mardi 16 décembre 2014

BARRIE James Matthew - Mary Rose

Les fantômes devraient rester invisibles aux vivants(ou l'inverse)


Un homme visite une maison à vendre, c'est la maison où il vécu enfant et, tandis que l'intendante est partie lui faire du thé, celui-ci entre dans une sorte de rêverie qui nous fait remonter le temps, dans cette même pièce alors chaleureuse et meublée. Simon, un jeune homme fait une demande de mariage aux parents de Mary Rose, sa tendre amie d'enfance, et ceux-ci lui révèlent que leur fille a vécu une étrange disparition : alors qu'elle n'était encore qu'enfant, elle s'est littéralement évanouie dans la nature sur une minuscule île déserte où elle jouait tandis que son père attrapait le poisson sur sa barque toute proche. Réapparue vingt jours plus tard, la fillette ne garda aucun souvenir de ce qui lui arriva car pour elle ce fut juste un séjour dans l'île de quelques minutes. Le jeune homme est troublé par cette anecdote mais décide, tout comme ses beaux-parents, de ne rien dire à sa jeune fiancée de son étrange expérience passé et finit par l'épouser. Quatre ans plus tard, alors que le couple heureux parents d'un nourrisson fait halte pour un pique nique sur cette même île, Mary Rose disparaît de nouveau.


Une singulière pièce de théâtre où Barrie nous emporte dans une tragique histoire d'amour : une mère séparée de son époux, de son fils et de ses parents, leur revient 25 ans plus tard, inchangée physiquement, et sans aucun souvenir de ce laps de temps qui a modifié l'apparence de toute sa famille. Où est-elle passée ? où a-t-elle disparu ? avec qui était-elle ? c'est le mystère qui n'est pas révélé dans le livre, un mystère que l'on doit chercher en nous-même. Mary Rose a-t-elle succombé à l'appel de Peter Pan depuis la terre du jamais ? Mary Rose a-t-elle préféré son âme d'enfant à l'amour des siens ? et que lui est-il arrivé pour qu'elle décide de sortir de cet été de "non existence" plus de 20 ans après sa seconde disparition ? tout ceci reste caché au lecteur subjugué qui ne peut retenir une larme. De même, il nous est offert d'imaginer ce qui s'est passé une fois que Mary Rose a retrouvé les siens plus âgés de 25 ans alors qu'elle même n'a pas pris une ride. Le dernier acte lève un voile : ce fils qu'elle a embrassé autrefois bébé le voilà qui visite cette maison qu'elle hante à sa recherche depuis si longtemps, son petit enfant est aujourd'hui devenu cet homme curieux qui désire pousser la porte interdite qui mène à sa chambre, il est celui qui va lui ouvrir celle de l'autre monde, un monde où elle doit reprendre sa place.
Mary Rose, intriguée. - Qu'est-ce donc ?
(ce sont les années)
Mrs Morland. - Mon amour !
Mr Morland. - Mary Rose !
Mary Rose, intriguée. - Père ! (Mais l'obstacle n'a pas disparu. Elle se tourne timidement vers Simon, qui est entré avec elle.) Qu'y a-t-il, Simon ?
(Elle se dirige avec confiance vers lui jusqu'à ce qu'elle découvre ce que le temps a fait de lui. Elle tremble à présent.)
Simon. - Ma bien-aimée épouse !
(Il la prend dans ses bras et sa mère fait de même, et Mary Rose est heureuse d'être ici, mais ce n'est pas à eux qu'elle pense et elle se dégage avec douceur de leur bras.) (p.112)
Un drame que j'aurais bien aimé voir au théâtre ! je suis certaine que j'aurai applaudi à m'en rendre les mains rouges de passion.
Ce livre est sorti tout récemment et enthousiasmera les amoureux d'une littérature qui oscille entre l'humour (Barrie en a énormément), la tragédie et le fantastique.
La pièce est suivie d'une postface largement explicative sur les circonstances de la genèse de cette histoire, ses influences, et le livre est judicieusement illustré de croquis ou photos prises par la traductrice lors de son enquête littéraire sur les traces de l'auteur.
Un beau cadeau à offrir et à s'offrir !

année sortie 1920
édition française en 2014
par Terre de Brume
112 pages (pièce de théâtre seule)
traduction de l'anglais (Ecosse) par Céline-Albin FAIVRE
illustration d'entrée de billet : Leo Bates

dimanche 14 décembre 2014

CATTON Eleanor - Les luminaires

Aucune matière ne disparaît dans l'univers

1866. Une petite ville sur le port d'Hokitika, côte ouest de la Nouvelle-Zélande. Walter Moody qui a fuit l'Angleterre pour tenter de faire fortune parmi les chercheurs d'or s'installe à La Couronne, un modeste hôtel où il tente de se remettre de sa dernière traversée à bord de l'Adieu-vat. Pensant se détendre au salon, il y surprend une bien insolite assemblée de 12 personnes qui tentent de réunir leurs connaissances autour de la disparition mystérieuse du jeune Emery Staines survenue la même nuit que la mort du vieux Crosbie Wells. Cette même nuit a été retrouvée errante et amnésique Anna Wetherell, la plus jolie fille du coin, également connue pour se faire payer ses faveurs, aussitôt accusée d'avoir tenté de mettre fin à ses jours. Walter Moody va être l'observateur qui va remettre à leur place les événements comme autant d'éléments qui, vus sous un nouvel angle, prennent une nouvelle signification.
Il a fallu que j'attende cette fin d'année 2014 pour lire le plus beau livre de ces dernières années ! Beau dans sa forme, et beau dans son style. Je suis bluffée, je ne trouve pas d'autres mots. Ayant lu ce livre en avant première grâce à mes amis de Babelio, j'ai littéralement dévoré ce gros bouquin en 2 semaines (et je n'ai pas que cela à faire car je travaille mais j'ai beaucoup de trajets en train, ceci explique cela) afin d'être en mesure d'aller à la soirée donnée en l'honneur de l'auteur à l'ambassade de Nouvelle-Zélande à Paris en ce mois de décembre 2014.

Je n'ai pas dû me forcer car ce livre est un véritable "page turner" : irrésistible. Chaque chapitre commence par un petit résumé en quelques lignes.
Où un étranger débarque à Hokitika ; la réunion d'un conseil secret est troublée : Walter Moody refoule dans son cœur son souvenir le plus récent : et Thomas Balfour commence à conter une histoire.
Chaque personnage est associé à un signe du zodiaque ou une planète, chaque personnage évolue, se transforme, se dévoile sous une lumière progressive et inscrit son histoire au fil des chapitres. C'est vraiment très bien fait, j'ai même réussi à freiner mon impatience à lire la fin, ce que je fais toujours quand j'ai l'impression de ne pas comprendre là où l'auteur veut en venir. Ici, rien de tel, je me suis laissée portée par la vague, mais je devrais dire par le flux et le reflux du temps. Tous les personnages sont liés, s'assemblent, se croisent, s'éloignent, se perdent de vue, s'évitent, se cherchent, se retrouvent, s'aiment ou se détestent. L'auteur évoque un roman des origines, prenant place en Nouvelle-Zélande, sa patrie même si elle est née au Canada. Un pays où la nature est très présente, où même les maoris s'y sentent déracinés, passagers temporaires d'une île mystérieuse.
Hokitika dans les années 1870
Ne soyons pas surpris d'y découvrir des apparitions, de l'or qui apparaît dans la cabane d'un vieux marginal le jour de la mort de celui-ci, sa veuve qui débarque pour réclamer son dû, l'argent (je devrais dire l'or) entre temps ayant permis, par le jeu de petits arrangements, le démarrage de la construction de la nouvelle prison. Il y a ceux qui s’entraident et qui sont prêts à fermer les yeux, ceux qui ne s'aiment pas beaucoup et qui sont prêts à faire le mal et les héros, qui rétablissent l'équilibre.
-Le matin d'après la mort de Crosbie Wells, dit-il, Anna s'est réveillée en prison bardée d'or. Une quantité importante de minerai avait été cousu dans la doublure de sa robe, autour des baleines de son corsage. Elle ne savait pas du tout comment elle se trouvait porteuse d'une telle somme et naturellement, elle a pris peur. Elle a sollicité mon secours. J'ai cru indiqué de cacher l'or, puisque nous ne savions pas qui l'avait déposé sur sa personne, ni à quelle fin. (p.406)
Bien que chaque partie débute par le thème astral du jour de narration, ceci n'a aucune importance si l'on est comme moi, imperméable à cette science, car cet incipit illustre avec intelligence les interactions entre les personnages, et l'ascendance des uns sur les autres ; j'ai trouvé l'idée assez remarquable. Mais il n'est point question dans le roman d'astrologie que les sceptiques se rassurent !
Le lecteur amoureux des énigmes y trouvera son compte, de même que celui qui aime un style soigné. Il y a de la poésie, de l'humour, il n'y a a que de bonnes choses dans ce lourd objet tout jaune en version française (je ne sais pourquoi ce choix) cet objet qui fait la lumière, au sens propre du mot sur le mystère de l'or, des destins parallèles, des âmes sœurs...
Pour moi qui suit allée en Nouvelle-Zélande (et même dans les pays voisins) j'ai trouvé très juste le passage où Moody découvre que les constellations sont inversées par rapport à l'hémisphère nord. Quand on vient d'Europe et que l'on se retrouve dans le Pacifique, on se sent loin du monde, loin de son monde, et les perceptions que l'on a sont modifiées.

Un très beau livre à lire et à relire ! 


titre original : the Luminaries
année sortie 2013
édition française en 2015
par BUCHET-CHASTEL
990 pages
traduction de l'anglais (Nouvelle-Zélande) par Erika ABRAMS
illustration d'entrée de billet : couverture anglaise du roman

Petits oiseaux - Yōko Ogawa


Japon. La complicité de deux frères dont l’aîné ne peut pas se faire comprendre de ses semblables à l'exception de son frère. Adultes, et à la mort de leur mère, les deux frères restent ensemble : le plus jeune devient régisseur d'une sorte d'hôtel particulier pour hôtes importants d'une firme, tandis que l'aîné se contente d'observer les oiseaux de la volière du jardin d'enfants, et de sortir chercher ses sucettes à la pharmacie tous les mercredi. A la mort de l'aîné, le cadet continue sa petite vie, s'intéressant de plus en plus aux oiseaux qui passionnaient tant son frère, devient le soigneur de la volière du jardin d'enfants. Devenu, le vieux "monsieur aux petits oiseaux", l'aîné se rend bien compte que malgré les petites cérémonies pratiquées pour conserver le plus longtemps possible la mémoire de son frère, les gens continuent de changer, disparaissent et oublient. Lui aussi doit apprendre à lâcher prise.


Avec ce roman, Yoko Ogawa nous invite à poursuivre la découverte de sa galerie personnelle des êtres "différents". Le personnage principal est trouvé mort dès les premières pages, il n'a pas de nom car il est connu dans le quartiercomme le "monsieur aux petits oiseaux", pour s'être occupé de longues années de la volière de l'école maternelle voisine. Mais le vieil homme a embrassé cette passion par amour pour son frère aîné, une sorte d'autiste -sans que ce mot ne soit explicitement écrit -. L'aîné ne comprend que le langage des oiseaux et lui-même parle en pépiant. Son cadet assure la traduction. Même à la mort de son frère, il pourrait faire ce qui lui plait partir en vacances alors que jusqu'à présent ils se sont toujours arrêtés devant le grillage de la volière du jardin d'enfants. Il lui survit et entretient la mémoire de toutes les petits choses qui faisaient leur univers si particulier, habitudes, objets et "manies". Le cadet devenu un vieil homme passe à son tour pour l'original, parce que les gens ne le comprennent pas, ils se méfient.
Petit roman onirique et intimiste que j'ai lu assez rapidement, sans toutefois être absorbée par cette histoire des deux frères qui vivent plus ou moins repliés sur eux-mêmes. Je n'ai pas ressenti d'empathie, c'est ainsi. Le style d'Ogawa est toujours bien présent, c'est juste le sujet que j'ai moins apprécié. On retrouve les thèmes de la collection, de la mémoire, du corps qui change, de la mort.
Un livre à réserver aux inconditionnels de l'auteur ; les nouveaux lecteurs devraient commencer par un autre livre comme La marche de Mina ou encore l'annulaire (plus fantastique).


titre original : Kotori
année sortie 2012
édition française en 2014
chez ACTES SUD
260 pages
traduction dU JAPONAIS par Rose-Marie MAKINO-FAYOLLE
illustration d'entrée de billet : oiseau peint sur papier

vendredi 7 novembre 2014

WOOLF Virginia - Monday or tuesday

Des mots comme des tableaux


8 mini-récits ou nouvelles.

1- A haunted house _ Une maison hantée (4 pages)

Un narrateur observe un couple de fantômes, imagine ce qu'ils se disent et s'attendrit de voir à quel point ils sont attachés à la maison et aux souvenirs qu'ils y ont laissés.
"C'est ici que nous dormions" dit-elle. Et lui d'ajouter : "Que de baisers." "Le matin au réveil..." "Au jardin..." "Quand venait l'été...". "L'hiver par temps de neige..." Les portes se ferment une à une au lointain, battant doucement comme un cœur qui bat. (p.29)

2-A Society _ Une société (27 pages)

Le père d'une jeune femme annonce à celle-ci qu'elle héritera à condition de lire tous les livres de la London Library. Devant une telle injustice, ses amies promettent de ne plus faire d'enfants tant qu'elles ne seront pas convaincues que les hommes agissent pour rendre le monde meilleur.
C'est ainsi que nous avons fondé notre société de questionneuses. L'une d'entre nous devait aller visiter un navire de guerre ; une autre se cacher dans le bureau d'un universitaire ; une troisième assister à des réunions d'hommes d'affaires ; et toutes, nous devions lire des livres, voir des tableaux, aller au concert, parcourir les rues en ouvrant l’œil, et poser des questions en permanence. (p.43)

3-Monday or Tuesday _ Lundi ou mardi (2 pages)

Formes, couleurs et cris se confondent dans un tableau kaléidoscope, comme une allégorie des expériences visuelles ou sonores, qui nourriront, plus tard, l'écrivain.
Jaillis de profondeurs ivoirines, les mots répandent leurs ténèbres et leurs bouquets pénétrants. (p.91)

4- An unwritten Novel _ Un roman à écrire (22 pages)  

Dans un compartiment de voyageurs, la narratrice observe ses compagnons, particulièrement une dame, et invente sa vie, et même une identité, jusqu'à ce que la réalité lui révèle un peu plus que son imagination.
"Je vais rester à côté de ma valise, m'dame, c'est plus prudent. Il m'a dit qu'il viendrait me chercher... Ah, le voilà ! C'est mon fils." (p.135)

5- The String Quartet _ Le quatuor à cordes (8 pages)  

Une salle de concert, une symphonie de Mozart est source de digression sur l'art, les rêveries en général et les superficialités mondaines.
Voici les amoureux sur l'herbe.
"Daignez, madame, prendre ma main...
- Messire, c'est mon coeur que je voudrai vous confier. D'ailleurs, nous avons laissé nos corps dans la salle des fêtes. Ceux que vous voyez sur le gazon sont les ombres de nos âmes. (p.151)

6- Blue and green _ Bleu et vert (2 pages)

Observation sensorielle au travers d'un lustre au reflet vert et d'une marine aux tons océans.
Leurs taches bleu acier éclaboussent la ferraille rouillée de la plage. (p.161)

7-Kew gardens (12 pages)

Observations dans un jardin de roses.
Puis la brise fraîchit un peu dans le ciel, et la couleur jaillit dans les airs, emplissant les yeux des hommes et des femmes qui se promènent à Kew Gardens en juillet. (p.167)

8- The mark on the wall _ La marque sur le mur (15 pages)

Le narrateur observe une tache sur un mur, peut-être légèrement bombée, et cogite en imaginant ce que cela peut-être avant de découvrir qu'un escargot est en train d'avancer sur le mur.
Si la marque provenait d'un clou, il ne pouvait avoir servi à suspendre un tableau, plutôt une miniature - le portrait d'une dame aux boucles poudrées à frimas, aux joues finement enfarinées et aux lèvres purpurines. (p.193)


Livre en édition bilingue anglais-français, page en vis à vis (pratique pour ceux qui veulent lire en VO mais qui n'ont pas beaucoup de le vocabulaire). J'ai choisi ce livre en "coup de coeur" parce que j'avais déjà lu Virginia Woolf, que je suis sensible à sa poésie, sa prose.

Ce roman rassemble des petits récits assez inégaux en terme d'intérêt. Je ne peux pas vraiment me prononcer sur des textes de 2 pages. J'ai préféré "une société" qui montre pour moi le talent, l'humour et une certaine distance avec les usages de la société de la part de l'auteur. Je ne parlerai pas ici de tout le contexte de publication du roman. J'ai juste envie de conseiller ce livre à ceux qui ont envie de lire quelque chose de différent, qui a du style, au sens propre du terme.


titre original : Monday or Tuesday
année sortie 1921
édition française en 2012 (Gallimard)
mon livre est une édition de 2014
92 pages
traduction de l'anglais par Michèle RIVOIRE
illustration d'entrée de billet : Rachel Russell par Landseer

dimanche 2 novembre 2014

MANKELL Henning - Une main encombrante

Une histoire d'os


Scanie, 2012. Wallander rêve d'avoir un chien et d'acheter une maison pour ses vieux jours. Son collègue Martinsson évoque la maison de son oncle par alliance et Wallander accepte d'aller la visiter dans l'espoir que le prix demandé ne sera pas au-dessus des ces moyens financiers car elle est située dans une zone résidentielle très prisée en bordure de mer. Lors de sa visite, son pied heurte quelque chose dans l'herbe et découvre qu'un squelette est enterré dans le jardin. Les analyses permettent de dire que le corps est enterré là depuis plus de 60 ans. Wallander décide de découvrir l'identité de la mystérieuse victime, une femme d'une cinquantaine d'années.
Wallander eut comme un frisson de joie. Était-il sur le point d'obtenir la maison dont il avait si longtemps rêvé ? Pas loin de chez son père, en plus, où il avait passé tant de temps...(p.25)


Au départ, Mankell écrit cette histoire pour un scénario de la série des Wallander anglais avec Kenneth Branagh (sur la BBC). Il décide de remanier le texte qui se place dans la chronologie des romans juste avant "L'homme inquiet" qui est la dernière aventure de son héro. Une bonne histoire qui fait penser à une enquête de la série Bones (qui reste ma série préférée de tous les temps !). Un bon roman policier entre Ystad et le bord de mer où l'on retrouve sa fille Linda, découverte dans le roman "Avant le gel" et Stefan, le héros dans "Le Retour du professeur de danse". Wallander est sur plusieurs pistes mais les témoins sont morts, ou bien vieux à présent, pour des événements qui se sont passés durant la guerre mondiale. Bien sûr, Wallander, de rebondissement en rebondissement, découvre le pot aux roses.

A la fin du roman, l'auteur évoque la genèse de son héros qui trouve sa place parmi ses autres publications, et nous offre ses réflexions sur la manière dont il a fait évoluer son Kurt Wallander, sorte de double de sa personnalité, ainsi que les raisons des thèmes abordés dans ses romans.
A lire !!!

titre original : Handen
année sortie 2012
édition française en 2014
traduction par Anna GIBSON (Seuil)
150 pages
illustration d'entrée de billet : Löderup en Scanie

dimanche 26 octobre 2014

BELLANGER Aurélien - L'aménagement du territoire

Un mécano géant



Le TGV va relier Paris à Rennes : autour de cet événement une galerie de portraits s'anime au travers des âges : hommes et femmes originaires de cette Mayenne ancienne et mystérieuse où subsistent encore quelques châteaux plus ou moins entretenus appartenant à des familles désormais fâchées l'une avec l'autre, ou indifférentes les unes aux autres. Une Mayenne qui détient un secret enfoui que vont peut-être révéler des fouilles archéologiques nécessaires dans ce genre de travaux d'aménagement du territoire.
Ses réflexions, pendant son dernier été mayennais, le portèrent plus loin. Si prendre le pouvoir était une activité plaisante, gouverner l'était beaucoup moins. Quiconque possédait un peu de sens historique s'apercevait que l'exercice du pouvoir impliquait un immense gâchis de force, d'énergie et d'intelligence. (p.44)

Un livre choisi parmi ceux de la "rentrée littéraire 2014" sans trop savoir pourquoi, je ne connais pas l'auteur, je ne connaissais pas le thème de ce roman, mais quand j'ai lu qu'il avait écrit quelque chose sur Houellebecq ceci m'a décidé. Je ne le regrette pas car c'est un livre étonnant, surprenant, émouvant, donc un livre qui m'enthousiasme.
De nombreux personnages sont présentés, un peu trop et il a fallu que je prenne quelques notes pour me souvenir de "qui est qui".
Beaucoup d'indications d'aspect un peu trop "documentaire" sur certains thèmes d'histoire, de géographie, de géologie, certes utiles à moins d'être un lecteur assidu des encyclopédies (moi aussi, comme l'un des personnages, je me suis plongée durant des heures dans les TOUT L'UNIVERS qu'avaient acheté mes parents et qui me fascinaient, mais tout cela est bien loin maintenant et c'est certain que je n'ai pas tout retenu !) mais qui alourdissent à mon avis la fluidité du roman.
J'ai aimé la matière dont l'auteur entoure ses personnages : il explique leur cheminement, la manière dont ils décident de leur destin, qu'ils soient manipulateurs ou manipulés, nous savons quel est l'ingrédient utile qui les détermine : le jeune homme brillant mais cachant son homosexualité sera un homme politique de l'ombre, cette jeune femme traumatisée par la mort accidentelle de sa mère cherchera par tous les moyens à empêcher les vitesses excessives sur les routes, ou encore ce jeune exalté défendant une certaine liberté décide d'être un activiste ne reculant devant aucun sacrifice.
Dans ce roman, la France devient un mécano géant dont il faudrait sans cesse déterminer le centre de gravité, ajoutant ici une autoroute, là une ligne à grande vitesse, alors que dans ses souterrains, une oeuvre millénaire détient la réalité des plans d'aménagement du territoire depuis une époque qui précède la préhistoire.... Mystère !
Il me reste tout de même une impression plutôt positive de ces 470 pages de lecture que je recommande, sans toutefois occulter les nombreuses digressions qui nuisent à l'intérêt de l'histoire centrale qui est celle de la Bretagne, indépendante ou magique, dont les chevaliers d'aujourd'hui vont entreprendre une croisade sur plusieurs années, au cœur de sociétés secrètes, d'alliances et de trahisons, de vengeance et de manipulation, jusqu'aux meurtres.





année sortie 2014
éditions Gallimard
470 pages
illustration d'entrée de billet : Mayenne (détail) par Clairanne Filaudeau





mercredi 15 octobre 2014

SAGAN Françoise - La laisse

La bête se rebelle


Paris, années 80. Vincent, marié avec la belle et riche Laurence, vivote dans son ombre, s'essayant à la musique, et consent à se plier à toutes ses volontés, y compris sur le choix de sa propre garde-robe. Un jour, une de ses compositions musicales est un franc succès et il gagne une fortune, que son beau-père lui extorque au prétexte de le mettre à l'abri des courtisans sociaux qui ne manqueront pas de bourdonner dans son entourage : il lui recommande donc de mettre sa fortune sur un compte joint avec son épouse. Coriolan, l'ami de Vincent (qui n'est pas celui de Laurence), réussit à lui faire comprendre dans quel piège il est tombé : il est incapable de dépenser son argent sans demander l'autorisation à sa femme. La moutarde monte au nez de Vincent qui ouvre alors les yeux sur son statut de chien fidèle : devenu impuissant à dire "non" aux fantaisies de sa femme, bridant la plupart de ses propres plaisirs, comme celui d'aller aux courses, la bête se rebelle et veut sortir de sa cage dorée.
En réalité, tout se passait comme si j'avais épuisé vis-à-vis d'elle, le soir de ses manœuvres à la banque, mes capacités de chagrin en même temps que mes idées de revanche. (p.181)

Je suis tombée sur ce roman par hasard dans une bibliothèque et je ne le regrette pas. J'adore lire Françoise Sagan, je l'aime. Lire Sagan c'est pour moi retrouver une amie, une amie particulière : lointaine et proche, une amie géniale. Son style me convient : acéré mais lumineux, comme une musique intime. Le héros n'en est pas un : il est faible, il se laisse faire, il trompe sa femme, il ne se rend même pas compte qu'il ne l'aime pas vraiment... Et pourtant on le comprend : il est comme prisonnier d'un système social : il est à l'abri du besoin -comme on dit-, mais il se cherche, il rompt avec ses habitudes, ses passe-temps d'avant son mariage, tout cela pour plaire à sa femme, pour ne pas l'affronter. Ce n'est pas de l'amour. Bien sûr. Laurence n'est pas mieux lotie dans notre concours de l'héroïne à laquelle on pourrait s'identifier : trop superficielle, gâtée, on l'imagine très bien au milieu d'un cirque avec un fouet, faisant danser en rythme toute une troupe de petits animaux savants enrubannés sous les yeux ébahis des enfants. D'enfants il n'y a point pourtant, et il n'y en aura pas : Vincent est l'enfant de Laurence, sa chose, ce couple là est incapable de se reproduire : trop d'égocentrisme, d'auto introspection.
Mais à présent j'étais captif, je n'avais pas la force de repartir à zéro sans métier, sans ami, sans argent, et surtout sans l'habitude de la pauvreté. (p.106)
L'histoire, caustique, n'en est pas moins humoristique à bien des égards, le rapport à l'argent, les dîners guindés, toute une peinture sociale qui est à l'opposé des origines modestes de Vincent qui observe cela avec plus d'ennui que de bonhomie au fond. Pourtant il rêve d'un Steinway (qui coûte de nos jours dans les 144 000 euros quand même !).

Voilà le genre de roman qui me fait penser aux histoires de Truman Capote, ou encore celles de Paul Morand : deux autres auteurs que j'aime et admire pour leur style. Très belle histoire qui se lit d'une traite.


année sortie 1989
chez Julliard
202 pages
illustration d'entrée de billet : Edouard Manet "Courses à Longchamp" (détail)

lundi 13 octobre 2014

SERNO Wolf - Le chirurgien ambulant

Le moine chirurgien


Espagne, 1576 au monastère de Campodios, l'abbé Hardinus sur son lit de mort fait venir le jeune Vitus, son protégé et lui avoue que 20 ans auparavant il a été trouvé nouveau né et l'encourage à partir sur les traces de ses origines sans doute anglaise comme le suggère les armoiries brodées sur le lange qui l'enveloppait. Vitus entame donc un long voyage à travers l'Espagne en proie à l'Inquisition, voyage durant lequel il applique et augmente ses talents de chirurgien, jusqu'en Angleterre où il retrouve sa famille.
"Comme tu le vois, le livre est fermé de l'autre côté de la reliure par une solide serrure. La raison en est simple : ce livre peut sauver la vie, mais il peut aussi provoquer la mort s'il tombe entre de mauvaises mains. Prends-y donc toujours garde."
L'homme grand et maigre lui avait passé par-dessus la tête un ruban de cuir auquel pendait la clef de la serrure.
"Adieu Vitus, le Seigneur soit avec toi; qu'Il garde ses mains au-dessus de toi pour te protéger !"
Le compartiment secret contenait également quelques plantes médicinales et des instruments chirurgicaux. (p.63)


Un petit livre trouve sur l'étal d'un bouquiniste durant mes dernières vacances. Quelle bonne idée ai-je eut ! C'est un roman initiatique d'un jeune homme qui part à l'aventure avec pour seul bagage quelques fioles et herbes pour ses remèdes, un livre illustré sur le savoir de la médecine de l'époque "De morbis hominorum et gradibus ad sanotrem" et le cœur plein d'espoir. Vitus fait de multiples rencontres, chacune étant un chapitre dans lequel on progresse dans ses (mes)aventures.
L'auteur aime la navigation et la médecine, sujets très bien exploités dans ce roman qui se lit d'une traite malgré les 790 pages qui le composent.
Une lecture que je recommande à tous les lecteurs qui aiment les héros et qui ne sont pas effrayés par quelques scènes de tortures ou d'opérations chirurgicales. Il y a beaucoup d'humour et surtout : une suite d'ailleurs annoncée à la fin du livre avec les premières pages du tome suivant : "le chirurgien de Campodios que j'ai bien entendu très envie de lire !



titre original : Der Wanderchirurg
année sortie 2001
édition française en 2006 pour Éditions de Fallois
790 pages
traduction de l'allemand par Isabelle HAUSSER
illustration d'entrée de billet : Leonard de Vinci

samedi 11 octobre 2014

AILLON Jean (d') - Rouen 1203

Trafic de reliques


1203. Alienor d'Aquitaine commandite une expédition pour Saint-Jean d’Acre où se trouve une précieuse relique qu'elle convoite avant de mourir. Son chevalier meurt en route mais le clerc qui l'accompagne décide de rapporter la précieuse relique à la Reine. En France, les troupes de Jean sans Terre guerroient de manière impitoyable celles du roi de France ainsi que les bourgeois des villes fidèles à Louis Philippe. A Marseille, Guilhem d'Ussel rentre de Rome en direction de son domaine et rencontre une veuve, un infidèle déguisé en templier qui cherche à se venger d'un vol, et un arbalétrier, qu'il invite à se joindre à lui et ses hommes pour voyager en sécurité. A peine arrivé dans ses terres, Guilhem repart vers Rouen sur les traces de ceux qui ont sauvagement tué ses gens. C'est également dans cette ville normande qu'est prisonnier Arthur, le duc de Bretagne, victime de son oncle Jean sans terre.
Le capitaine templier avait posé la main sur son épée. Qu'un clerc voué à l'Eglise prenne les armes pour sa défense, il n'y avait point de mal. Lui-même était moine et pourtant il avait tué bien des infidèles et même des chrétiens pour la gloire du temple. Mais ce clerc n'appartenait pas à un ordre de la chevalerie. Il s'était attribué les armes de son seigneur, renonçant à son état sans l'accord de son évêque. Ce n'était en rien acceptable. Brûlant de colère il s'apprêtait donc à donner ordre aux arbalétriers de percer l'insolent quand, aux dernières paroles de Le Maçon, il se retint. (p.68)   


Voici la suite tant attendue de Rome, où l'on retrouve notre Guilhem, la vingtaine mais qui a déjà tant vécu ! Guilhem n'est pas un héros : il tue ceux qui se mettent en travers de sa route sans état d'âme, mais on est satisfait quand il occit les pendards. Jean d'Aillon décrit avec humour le moyen-âge français, ses horreur et ses croyances, particulièrement pour des reliques qui font la renommée des abbayes qui les possèdent, vraies ou fausses reliques et pour lesquelles de nombreuses personnes sont prêtes à tuer. Une drôle d'époque que l'auteur nous décrit avec une précision de chirurgien, depuis l'habillement jusqu'aux tortures les plus atroces. De nombreux personnages mais certains n'iront pas au bout du livre qui se lit avec avidité. Et quand la quête est achevée, on a une pensée : il fait quand même bon vivre au XXIème siècle !

Ce que j'apprécie le plus : être plongée dans une autre époque que la mienne et découvrir les usages de ces temps (culture, politique, religion, société), l'humour, les descriptions minutieuses, les commentaires historiques. 


année sortie 2014 chez Flammarion
480 pages
illustration d'entrée de billet : le saint suaire

lundi 15 septembre 2014

PAROT Jean-François - L'année du volcan


1783. Tandis que l'Europe subit les retombées du volcan islandais Laki, Nicolas Le Floch enquête sur demande expresse de la Reine au sujet de la mort accidentelle de l'un de ses courtisans : le vicomte de Trabard. Celui-ci aurait été victime des sabots de son cheval, mais très vite, le commissaire Le Floch découvre que la victime n'est pas entrée de son plein gré dans le box du cheval fou, mais qu'elle y a sans doute été traînée. Pour assombrir encore le tableau de son enquête où de faux monnayeurs sont à la manœuvre, voilà que le secret de la naissance de son fis est sur le point d'être divulgué à moins de subir le chantage, Nicolas, appuyé par ses amis, modestes et puissants, ne va pas se laisser faire.
- Selon certains savants, il est possible que l'origine de ces tourmentes réside fort loin dans l'île d'Islande où s'est ouvert un volcan qui déverse laves et fumées que le vent ensuite apporte dans nos contrées. Je pense que c'est un phénomène passager qui peu à peu s'atténuera. Voilà,monsieur, ce que je puis vous dire et qu'affirment à Paris des esprits éclairés. Il n'est point besoin pour expliquer nos soucis d'en référer à l'apocalypse ! (p.305)


Onzième tome des enquêtes du commissaire Le Floch, chargé des affaires extraordinaires. Nicolas accuse sa quarantaine et cherche à donner un sens à sa vie. Il craint pour son fils pour lequel il veut le meilleur, et peut-être aussi une brillante carrière militaire qu'il n'a pu avoir en entrant au service du roi de France. Avec l'éruption volcanique qui donne le titre au roman, JF Parot insinue d'une manière imagée, une chape de désespoir et de désillusions qui commence à retomber sur le peuple : petits épargnants ruinés, billets de rumeurs dénonçant la frivolité de la Reine, etc... le terrain où l'on peut semer les graines de la Révolte se prépare.
JF Parot nous régale une fois encore de quelques recettes qui donnerait l'envie de manger de tout à un végétarien ! C'est très drôle comme d'habitude. On y côtoie le joueur d'échec de Kempelen (lire Le secret de l'automate, un roman sur ce sujet), Restif de la Bretonne ou encore Cagliostro. On ne s'ennuie pas une seconde ! C'est d'une belle écriture, avec ce qu'il faut d'explications (hélas en fin de livre, je n'apprécie pas beaucoup mais il faut vraiment que les éditeurs se fassent une raison et arrêtent de nous balancer des notes en fin de livre au lieu des bas de page). Un 12ème roman est attendu très prochainement !  Je serai au rendrez-vous.


année sortie 2013
JC Lattès
440 pages
illustration d'entrée de billet : Marie-Antoinette par Élisabeth-Louise Vigée-Lebrun, 1783

dimanche 7 septembre 2014

GABALDON Diana - Outlander (tome 1 : le chardon et le tartan)


1945. Claire Randall une infirmière anglaise qui a participé aux combats est en voyage en Ecosse avec son mari, histoire de se retrouver après leur séparation due à la guerre et se retrouve propulsée 200 ans en arrière après avoir touché un menhir réputé pour être le théâtre des rassemblements de fées. Échappant de justesse à un viol par un officier anglais ressemblant comme deux gouttes d'eau à son mari, Claire est sauvée par un écossais du clan Mackenzie ou elle est plus ou moins gardée contre son gré et où elle officie en tant que médecin-apothicaire. Elle y rencontre Jaimie qui devient son allié, son ami puis enfin son mari lorsqu'elle l'épouse pour échapper à une séance d'interrogatoire que les soldats anglais veulent lui faire subir car ils la soupçonnent d'être une espionne. Bien que mariée à cet homme qui l'aime et qu'elle commence à aimer, Claire cherche à rejoindre le menhir pour retourner dans son époque, auprès de son mari, qu'elle imagine fou d'inquiétude après sa disparition.
...le seul moyen pour moi de refuser en toute légalité de vous livrer à Randall, c'est de faire de vous une écossaise.
-Une écossaise ?
Mon léger vertige commençait à céder la place à un affreux soupçon qui se confirma aussitôt.
- Oui. Vous devez épouser un écossais. Le jeune Jaimie.
- Jamais de la vie !
Dougal fronça les sourcils, réfléchissant.
-Ma foi, si vous préférez Rupert... Il est veuf et il est propriétaire d'une petite ferme. Cela dit, il est un peu plus âgé et...
- Mais je ne veux pas épouser Rupert non plus ! C'est...c'est absurde !
Je n'en revenais pas. Hors de moi, je me levai brusquement et fis les cents pas dans la clairière, écrasant rageusement les fruits du sorbier.
-Jaimie est un bon garçon, argumenta Dougal. C'est vrai que, pour ce qui est des terres, ce n'est pas vraiment une affaire, mais il a un cœur d'or. Il vous traitera bien. Et c'est un vaillant combattant, avec d'excellentes raisons de haïr Randall. Pensez-y, épousez-le et il se battra jusqu'à son dernier souffle pour vous défendre. (p.305)


C'est bien sûr parce que je regarde en ce moment la série du même nom que j'ai eu envie de découvrir cette curiosité d'une romance à la "Harlequin" pour les jeunes adultes avec un soupçon de fantastique avec le voyage dans le temps. Mon avis est très mitigé : j'aime énormément les personnages, l'adaptation qui en est faite mais je suis surprise de la violence de certaines scènes du livre. Quelques passages très explicites sur les relations sexuelles entre Claire et Jaimie : pourquoi pas ? il n'y a rien de honteux là dedans. Mais celles plus sadomasochistes entre Jaimie et Claire ou bien sûr entre Jaimie et le terrible et odieux personnage de Randall, l'ancêtre du mari de Claire : pas trop ma tasse de thé. A la fin de cette première partie, nous laissons Claire et Jaimie en France où ils trouvent refuge après bien des péripéties et d'horribles châtiments, fous de joie car Claire annonce qu'ils vont avoir un enfant.
Je pense que je vais m'arrêter là dans la lecture de cette grande saga fantastique (9 tomes quand même) qui, je pense, m'aurait plu il y a 20 ans, mais aujourd'hui, je réserve mes heures de lectures à d'autres styles littéraires. Ceci étant, les résumés étant largement accessibles sur internet, je sais que Claire repartira dans son époque, poussée par Jaimie afin qu'elle échappe aux sanglantes répressions d'après la bataille de Culloden (Claire a expliqué à Jaimie qu'elle venait du futur... !) mais elle lui reviendra plusieurs dizaines d'années plus tard et ils vivront ensemble de grandes aventures sur pratiquement tous les continents ! Si c'est pas de l'amour ça :) du romantisme à 100% ! A découvrir.


année de sortie : 1991
édition française en 1995
850 pages
traduction de l'anglais (américain) par Philippe SAFAVI
illustration d'entrée de billet : The Battle of Culloden par David Morier

PAROT Jean-François - L'enquête russe


1782. Paul, le fils de Catherine de Russie, fait un petit tour d'Europe et séjourne incognito à Paris sous le nom de Conte du Nord. En pleine guerre avec les Anglais pour les possessions d'Amériques, Versailles cherche à obtenir un appui russe et le ministre des affaires étrangères (Vergennes) a l'idée d'organiser un vrai-faux vol chez le le conte du Nord pour faire semblant d'avoir appréhender le malfaiteur qui sera bien sûr un homme de main. Les choses se compliquent lorsque dans le même temps, un ancien amant de la reine russe est retrouvé odieusement assassiné tandis que chez le conte du Nord, le vrai-faux voleur est lui aussi trouvé mort en compagnie du maître d’hôtel du tsarévitch. Nicolas doit maintenant démêler les fils de cet imbroglio en devant préserver les secrets de l'Etat en interrogeant dont des figures illustres ou anonymes.
La réunion pris fin sur cette constatation sceptique sous laquelle perçait l'inquiétude de Nicolas. Il demeurait au fond de lui atterré. Comment en était-il arrivé là ? Policier, il ne savait que trop ce que cette charge impliquait, et notamment des actes que l'honnête homme en lui condamnait. Il sentait bien qu'un intérêt supérieur justifiait son action tout en conduisant souvent à poursuivre le mal par des voies diverses et biaisées, pour ne pas dire scélérates. Il en éprouvait une lourdeur d'âme, un dégoût que la seule pensée du service du roi contrebalançait sans en dissiper le poignant. (p.55)



Nicolas Le Floch a 42 ans, il cherche à se convaincre qu’il a fait le bon choix en choisissant le service du roi,certes, son fils lui donne de la fierté mais qu'en est-il de sa vie ? de ses espérances ? ne ferait-il pas mieux de retourner dans ses terres y jouir d'une vie plus confortable auprès de sa maîtresse qu'il pourrait enfin voir à loisir ? C'est dans cette état d'esprit que Nicolas, aidé de son fidèle Bourdeau enquête cette fois, interrogeant tour à tour un mystérieux Monsieur Smith qui pourrait être un espion mais que protège Benjamin Franklin l'ambassadeur à Paris jusqu'à certaine fille galante qui lui fait oublier un temps son amante devenue distante. Messages codés, argent perdu aux jeux, fanatisme religieux, voilà quelques ingrédients qui sont au menu de ce roman. L'auteur nous régale encore une fois de quelques recettes qui nous donneraient presque l'envie de fermer le livre pour se mettre à table. Encore, encore ! Cela tombe bien, je viens d'acheter le roman suivant et nous en reparlerons dans quelques jours.


année sortie 2012
Editions JC Lattès
492 pages
illustration d'entrée de billet : Hohenstein : "Franklin's reception at the court of France, 1778" (détail).

samedi 16 août 2014

INDRIDASON Arnaldur - La voix


Dans un grand grand hôtel de Reykjavik à l'approche de Noël, "Gulli" le portier discret qui faisait office d'homme à tout faire : réparateur, et même père Noël, est retrouvé à la cave, dans la pièce qui lui servait de chambre depuis plusieurs années, poignardé dans son déguisement quelques minutes avant le spectacle de Noël. L'enquête commence pour le commissaire Erlendur (et ses deux collègues) afin de découvrir qui pouvait en vouloir à cet homme sans ami, ni relation, d'après les premiers éléments récoltés. Erlendur découvre alors que la victime était autrefois un enfant "star" lorsqu'il était le meilleur chanteur des chœurs d'enfants d'Islande, promis à une carrière dorée. Erlendur découvre aussi que la victime avait rompu tout lien avec son père et sa sœur dans le même temps où sa voix mua, le faisant passer de la célébrité à l'anonymat.
Erlendur doit faire face aux problèmes existentiels de sa fille Eva Lind, jeune droguée qui sort du coma après avoir fait une fausse couche et qui menace de se suicider, tandis que sa collègue assiste au procès d'un homme accusé d'avoir maltraité son fils. Sa rencontre avec une biologiste auquel il n'est pas indifférent lui fait s'avouer à lui-même et comprendre que depuis son enfance, il culpabilise pour avoir survécu à une tempête de neige alors que son petit frère n'a jamais été retrouvé. Erlendur finit par tirer un fil qui le mène à de mystérieuses boîtes contenant les 45 tours récupérés des 2 enregistrements de "Gulli" au moment de la faillite de la maison de disques, pour lesquels certains seraient prêts à payer très cher pour les récupérer.
Le directeur de l'hôtel les pria d'agir avec autant de discrétion que possible. C'étaient les termes qu'il avait employés au téléphone. Il s'agissait d'un hôtel et le succès des hôtels dépend de leur réputation. (p.13)

Que dire ? un livre choisi lorsque je l'aperçu dans la bibliothèque de vacances où je me trouvais, en panne de mes livres car j'avais fini plus vite que prévu le roman précédent (un "pavé") qui devait me durer une semaine. Je ne connaissais pas cet auteur dont j'avais lu ici et là de bonnes critiques. Et bien non ! ce polar n'est pas terrible, loin s'en faut : les personnages sont superficiels, l'intrigue est moyenne avec ce pauvre gars abandonné, qui passe des années dans une cave et qui sort la nuit pour rentrer en cachette dans sa famille (?). En plus je trouve que l'auteur digresse sur 2 autres récits qui pour ma part peinent à faire avancer le schmilblick : l'enfance du commissaire et ses regrets qui justifient des lectures de personnages "perdus dans la nature" (ça ne s'invente pas !), puis celle d'un père qui a (peut-être) battu son petit garçon et que la collègue d'Erlendur a déjà déclaré coupable ; et je ne parle pas de la fille du commissaire qui n'arrête pas de lui mettre la pression. Reste quelques brins d'humour ici et là dans certains dialogues qui m'ont amusée :
- Vous êtes cinglés ou quoi ? hurla-t-il. Vous vous imaginez peut-être que je suis allé voir Gulli pour lui mettre une capote sur la quéquette ? Non mais, ça va pas ? bande de crétins ! C'est hors de question ! Absolument hors de question ! Vous pouvez bien me coller au trou et jeter la clé mais je refuse de prendre part à des conneries pareilles ! Vous m'entendez ! Pauvres crétins ! (p.65)
Nous sommes loin, très loin de l'intérêt des romans de Hennig Mankell qui reste pour moi exemplaire dans son genre. Ici, le style est insipide. Je n'ai pas trouvé en Erlendur un personnage pour qui je pourrais avoir de la sympathie : les personnages manquent de profondeurs même s'ils sont tous meurtris. L'intrigue est inintéressante alors que le sujet du jeune prodige qui bascule dans une vie de paria (à cause de son homosexualité cachée car elle fait honte à sa famille) aurait pu prendre un autre air. Un essai non concluant pour moi, qui peine à trouver un bon polar à lire.

Un détail m'a fait tiquer car comment est-ce que ce commissaire peut-il ignorer l'usage du snus, ce tabac à priser dont il est question et qui est pourtant très commun en Suède, un pays proche de l'Islande et par ailleurs évoqué dans l'enquête ? Mystère !


titre original : Röddin
année sortie 2002
édition française 2007
390 pages
traduction de l'islandais par Eric BOURY
illustration d'entrée de billet : maîtrise d'enfant (auteur inconnu)

TARTT Donna - Le chardonneret


New York. A 14 ans, Theo est victime d'un attentat à la bombe dans le MET (Metropolitan Museum of Art). Il s'en sort mais sa mère meurt. Avant de trouver une issue dans le chaos qui l'entoure, le garçon assiste aux derniers instants de Welty, un vieil homme qui lui donne une bague ancienne et lui demande de la rapporter à une adresse qui est celle d'une boutique d'antiquités. Dans sa fuite, Theo emporte aussi un tout petit tableau provenant d'une exposition temporaire hollandaise, peint par un certain Fabritius, et qu'il sauve ainsi des flammes. Theo est accueillit presqu'une année dans la famille très snob d'Andy, son meilleur ami, jusqu'à ce que son père ne vienne l'y chercher, accompagné de sa nouvelle compagne (une écervelée) et part vivre à Las Vegas où il ne tarde pas à faire la connaissance de Boris, un migrant russe vivant avec un père alcoolique et violent. Bientôt, les deux adolescents livrés à eux-mêmes dans la mesure où leurs parents respectifs ne s'en occupent pas du tout, préférant les sorties, la drogue et la boisson, en viennent eux aussi à se droguer et à boire plus que de raison. Ceci dure plusieurs années jusqu'à ce que le père de Theo meure. Pour éviter d'être placé en famille d'accueil, Theo décide de s'enfuir pour retourner à New York et débarque chez Hobie, l'ami de Welty à qui il avait autrefois remis la bague et avec qui il a continué à correspondre durant son exil à Las Vegas. Hobie devient son tuteur une fois que l'avocat de Theo qui s'occupe de ses intérêts ait tout arrangé. L'avocat, ami de sa mère, avait fait en sorte que le père de Theo ne puisse sous aucun prétexte, jouir de l'argent de son fils, argent que sa mère avait mis de côté pour ses études. Avec Hobie, Theo append la restauration d'antiquités et se rapproche aussi de Pippa, la fille dont il est amoureux, pupille de Welty, victime comme lui de l'attentat du musée, et qui revient parfois en visite chez Hobie quand elle n'est pas dans sa pension suisse.
Quelques années plus tard, Theo alors âgé de 24 ans, reprend la boutique laissée à l'abandon depuis la mort de Welty, et cherche une manière discrète de rendre le tableau qu'il avait précieusement conservé pour pouvoir l'admirer car sa vue lui procurait un bienfait inestimable après toutes les épreuves subies. Son besoin de se débarrasser du tableau devient urgent lorsqu'il est approché par un personnage louche lui laisse entendre qu'il sait qu'il détient ledit tableau et qu'il est prêt à payer une fortune pour l'avoir.
Pleinement conscient de ma folie, j'avais téléchargé sur mon ordinateur et mon téléphone des photos représentant le tableau pour pouvoir jubiler devant l'image en privé, coup de pinceau au rendu digital, éclat de lumière du soleil du XVIIème siècle compressé en points et en pixels, mais plus la couleur était pure, plus le sentiment d'empâtement était puissant, plus je voulais l'objet lui-même, irremplaçable, glorieux, inondé de lumière. p.528)


12 chapitres pour ce très beau roman qui, malgré sa longueur, se lit d'une manière impérieuse : c'est très bien écrit, c'est intéressant, ce roman agit comme une drogue : le lecteur est vite "accro" comme nos jeunes héros qui tombent vite dans la spirale infernale de la drogue. Portrait sans doute réaliste d'une certaine jeunesse, je ne peux dire, mais ce qui est sûr, c'est que celle-ci est épouvantable ! Enfants livrés à eux-mêmes par des parents démissionnaires, qui s'amusent à chercher la mort, ou en tout cas, qui ne vivent pas sainement c'est le moins que l'on puisse dire : aucun soin, des repas inexistants, de l'alcool qui coule à flots, tout ce qui leur tombe sous la main, des drogues douces, dures en veux-tu en voilà.... Je me demande comment ça se passe en classe car, tout de même, des ados qui ne mangent rien, qui ne dorment pas, qui boivent et qui se droguent : ça doit se voir ! Mais l'auteur ne développe pas cet aspect là de l'éducation scolaire américaine.
J'ai apprécié ma lecture mais j'ai été déçue par les dernières pages où l'auteur tente une sorte de justification de ce qu'est l'art, la beauté, la rédemption...pour ma part une partie inutile.


titre original : The goldfinch
année sortie 2013 - édition française en 2014
Traduction de l'anglais (EU) par Edith SOONCKIDT
780 pages
illustration d'entrée de billet : "le chardonneret" de Carel Fabritius (1654)

dimanche 27 juillet 2014

PAASILINNA Arto - Petits suicides entre amis


Un entrepreneur dont les affaires capotent régulièrement (il fait faillite plusieurs fois) tente de mettre fin à ses jours au même endroit qu'un autre désespéré récemment veuf : une grange isolée. Devant cet incroyable hasard, les deux hommes reconnaissent que leur rencontre ne peut pas être fortuite et décident de passer une annonce pour toucher le plus grand nombre de candidats au suicide afin de voir comment les aider. Une grande réunion s'organise façon séminaire des "alcooliques anonymes" et à l'issue de cette magnifique journée très réussie, un petit groupe prend place à bord d'un autobus de luxe qui doit les mener vers une chute spectaculaire pour un suicide collectif de toute beauté.

Voici un livre que m'a prêté un ami qui me la très chaudement recommandé. J'avoue ne pas avoir adhéré à son enthousiasme au fur et à mesure de la lecture : une histoire effectivement délirante, absurde, ce qui aurait pu me plaire, mais un style sans attrait.
Dans ces circonstances, il ne restait plus qu'à négocier une destination plus acceptable. Il fut décidé de tourner le nez de l'autocar vers l'est, en direction du lac aux grives. L'on parvint, à grand-peine, à convaincre le chauffeur de rallier la villa de Rellonen. Avant d'accepter, il s'enquit encore en détail de la hauteur des berges du lac et de la distance qui les séparait de la route. Son véhicule avait coûté cher, et il en était responsable. (p.98)

Ce que j'ai un peu aimé : l'originalité du sujet, l'humour noir de certains passages.

Ce que je n'ai pas apprécié : un style ennuyeux, des passages lourds, les noms des protagonistes "prénom et nom" répétés à chaque fois, j'ai vraiment eu du mal à leur donner une chair, une présence, ils sont tous restés à l'état de mannequins, de silhouettes tragi-comiques agitées de manière loufoque. Une fin encore plus improbable que ce thème des "Mortels anonymes".
Une lecture que j'ai finit par achever en accélérant vers la fin "sur les chapeaux de roues".

titre original : Hurmaava joukkoitsemurha
année sortie 1990
édition française en 2003 chez Denoël
282 pages
traduction du finnois par Anne Colin du TERRAIL
illustration d'entrée de billet : "Haavoittunut enkeli" (L'ange blessé (1903) de Hugo Simberg