle en bordure du désert, un homme qui fait son footing chaue matin fait la connaissance d'un voisin qui passe son temps  tuer les serpents sur son chemin.

8. Concentré_Une pauvre fille décide de s'en sortir en déposant le brevet d'une boisson révolutionnaire.

9. Casques_Un homme sur le point d'être licencié tente de comprendre pourquoi une famille porte des casque de protection dans leur voiture et décide un beau matin de ne pas aller travailler pour les épier.

10.Sources_Un homme décide de se rapprocher de sa femme qui parfois fait de longues missions en célibataire et la rejoint un weekend.

11. Armoise et sel_Un homme un peu sans domicile fixe se raccroche à ses souvenirs d'enfance pour ne pas trop sombrer dans la mélancolie de sa vie.

12. Dérapage_Un couple a un accident de la route et se retrouve au beau milieu d'une rivière tentant de survivre en se raccrochant à l'espoir de leur vie future.

13. Chinook_Un homme décide de partir à la recherche de son épouse qui l'a quitté.

14. La plus belle du royaume_Un frère s'efforce de combattre les sentiments qu'il a pour sa soeur qui est très belle et qui se rapproche de lui après son divorce.
15. Bûcheron_Un bucheron découvre que sa femme qui le suit partout sur ses divers chantiers n'aime pas tant que cela cette vie de nomade.

16. Le tropique du concert_Un veuf emmène son fils chez sa belle famille au bord de la mer mais le petit garçon ne désire pas rester dans cet endroit où il n'arrive pas à retrouver le souvenir de sa mère.

J'avais déjà lu Indian creek de cet auteur et c'est pourquoi j'ai sélectionné ce livre lors de mon dernier passage en médiathèque. J'ai trouvé ce livre moins réussi que le roman, impression peut-être due aux histoires que j'ai trouvées plus ou moins intéressantes. Mon avis est tout de même positif : cet auteur a un beau style, le lire est un moment de privilège.
A découvrir donc !
Les nuages du jour bordaient l'horizon comme des bateaux pirates pointant leurs voiles blanches. Et dans la dernière caravelle, j'ai cru distinguer la silhouette d'Edward Teach, penché par-dessus le bastingage, un sourire éclatant sur son visage sombre, agitant son sabre pour me faire signe de monter à bord. (p.157 "Armoise et sel") 


titre original : Dry rain
année sortie 1997
édition française en 2011 aux édition Gallmeister
215 pages
traduction de l'anglais (américain) par Marc AMFREVILLE
illustration d'entrée de billet : champ de maïs

vendredi 18 octobre 2013

STAALESEN Gunnar - Comme dans un miroir


Bergen, Norvège. Une juge engage le privé Varg Veum pour qu'il retrouve sa soeur Bodil et son mari Fernando dont elle n'a pas de nouvelles depuis plusieurs jours. Lors de son enquête, Veum découvre dans le passé des soeurs la disparition tragique de leur mère avec son amant, l'histoire est-elle en train de se répéter ? D'autant que Veum découvre que les deux soeurs partageaient l'amour d'un même homme dans leur jeunesse, qui n'est autre que le neveu de l'amant de leur mère.  

J'ai craqué pour cette enquête qui se situe en Norvège, histoire de changer de Mankell, et bien je suis légèrement déçue : le style est beaucoup moins intéressant, le suspens est bien mené mais le final est vraiment tiré par les cheveux, ceci étant, on découvre beaucoup de petites choses sur les habitudes des Norvégiens, et l'on découvre la vie dans une ville construite autour d'un fjord. J'ai aimé cet aspect là. Varg Veum est un héros assez sympathique, personnage récurrent des romans de l'auteur.
Vous n'êtes plus le même après avoir tué quelqu'un.
Le soir où j'avais envoyé un dénommé Harry Hopsland ad patres remontait à presque deux mois, mais son dernier regard avait laissé une espèce d'abcès dans mon esprit.
L'auteur manie également l'humour, c'est bien ; signalons également une construction subtile dans la suite des interview des protagonistes qui donne un style intéressant. La forme est réussie, le fond de l'histoire policière un peu moins disons le tout net. Dommage.


titre original : Som I et Speil
année sortie 2002
édition française en 2012 pour Gaïa
415 pages
traduit du Norvégien par Alex FOUILLET
illustration d'entrée de billet : Bergen (Norvège)

mardi 8 octobre 2013

MAUPASSANT Guy (de) - Contes du jour et de la nuit


  • 1/ Le Crime au père Boniface (1884) - un facteur entend par inadvertance un couple faisant l'amour et croit que l'on assassine la femme parce qu'elle pousse de grands cris...
  • 2/ Rose (1884) - un repris de justice violeur se cache comme femme de chambre avant d'être démasqué.
  • 3/ Le Père (1883) - un homme abandonne la femme qu'il a mise enceinte puis n'a de cesse de faire connaissance avec son fils.
  • 4/ L'Aveu (1884) - Une jeune fille avoue à sa mère qu'elle attend un enfant qu'elle a fait avec le cocher qui lui fait crédit pour l'emmener en ville en échange de ses faveurs.
  • 5/ La Parure (1884) - Une femme emprunte un collier à une amie et le perd, puis remplace le collier sans rien dire et s'endette avant de découvrir 10 ans plus tard qu'elle a acheté un collier de diamants alors que l'amie lui avait prêté un collier en pierre de synthèse.
  • 6/ Le Bonheur (1884) - Un voyageur découvre dans un village retiré en Corse la présence d'une vieille femme qui a quitté sa famille plusieurs dizaines d'années auparavant pour se marier avec l'homme qu'elle aimait mais qui n'était pas de son rang.
  • 7/ Le Vieux (1884) - Un couple annonce la mort du père et beau-père avant le décès de celui-ci et se retrouvent obligés de recevoir les invités aux funérailles alors qu'il n'est pas encore mort. (très drôle)
  • 8/ Un lâche (1884) - Un homme défie un autre homme en duel mais se retrouve l'esprit empoisonné par sa décision impulsive et finit par se suicider.
  • 9/ L'Ivrogne (1884) - Un homme rentre tard chez lui complètement allumé et bat à mort son épouse qu'il soupçonne d'infidélité.
  • 10/ Une vendetta (1884) - Une vieille mère décide de venger la mort de son fils en dressant son chien à attaquer à mort un être humain.
  • 11/ Coco (1884) - Un ado décide d'affamer le cheval qu'il doit soigner afin d'être débarrassé de lui.
  • 12/ La Main (1883) - La main momifiée d'un cadavre a apparemment tué l'homme qui la conservait en mémoire d'une ancienne chasse qu'il avait faite.
  • 13/ Le Gueux (1884) - Un pauvre bougre mendie sans succès dans un bourg avant d'être emprisonné sans qu'il ait pu assouvir sa faim et meurt en cellule.
  • 14/ Un parricide (1885) - Un orphelin retrouve ses parents une fois devenu adulte mais ceux-ci le repoussent et, fou de douleur, en vient à les tuer par accident.
  • 15/ Le Petit (1883) - Un veuf couve le fils qu'il a eut de sa femme bien aimée morte en couches et se suicide lorsqu'il découvre que l'enfant est celui de son meilleur ami.
  • 16/ La Roche aux Guillemots (1883) - Un homme arrive au rendez-vous pour les quelques jours prévus pour la chasse aux guillemots, accompagné du cadavre de son gendre.
  • 17/ Tombouctou (1883) - Un homme retrouve un ancien soldat qui a fait fortune en cuisinant les cadavres des morts sur les champs de bataille.
  • 18/ Histoire vraie (1883) - Un homme riche marie sa servante tombée enceinte de ses oeuvres à un sale type qui finit pas se débarrasser de l'épouse et de l'enfant afin d'en hériter.
  • 19/ Adieu (1884) - Un homme retrouve l'amour de sa jeunesse, vieillie, grossie, et entourée de 4 enfants et réalise qu'il a lui aussi bien vieilli.
  • 20/ Souvenir (1884) - Un homme se souvient de sa rencontre avec un couple parti en promenade dominicale qu'il s'était proposé de remettre sur le bon chemin avant de succomber aux charmes de l'épouse tandis que le mari restait en arrière pour chercher son chien et son porte-feuilles.
  • 21/ La Confession (1883) - Sur son lit de mort, une vieille fille avoue à sa grande soeur qu'elle est à l'origine de la mort de son fiancé quelques dizaines d'années auparavant parce qu'elle était jalouse de leur bonheur.

21 contes, petites histoires éditées dans des journaux entre 1883 et 1885 et reprises dans ce recueil. Certaines sont amusantes, ou horribles, ou effrayantes, ou encore émouvantes. Dommage qu'il y ait autant de notes de renvoi en fin de volume (17 pages de notes !!!!) qui polluent vraiment le plaisir de la lecture, surtout que la plupart du temps nous n'en savons pas plus car les annotations restent vagues ou parfois carrément inutiles !

Je me suis intéressée à ce livre parce que ma fille doit l'étudier en classe, alors autant que je sache de quoi ça parle si elle me demande mon avis, et bien je trouve tout de même dommage de faire étudier ce genre de bouquins : les faits de sociétés du 19ème siècle, s'ils peuvent être intéressants pour nous adultes, le sont certainement moins pour les ado, pas étonnant qu'ils n'aient pas envie de lire ! Il y a tellement d'autres romans classiques plus intéressants à mes yeux !


Ils causaient, joyeux sans motif, dans cette gloire de vie, dans ce rayonnement radieux du soir ; et ils regardaient la foule, les hommes lents et les femmes pressées qui laissaient derrière elles une odeur savoureuse et troublante.


année sortie 1885 pour Marpon-Flammarion
190 pages
illustration d'entrée de billet : Emilio Longoni ("Starving man")

mardi 1 octobre 2013

HARRISON Jim - Les jeux de la nuit


1- La fille du fermier (110 pages). Sarah, une jeune fille indépendante ayant grandit dans une contrée isolée en suivant des cours par correspondance, lutte contre son désir de se venger de l'homme qui a tenté d'abuser d'elle, mais trouve à 16 ans le visage de l'amour dans celui d'un professeur de biologie, musicien comme elle, et son ainé de 20 ans.
Elle était née bizarre, du moins le croyait-elle. Ses parents avaient mis de la glace dans son âme, ce qui n'avait rien d'exceptionnel. Quand tout allait bien, cette glace semblait fondre un peu ; mais quand tout allait mal, la glace gagnait du terrain.
2- Chien brun, le retour (114 pages). Chien brun, dit C.B., cherche désespéremment l'amour et pense l'avoir trouvé en la personne de Gretchen mais celle-ci ne veut de lui que son sperme pour mettre au monde l'enfant qu'elle désire plus que tout.
Ce jour là, Gretchen portait un short bleu pâle moulant et, tout en écrasant vigoureusement les pommes de terre devant la cuisinière, elle agitait les hanches de manière si suggestive que C.B. s'était senti au bord des larmes. Il avait décidé de ne pas insister sur le problème du mariage, car Gretchen faisait parfois preuve de cruauté. Des années plus tôt, elle avait pris son ton le plus autoritaire pour passer en revue les résultats scolaires de C.B., et ayant découvert que son intelligence était bien au-dessus de la moyenne, elle s'était alors tournée vers lui pour lui demander séchement : "Pourquoi vis-tu ainsi ? Tu es assez malin pour faire autrement.
- J'ai simplement glissé vers ce mode de vie, avait-il répondu avec agacement.
3- Les jeux de la nuit (113 pages). A la suite d'une vilaine morsure, l'on découvre au jeune Samuel qu'il est atteint d'une rare maladie qui le transforme chaque mois en une sorte de Hulk des bois : toute sa puissance se défoule et il est alors sexuellement très actif mais peut aussi devenir dangereux durant les deux nuits que dure la pleine lune. Conscient de sa maladie incurable qui le transforme en prédateur lycanthrope, il n'arrive pas à oublier Emelia, son premier amour.
La mémoire, ou certaines parties de la mémoire, condense tellement le passé que nous désirons  à tout prix en reproduire l'essence dans le présent.  

A chaque fois que je me plonge dans "un Jim Harrison", je me retrouve comme dans un coin douillet au pays du bonheur de lire.
Nous voici, nous et nos jeux sauvages. (p.323)
Bonheur des mots, des descriptions, des personnages découpés aux ciseaux pour un profil tellement réaliste qu'on ne peut qu'avoir envie de les rencontrer, de les serrer dans les bras pour les réconforter. Nous sommes dans ces 3 nouvelles impeccables à la recherche de l'Amour, qui, comme souvent n'est jamais où on l'espère. Le personnage de Chien Brun, déjà aperçu dans "La femme aux lucioles (1990)" prend ici quelques brides d'une histoire parallèle mais se reconnaît sous certains traits. Sarah, la belle fille sauvage qui ne se trouve à l'aise qu'en chassant ou encore Samuel, l'homme-loup malgré lui. Des personnes hors la ville au travers d'une Amérique aux gigantesques espaces où l'on peut se perdre ou se retrouver.

Un pur enchantement !


titre original : The farmer's daughter
année sortie 2009
édition française en 2010 pour Flammarion
343 pages
traduction de l'américain par Brice MATTHIEUSSENT
illustration d'entrée de billet : Andrew Wyeth (Christina's world)


jeudi 26 septembre 2013

ENDO Shûsaku - Le dernier souper et autres nouvelles


1-Les ombres (43 pages). Un homme entreprend l'écriture d'une lettre au prêtre japonais catholique qui fut un ami pour sa mère, devint son mentor malgré lui, et finit par être défroqué pour être tombé amoureux d'une japonaise et avoir vécu en couple avec elle ; l'auteur retrouve l'ancien prêtre par hasard et peine à le reconnaître.
Je ne sais pas si je vous enverrai cette lettre. Je vous en ai déjà écrit trois, mais ou je me suis arrêté en route, ou je les ai fourrées dans le tiroir de mon bureau sans jamais les poster.
2-  Le retour (17 pages). - Un homme mesure combien il est seul au monde à l'instant où il doit transférer les cendres de son frère avec les restes de sa mère dans un plus grand caveau.
C'était un après-midi d'été brûlant. J'avais commandé une nouvelle pierre tombale chez le marbrier funéraire, à Fuchû.
3- Le dernier souper (30 pages). Un médecin vient en aide d'un vieil homme rongé par un cancer du foie et par la culpabilité d'avoir été cannibale pour survivre pendant la guerre.
"Docteur !" s'écria soudain un dénommé Tsukada, assis à côté de moi, dans un restaurant. A ce mot, le cuisinier, un couteau à la main, leva la tête et cligna de l'oeil dans ma direction pour me signifier que cet homme était connu dans un établissement à cause de son penchant pour l'alcool.

Encore un très beau petit fascicule à 2 € pour entrer dans l'univers d'un grand écrivain où nous découvrons la facette peu commune de la religion chrétienne au Japon, pays traditionnellement shintoïste. Ces trois nouvelles sont extraites d'un plus important recueil édité sous le titre français "Une femme nommée Shizu" et qui comporte dix nouvelles écrites entre 1959 et 1985, dont les thèmes tournent autour de la mémoire, le rachat des fautes, le pardon de Dieu.

A lire d'urgence ! (pas pour l'aspect "religion" mais pour le style). 

année sortie 1959
édition française en 1997 pour Denoël
100 pages
traduction du japonais par Minh NGUYEN-MORDVINFF
illustration d'entrée de billet : © Keigetsu Kikuchi

mardi 24 septembre 2013

CAPOTE Truman - Monsieur Maléfique et autres nouvelles


1-Monsieur Maléfique. Une jeune femme prend son émancipation en vendant ses rêves à un étrange homme qui refuse de lui rendre ce qui lui fait perdre peu à peu son identité.
Après, je lui ai encore raconté un autre rêve. Il s'agissait de lui : c'était la nuit, il me tenait dans ses bras, et tout autour on voyait des ballons qui montaient et des lunes qui descendaient. Il a dit que les rêves qui le concernaient ne l'intéressaient pas. Et il a demandé à Miss Mozart, qui prenait les rêves en sténo, d'appeler la personne suivante. Je ne crois pas que j'y retournerai jamais, dit-elle.

2- Tels des enfants, au jour de leur anniversaire. Une petite fille de 10 ans débarque un jour dans une bourgade et y fait sa loi jusqu'au jour funeste d'un tragique accident.
Elle s'arrêta seulement quand il fallut remonter le phono. Et quand la lune se mit à dévaler les croupes montagneuses, quand les enfants furent rentrés chez eux, et que l'iris de la nuit commença à s'épanouir, Miss Bobbit était toujours là dans le noir, tournant comme une toupie.
3- Une dernière porte est close. Déchéance d'un jeune homme prêt à tout pour monter dans la société mais victime de potins.
Un après-midi, sachant qu'elle ne serait pas chez elle, il se rendit à l'appartement et se servit du passe qu'elle lui avait donné il y a bien longtemps. Il avait laissé quelques affaires, des vêtements, des livres, sa pipe ; tandis qu'il fouillait pour retrouver son bien, il découvrit une photographie de lui barbouillée de rouge à lèvres : cela lui donna subitement l'impression de tomber dans un rêve.

Magnifique petit recueil de poésie noire de trois histoires presque magiques mettant en scène des personnages plutôt paumés et pressés de vivre leur rêve :  l'indépendance, la renommée, la considération, pour tout cela rien n'est trop dur, rien ne doit se mettre en travers du chemin, ni amis, ni voisins, ni amours. Pour le pire sans le meilleur....et avec un soupçon de maléfice.

Un petit recueil à lire de toute urgence (en folio 2€ !) pour ces 3 extraits tirés du recueil plus important comportant 8 nouvelles et  édité sous le titre "Un arbre de nuit (A Tree of Night)" :
  • Master Misery
  • Children on Their Birthdays
  • Shut a Final Door
  • Jug of Silver
  • Miriam
  • The Headless Hawk
  • My Side of the Matter
  • A Tree of Night



titre original :
1- Master Misery
2- Children on their birthdays
3- Shut a final door
année sortie 1949
édition française en 1953 pour Gallimard
1- Master Misery 34 pages traduction de Serge DOUBROVSKY
2- Children on their birthdays 31 pages traduction de Serge DOUBROVSKY
3- Shut a final door 26 pages traduction de Maurice Edgar COINDREAU
illustration d'entrée de billet : Little girl par Hinke Schreuders