Lunegarde - Pierre BENOIT

1929. Tandis qu'il voyage à bord d'une guimbarde dans la plaine garonnaise afin de prendre le navire qui l'emportera en Egypte où il est nommé pour conduire les travaux de revêtement sur le canal du Suez, l'ingénieur des ponts et chaussées Costes est percuté par la voiture de M. de Lunegarde qui l'invite à patienter chez lui, dans le petit village de Lunegarde, le temps que la voiture soit réparée et que sa blessure au genou démis se cicatrise et qu'il puisse reprendre la route. L'atmosphère dans cette grande bâtisse est étrange mais pas autant que l'attitude d'Elisabeth, la jeune fille de la maison qui se glisse dans son lit. Eperdu d'amour soudain, sans doute attisé par le sentiment de dette, il lui offre le mariage. Elle y consent à une seule condition : qu'il retrouve trace de sa mère dont elle est sans nouvelles depuis l'âge de 3 ans, en effet M. de Lunegarde a quitté la Tunisie sans son épouse et ne veut plus entendre parler d'elle.

De livre en livre

Certaines lectures en appellent d'autres, c'est le cas pour celle-ci après avoir lu Belphégor d'Arthur BERNÈDE, en particulier suite à ce passage :

- Voilà pourquoi, déclarait l’inspecteur, j’en suis arrivé à me demander si la statue de Belphégor n’aurait pas jadis servi de cachette à l’une de ces nombreuses sectes qui serait en ce moment désireuse de récupérer les papiers qu’on y avait déposés.
- Mon cher Ménardier, c’est un sujet de roman pour Pierre Benoit, que vous me racontez là… C’est évidemment très captivant, et nul doute que ce grand romancier populaire n’en tirerait un très amusant récit. Mais un limier tel que vous doit se méfier de son imagination… vous auriez tort de vous engager sur une piste qui ne peut que vous procurer une amère déconvenue. De tout ce que vous m’avez dit, je ne retiens qu’une chose, car elle est capitale, c’est que, pour être revenu deux nuits de suite au Louvre, le Fantôme doit avoir un motif aussi grave qu’impérieux. J’ajouterai qu’il n’y a pas de raison pour qu’il ne revienne pas encore dans la salle des Dieux barbares…
- Monsieur le directeur, j’allais vous le dire, et j’ai l’intention d’établir, dès ce soir, une souricière dans cette salle où il s’est déjà passé de si terribles choses. Seulement, voilà, maintenant qu’il nous sent à ses trousses, le Fantôme osera-t-il reparaître ?
Arthur Bernède. Belphégor

Préambule

Au hasard parmi tous les titres de Pierre Benoit à ma disposition, j'ai choisi ce roman, pour son titre énigmatique : "Lunegarde". Le résumé m'a intéressée, ainsi que l'avis de la seule critique disponible sur le site Babelio (qui reste mon seul thermomètre pour mesurer mes éventuels dispositions à choisir une lecture, je ne me fie plus du tout aux seules injonctions des réseaux sociaux qui ne me semblent  jamais totalement honnêtes. Il me semble avoir lu de lui il y a longtemps l'Atlandide et je pense le relire cette année, histoire de me remettre à jour sur cet auteur connu pour avoir été un écrivain-voyageur de qualité (il fut de fait membre de l'académie française). 
Pierre Benoit (1886-1962)

Mon avis

Ce qui m'a d'emblée plu, c'est le ton presque humoristique au service d'un récit pittoresque et quasi sacerdotal : une quête éperdue en pays étranger : retrouver de témoignage en témoignage, plus aléatoires les uns que les autres, la trace de madame Armance Lunegarde pour l'amour de mademoiselle Lunegarde pour qui le sort de sa mère passe avant son propre bonheur. Il s'ensuit un parcours épique à la recherche d'Armance, également connue sous le pseudo Janine Dupré, artiste de cabaret et femme de petite vertu, que le héros entamera durant une année avant de devoir séjourner en France pour un rendez-vous professionnel et où il finira par retrouver madame Lunegarde en un lieu surprenant qui achèvera sa quête.

Les tribulations de Costes sont décrites à la manière d'une enquête policière à la recherche d'une femme au passé trouble qui finit par envoûter le jeune ingénieur :
La promesse faite en novembre, au cours de ces lugubres et fantastiques heures, il s’en rendait compte non sans effroi, n’entrait plus que pour bien peu dans sa sombre volonté d’aboutir. Élisabeth disparaissait devant Armance de Lunegarde. De ces deux femmes, la fille et la mère, c’était celle qu’il ne connaissait point, ou qu’il ne connaissait que par sa sordide couronne de détails honteux, qui brillait d’un plus pur éclat, qui vivait d’une réalité plus vivante que l’autre, l’impérieuse et sauvage vierge, dont il avait tenu cependant, toute une nuit, le corps tout nu entre ses bras.
Le roman se lit vite et témoigne, comme d'autres oeuvres de cet auteur, de sa connaissance des lieux décrits, ici l'Egypte et particulièrement Ismaïlia, les travaux conduit autour du canal de Suez, les informations sont suffisamment générales et éloquentes pour ne pas perdre le lecteur tout en l'informant.

Inauguration du canal de Suez par Edouard Riou



Structure du roman : correcte, divisé en 10 chapitres de I à X
Crédibilité de l'auteur : oui, nombreux détails de l'environnement et de la société 
Style : très correct et drôle
Coup de coeur : oui
Tension narrative : présente, on a envie de savoir ce qu'est devenue madame Lunegarde et l'intérêt est toujours là au chapitre X
Intérêt de l'histoire : j'ai eu envie d'en apprendre plus sur l'histoire du canal de Suez.

publié en 1942 (Albin Michel)

Inspiré par le roman, une libre adaptation :

film sorti en 1946



Illustration d'entrée de ce billet : Jean Emile Vallet, village de campagne

Commentaires

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