Le squelette de Rimbaud - Jean-Michel LECOCQ



L'adjoint au maire de Charleville-Mézières en charge de la culture vient d'avoir une idée saugrenue, une de plus, il souhaite obtenir l'autorisation d'exposer le fémur de Rimbaud dans une nouvelle partie du musée consacré au poète.
-Mon souci concerne l'illustration du roman de Franz Bartelt que vous connaissez tous, je veux parler du Fémur de Rimbaud. Un exemplaire de ce roman doit être exposé dans une vitrine. J'aimerais qu'à côté soit présenté le fémur de Rimbaud. 
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- Vous voulez dire un os factice ? (p.14)
Alors que l'entourage proche pense que l'autorisation d'exhumation ne sera pas obtenue, chacun est forcé d'admettre que le maire a le bras long, peut-être jusqu'au plus haut niveau du pouvoir. Mais diablerie ! une fois que le cercueil est ouvert, ce n'est pas le squelette de Rimbaud car il est intact. Commence alors une enquête complexe menée tambour battant par un policier à qui on ne compte pas de fable et un juge proche de la retraite, pas fâché de mettre les édiles dans l'embarras et leur faire payer leur idée absurde d'avoir voulu déterrer Rimbaud.





Bien m'a pris de sélectionner ce titre lors de la campagne de lecture Masse critique "mauvais genres" d'octobre du site Babelio car c'est une véritable pépite qui m'a été offerte. Le sujet de Rimbaud bien sûr m'a attirée (comme de nombreux élèves j'ai étudié ses poèmes et je suis tombée sous le charme du bateau ivre et de son capitaine) mais j'aime aussi les romans policiers !

Jean-Michel LECOCQ ne fait pas que nous inviter à une enquête originale dans la région de l'Argonne, il épingle également avec beaucoup de finesse les travers de l'administration : entregents, féodalité, peur des représailles.
- Vous n'êtes pas sans savoir que le fémur auquel fait allusion Bartelt est celui de la jambe droite, celle dont on a amputé Rimbaud à Marseille en 1891. Il a dû être jeté dans une fosse commune avec le reste de sa jambe.
Chacun pensait qu'Hermelin allait éclater de rire ou reconnaitre que ce qu'il considérait comme un trait d'esprit était tombé à plat, mais le maire adjoint était sérieux et il les sidéra une nouvelle fois.
- Et bien messieurs, s'il manque le droit, nous prendront le gauche. (p.15)

La volonté de l'inspecteur de police et l'appui du juge en fin de carrière qui n'attend que son heure de départ pour aller à la pêche ne seront pas de trop pour venir à bout d'une véritable entreprise de machination morbide autour des tombes et de celle de Rimbaud en particulier.

Le style est très agréable, les chapitres sont courts, l'envie du lecteur est bien là : tourner la page pour en savoir plus et la joie est bien là, une pure joie de lecture malheureusement trop rare de nos jours pour ne pas être relevée. Je lirai certainement d'autres romans de cet auteur qui sait nous transporter et qui, dans ce roman nous emporte avec lui dans la campagne environnante de la Meuse, mais aussi dans le journal de bord d'une bonne soeur qui a veillé sur Rimbaud : autant d'originalités méritent d'être relevées..


publié en 2019, 2024 en version "poche"

Ce qui, hier encore, eût été considéré comme un acte blasphématoire et irréparable était devenu une nécessité. Qu'importaient les protestations véhémentes d'une bande d'intellectuels sectaires qui voyaient dans cette course en avant une injure à la mémoire de leur idole, le président, le premier ministre et, a fortiori, le ministre de la culture soutenaient leur représentant local et avaient même promis de venir à Charleville dès que la précieuse dépouille aurait été retrouvée. (p.160)
Illustration d'entrée de billet : silhouette d'Arthur Rimbaud



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