lundi 30 juin 2025

Les vacances d'Hercule Poirot - Agatha CHRISTIE


Hercule Poirot passe ses vacances dans un hôtel très chic construit sur une île. Il observe les autres clients et en particulier Arlena Marshall, une femme fatale qui semble avoir une relation avec un autre homme venu avec son épouse, et ce, malgré la présence de son mari et de sa belle-fille. Peu après, le corps d'Arlena est retrouvé étranglé sur la plage. Hercule Poirot rassemble témoignages et indices. Alors que chacun dispose d'un alibi pour le moment du meurtre, Poirot fait marcher ses petites cellules grises pour dévoiler la machination ourdie par les coupables.


C'est un lieu romantique, acquiesça Poirot. C'est paisible. La mer est bleue, le soleil brille. Mais vous oubliez, mademoiselle Brewster, que le mal est partout sous le soleil.

J'ai eu récemment l'occasion d'écouter le roman en audiolivre et c'est vraiment charmant de replonger dans l'univers de ma chère Agatha, la Reine avec la voix de Samuel Labarthe. Même si j'avais déjà lu ce roman de nombreuses fois, j'avoue toujours oublier l'identité des coupables et c'est donc avec un plaisir renouvelé que je me plonge dans l'histoire, toujours épatée de la manière dont l'auteur bricole ses dénouements. 






publié en 1941 sous le titre anglais
"Evil under the sun"
ce qui pourrait se traduire par "le mal sous le soleil"



illustration : L'hôtel Burgh Island (où l'auteur séjourna et qui inspira le roman)

dimanche 29 juin 2025

Peril at the Exposition - Nev MARCH



Le capitaine anglo-indien Jim Agnihotri (30 ans) et son épouse Lady Diana (21 ans) s’installent à Boston (Massachusetts) pour vivre librement leur amour loin des règles sociales des Parsis à Bombay. Après la résolution du mystère précédent (Tome 1 "Murder in old Bombay"), Jim travaille désormais dans l'agence de détectives Dupree. Grand fan de Sherlock Holmes qu'il a lu durant sa convalescence après une grave blessure au combat (voir tome 1), Jim initie sa jeune épouse à l'art de la déduction. Sa nouvelle affaire l'emmène à Chicago lors de l'exposition universelle de 1893 où un agent de sécurité a été assassiné sur le site de construction de l'expo universelle, et le détective de l'agence parti en investigation ne donne plus de nouvelles.  Jim va choisir de s'immerger sous couverture dans le monde dans les docks, entrepôts et tavernes où gronde un nouvel ordre social qui se rebelle contre le travail mal payé. Au bout de six semaines et sans nouvelles de lui comme ce qui était convenu, Diana décide de partir pour Chicago où elle va bien malgré elle, se mettre en danger de mort.


- N'allons-nous pas voyager ensemble ? dis-je.

Il sourit et ses dents blanches étincelèrent.

-Je voyagerai dans la voiture des personnes de couleur mademoiselle.

Il réajusta son chapeau et fit signe au portier avant de disparaître dans la foule en mouvement. Bien entendu, il était obligé de voyager dans une voiture séparée, je me sentis idiote de ne pas l'avoir compris. Je fronçais les sourcils, agacée. Est-ce que les indiens étaient considérés comme étant de couleur ? Un groupe de famille immigrantes se pressait derrière moi aussi j'entrais dans le véhicule pour constater que tous les sièges étaient pris. (p.30)

Dans cette suite des aventures de Jim et Diana, nous découvrons leur vie maritale loin de l'Inde et ses règles strictes concernant la communauté parsie qui ne tolère pas l'union d'une parsie avec un non parsi. Les deux personnages sont complémentaires et ont chacun du caractère, Jim et sa force malgré les multiples blessures reçues au combat, Diana et sa tenace perspicacité.

Les chapitres alternent le récit de leur aventure du point de vue des deux personnages, ce que j'ai beaucoup apprécié. Loin de sa famille, Diana doit s'entourer de personnes de confiance mais elle découvre peu à peu que tous ne lui veulent pas que du bien.

J'ai aimé le mystère qui consiste à une course contre la montre (littéralement) car un groupe d'anarchistes veut causer un attentat à la bombe en pleine exposition. Le déroulement des faits, la découverte des indices et l'issue sont globalement bien menés même si certains faits ont une coïncidence qui tombe à pic (je pense à la comparaison des écritures qui révèle l'identité d'un malfaiteur). L'auteur évoque avec subtilité le racisme avec le traitement réservé aux noirs, en la personne de son accompagnateur Tobias) : ils ne voyagent pas dans les mêmes véhicules. Je précise que Diana, bien qu'Indienne a la peau blanche car descendante des Perses qui émigrèrent au VIè siècle en Inde lorsque la Perse fut envahie par les musulmans.

L'auteur est excellente car elle insère beaucoup d'humour comme dans le passage, là aussi pour dénoncer le racisme, elle évoque le fait que les Chinois, tout comme les femmes, n'ont pas le droit d'acheter un commerce car, soit disant ils ne comprennent rien aux chiffres !

Les chinois, et les femmes, ne sont pas autorisés à posséder une entreprise Jim ! Apparemment, la loi estime que ni l'un ni l'autre ne comprennent rien aux mathématiques. Elle fit la moue puis éclata de rire.

C'est pourquoi j'ai tout mis sous tom nom Jim, maintenant tu possèdes une boulangerie et une mine de cuivre. (p. 334)

J'ai moins aimé le personnage travesti que Diana s'évertue à appeler par son prénom féminin alors qu'elle sait très bien que c'est un homme, lui aussi sous couverture, qui aime se travestir en femme. J'avais l'impression que l'auteur utilisait Diana, très ouverte d'esprit, pour faire passer les autres personnages, à commencer par son époux, pour des puritains car à de nombreuses reprises, Diana explique que "Martin" préfère être une femme, or le traitement du transsexualisme dans ce roman n'apporte rien au mystère, car des détectives qui se déguisent en femme il y en a toujours, pas besoin de parler de sexualité.

J'ai en revanche trouvé très drôle que l'auteur développe une héroïne innocente mais espiègle, qui se propose d'apprendre à son mari comment consommer leur mariage.

- Et bien ! dis-je, appuyée sur lui, c'est une bonne chose que j'ai pu discuter avec une experte qui a pu m'apprendre comment... on danse. Laisse-moi te diriger veux-tu ?

Il sembla stupéfié. Une experte dis-tu ?

Un jour, je lui raconterai mes conversations avec maman qui a mis au monde 5 enfants.

-Laisse moi te guider.

Un sourire éclata dans son regard en se répandit dans tout son visage. (p.337)

Sinon, au point d'aisance de lecture, j'ai peu galéré car le roman est long, il y a beaucoup de personnages, de scènes, de dialogues, heureusement que lire un ebook permet d'obtenir rapidement l'accès au dictionnaire en ligne voire une traduction. Je recommande ce principe lorsque l'on désire améliorer sa lecture en VO.



publié en 2022 uniquement en langue anglaise (lu en e-book)



illustration : exposition universelle de Chicago en 1893

mardi 10 juin 2025

Marie Curie, ma mère - Irène Joliot-Curie



A l'occasion des 20 ans de la mort de Marie Curie (1867-1934), sa fille Irène Joliot-Curie publie cet essai à la mémoire de sa mère pour la revue Europe. Se dégage de ce texte construit sans ligne chronologique mais avec toute l'admiration que porte une fille à sa mère. Au fil du récit, on apprend quel type d'éducation Marie Curie a voulu pour ses filles, ses combats pour réaliser ses recherches de locaux, d'argent auprès de mécènes, et plus tard, les démarches entreprises pour organiser un cadre sécuritaire aux étudiants et chercheurs afin de leur donner de quoi vivre durant leur études et recherches.


Pendant sa jeunesse, ma mère avait beaucoup lu ; elle aimait la poésie et savait beaucoup de vers par coeur. Quand je l'ai connue, son travail lui laissait peu de temps pour se distraire. Cependant quand j'avais découvert quelque poésie de Victor Hugo, de Verlaine, de Kipling, que je trouvais particulièrement admirable, elle était toujours disposée à m'écouter la réciter et à la commenter. Du reste, quand je sortais de la bibliothèque un livre qui y était depuis des années et que je le laissais sur ma table pour le lire, il y avait toute chance pour que ma mère se sente brusquement inspirée pour le relire et qu'il disparaisse de ma chambre pour se retrouver dans la sienne. p74

J'ai acheté ce livre ce livre lors de ma visite au musée Curie qui fut autrefois le bâtiment de l'institut du radium (lire mon article en cliquant sur l'image ci-dessous).
musée Curie

Ce n'est qu'en 2022 que le public accède à cet essai touchant très bien écrit. L'essai étant court il n'est pas difficile de suivre le portrait du tendre que sa fille donne de sa mère qui avait une certaine idée de l'éducation à apporter à ses filles, tout en relevant les nombreux défis d'une femme en avance pour son époque dans une société scientifique essentiellement masculine. Le récit est agrémenté d'extrait de lettres et de photographies.

un inédit de 1954 publié en 2022



illustration : Marie Curie en 1912 (45 ans)

lundi 9 juin 2025

16 métamorphoses d'Ovide adaptation de Françoise Rachmuhl


L'adaptation des récits d'Ovide résume une partie des poèmes d'Ovide, auteur latin né en 43 avant Jésus Christ, adaptés en français par Françoise Rachmuhl. Monstres mythologiques : Méduse, Arachné et le dragon tué par Jason. Agamemnon, Narcisse, Atlas, Jupiter, et bien d'autres.


Ses pieds sont fixés dans le sol, comme par une racine. Elle fait des efforts pour s'en libérer, elle ne peut plus bouger que le haut de son corps, et voilà qu'une sorte d'écorce l'enveloppe peu à peu du pied jusqu'à l'aine. Elle s'en rend compte, elle porte les mains à ses cheveux, dans sa détresse elle veut les arracher. Ses mains sont pleines de feuilles, des feuilles qui couvrent sa tête. Amphissos qu'elle tient toujours dans ses bras sent durcir le sein de sa mère. Le lait ne parvient plus jusqu'à ses lèvres.  (piste 11)

Profitant de livres audio inclus dans mon abonnement Spotify, j'ai écouté les 16 métamorphoses d'Ovide, une manière assez plaisante de réécouter les récits mythologiques dont j'ai peine à me souvenir, et qui me sont parfois utiles pour comprendre certaines peintures que je vois dans les musées.

John William Waterhouse (Echo et Narcisse)

Si certains récits me sont connus comme la métamorphose de Narcisse, d'autres sont pour moi une découverte comme la métamorphose de Dryopé qui se change en arbre après avoir cueilli des fleurs de lotus sans savoir qu'il s'agissait en réalité d'une nymphe métamorphosée, elle est punie sans être coupable et transformée en arbre.


Le livre audio : une manière de découvrir des mini récits tout en fermant les yeux et en laissant vagabonder son imagination, à réserver pour les chapitres courts qui permettent de reprendre facilement après une pause plus ou moins longue.

illustration : Darren Holmes (en lien avec la métamorphose de "Dryopé changée en arbre"

Le papillon de Paris - Franzo PIZARRO



Paris, 1888. Louis, un jeune orphelin tente de survivre en détroussant les passants dans un Paris rempli de dangers, trouve des stratagèmes pour échapper à la bande d'adultes indigents qui le tabassent pour lui voler son maigre butin et retrouve parfois un groupe d'enfants abandonnés à eux-mêmes, comme lui, au sein desquels règne la solidarité. Il finit par travailler pour la patronne d'un bar mal famé où il fait le ménage et lorsque son secret est découvert, il fait partie du spectacle des artistes qui s'y produisent car Louis est pris d'une passion irrésistible, celle de danser depuis qu'il a vu un groupe folklorique faire un numéro de claquettes. Bientôt des catastrophes s'enchainent : meurtre, incendie criminel, Louis aura-il le temps de s'échapper de sa chrysalide pour devenir un beau papillon ?
 

La danse. Ce qu'elle représente pour lui. Son échappatoire. Son plus grand rêve. Sa façon d'y croire quand plus rien ne va. Le gosse est pris dans une frénésie d'explications et dit tout ce qu'il a sur le coeur. Lui fait part de chacune de ses pensées les plus profondes. Emile a l'impression étrange d'écouter un journal intime parlant et se retrouve presque gêné par la multitude de détails que Louis est capable de lui raconter sans faire la moindre pause. p.148

Dans un style très vivant, Franzo Pizarro nous emporte dans le sillage d'un jeune garçon qui doit faire face à de multiples défis pour survivre au froid, à la fin, à la solitude d'être orphelin. La tour Eiffel se construit au détriment des ouvriers qui y laissent leur vie, comme le papa de Louis. le progrès est en marche mais comme un compresseur il écrase les plus fragiles. De nombreux dialogues émaillent le récit omniscient où le lecteur est témoin silencieux des drames qui jalonnent les chapitres comme autant de pierres anguleuses qui meurtrissent Louis à chaque page.

Coup de coeur pour la richesse des descriptions, les habits, les habitations.
Coup de blues sur le trop grand nombre de sujets abordés : les recherches de Pasteur intéressent Louis et je n'ai pas trouvé cela plausible pour un enfant de 11 ans donc ce passage m'a surpris (mais je sais aussi que l'auteur aime à glisser des sujets qui lui tiennent à coeur).

J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce livre de fiction historique aux belles qualités littéraires et j'espère que le prochain roman de Franzo sera plus optimiste.

édité en 2025

  • A noter les illustrations dans le livre sont de Laurent_Desfonds (un graphiste très talentueux).

illustration : Gavroche au marché des innocents par Alphonse Marie de Neuville (1865) - collection Maison de Victor Hugo "Hauteville House", collection Musées de Paris

samedi 7 juin 2025

Journal d’un pèlerin misanthrope - Olivier CHARTIER



Olivier entreprend de marcher vers Compostelle alors qu'il n'est pas croyant. 55 jours de marche jalonnés de rencontres internationales vont le faire sortir de la coquille dans laquelle il s'était réfugié. Le vent, la pluie, ou trop de soleil, sans oublier la guirlande d'ampoules qui lui entrave les pieds vont lui apprendre le chemin d'une certaine liberté et d'un nouvel amour spirituel.


Il n’y avait plus assez de musique en moi pour faire danser le monde comme l’ont dit de manière assez similaire Céline et Nietzche (je peux avoir l’air cultivé comme ça, mais Google m’aide).

aquarelle de Cécile Van Espen



Un énorme coup de coeur pour ce livre. Qualité littéraire indéniable, et crédibilité du récit à 100%. Après la lecture j'aurais presqu'envie de cheminer moi aussi ! Rencontrer des pèlerins improbables de tout pays, et peut-être déposer mes fardeaux sur le camino.




illustration :Photo de Max Kukurudziak sur Unsplash