mardi 5 octobre 2010

Jean-François PAROT - Le cadavre anglais

Le livre
Date de parution : 2007
Editions Lattès
410 pages

Le sujet
Paris 1777. Le long des façades de la rue Saint-Germain l'Auxerrois, Nicolas trouve que l'obscurité est bien étrange... Peu de temps après, le gouverneur de la prison de Fort-l'Evèque fait mander le commissaire de permanence est c'est Nicolas qui arrive sur les lieux où le cadavre d'un inconnu est retrouvé, apparemment victime d'une chute lors de son évasion.
Et nous sommes partis pour une enquête minutieuse pour trouver l'identité du cadavre sur fond d'affaire d'espionnage : nous sommes en pleine période de la Guerre d'indépendance des États-Unis, il est question que les "insurgents" obtiennent l'aide de la France qui doit donc améliorer ses équipements de marine, et surtout, obtenir un instrument de précision indispensable pour les expéditions : la montre marine capable de donner la longitude.



Le verbe
Il s'engagea avec prudence dans un escalier pourri aux degrés branlants. Les parois de la cage étaient recouvertes du noir de la fumée qui sortait des galetas et des carrés. Plus il gravissait les étages, plus les stigmates de la misère lui sautait aux yeux. Les portes ouvertes offraient des visions de vie pitoyables : familles entassées dans des soupentes, enfants à moitié nus, couchés pêle-mêle à terre au milieu de grabats sans draperie, pots et ustensiles de cuisine voisinant avec des vases de nuit. Il constatait tout cela, étourdit par le bruit d'un martèlement continu. Dans ses repaires et faute de souliers, luxe inaccessible, le choc des sabots sur les planches rythmait la vie. (p 242)
Mon complément
On ne peut se lasser des enquêtes de Nicolas le Floch, toujours trépidantes, et dans le coeur du temps, faisant la part belle aux véritables éléments de l'Histoire sans oublier ceux qui œuvre dans l'ombre sans tirer aucune gloire, sinon la satisfaction d'être au service d'une nation.

lundi 13 septembre 2010

Indian Creek : Un hiver au coeur des Rocheuses - Pete FROMM



Amérique. Un étudiant inexpérimenté accepte de passer 7 mois d'hiver au coeur des Rocheuses à surveiller des oeufs de saumons et à empêcher que ceux-ci ne gèlent. Inconscient et incompétent, il va devoir affronter ses ennemis : le froid, les bêtes sauvages, la peur de mourir et surtout, sa propre solitude.

Décidément, je suis devenue accro aux récits de grands espaces, d'aventures et de solitude, poursuivant la route empruntée en suivant Jim Harrison. Ce roman est aussi un récit de vie, une véritable histoire qui oscille entre l'humour et l'angoisse : l'auteur se trouve entraîné bien malgré lui dans cette aventure : au départ, fou de joie à l'idée de vivre lui-même une de ces aventures dont il est friand, il finit par comprendre dans quelle galère il a accepté de s'embarquer et, sans pouvoir perdre la face, il finit par s'installer dans son campement du mieux qu'il peut, et avec une imagination nourrie de ses lectures. J'ai bien ri à certains passages, c'était étrange car au moment où l'auteur tremblait d'avoir les mains gelées j'étais moi-même sous un soleil grésillant. Inutile de dire que le style de l'auteur a tellement de puissance que d'imaginer les murs de neige, les élans effrayés ou encore les pommes de terre gelées n'offre aucune difficulté. Comme à chaque fois, à la fin d'un livre prenant comme celui-ci, je me sens un peu démunie et j'ai vraiment envie de passer à un autre style, histoire de me remettre un peu.


De la mi-octobre à la mi-juin, j’allais être responsable de deux millions et demi d’oeufs de saumon implantés dans un bras entre deux rivières. La route la plus proche se trouvait à quarante miles, l’être humain le plus proche à soixante miles. Si j’étais intéressé, précisa-t-il, je n’aurais que deux semaines pour me préparer.
J’entendais de moins en moins ce qu’il disait. Tout me semblait parfait. J’allais enfin découvrir le monde sauvage. Film ou réalité ? Galère ou liberté sans limite ? Mais, de toute manière, peu importe ce que j’allais découvrir, j’aurais une histoire à raconter plus tard, mon histoire.
Je dis au garde que tout cela me semblait très intéressant. Si j’avais été plus attentif, j’aurais sans doute pu l’entendre secouer la tête.
_Et le salaire, ça ne vous intéresse pas ? demanda-t-il.
Je lui répondis que si, bien sûr, même si je n’y avais pas songé.
_ Deux cents dollars par mois, lança-t-il. 
_ D’accord, répondis-je. 
C’était trop beau pour être vrai. Être payé, en plus. Il me conseilla d’y réfléchir et de le rappeler le lendemain. 
_ Entendu, fis-je. 
Une formalité. Ma décision était prise.

Illustration d'entrée de billet : ccccccccccc

samedi 19 juin 2010

L'inceste - Christine ANGOT

Moïse Kisling


Christine Angot n'aime plus son amante. Christine aime sa fille, mais ne s'aime pas. Pas trop, pas depuis cette terrible épreuve vécue après la rencontre d'avec son père, cet inconnu. Elle avait 14 ans et il aimait la baiser.



Mon amie Thierry ("Desmurmures" du blog LIRE VOIR ENTENDRE) m'a prêté ce livre car depuis longtemps, il "est pour" Angot.

Moi je ne la connaissait pas. Je l'avais vue à la télévision. Répondant aux questions perçantes et pressantes. Cela me faisait mal ; j'ai donc lu ce livre un peu sans savoir à quoi m'attendre, coté style. J'ai eu du mal : il faut aimer la déstructuration, le passage du coq et l'âne. C'est spécial. Le contenu aussi est spécial ("space" comme je dis toujours). Spécifique et extrêmement discursif. Heureusement, le livre est court. 

Je ne sais pas si j'ai aimé. J' l'ai lu rapidement, pas pour m'en débarrasser, mais bon, on ne lit pas ce genre de livre pour le plaisir, ça non.

Christine Angot (se) raconte : comment elle est devenue homosexuelle, pendant 3 mois, avec Marie-Christine ; le prénom a été modifié pour le récit, peu importe : Marie-Christine ne l'aime pas, pas comme elle voudrait, alors Christine veut rompre. Christine envisage qu'elle ne peut être aimée normalement depuis l'inceste ; ce sujet est traité, mais pas tout au long du livre, quelques pages et heureusement !

Christine peut-elle être heureuse ? Grâce à l'écriture j'espère. Au moins, il reste cela. Christine peut-elle écrire sur un autre sujet qu'elle même ? Je ne sais pas.

Merci Th. pour m'avoir fait connaître Angot. Et l'autofiction. Je découvre, et même si je ne comprends pas tout, cela fait partie du mystère.

publié en 2001



lundi 3 mai 2010

Rainer Maria RILKE - Notes sur la mélodie des choses


 Le livre
:
Titre original : Notizen zur Melodie der Dinge
Date de parution : 1898
Traduction française par : Bernard Pautrat
Editions Allia (3 euros)
60 pages

Le sujet :
Une collection de textes courts extraits de Sämtliche Werke ou s'enchaînent des réflexions poétiques pour traduire l'observation et le ressenti des émotions.

Le verbe
:
Souviens-toi de gens que tu as trouvé rassemblés sans qu'ils aient encore partagés une heure. Par exemple des parents qui se rencontrent dans la chambre mortuaire d'un être vraiment cher. Chacun, à ce moment-là, vit plongé dans son souvenir à lui. Leurs mots se croisent en s'ignorant. Leurs mains se ratent dans le désarroi premier. - Jusqu'à ce que derrière eux s'étale la douleur. Ils s'asseyent, s'inclinent et se taisent. Sur eux bruit comme une forêt. Et ils sont proches l'un de l'autre comme jamais.
(extrait n° XIX)
cliquer pour agrandir


Mon complément :
Un petit livre indispensable, à offrir, et à s'offrir. Où l'inverse. Rainer Maria était alors âgé de 23 ans lorsqu'il a écrit ses textes.

mardi 19 janvier 2010

La reine des lectrices - Alan BENNETT



Voulant faire taire ses chiens qui se mettent à aboyer à cause du bibliobus garé dans l'arrière cour des cuisines du palais, la Reine Elisabeth découvre la lecture grâce à Norman, un aide aux cuisines qui devient son tabellion, c'est à dire son officier assistant littéraire.

J'ai lu ce livre grâce à Malice qui me l'a offert et c'est vrai, sans cela je ne l'aurais peut-être pas lu si tôt après la vague de billets qui a surgit sur les blogs de lectures à son propos.

Les avis ne sont pas unanimes, personnellement, j'ai adoré ce livre que j'ai trouvé très drôle, intelligent, même si le personnage de la reine n'est pas très crédible : elle me parait bien trop aimable et courtoise vis à vis de ses sujets, mais comme je n'ai pas l'honneur de connaître la reine Elisabeth ni celui de savoir ce qu'elle pense vraiment, j'ai trouvé le décalage ou les conjectures de son comportement très amusantes.

J'ai trouvé très touchant le portrait de Norman, l'aide cuisinier promu au rang de "mentor" littéraire avant d'être évincé du palais par jalousie. La reine est dépitée par son départ car il y a entre eux une belle connivence. Et j'ai été très satisfaite lorsque la reine retrouve son ancien assistant et sanctionne l'homme qui a osé se débarrasser de son cher Norman.

Alan Bennett brosse le portrait des lecteurs, des auteurs et de la manière dont les non-lecteurs perçoivent les lecteurs en série : comme des bêtes de foire un peu fous. C'est très drôle, souvent très vrai, en tout cas je partage avec lui de nombreux points de vue.


- Un passe-temps ? dit la reine. Les livres sont tout sauf un passe-temps. Ils sont là pour vous parler d'autres vies, d'autres mondes. Loin de vouloir passer le temps, sir Kevin, j'aimerai au contraire en avoir davantage à ma disposition. Si j'avais envie de passer le temps, j'irai en Nouvelle-Zélande.