jeudi 8 janvier 2026

Au nom de la justice - Vish DHAMIJA



New Delhi, la fille de Gayatri, la domestique du couple d'avocats Vansh et Priti Diwan est violée par Maheep, un camarade d'école de leur fille Vamini mais aussi le fils de Maninder Singh, un magnat malhonnête pour lequel Diwan est l'avocat d'affaires attitré, et laissée pour morte après avoir été frappée et avoir perdu beaucoup de sang ; la jeune fille est dans le coma mais finit par se réveiller. Vansh Diwan se retrouve dans une situation délicate lorsque son "patron" lui demande de mettre en place une défense contre les accusations de viol dont son fils va être accusé, et que son épouse Priti attend de lui qu'il représente leur domestique qui n'a aucune chance devant les pressions que pourrait mettre en oeuvre Singh si elle doit se contenter de l'aide juridictionnelle gratuite. Finalement Priti demande à Akash Hingorani, leur camarade de promotion, de prendre en charge l'affaire. Mais la situation s'inverse lorsque Maheep est retrouvé mort : Singh accuse Gayatri d'avoir voulu venger sa fille en assassinant son fils et Hingorani doit désormais défendre sa cliente qui se retrouve accusée de meurtre.

Vansh était un homme honnête, mais, en tant qu’avocat pénaliste, il était inévitable qu’il côtoie des personnages peu recommandables, ce qui perturbait Priti. L’un de ces personnages était le plus gros client de Vansh Diwan en termes de revenus annuels : Maninder Singh. Priti trouvait extrêmement pénible d’être en présence de Jaya et Maninder lorsqu’ils se voyaient. Elle les décrivait comme désagréables, pitoyables, mais inéluctables, tout comme des excréments. Cependant, ils étaient obligés de se fréquenter de temps en temps, car leur fils et Vamini étaient dans la même classe.

L'auteur Vish Dhamija a fait des études de droits et cela explique les détails de l'affaire judiciaire mis en scène durant de nombreux chapitres. L'histoire est bien menée et sans faux pas ou explication tarabiscotée de dernière minute, la culpabilité de celui qui a assassiné Maheep est révélée à la toute fin avec subtilité et une sorte de satisfaction jubilatoire. Le roman dénonce les inégalités sociales dans le prisme de ce procès mais on comprend bien que si Gayatri n'avait pas été domestique chez des avocats, son cas aurait été vite traité et elle aurait été arrêtée, condamnée et emprisonnée alors que non coupable. Le récit passe même en revue ce que risquent Gayatri et sa fille si Singh s'occupe de leur sort : élimination pure et simple sans crainte d'être poursuivi.
Maninder avait commencé par attirer de jeunes étudiantes dans les lits des politiciens, puis était devenu proxénète à plein temps. La prostitution n’était pas une idée novatrice ni une activité nouvelle, mais il avait réussi à éliminer sans pitié les rivaux qui lui faisaient concurrence sur le marché. Il avait repris leurs affaires, et leurs filles. Ceux qui s’opposaient à lui avaient tout simplement disparu du jour au lendemain.
 

photo libre de droits par Ayrus Hill via Unsplash


  • Coup de coeur : oui
  • Structure du roman : correcte, divisé en 32 chapitres
  • Crédibilité de l'auteur : oui, nombreux détails du déroulé de la justice indienne 
  • Style : excellent, vif et agréable à lire, nombreux dialogues et de l'humour aussi malgré les deux tragédies (viol et assassinat),
  • Tension narrative : présente, on a envie de savoir si Gayatri sera acquittée et surtout si le magnat véreux aura son bras long enfin coupé
  • Intérêt de l'histoire : affaire judicaire démontrant la nécessité pour les pauvres d'avoir des relations efficaces pour les défendre sans subir de pressions devant les "grands". 
  • Psychologie : l'auteur s'attache à mettre en lumière les réflexions de nombreux personnages, on a vraiment l'impression de les côtoyer et de connaître leur pensées, leurs craintes et leurs combats intimes
  • Bémol : j'aurais aimé que le roman intègre plus de détails sur l'Inde, il y a très peu de descriptions sur l'environnement, à part le port d'un sari pour une femme, et le fait de la crémation pour Maheep ; pour le reste, peu de description des intérieurs, des repas - à part un petit déjeuner au jus d'orange et aux toasts beurrés. Il est également dommage qu'il y ait un grand déséquilibre entre les personnages : certains sont très développés mais d'autres sont quasi inexistants comme la mère de Maheep, on en parle au début (frivole) et à la fin (mère en deuil) mais c'est une ombre le reste du roman sur 350 pages.
Elle fit griller du pain, le beurra généreusement, remplit un verre de jus d’orange, monta les marches menant à sa chambre et frappa doucement à la porte. Pas de réponse. Elle frappa à nouveau. Rien. Elle regarda l’heure : il était presque 10 heures. Redoutant l’idée de le réveiller – elle se dit qu’il ne serait pas de très bonne humeur, compte tenu de ce qu’il avait vécu, la veille – elle retourna à la cuisine pour continuer ses autres tâches. Elle pourrait toujours refaire le petit-déjeuner quand Maheep baba serait debout. (paragraphe où la servante des Singh s'inquiète de la non réponse de Maheep et pour cause...il est déjà mort)

publication 2026


Lu en avance grâce aux éditions Mera et offre Netgallay
#Aunomdelajustice #NetGalleyFrance

Illustration en entrée de billet : un pichwai origine inconnue (trouvé sur Pinterest)

dimanche 4 janvier 2026

Lunegarde - Pierre BENOIT

1929. Tandis qu'il voyage à bord d'une guimbarde dans la plaine garonnaise afin de prendre le navire qui l'emportera en Egypte où il est nommé pour conduire les travaux de revêtement sur le canal du Suez, l'ingénieur des ponts et chaussées Costes est percuté par la voiture de M. de Lunegarde qui l'invite à patienter chez lui, dans le petit village de Lunegarde, le temps que la voiture soit réparée et que sa blessure au genou démis se cicatrise et qu'il puisse reprendre la route. L'atmosphère dans cette grande bâtisse est étrange mais pas autant que l'attitude d'Elisabeth, la jeune fille de la maison qui se glisse dans son lit. Eperdu d'amour soudain, sans doute attisé par le sentiment de dette, il lui offre le mariage. Elle y consent à une seule condition : qu'il retrouve trace de sa mère dont elle est sans nouvelles depuis l'âge de 3 ans, en effet M. de Lunegarde a quitté la Tunisie sans son épouse et ne veut plus entendre parler d'elle.

De livre en livre

Certaines lectures en appellent d'autres, c'est le cas pour celle-ci après avoir lu Belphégor d'Arthur BERNÈDE, en particulier suite à ce passage :

- Voilà pourquoi, déclarait l’inspecteur, j’en suis arrivé à me demander si la statue de Belphégor n’aurait pas jadis servi de cachette à l’une de ces nombreuses sectes qui serait en ce moment désireuse de récupérer les papiers qu’on y avait déposés.
- Mon cher Ménardier, c’est un sujet de roman pour Pierre Benoit, que vous me racontez là… C’est évidemment très captivant, et nul doute que ce grand romancier populaire n’en tirerait un très amusant récit. Mais un limier tel que vous doit se méfier de son imagination… vous auriez tort de vous engager sur une piste qui ne peut que vous procurer une amère déconvenue. De tout ce que vous m’avez dit, je ne retiens qu’une chose, car elle est capitale, c’est que, pour être revenu deux nuits de suite au Louvre, le Fantôme doit avoir un motif aussi grave qu’impérieux. J’ajouterai qu’il n’y a pas de raison pour qu’il ne revienne pas encore dans la salle des Dieux barbares…
- Monsieur le directeur, j’allais vous le dire, et j’ai l’intention d’établir, dès ce soir, une souricière dans cette salle où il s’est déjà passé de si terribles choses. Seulement, voilà, maintenant qu’il nous sent à ses trousses, le Fantôme osera-t-il reparaître ?
Arthur Bernède. Belphégor

Préambule

Au hasard parmi tous les titres de Pierre Benoit à ma disposition, j'ai choisi ce roman, pour son titre énigmatique : "Lunegarde". Le résumé m'a intéressée, ainsi que l'avis de la seule critique disponible sur le site Babelio (qui reste mon seul thermomètre pour mesurer mes éventuels dispositions à choisir une lecture, je ne me fie plus du tout aux seules injonctions des réseaux sociaux qui ne me semblent  jamais totalement honnêtes. Il me semble avoir lu de lui il y a longtemps l'Atlandide et je pense le relire cette année, histoire de me remettre à jour sur cet auteur connu pour avoir été un écrivain-voyageur de qualité (il fut de fait membre de l'académie française). 
Pierre Benoit (1886-1962)

Mon avis

Ce qui m'a d'emblée plu, c'est le ton presque humoristique au service d'un récit pittoresque et quasi sacerdotal : une quête éperdue en pays étranger : retrouver de témoignage en témoignage, plus aléatoires les uns que les autres, la trace de madame Armance Lunegarde pour l'amour de mademoiselle Lunegarde pour qui le sort de sa mère passe avant son propre bonheur. Il s'ensuit un parcours épique à la recherche d'Armance, également connue sous le pseudo Janine Dupré, artiste de cabaret et femme de petite vertu, que le héros entamera durant une année avant de devoir séjourner en France pour un rendez-vous professionnel et où il finira par retrouver madame Lunegarde en un lieu surprenant qui achèvera sa quête.

Les tribulations de Costes sont décrites à la manière d'une enquête policière à la recherche d'une femme au passé trouble qui finit par envoûter le jeune ingénieur :
La promesse faite en novembre, au cours de ces lugubres et fantastiques heures, il s’en rendait compte non sans effroi, n’entrait plus que pour bien peu dans sa sombre volonté d’aboutir. Élisabeth disparaissait devant Armance de Lunegarde. De ces deux femmes, la fille et la mère, c’était celle qu’il ne connaissait point, ou qu’il ne connaissait que par sa sordide couronne de détails honteux, qui brillait d’un plus pur éclat, qui vivait d’une réalité plus vivante que l’autre, l’impérieuse et sauvage vierge, dont il avait tenu cependant, toute une nuit, le corps tout nu entre ses bras.
Le roman se lit vite et témoigne, comme d'autres oeuvres de cet auteur, de sa connaissance des lieux décrits, ici l'Egypte et particulièrement Ismaïlia, les travaux conduit autour du canal de Suez, les informations sont suffisamment générales et éloquentes pour ne pas perdre le lecteur tout en l'informant.

Inauguration du canal de Suez par Edouard Riou



Structure du roman : correcte, divisé en 10 chapitres de I à X
Crédibilité de l'auteur : oui, nombreux détails de l'environnement et de la société 
Style : très correct et drôle
Coup de coeur : oui
Tension narrative : présente, on a envie de savoir ce qu'est devenue madame Lunegarde et l'intérêt est toujours là au chapitre X
Intérêt de l'histoire : j'ai eu envie d'en apprendre plus sur l'histoire du canal de Suez.

publié en 1942 (Albin Michel)

Inspiré par le roman, une libre adaptation :

film sorti en 1946



Illustration d'entrée de ce billet : Jean Emile Vallet, village de campagne

jeudi 1 janvier 2026

Allmen et le dernier des Weynfeldt - Martin Suter


Le détective Allmen est mandaté par Adrian Weynfeldt, un richissime amateur d’art qui vient de remarquer la disparition d'un tableau auquel il tient : un Picasso qui n'entre dans aucun catalogue raisonné car réputé faux, il ne souhaite pas contacter la police pour cette raison. Allmen entreprend d'interroger les amis conviés pour un diner et dont au moins l'un d'entre eux aurait pu faire le coup. La requête des vidéoprotections de l'entrée de son immeuble permettrait de voir qui entre ou sort encombré d'un gros paquet mais curieusement les caméras n'ont rien enregistré ce soir là.


Je me suis laissée tentée par ce roman par le bouche-à-oreille et l'ai réservé à la médiathèque (je limite désormais mes acquisitions). C'est très sympathique car les deux protagonistes s'entendent bien dans leur disposition à boire et manger dès que possible, toutefois je n'ai pas réussi à leur donner corps et parfois ils se confondaient dans ma tête.

Moins de 200 pages et pourtant l'enquête avance très lentement, d'interrogation en interrogation. C'est effectivement du genre cosy-mystery quoiqu'il y ait un mort qui n'a rien à voir avec le vol du tableau. La bonne surprise vient des associés d'Allmen, qui sont ses serviteurs qui ont double casquette, c'est drôle et original.

– Eh bien ? demanda Allmen. 
– Il est manifestement très, très riche. Carlos se leva, plongea la main dans la poche ventrale du tablier qu’il portait pour cirer les chaussures et en sortit un morceau de papier qu’il déplia. C’était une photo peu avantageuse d’Adrian Weynfeldt debout à côté d’un chevalet supportant un tableau qui représentait une femme nue agenouillée devant un feu de cheminée. La légende annonçait : Vente aux enchères chez Murphy’s. Femme nue devant une salamandre de Félix Vallotton a changé hier de propriétaire moyennant le prix sensationnel de 4,1 millions. À côté du tableau, sur la photo : l’expert en art suisse de la salle des ventes.
– J’ai tapé son nom sur Google. Il a hérité une fortune de ses parents.

Pour moi c'est une première lecture de cet auteur auquel je crédite un style très correct mais pas exceptionnel. La singularité de ce roman réside surtout dans les protagonistes, plutôt sympathiques.

Structure du roman : bien
Crédibilité de l'auteur : oui
Style : correct et drôle
Coup de coeur : non
Tension narrative : aucune (on se fiche royalement de qui a volé le tableau)
Intérêt de l'histoire : se détendre avec un livre policier sans scène obscène.

publié en 2025
Traduit de l’allemand (Suisse) par Olivier Mannoni

illustration d'entrée de billet : "La Salamandre" de Félix Vallotton (1900) collection particulière.