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samedi 15 août 2026

Brunetti en trois actes - Donna LEON


 
À l'opéra de Venise, le commissaire Brunetti assiste à une représentation de "La Tosca" interprétée par la célèbre diva Flavia Petrelli qu'il connaît d'une précédente enquête (Mort à la Fenice). Flavia a désormais la quarantaine, savoure moyennement sa notoriété surtout lorsqu'elle reçoit des hommages inquiétants : des centaines de roses jaunes qu'un admirateur mystérieux lui offre dans les différents villes de ses prestations : Saint-Pétersbourg, Londres, Amsterdam et enfin Venise. Lorsqu'elle trouve des roses sur son pallier, cela ne peut plus durer et Flavia, craignant pour son intégrité demande l'aide de Brunetti qui se met en chasse de l'inopportun lorsqu'une jeune chanteuse qui vient d'être complimentée par Flavia est laissée pour morte sur un pont de Venise. 

C'est une enquête sans cadavre, juste une affaire de harcèlement et si l'enquête de police est très peu intéressante, voire convaincante, le roman m'a transportée dans Venise, fait connaître la malheureuse histoire d'amour de la Tosca et les relations sans complaisance au sein d'une questure italienne (équivalent au commissariat de police).
 
Le roman se lit rapidement car le style est très agréable et il y a quelques passages et réflexions intéressantes qui m'ont touchée.
 
Peut-être que l'amitié vient en nous avec le souvenir des durs moments passés ensemble. (p.84). 
publié en 2015 "Falling in love" pour la version originale
et en 2015 pour la version française chez Calmann-Lévy

 
illustration d'entrée de billet : la Fenice sur leur site

Les Aventures de Thomas More : Loin de Salonique - François SUREAU


Salonique, 1913. Seligmann, l'héritier d'un empire industriel de maroquinerie demande l'aide du commissaire divisionnaire Thomas More pour élucider un mystère : un cadavre a été découvert dans le caveau d'un proche de Seligmann, or le corps semble être celui d'un professeur de droit parisien tout juste expatrié. Le consul de France accorde à More d'enquêter assisté de Seligmann qui connait bien la ville, mais tous ignorent que More a des raisons bien spéciales de connaître cette ville et ses habitants depuis encore plus longtemps qu'eux.


Deuxième roman des aventures de Thomas More, le héros éternel de Sureau dont les capacités surnaturelles viennent à bout - et heureusement - de tout crime.

Le style est très agréable : le regard glisse sur les pages comme emporté par un voilier sur une mer calme. Tout est réglé d'avance : More étant prescient, rien ne l'étonne et surtout pas les âmes ténébreuses, il ne craint rien et c'est presque rassurant, lui qui possède "la bibliothèque universelle des crimes" (p.42).

La résolution de l'enquête initiale ainsi que d'autres mystères relevés en cours de route seront dévoilés à la fin mais l'intérêt de ce genre de roman policier et historique est aussi de décliner l'atmosphère politique du lieu ; de plus l'auteur intègre également des événements réels qui accentuent l'effet "histoire vraisemblable" dans le récit comme l’assassinat du roi Georges Ier de Grèce et d'autres digressions sur les relations internationales tendues en Europe à l'aube de la Grande Guerre. 

Thessalonique (ou Salonique)
cliquer pour agrandir l'image



 

 

Cela ne me fait pas de mal d'élargir mes connaissances en Histoire, même si je ne suis pas certaine de tout retenir, au moins j'ai fait des recherches complémentaire pendant et après la lecture pour abreuver mes cellules grises assoiffées. J'ai moyennement apprécié l'histoire d'amour amenée à la fin qui semble saugrenue (voire pathétique) par rapport à l'ensemble du récit. Thomas More est un héros particulier : mystérieux je me demande ce que l'auteur lui réserve encore. Pour aller plus loin j'ai trouvé cet essai : "Salonique, ville juive, ville ottomane, ville grecque".

Salonique - La tour blanche. Louis Étienne DAUPHIN
 

Seligmann s'était assis pour attendre au café du port près de la tour blanche, non loin du croisement des rues Vasilissis Olgas et Agia Triada, là où le roi Georges avait été assassiné. Il avait interrogé les garçons de café et lu les journaux, du journal de Salonique au New York Time, arrivé le matin même. L'américain était le plus précis.
Buvant du café turc, fumant du tabac syrien, il s'était souvent interrompu dans sa lecture pour rêver à l'étrange compagnon que le destin lui avait donné. Il avait été frappé de ce que sa physionomie reflétât toujours exactement l'acte qu'il était en train d'accomplir, quand chez les gens ordinaires le visage dément le plus souvent le reste, le comportement semblant décidé par un autre, qu'on ne parvient pas à connaître. lorsqu le visage devenait dur, il était la dureté même ; compatissant, la compassion. À certains moments on lui eût confié tous ses secrets. À d'autres, on l'eût évité comme l'orage. Pourtant il ne se départait jamais d'une sorte de bienveillance. Dalmeyr avait été un criminel, et des plus atroces. Il était mort. parant de lui après sa fin, More avait montré de l’indulgence, comme s'il y avait un Dieu, comme s'il y avait un juge.
Il paraissait en savoir, la-dessus, plus que tout le monde. Et Seligmann ne doutait plus que ce fût là le même homme que celui dont sa famille lui avait parlé, même si, en vertu d'on ne sait quel sortilège, il avait conservé la même apparence au fil du temps, des années, des décennies. "Des siècles peut-être ? " se disait Seligmann, souriant aussitôt à sa propre niaiserie. (p.80-81)
 
publié en 2026


illustration d'entrée de billet : conquête de Thessalonique en novembre 1912 (musée d'Épinal). Lithographie de Burckardt Charles successeurs. Contexte : la première guerre balkanique eut lieu d'octobre 1912 à mai 1913 et opposa l'Empire ottoman aux armées des Royaumes grec, serbe, bulgare et du Monténégro.

mardi 4 août 2026

On a tué sœur Blandine - Marc WLUCZKA


 
Puy-en-Velay, septembre 1984, Sœur Blandine est retrouvée assassinée dans une mise en scène macabre et les murs portent des lettres inconnues. Le nouvel inspecteur Walkowiak dit « Walko » est chargé de l’enquête. Lui et son épouse viennent d'arriver dans la la Haute-Loire afin que madame fasse son internat en psychiatrie. Or la sœur Blandine y travaillait. Progressant lentement mais sûrement, Walko découvre des agissements louches, mais pas autant que le comportement de sa femme qui travaille aux côtés du docteur Goldet, au sourire trop beau (comme celui de l'ange au sourire de la cathédrale de Reims) pour être honnête.
 

Un roman policier assez court et bien rythmé en chapitres datés que j'ai lu en une journée car je ne pouvais le lâcher, désirant en connaître le dénouement. L'un des malades que l'on évoque dans le roman a été victime des khmers rouges et en garde des séquelles irréversibles, il se croit poursuivi par des diables noirs.
 
Il avait quitté les diables noirs alors qu’ils le retenaient dans un campement situé à proximité de l’endroit où toute la journée ils creusaient, pendant que d’autres évacuaient la terre et les cailloux à dos d’homme ou de femme. 
 
À peine arrivé au Puy, quelque chose l’a achevé : il s’est retrouvé au milieu des inondations de septembre 80. Tu connais bien sûr. 
— Tout le monde s’en souvient ici. 
— C’est fréquent que des gens tombent dans la maladie mentale longtemps après des évènements horribles qu’ils ont vécus ?
 — Très fréquent. C’est même le cas de figure qu’on rencontre le plus. 
— Apparemment, d’après Paul, il avait des hallucinations. Il pensait être persécuté par des diables noirs.
 
L'auteur étant médecin, les évènements médicaux afférents à l'histoire sont crédibles. L'auteur évoque aussi les différents cas de placement des malades mentaux ou indigents en hôpital psychiatrique ainsi que les évolutions des lois en ce domaine, intéressant. De même, par le biais du docteur Goldet, l'auteur explique comment on est passé de l'entrave physique (camisole de force) avec la prescription de médicaments. 
La maladie mentale en avait transformé certains en zombies, à moins que ce ne fût le traitement, car, Irène s’en aperçut assez vite, Goldet était très généreux dans ses prescriptions de psychotropes.
 
Des évènements réels (inondations de septembre 1980) ainsi que les descriptions géographiques dans la région du Puy-en-Velay permettent de bien ancrer le récit dans une atmosphère de province réaliste. J'ai apprécié la temporalité des années 80 avec les détails tels que le téléphone à touches qui remplace celui à cadran par exemple, ou encore l'appareil photo à pellicule. Le style de l'auteur est vivant, bien travaillé, sans emphase, bien dosé avec des pointes d'humour. 
 
C'est un coup de cœur pour commencer ce mois de lecture. A savoir que Walko et sa femme Irène sont des personnages récurrents que l'auteur a déjà mis en page dans un précédent ouvrage intitulé "Le Suicidé de la Ricamarie".

publié en 2026 (Librinova)
 
Goldet souriait aux anges en sortant de chez la vieille femme, tenant à la main un chiffon de papier journal qui enveloppait des croquets, faits avec amour par Mme Chapelle.
« L’ange du sourire » pensa Irène.
Mais déjà Goldet lui tendait les gâteaux. Elle déclina d’un signe de tête. Ils étaient maintenant à cinquante mètres de la maison, dans une ruelle qui obliquait vers la droite en pente légère. Goldet vit une poubelle métallique que quelqu’un avait oublié de rentrer après le passage hebdomadaire de la Voirie. Il regarda derrière lui, s’assura que la vieille dame ne pouvait plus le voir et jeta dans le récipient les croquets encore emballés.
— Alors Irène ? Votre diagnostic ?
— C’est une psychose hallucinatoire chronique. Elle doit faire des bouffées délirantes de temps à autre, quand elle oublie ses médicaments. 
— En effet. Mais elle n’oublie pas ses médicaments. 
— Comment cela ?
 
illustration d'entrée de billet : l'ange au sourire de la cathédrale de Reims

jeudi 8 janvier 2026

Au nom de la justice - Vish DHAMIJA



New Delhi, la fille de Gayatri, la domestique du couple d'avocats Vansh et Priti Diwan est violée par Maheep, un camarade d'école de leur fille Vamini mais aussi le fils de Maninder Singh, un magnat malhonnête pour lequel Diwan est l'avocat d'affaires attitré, et laissée pour morte après avoir été frappée et avoir perdu beaucoup de sang ; la jeune fille est dans le coma mais finit par se réveiller. Vansh Diwan se retrouve dans une situation délicate lorsque son "patron" lui demande de mettre en place une défense contre les accusations de viol dont son fils va être accusé, et que son épouse Priti attend de lui qu'il représente leur domestique qui n'a aucune chance devant les pressions que pourrait mettre en oeuvre Singh si elle doit se contenter de l'aide juridictionnelle gratuite. Finalement Priti demande à Akash Hingorani, leur camarade de promotion, de prendre en charge l'affaire. Mais la situation s'inverse lorsque Maheep est retrouvé mort : Singh accuse Gayatri d'avoir voulu venger sa fille en assassinant son fils et Hingorani doit désormais défendre sa cliente qui se retrouve accusée de meurtre.

Vansh était un homme honnête, mais, en tant qu’avocat pénaliste, il était inévitable qu’il côtoie des personnages peu recommandables, ce qui perturbait Priti. L’un de ces personnages était le plus gros client de Vansh Diwan en termes de revenus annuels : Maninder Singh. Priti trouvait extrêmement pénible d’être en présence de Jaya et Maninder lorsqu’ils se voyaient. Elle les décrivait comme désagréables, pitoyables, mais inéluctables, tout comme des excréments. Cependant, ils étaient obligés de se fréquenter de temps en temps, car leur fils et Vamini étaient dans la même classe.

L'auteur Vish Dhamija a fait des études de droits et cela explique les détails de l'affaire judiciaire mis en scène durant de nombreux chapitres. L'histoire est bien menée et sans faux pas ou explication tarabiscotée de dernière minute, la culpabilité de celui qui a assassiné Maheep est révélée à la toute fin avec subtilité et une sorte de satisfaction jubilatoire. Le roman dénonce les inégalités sociales dans le prisme de ce procès mais on comprend bien que si Gayatri n'avait pas été domestique chez des avocats, son cas aurait été vite traité et elle aurait été arrêtée, condamnée et emprisonnée alors que non coupable. Le récit passe même en revue ce que risquent Gayatri et sa fille si Singh s'occupe de leur sort : élimination pure et simple sans crainte d'être poursuivi.
Maninder avait commencé par attirer de jeunes étudiantes dans les lits des politiciens, puis était devenu proxénète à plein temps. La prostitution n’était pas une idée novatrice ni une activité nouvelle, mais il avait réussi à éliminer sans pitié les rivaux qui lui faisaient concurrence sur le marché. Il avait repris leurs affaires, et leurs filles. Ceux qui s’opposaient à lui avaient tout simplement disparu du jour au lendemain.
 

photo libre de droits par Ayrus Hill via Unsplash


  • Coup de coeur : oui
  • Structure du roman : correcte, divisé en 32 chapitres
  • Crédibilité de l'auteur : oui, nombreux détails du déroulé de la justice indienne 
  • Style : excellent, vif et agréable à lire, nombreux dialogues et de l'humour aussi malgré les deux tragédies (viol et assassinat),
  • Tension narrative : présente, on a envie de savoir si Gayatri sera acquittée et surtout si le magnat véreux aura son bras long enfin coupé
  • Intérêt de l'histoire : affaire judicaire démontrant la nécessité pour les pauvres d'avoir des relations efficaces pour les défendre sans subir de pressions devant les "grands". 
  • Psychologie : l'auteur s'attache à mettre en lumière les réflexions de nombreux personnages, on a vraiment l'impression de les côtoyer et de connaître leur pensées, leurs craintes et leurs combats intimes
  • Bémol : j'aurais aimé que le roman intègre plus de détails sur l'Inde, il y a très peu de descriptions sur l'environnement, à part le port d'un sari pour une femme, et le fait de la crémation pour Maheep ; pour le reste, peu de description des intérieurs, des repas - à part un petit déjeuner au jus d'orange et aux toasts beurrés. Il est également dommage qu'il y ait un grand déséquilibre entre les personnages : certains sont très développés mais d'autres sont quasi inexistants comme la mère de Maheep, on en parle au début (frivole) et à la fin (mère en deuil) mais c'est une ombre le reste du roman sur 350 pages.
Elle fit griller du pain, le beurra généreusement, remplit un verre de jus d’orange, monta les marches menant à sa chambre et frappa doucement à la porte. Pas de réponse. Elle frappa à nouveau. Rien. Elle regarda l’heure : il était presque 10 heures. Redoutant l’idée de le réveiller – elle se dit qu’il ne serait pas de très bonne humeur, compte tenu de ce qu’il avait vécu, la veille – elle retourna à la cuisine pour continuer ses autres tâches. Elle pourrait toujours refaire le petit-déjeuner quand Maheep baba serait debout. (paragraphe où la servante des Singh s'inquiète de la non réponse de Maheep et pour cause...il est déjà mort)

publication 2026


Lu en avance grâce aux éditions Mera et offre Netgallay
#Aunomdelajustice #NetGalleyFrance

Illustration en entrée de billet : un pichwai origine inconnue (trouvé sur Pinterest)

jeudi 1 janvier 2026

Allmen et le dernier des Weynfeldt - Martin Suter


Le détective Allmen est mandaté par Adrian Weynfeldt, un richissime amateur d’art qui vient de remarquer la disparition d'un tableau auquel il tient : un Picasso qui n'entre dans aucun catalogue raisonné car réputé faux, il ne souhaite pas contacter la police pour cette raison. Allmen entreprend d'interroger les amis conviés pour un diner et dont au moins l'un d'entre eux aurait pu faire le coup. La requête des vidéoprotections de l'entrée de son immeuble permettrait de voir qui entre ou sort encombré d'un gros paquet mais curieusement les caméras n'ont rien enregistré ce soir là.


Je me suis laissée tentée par ce roman par le bouche-à-oreille et l'ai réservé à la médiathèque (je limite désormais mes acquisitions). C'est très sympathique car les deux protagonistes s'entendent bien dans leur disposition à boire et manger dès que possible, toutefois je n'ai pas réussi à leur donner corps et parfois ils se confondaient dans ma tête.

Moins de 200 pages et pourtant l'enquête avance très lentement, d'interrogation en interrogation. C'est effectivement du genre cosy-mystery quoiqu'il y ait un mort qui n'a rien à voir avec le vol du tableau. La bonne surprise vient des associés d'Allmen, qui sont ses serviteurs qui ont double casquette, c'est drôle et original.

– Eh bien ? demanda Allmen. 
– Il est manifestement très, très riche. Carlos se leva, plongea la main dans la poche ventrale du tablier qu’il portait pour cirer les chaussures et en sortit un morceau de papier qu’il déplia. C’était une photo peu avantageuse d’Adrian Weynfeldt debout à côté d’un chevalet supportant un tableau qui représentait une femme nue agenouillée devant un feu de cheminée. La légende annonçait : Vente aux enchères chez Murphy’s. Femme nue devant une salamandre de Félix Vallotton a changé hier de propriétaire moyennant le prix sensationnel de 4,1 millions. À côté du tableau, sur la photo : l’expert en art suisse de la salle des ventes.
– J’ai tapé son nom sur Google. Il a hérité une fortune de ses parents.

Pour moi c'est une première lecture de cet auteur auquel je crédite un style très correct mais pas exceptionnel. La singularité de ce roman réside surtout dans les protagonistes, plutôt sympathiques.

Structure du roman : bien
Crédibilité de l'auteur : oui
Style : correct et drôle
Coup de coeur : non
Tension narrative : aucune (on se fiche royalement de qui a volé le tableau)
Intérêt de l'histoire : se détendre avec un livre policier sans scène obscène.

publié en 2025
Traduit de l’allemand (Suisse) par Olivier Mannoni

illustration d'entrée de billet : "La Salamandre" de Félix Vallotton (1900) collection particulière.

mercredi 17 décembre 2025

Belphégor - Arthur BERNÈDE



Un veilleur de nuit est assassiné au Musée du Louvre. La police, en la personne de l'inspecteur Ménardier, se met en quête du coupable ainsi que le détective privé Chantecoq et le journaliste Jacques Bellegarde qui travaille au Petit Parisien.

Le début
- Il y a un fantôme au Louvre ! 
Telle était l’étrange rumeur qui, le matin du 17 mai 1925, circulait dans notre musée national.
Partout, dans les vestibules, dans les couloirs, dans les escaliers, on ne voyait que des gens qui s’abordaient, les uns effrayés, les autres incrédules, et s’empressaient de commenter l’étrange et fantastique nouvelle.
Dans la salle dite des « David », devant le célèbre tableau, le Sacre de Napoléon, deux gardiens discutaient avec animation.
Bientôt, les balayeuses et les frotteurs qui, ce jour-là, n’accomplissaient que fort distraitement leur besogne, s’approchaient d’eux, afin d’écouter leur conversation, qui ne pouvait manquer d’être fort intéressante.




Avis mitigé

Une lecture que j'ai moyennement apprécié : j'ai aimé l'humour qui est distillé à de nombreuses reprises mais j'ai été agacée par la longueur du récit aux multiples rebondissements et les innombrables répétitions (35 passages de la formule "roi des détectives" pour nommer Chantecoq).

Dévoilement de l'histoire

Après avoir acheté un buffet au collectionneur Papillon dans lequel se trouvait un livre ancien qui indique l'emplacement d'un trésor dans le Louvre, Simone Desroches, héritière ruinée et maîtresse de Jacques Bellegarde, met en place un cambriolage (qui tourne mal avec la mort d'un gardien qui l'a surpris). Revêtue d'un costume effrayant de fantôme couvert d'un drap noir, elle s'introduit de nuit dans le Louvre afin de récupérer une caisse renfermant un trésor caché sous une statue. Il ne lui reste plus qu'à faire fondre les pièces d'or et récupérer les pierres précieuses de la couronne afin de fuir à l'étranger et se refaire une nouvelle vie. Mais c'est sans compter la perspicacité des deux polices (Ménardier et Chantecoq) à ses trousses, aussi elle n'hésite pas à créer de faux témoignages pour accuser son ex amant Bellegarde d'être Belphégor, celui-ci ayant mis fin à leur relation car il est tombée amoureux de Colette, la fille de Chantecoq. Le journaliste devra se cacher chez Chantecoq pour permettre au détective de découvrir le pot aux roses. Après avoir mis en scène sa propre mort, incarné sa soeur venue rendre ses hommages devant sa dépouille, Simone ressuscitée finit par se suicider dans un grand final théâtral.




Où l'intérêt s'étiole



Le style n'est pas si mal mais la structure du roman, basée sur les publications épistolaires dans un journal quotidien, illustre parfaitement ce que j'ai déjà remarqué pour "Le faucon de Malte" : on a l'impression qu'il faut tenir le lecteur en haleine, le titiller pour qu'il achète la suite (qui n'en finit plus...). Les multiples rebondissements sont parfois invraisemblables mais le livre se lit assez rapidement.

En parallèle des publications quotidiennes de 1927, un film de 4 épisodes fut projeté dans le même temps. Et lorsque le feuilleton littéraire s'acheva, le roman fut publié en avril 1927.

1927

De nombreux thèmes abordés qui sont toujours d'actualité

  • Le besoin d'argent, coûte que coûte même au prix d'un assassinat.
  • Les méfaits de la drogue.
  • La vacuité des rentiers (époux Papillon).
  • Les a priori de l'étranger : avec le (long) passage humoristique entre les époux Papillon lorsque lui veut rester pour acquérir un bibelot de plus et qu'elle veut repartir en voyage au plus vite.
- Eudoxie, il nous est impossible de partir demain au Japon.
- Pourquoi ? 
- Parce que j’ai lu dans un journal qu’une épidémie de béribéri, apportée à Yokohama par des Noirs, venait d’y éclater et se propageait dans tout l’empire nippon avec une rapidité foudroyante.
- Le béribéri ! s’exclamait Eudoxie. Qu’est-ce que c’est que cela ?
- C’est la maladie du sommeil… Il paraît qu’en moins de huit jours elle a fait plus de cinq cent mille victimes.


Adaptations

Il y eu plusieurs adaptations cinématographiques.



la statue de Belphégor à terre dans la salle des dieux barbares
film (muet) de 1927

Ceux-ci, après avoir reçu ses instructions, se dissimulèrent derrière deux grandes statues qui décoraient la salle des Dieux barbares. Ménardier se blottit dans une énorme vasque où il disparut tout entier, tandis qu’à travers les larges fenêtres garnies de barreaux qui donnaient sur la cour du Louvre, les rayons de la lune se glissaient, nimbant de leur argent clair la tête du dieu Belphégor, gisant toujours au pied de son socle, sur les dalles en mosaïque encore marquées par le sang du gardien Sabarat.

Un peu de géographie

Chantecoq habite sur l'avenue de Verzy qui est une voie privée :
D’un bond, Chantecoq s’élança vers la fenêtre, qu’il ouvrait précipitamment. Le petit jardin au milieu duquel s’élevait la villa était désert ; mais il lui sembla qu’une ombre filait rapidement dans l’allée de Verzy, et se confondait promptement avec les ténèbres.
avenue de Verzy


Illustration d'entrée de billet : anonyme, la salle des saisons Louvre

dimanche 30 novembre 2025

Brûlez tout - Christophe MOLMY



Une équipe de la police judiciaire enquête sur plusieurs délits (incendie, attaque de relais téléphonique, meurtre) et doit faire face à un mystérieux activiste qui oeuvre sur les réseaux sociaux sous le pseudo de Watchmen. Les membres de l'équipe doivent s'unir pour découvrir qui tire les ficelles mais rencontrent des difficultés personnelles qui ralentissent les investigations.


Avis sur le livre
Je me suis décidée à lire ce roman pour son prix littéraire car je ne connaissais pas l'auteur et j'avais envie de renouer avec un policier contemporain après ma dernière lecture "Le faucon de Malte de Dashiell HAMMETT publié en 1930. L'auteur est un policier (il s'agit de son 7è roman) il sait donc de quoi il parle, pourtant les personnages ne m'ont pas convaincue : Sacha le vieux flic hanté par la mort de son collègue et ami, Coline la jeune flic victime de viol suite à un empoisonnement au GHB, Paul le petit jeune doué pour les nouvelles technologies, composent un trio caricatural et artificiel pour introduire beaucoup de sujets de société (dépression, traumatisme) tout en traitant le sujet de fond : comment un fou furieux qui croit sauver le monde (il commence par la France) peut arriver à créer une rébellion en publiant ses idées sur les réseaux sociaux afin de créer du bordel dans les rues, voire dans des lieux républicains, parce qu'il parvient à attirer dans son sillage des esprits faibles prêts à le croire et à agir.
– Pour résumer, vous dites qu’on a été dressés à croire tout ce qu’on nous dit, et que maintenant qu’on ne croit plus à rien, ça laisse le champ libre à des frappés comme Watchmen pour nous bourrer le mou ?
– C’est un peu court, mais c’est ça, oui. Si vous y ajoutez une fascination collective pour la violence, un rejet viscéral des élites, un relent de populisme, et l’extraordinaire tribune qu’offrent les médias sociaux, vous obtenez tous les ingrédients pour une révolte.
A propos du prix obtenu
Le style est assez vivant et n'est pas avare de dialogues, dans mon cas j'avais l'impression de voir un épisode d'une série policière sous les yeux, cependant cela ne rend pas le roman essentiel au niveau expression littéraire. Lorsque certains recherchent du contenu, j'ai également besoin d'une belle forme, de jolies trouvailles que je n'ai pas trouvées dans ce roman.
paru en novembre 2025


illustration du billet : Karthik Swarnkar via Unsplash

samedi 22 novembre 2025

Le faucon de Malte - Dashiell HAMMETT


Un détective privé de San Francisco se voit confier une simple affaire de filature qu'il confie à son associé, lequel est bientôt retrouvé mort. C'est alors le début d'une longue enquête pour ce détective blasé qui se retrouve embarqué dans une affaire d'escroquerie d'un trésor disparu qui vient de réapparaitre sur le marché : un faucon d'or recouvert de pierres précieuses provenant du trésor des templiers recouvert d'une couche d'émail noir pour camouflage et que certaines factions de malfaiteurs convoitent sans hésiter à tuer pour se l'approprier.

Première lecture de ce roman "classique" du polar mettant en scène le détective Sam Spade dans une première histoire qui sera suivie de deux autres. Je n'ai pas été convaincue par la personnalité du détective qui est très caricaturale dans le sens macho, ce n'est pas cela qui m'a gênée c'est la répétition de ses erreurs ce qui me parait inimaginable, en particulier avec sa cliente dont il fait sa maîtresse et dont il ne se méfie pas alors qu'il faudrait. J'ai pourtant apprécié la lecture qui se lit rapidement du fait de nombreux dialogues et descriptions, j'avoue que l'on est pressé de savoir quand va apparaître la mystérieuse statuette ! La narration à la 3è personne fait de nous un découvreur omniscient mais incapable d'anticipation, qui ne connaît pas les pensées des protagonistes ce qui laisse l'impression d'un parfait théâtre d'ombres, très cinématographique.



Il est évident pour moi que lire un roman publié initialement en feuilleton (magazine Black Mask) contient des écueils qu'il faut subir : des scènes répétées (la cigarette que le détective roule à de nombreuses reprises ou que sa secrétaire lui prépare par exemple). Le style n'a rien d'extraordinaire mais est d'une qualité permettant de passer un bon moment de lecture. 

J’essaye de recouvrer un… objet d’art… une statuette… égarée. J’espérais que vous pourriez m’aider à la retrouver.
Spade hocha la tête et leva les sourcils, manifestant l’intérêt qu’il portait aux paroles de son interlocuteur.
– Cette… statuette, dit Cairo, choisissant soigneusement ses mots, représentait un oiseau, un oiseau noir.
Spade hocha de nouveau la tête, intéressé.
– Je suis prêt à payer, au nom du propriétaire légitime, la somme de cinq mille dollars à la personne qui me permettra de la retrouver.
Cairo leva la main et désigna, de son index court à l’ongle plat, un point imaginaire dans l’espace.
– Je suis prêt à promettre également que… quelle est la phrase consacrée ?… Ah oui ! que je ne poserai aucune question indiscrète. Il replaça sa main près de l’autre, sur le bureau, et sourit placidement en regardant le détective.
– Cinq mille dollars, c’est une somme intéressante, remarqua Spade pensif. C’est… On gratta à la porte.
– Entrez, dit le détective. 

roman de 1930 publié en français en 1936

– Que savez-vous, monsieur, de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, appelés plus tard Chevaliers de Rhodes ? 
Spade agita son cigare en un geste vague.
– Pas grand chose, avoua-t-il. Ce n’est pas au temps des Croisades ?
– Très bien ! Vous avez oublié, sans doute, que Soliman le Magnifique les chassa de Rhodes en 1523 ?
– Je ne l’ai, sans doute, jamais su. 
– Eh bien, monsieur, les Hospitaliers se réfugièrent en Crète. Ils y demeurèrent 7 ans, jusqu’en 1530, date à laquelle ils réussirent à persuader l’empereur Charles-Quint de leur céder – Gutman leva trois doigts rosés et gras et compta : Malte, Gozzo et Tripoli.
– Oui ?
– Oui, monsieur, mais aux conditions suivantes : ils devaient payer annuellement à l’empereur un tribut consistant en un faucon, marquant ainsi la soumission de l’Ordre à l’Espagne, car Malte devait retourner à cette nation si les Hospitaliers cessaient de l’occuper. Comprenez-vous ? Ils ne pouvaient abandonner ni vendre l’île. 
– Oui. Le petit homme regarda, par-dessus son épaule, pour vérifier que les trois portes étaient fermées, puis il approcha son fauteuil de celui de Spade et baissa la voix.

Plusieurs fois adapté au cinéma, j'ai choisi une image du film de 1941 avec Humphrey Bogart comme illustration de ce billet.

samedi 15 novembre 2025

Les Caves du Vatican - André GIDE



Un groupe d’escrocs démarche des personnes croyantes et crédules en leur faisant croire que le vrai Pape est séquestré (on apprend dans le roman qu'il est détenu au Château Saint-Ange) et a été remplacé par un clone, et que les ravisseurs demandent beaucoup d'argent pour le libérer. Le roman met en scène plusieurs personnages dans 5 parties nommées "livres", lesquels vont se croiser pour le meilleur et pour le pire : 
  1. Anthime, le scientifique athée et franc-maçon mariée à Véronique, il trouve la foi après une guérison suite à un cauchemar (très drôle) et perd alors ses appuis et se retrouve ruiné,
  2. son beau-frère Julius, marié à Marguerite la soeur de Véronique, est un écrivain qui vient de publier un roman biographique sur son père Juste-Agénor,  
  3. Amédée Fleurissoire, marié à Arnica Fleurissoire, la 3è soeur, qui se retrouve mandaté pour apporter à Rome un chèque pour la rançon du pape, car Valentine de Saint-Prix, la donatrice qui a reçu un des escrocs se prétendant l'émissaire du vrai pape en mission secrète, qui n'est autre que la soeur de Julius, ne peux elle-même s'y rendre,
  4. Le mille-pattes : les personnages commencent à se croiser et il y a des réactions en chaine,
  5. Lafcadio, âgé de 19 ans, il fait partie du groupe d'escrocs et apprend qu'il est le fils naturel de Juste-Agénor et hérite d'un pécule à la mort de celui-ci.
Lafcadio, à qui sa mère avait donné cinq oncles, n'avait jamais connu son père; il acceptait de le tenir pour mort et s'était toujours abstenu de questionner à son sujet. Quant aux oncles (chacun de nationalité différente, et trois d'entre eux dans la diplomatie), il s'était assez vite avisé qu'ils n'avaient avec lui d'autre parenté que celle qu'il plaisait à la belle Wanda de leur prêter. Or Lafcadio venait de prendre dix-neuf ans. Il était né à Bucarest en 1874, précisément à la fin de la seconde année où le comte de Baraglioul y avait été retenu pas ses fonctions.



Après ma découverte de Jean Tardieu (voir Lettres de Hanoï) j'ai eu envie de lire un roman d'André Gide (j'ai lu "la symphonie pastorale" dans ma jeunesse) et j'ai choisi ce titre qui m'intriguait. J'ai bien aimé cette lecture que je n'ai pas vraiment trouvé confuse car le roman est assez court et les pages se tournent toutes seules une fois que l'on est entrée dans l'histoire, ou plutôt les histoires qui se rejoignent comme les rivières finissent dans un fleuve. J'ai bien sûr été étonnée du crime de Lafcadio qui se débarrasse sans état d'âme d'un innocent qui croise sa route, acte gratuit, qui n'est même pas puni même s'il reconnait son crime, mais le fait que l'auteur utilise ce meurtre comme l'intrigue du futur roman de Julius qui se confie à son demi-frère sans savoir qu'il est le tueur est vraiment vicieux mais également humoristique, du moins, c'est ainsi que je l'ai ressenti.

Sous le nom pompeux de Croisade pour la délivrance du Pape, l'entreprise d'escroquerie étendait sur plus d'une département français ses ramifications ténébreuses; Protos, le faux chanoine de Virmontal, n'en était pas le seul agent, non plus que la comtesse de Saint-Prix n'en était la seule victime. Et toutes les victimes ne présentaient pas une égale complaisance, si bien encore tous les agents eussent fait preuve d'une égale dextérité. Même Protos, l'ancien ami de Lafcadio, après opération, devait garder à carreau; il vivait dans une continuelle appréhension que le clergé, le vrai, ne devînt instruit de l'affaire, et dépensait à protéger ses derrières autant d'ingéniosité qu'à pousser de l'avant; mais il était divers, et, de plus, admirablement secondé; d'un bout à l'autre de la bande (elle avait nom le Mille-Pattes) régnaient une entente et une discipline merveilleuse.

Cette histoire rocambolesque est tout à fait amorale (crime impuni) mais reste une lecture plaisante et divertissante grâce au talent de l'auteur qui ne lésine pas sur les descriptions des personnages et de leur environnement.
- Eh bien ! voilà, commença Valentine après qu'Arnica se fut assise : Le pape...
- Non ! Ne me dites pas ! fit aussitôt Mme Fleurissoire, étendant la main devant elle ; puis, poussant un faible cri, elle retomba en arrière, les yeux clos.
- Ma pauvre amie ! ma pauvre chère amie, disait la comtesse...
Enfin Arnica ouvrit un œil et murmura tristement :
- Il est mort ?
Alors Valentine, se penchant vers elle, lui glissa dans l'oreille :
- Emprisonné.
La stupeur fit revenir à elle Mme Fleurissoire; et Valentine commença son long récit, trébuchant sur les dates, s'embrouillant dans la chronologie; mais le fait était là, certain, indiscutable: notre Saint-Père était tombé entre les mains des infidèles; on organisait secrètement, pour le délivrer, une croisade; et il fallait d'abord, pour mener à bien celle-ci, beaucoup d'argent. 

roman publié en 1914

Fleurissoire, durant la longueur du voyage, avait potassé son Baedeker. Une sorte d'instinct, de pressentiment, d'avertissement intérieur, détourna presque aussitôt du Vatican sa pieuse sollicitude, pour la concentrer sur le Château Saint-Ange, l'ancien Mausolée d'Adrien, cette geôle célèbre qui, dans de secrets cachots, avait jadis abrité maints prisonniers illustres, et qu'un corridor souterrain relie, paraît-il, au Vatican.

Pour illustrer cet article j'ai choisi un tableau d'Antonio Joli qui montre le château de Saint-Ange et au fond la basilique Saint-Pierre.

mercredi 1 octobre 2025

L'empoisonneuse d'Istanbul - Pétros MARKARIS

Filiz Elaerts-istanbul


Le commissaire Charitos et son épouse partent en voyage en Turquie pour oublier le fait que leur fille a fait un mariage civil et n'envisage pas de passer devant le pope. Son séjour de vacances est compromis lorsqu'une nonagénaire est présumée coupable d'avoir empoisonné son frère en Grèce avant de filer à Istanbul, ville où elle est née et a vécu dans sa jeunesse avant d'émigrer. Son chef lui demande de coopérer avec un policier turc : il sera en effet plus facile pour lui de rentrer en contact avec des témoins éventuels de la communauté Roum, la minorité grecque byzantine d'Istanbul. C'est ainsi que le commissaire découvre la ville, soit en tant que touriste dans son pullman avec son épouse et ses compagnons de voyages parfois envahissants, soit en voiture officielle à la poursuite de Maria, une vieille femme malade qui use ses dernières forces pour se transformer en Nemesis. 


Mais la colère est un excellent stimulant de la mémoire, au contraire de la tristesse, qui engloutit les souvenirs.

Je découvre un auteur policier tel que je les aime et qui, sous le prétexte d'une enquête, nous font découvrir une société, ses codes, son histoire ; il sera question ici de la communauté Roum dont je n'avais évidemment jamais entendu parlé et c'est ce que j'aime en lisant la littérature étrangère : agrandir mes connaissances. L'auteur est lui-même né à Istanbul (en 1937) d’un père grec et d’une mère arménienne. Son héros récurrent : le commissaire Kostas Charitos est le sujet de 14 romans (celui-ci est le 5è) et je ne l'abonnerai pas à la fin de celui-ci : le style est très agréable, il y a beaucoup d'humour et de dérision ; la narration est à la première personne ce qui n'est pas un problème même lorsqu'on est une femme, j'arrive à me glisser dans la peau du personnage sans problème. La vieille Maria parcourt le roman de son ombre fragile, et déjà on est de son côté malgré l'horreur qu'elle sème sur son passage (passer la souris sur les couvertures du livre pour connaitre le pot aux roses).

On a frôlé l'apothéose lorsque, en sus du couple Stéphanakos, de Mme Pétropoulos et de la très sérieuse générale Despotopoulos, son retraité de mari en personne est monté sur scène pour danser avec la même fièvre que lorsqu'il se trémoussait sur les notes d'un kalamatiano lascif dans sa caserne chaque dimanche de Pâques. Tout le groupe était debout, frappant des mains et criant sa joie, à l'exception d'Adriani, restée assise pour scander la mesure, et de Mme Mouratoglou, qui n'applaudissait qu'en fin de morceau. Pour ma part, je me suis contenté d'applaudissements plus visibles qu'audibles, il faut bien le dire.
Mme Stéphanakos a alors proposé de rentrer à l'hôtel à pied « afin de s'aérer». Ladite aération ne devait être qu'un prétexte pour ne pas souiller le taxi. Alors que nous approchions de Taksim, elle s'est engouffrée dans un passage obscur pour rendre tripes et boyaux. Despotopoulos tenait fermement sa digne épouse par le bras, certainement afin de ne pas la voir s'effondrer au champ d'honneur. La seule à ne montrer aucun signe de défaillance était Mme Mouratoglou, qui, en dépit de son âge, parce qu'elle a certainement été élevée au raki, faisait montre d'une résistance à toute épreuve.
Les cafés matinaux ont eu l'efficacité d'un emplâtre sur une jambe de bois. J'ai peine à garder les yeux ouverts et les bercements de la voiture ne font qu'empirer la situation. (p100)


Maria punit ceux qui se sont enrichis en dépouillant les grecs obligés de vendre à bas prix leurs possessions avant de quitter Istanbul
roman de 2008, traduit du grec par Caroline Nicolas
Éditions Points, 2017

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jeudi 28 août 2025

Le crime de la momie - Christian JACQ



Londres. Le couple Mortimer s'apprête à aller au théâtre mais à la dernière minute, le professeur Mortimer, un éminent égyptologue du British museum, s'excuse prétextant un début de grippe et propose à son épouse d'y aller accompagnée de son fils Philipp, issu d'un premier mariage, puis poursuit sa querelle avec son assistant qui l'implore de débloquer des fonds pour financer une campagne d'étude en Egypte. Le professeur demande à son épouse de passer à son bureau en revenant du théâtre où il a oublié un dossier. Elle s'y rend tandis que Philipp attend dans le couloir. Frances est abattue par deux coups de feu qui alertent le gardien et Philipp qui découvrent le corps de Frances sous une momie. Scott Marlow, le policier en charge de Scotland Yard fait appel à l'inspecteur Higgins retiré à la campagne pour démêler le vrai du faux de la malédiction des pharaons.

Une momie au crâne défoncé, au dos en charpie, à moitié débandelettée, était couchée sur le corps de Frances, comme si elle l’avait agressée avant de tomber sur elle.

Ce premier opus des enquêtes de l'inspecteur chef Higgins est le premier d'une cinquantaine, c'est pour moi la deuxième enquête de l'inspecteur Higgins après Crime à quatre mains.

J'avoue avoir été légèrement déçue, peut-être déconcertée par la multitude des personnages entre les membres de la famille Mortimer, le personnel de la maison, l'assistant du professeur, dont les noms sont doctement énumérés au fil de mon écoute (audiolivre). De surcroit, outre le meurtre, une autre affaire se dévoile qui consiste en le vol d'objets antiques et de multiples complices.

Après avoir écouté les dépositions de chacun, Higgins a compris le pot aux roses et va mettre en scène le final à la manière de Hercule Poirot : tout le monde réunit sur les lieux du crime pour une reconstitution des faits et gestes de chacun, passer en revue les alibis, démontrer les fausses déclarations, avant de faire tomber les masques pour identifier l'assassin et le commanditaire ; cette dernière partie est vraiment exagérément longue car elle dure 6 chapitres.

J'arrêterai là mes lectures des enquêtes de l'inspecteur Higgins qui n'est pas un personnage auquel on s'attache : il est là mais on ne sait pas ce qu'il pense, à part retourner bien vite dans son cottage de retraité. Il n'y a aucun humour ou alors pas la satire qui me fait sourire chez ma chère Agatha Christie (par exemple dans ce roman, le seul trait d'humour que j'ai relevé est une réflexion que fait le gardien de nuit sur le fait qu'on ne trouve plus que des indiens pour faire le ménage à Londres).

– Puisque tout le monde est prêt, expliqua Scott Marlow, nous allons commencer.
– Je ne crois pas, objecta Higgins, pensif.
Le superintendant fronça les sourcils.
– Il manque un témoin essentiel, précisa Higgins. La momie.
Des murmures désapprobateurs s’élevèrent.
– Vous croyez vraiment…
– Tout à fait, superintendant. N’oublions pas que la momie a été accusée de crime. Sa présence est indispensable pour que la reconstitution soit fidèle.


publié en 2011

Dévoilement [Le professeur Mortimer qui craint le divorce, persuade son assistant qu'il sait amoureux de sa femme que celle-ci est dépravée et propose à celui-ci de tuer sa femme qu'il envoie dans un traquenard dans son propre bureau, sans savoir qu'au même moment des voleurs tentent de sortir un butin].

mardi 26 août 2025

Un meurtre sera commis le...- Agatha CHRISTIE

 

george-ciobra-unsplash

Une annonce dans le journal intrigue les habitants de Chipping Cleghorn car un meurtre y est annoncé pour le soir même ; interloqués mais espérant qu'il s'agit seulement d'une "murder party", ils se retrouvent à l'adresse indiquée "Little Paddocks", la grande maison de miss Mlle Blacklock qui de son côté a prévu une petite réception. Conformément au protocole du jeu, les lumières s’éteignent mais des coups de feu sont tirés et l'homme menaçant qui se trouvait à la porte est retrouvé mort. Miss Marple quitte alors l'hôtel où elle était venue se reposer pour s'installer au village chez une de ses connaissances et aider la police à dévoiler l'investigateur de cette mortelle mascarade.

Ce n'est pas ma première lecture de ce roman et à chaque fois je suis surprise par la modernité et même l'intemporalité de ses écrits ! Miss Marple est certainement mon enquêtrice bénévole préférée. Dans ce roman, Miss Marple s'attèle à comparer les différentes dépositions guettant l'oubli ou l'information subtile et quand un nouveau meurtre, puis un troisième survient il est temps de passer aux aveux.

Une lecture appréciée, réconfortante et drôle.

– Cet après-midi… ou plutôt ce soir. À 18 h 30. Oh, quelle déveine, mon chéri, c’est justement l’heure de votre préparation à la confirmation ! Ce n’est vraiment pas de chance, vous qui aimez tant les meurtres !
– Mais enfin, Bunch, que me racontez-vous là ? C’est à ses aimables rondeurs que Mme Harmon devait ce surnom de Bunch, qui avait très vite remplacé son prénom de Diana. 
– Tenez, dit-elle en tendant le journal à son mari. Entre les pianos d’occasion et les dentiers hors d’usage. 
– Voilà une annonce tout à fait inhabituelle, en effet. 
– N’est-ce pas ? reprit gaiement Bunch. Je n’aurais jamais cru que Mlle Blacklock s’intéressait aux histoires de meurtres et aux jeux macabres. Ce sont les petits Simmons qui lui auront mis cette idée-là dans la tête – encore que je sois surprise que Julia Simmons ne trouve pas ça du dernier mauvais goût. Enfin ! c’est comme ça, et je suis navrée que vous ne puissiez pas y aller, mon chéri. Moi, en tout cas, je vais m’y précipiter, et je vous raconterai tout, même si c’est un peu du gâchis en ce qui me concerne, parce que je ne raffole pas des jeux auxquels on joue dans le noir. Ça me fait peur, et j’espère bien que je n’aurai pas le rôle de la victime. Si quelqu’un me pose subrepticement la main sur l’épaule en me chuchotant « Vous êtes morte » dans le creux de l’oreille, j’en aurai un tel coup au cœur que j’ai bien peur d’y passer pour de bon ! Vous croyez que ça risque de m’arriver ?
– Non, Bunch. Je pense que vous vivrez très, très longtemps et deviendrez une adorable petite vieille… à mes côtés.


 




Le Revenant d'Albanie - Jean-Christophe RUFIN



Sixième aventure pour le consul Aurel Timescu qui se retrouve muté en Albanie grâce à l'intervention d'un ami parlementaire. Il retrouve l'ambassadrice déjà rencontrée lors d'une mutation précédente (tome 3 : "Les trois femmes du Consul" qui se passe au Mozambique). Très mauvais diplomate, il aurait préféré être enquêteur et se met rapidement sur la piste d'un Albanais déclaré mort 30 ans plus tôt et qui vient d'être retrouvé mort à Chamonix.

C'est mon deuxième roman des aventures d'Aurel Timescu après "Le flambeur de la Caspienne" que j'avais trouvé très drôle. Ce titre était dans mes "idées lecture" et lorsque je l'ai aperçu sur l'étagère de ma médiathèque je n'ai pas hésité car je savais à quoi m'attendre : un roman à lire en une journée qui allait me dépayser tout en m'apprenant des choses sur un pays inconnu.



L'Albanie est brossée à grand renfort de dictatures se succédant, méfiance de la population qui a bâtit son propre code d'honneur : le kanun qui permet de tuer sur plusieurs générations pour laver l'honneur mais sur cet échiquier sanglant il y  a des cases intouchables où se mettre hors d'atteinte.
Je n'ai pas été déçue. L'auteur manie agréablement les descriptions de paysages avec les sentiments des personnages sans omettre leurs travers, ici le consul adore le vin blanc. Le personnage est farfelu, mal fagoté et bien loin de ce qu'on imagine des personnes vivant en ambassade. Un héros plutôt sympathique car débrouillard et qui ne juge personne et ne se prend pas au sérieux.


Sur le parking devant les ruines, ma voiture est tombée dans un trou.
- Un grand trou ?
- En fait, c'est une de mes roues qui, tout à coup, s'est retrouvée dans le vide. On a jeté des pierres pour combler le fond et faire en sorte que le pneu touche. Mais les pierres disparaissaient comme dans un puits. Il a fallu tirer la voiture avec une dépanneuse. Et là qu'est-ce qu'on a vu ? Ce n'était pas un puits du tout. On avait percé le plafond d'une villa romaine enfouie.
- Pourquoi me racontes-tu cela ?
- Mais parce que c'est l'Albanie ! Tu parles à quelqu'un et tout à coup, hop, tu tombes dans un trou. Le type en face de toi n'est plus celui d'aujourd'hui. Ses réactions viennent d'une autre époque que tu croyais enfouie mais qui est là, en lui, toute proche et vivante. Voilà, c'est exactement cela : l'histoire est vivante. (p.57)
publié en 2025