L'Atlantide - Pierre BENOIT



1903. Le journal d'un jeune officier, le lieutenant Olivier Ferrières, est retrouvé où il écrit les évènements qui précédèrent son départ pour la cité de l'Atlantide en compagnie du capitaine André de Saint-Avit. Ce dernier a une réputation peu glorieuse : Saint-Avit a tué le capitaine Morhange, son camarade de mission 6 ans auparavant. Ferrière écrit dans son journal le récit révélé par Saint-Avit qui confirme dans quelles circonstances il a mis fin aux jours de Morhange six ans auparavant, alors que tous les deux étaient tombés en embuscade lors d'une mission d'exploration pour documenter la géographie et la géologie d'une partie du Sahara. Intéressés par de mystérieuses inscriptions dans les montagnes du Hoggar, ils débouchent dans une ville cachée sur laquelle s'exerce l'autorité de la cruelle reine Antinéa, descendante du dieu Neptune.


Après Lunegarde, je poursuis mes envies de lecture d'auteurs désuets mais qui furent parmi les plus grands de leur époque : Pierre Benoit fut membre de l’Académie française. J'avais déjà lu ce roman dans ma jeunesse mais je n'en avais gardé aucun souvenir.
J'ai été plus intéressée par le thème de l'aventure, du dépassement de soi dans des conditions extrêmes, de l'aspect géostratégique de cette aventure, mais pas du tout convaincue par l'histoire d'amour (et de mort) de cette mystérieuse Antinéa, une psychopathe qui momifie ses amants qu'elle fait assassiner lorsqu'elle s'en lasse. J'ai trouvé assez invraisemblable la description de la salle de marbre rouge qui contient 120 niches dans les murs ou sont déjà entreposés une cinquantaine d'amants momifiés. Antinéa tombe amoureuse de Morhange qui est presque "dans les ordres religieux" et qui reste complétement insensible à son charme vénéneux. Saint-Avit est envoûté par Antinéa et assassine son compagnon et ami Morhange dans un épisode de délire jaloux. Situation pour le moins rocambolesque. Après le meurtre, Saint-Avit décide de s'échapper et est aidé par une jeune esclave ancienne princesse déchue. Il sera retrouvé par miracle. 6 ans plus tard, il décide de retourner dans la cité de l'Atlantide et Ferrières ne peut s'empêcher de le suivre et nous laisse son journal en guise de testament. 

– Quel est ce livre ? balbutia Morhange, dont la pâleur, en cet instant, m’épouvanta.
– Ce livre, répondit lentement, pesant ses mots, avec une extraordinaire impression de triomphe, M. Le Mesge, c’est le plus grand, le plus beau, le plus hermétique des dialogues de Platon, c’est le Critias ou l’Atlantide.
– Le Critias ? Mais il est inachevé, murmura Morhange.
– Il est inachevé en France, en Europe, partout, dit M. Le Mesge. Ici, il est achevé. Vérifiez l’exemplaire que je vous tends. – Mais quel rapport, quel rapport, répétait Morhange, tandis qu’il parcourait avidement le manuscrit, quel rapport y a-t-il entre ce dialogue, complet, il me semble, oui, complet, quel rapport avec cette femme, Antinéa ? Pourquoi est-il en sa possession ?
– Parce que, répondit imperturbablement le petit homme, parce que ce livre, à cette femme, c’est son livre de noblesse, son Gotha, en quelque sorte, comprenez-vous ? Parce qu’il établit sa prodigieuse généalogie ; par ce qu’elle est…
– Parce qu’elle est ? répéta Morhange.
– Parce qu’elle est la petite-fille de Neptune, la dernière descendante des Atlantes.

Le roman a été plusieurs fois adaptés mais le film de 1932 est le plus fidèle, les autres films sont une interprétation très éloignée du récit.
film de 1932 - Antinéa et Morhange, 2 affiches du film 


Comme d'autres romans d'aventure à cette époque, l'histoire de l'Atlantide paraît d'abord en feuilleton dans la Revue de Paris à partir du 15 novembre 1918 avant d'être publié par Albin Michel en 1919.
Pendant deux heures, nous allâmes. Je n’échangeai pas une parole avec Morhange. J’avais l’intuition nette de la folie que nous étions en train de commettre en nous risquant avec cette désinvolture dans la région la moins connue, la plus dangereuse du Sahara. Tous les coups qui, depuis vingt ans, travaillent à saper l’avance française sont sortis de ce Hoggar redoutable. Mais quoi ! c’était de plein gré que j’avais apporté mon adhésion à cette folle équipée. Je n’avais plus à y revenir. À quoi m’eût servi de gâter mon geste par une apparence continuelle de mauvaise humeur ? Et puis, il fallait bien me l’avouer, la tournure que commençait à prendre notre voyage n’était point pour me déplaire. J’avais, dès cet instant, la sensation que nous nous acheminions vers quelque chose d’inouï, vers quelque monstrueuse aventure.

publié en 1919
grand prix du roman de l'Académie française en 1919

illustration d'entrée de billet : la reine Tin Hian par Hocine Ziani.

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