samedi 20 septembre 2025

Le parfum des fleurs la nuit - Leïla SLIMANI

Well and Truly _ By Roni Horn


Dans le "cube", monumentale pièce en béton imaginée par Tadao Ando, sont exposés de grands blocs de verre, une oeuvre de Roni Horn intitulée Well and Truly. Ces blocs ressemblent à d'énormes bonbons à la menthe, à des icebergs qu'une main humain aurait modelé. (p.67)

En 2019, l'auteur accepte l'invitation de l'éditrice en charge de la série ma nuit au musée des éditions Stock et se rend à Venise pour passer la nuit dans le Punta della Dogana, un musée d'art moderne situé dans les anciennes douanes (Dogana da Mar) de Venise. Au cours de cette nuit particulière, alors alourdie d'un repas du soir trop riche, Leïla Slimani voit son esprit vagabonder entre différents continents jusqu'à l'Inde, revient sur sa jeunesse d'une famille marocaine et alsacienne et s'arrête sur l'origine du besoin de création littéraire.

La douane de mer, Venise


Poursuivant mes découvertes de la série "Ma nuit au musée", j'ai choisi ce titre pour Venise que je ne connais pas ; par ailleurs je n'avais encore lu aucun roman de cet auteur et je ne savais pas à quoi m'attendre.

Le début m'a convaincue par un style soigné et j'étais prête à la suivre dans sa nuit muséale mais au fil des pages je suis restée en surface du récit comme un nénuphar car j'ai cherché Venise, à peine évoquée, de même que le musée puisque l'auteur leur consacre à peine 10 pages sur l'ensemble du livre qui en fait 140.

L'introspection est ailleurs dans un passé plus ou moins récent où elle nous parle de ses voyages, du tourisme, de son éducation, de divers écrivains appréciés, de la cigarette, de religion, de films avec Marilyn Monroe, de sa liberté et de sa chance d'avoir vécu en France par rapport au Maroc (je veux bien la croire).

"Le Parfum des fleurs la nuit" fait référence au galant de nuit (cestrum nocturnum) ou encore jasmin de nuit dont les fleurs ne s'ouvrent que durant la nuit et qui se trouvait près de sa maison, un parfum propice à l'introspection et au regret du passé.
A Rabat, il y avait un galant de nuit près de la porte d'entrée de ma maison. En été, quand le soir tombait, nous gardions la fenêtre ouverte pour provoquer des courants d'air et mon père disait : "Vous sentez "? C'est le galant de nuit ! " Année après année, cela ne cessait de l'émerveiller. Il suffit que je ferme les yeux pour me souvenir de ce parfum entêtant et sucré. Les larmes me montent aux paupières. les voilà mes revenants. la voilà, l'odeur du pays de l'enfance, disparu, englouti. (p.70)

Une lecture mitigée pour ma part, j'admets sa grande culture, sa prose travaillée, mais je n'ai pas trouvé que le roman réponde réellement au thème de la "nuit au musée", où les lieux parlent d'eux autant que celui qui y séjourne.

Je poursuivrai bien entendu mes lectures dans cette série qui m'inspire ; certains écrivains ont vraiment trop de chance de pouvoir passer une nuit entière dans un musée !

publié en 2021


jeudi 18 septembre 2025

Jours de révolte - Gigi LEUNG LEE-CHI

tanner-marquis-unsplash

Hong Kong, 2019. Des manifestations se déroulent contre le gouvernement rallié à la Chine et l'on suit plusieurs protagonistes, étudiants, professeurs et entourage, dans une lutte pour le retrait de la loi sur l’extradition. 


J'ai commencé la lecture très enthousiaste ! le style de l'auteur est vraiment agréable, une sorte de murmure, comme une confidence, je me suis sentie happée par le récit de ces habitants de Hong Kong qui subissent une évolution dans leur société. Cette histoire m'a intéressée car je ne connaissais pas grand chose (rien) à la rétrocession de Hong Kong par le Royaume-Uni à la Chine. 

« Retrait ! » – retrait des cours d’éducation patriotique chinoise, retrait du plan de développement urbain dans les Nouveaux Territoires, retrait de la décision du 31 août, retrait de la loi d’extradition.

Toutefois, le roman est complexe : c'est un roman choral où l'on suit les pensées de nombreux personnages et ce n'est pas aisé de continuer à se sentir impliqué auprès de tous. De plus je me suis senti mal à l'aise car je réprouve toute forme de violences dans les manifestations et j'avais mal pour ceux qui se retrouvent gazés, blessés etc... Je suis trop sensible ! 

Tandis que pour ces jeunes sous pression, tristes et en colère qui, quelques jours plus tôt, faisaient encore du sport, allaient à l’école, révisaient et mangeaient ensemble, un ami, leur ami, avait été filmé en train de se faire tirer dessus avant de s’écrouler au sol pour se taire, le torse en sang. Ils n’avaient toujours pas pu le voir. Pourquoi s’était-il effondré dans une mare de sang tandis qu’eux, en parfaite santé, continuaient à aller en cours, à faire leurs devoirs, à manger, à faire leurs besoins, à dormir, à utiliser leurs portables – à vivre, finalement ? Comment digérer ça ?

Enfin, je n'ai pas trop compris tous les enjeux et les contestations mais j'ai envie de creuser le sujet.

Telles des aiguilles, ces remarques avaient crevé le ballon de son idéalisme.

Certaines explications sur les lieux de naissances qui donnent droit à certains lieux d'instructions sont presque ubuesques (faire des kilomètres pour étudier) mais je pense qu'il y a des aberrations même en France.

Certains d’entre eux, hongkongais par le droit du sol ou frontaliers, habitent Shenzhen mais vont à l’école à Hong Kong pour des questions d’état civil. Ils partent tous les après-midi à 16 heures pour avoir le temps d’arriver à Lo Wu et de prendre ensuite le bus de Shenzhen qui les ramène chez eux en deux heures. Ils arrivent à 20 ou 21 heures, finissent leurs devoirs ou révisent puis se couchent car ils doivent se lever à 4 heures tous les matins. Ils passent presque huit heures par jour dans les transports.

Heureusement qu'il y a un résumé des phases de la révolte à la fin du roman mais il aurait fallu les mettre au début en prologue. Ce roman aura eut comme effet bénéfique celui de m'intéresser à l'histoire de Hong Kong, je poursuivrai donc quelques recherches pour en savoir plus.

Ce sentiment, son moi d’avant, celui qui ne portait qu’un masque ordinaire et qui traînait sans but, l’a connu lui aussi. Un jour, une grenade lacrymogène s’est coincée dans un arbre tout proche de lui, explosant dans une pluie d’étincelles rouges. Il y a eu de la fumée partout. Ça lui a rappelé un feu d’artifice qu’il avait vu au Japon : à l’instant précis où les premières fusées avaient explosé, ses yeux l’avaient fait affreusement souffrir.
13 août 2025

#Joursderévolte #NetGalleyFrance #Fayard

samedi 6 septembre 2025

Tant mieux - Amélie NOTHOMB


Amélie Nothomb retrace la vie de sa mère, renommée Adrienne, une vie basée sur les drames et la manière dont elle les affronte dès son plus jeune âge : à 4 ans, Adrienne est envoyée en vacances chez sa grand-mère maternelle, une dame acariâtre qui n'aime que son chat et qui vit dans la désolation d'avoir fait un mauvais mariage et de vivre dans la pauvreté. Pour supporter les brimades de sa "bonne maman de Gand", Adrienne adopte un mantra magique "Tant mieux" qu'elle gardera tout au long de sa vie et qui lui permet de glisser sur les écueils qui surgissent : la mauvaise ambiance à la maison avec des parents qui se disputent et ont chacun des aventures assumées, le comportement irresponsable de sa mère qui ne s'occupe pas de sa petite dernière etc., l'effroi ressenti lorsqu'elle comprend que sa mère tue les chats du voisinage, mais elle décide que malgré cela elle l'aime. Puis Adrienne adolescente, Adrienne amoureuse (la rencontre entre Adrienne et celui qui sera son époux, le père de l'auteur, est de toute beauté, digne d'un conte de fée). Dans une seconde partie, l'auteur reprend la parole et passe en revue les souvenirs du déclin de sa mère atteinte de la maladie de Parkinson, elle compare le sentiment vécu à la mort de son père, un héros acclamé, et son ressenti à la mort de sa mère, passé sous silence médiatique.

Je termine à peine la lecture et mes yeux portent encore l'humidité des larmes car oui, ce roman très personnel, que j'ai trouvé au début un peu désincarné car j'avais du mal à me représenter Adrienne à 4 ans et la manière dont elle réagit (pas comme une enfant de 4 ans justement) m'a offert une bouleversante introspection de ce que signifie l'amour d'un parent. La suite est une explosion d'aveux touchants, on sent que l'auteur a aimé sa mère sans pouvoir le lui dire aussi souvent que possible et cela nous ramène forcément à notre propre vécu, nos propres parents pour ceux qui les ont encore, ce qui est mon cas.

Parfois, elle se jetait dans les bras de sa mère et lui déclarait son amour. Maman souriait et répondait tendrement à ses effusions. - Moi aussi je t'aime ma chérie. La petite levait alors vers le visage maternel un regard adorateur. Les yeux disaient le tant mieux de l'amour, l'amour sans causalité, je t'aime, j'ai horreur de tes actes, je ne te changerai pas, tu ne changeras pas, je t'aime, ni donc, ni alors, ni par conséquent, ni malgré, ni rien. Tant mieux.
publié en 2025


illustration : le pavillon de l'octroi à Bruxelles

mercredi 3 septembre 2025

La Femme du Médecin - Fiona SUSSMAN



Lorsque le corps de Tibbie, la jolie femme du médecin, est retrouvée au pied de la falaise de Browns Bay près d'Auckland par Eliot un adolescent autiste, les soupçons de la police se tournent vers plusieurs personnes ayant pu intervenir dans la chute : Carmen, l'amie d'enfance atteinte d'une tumeur au cerveau qui faisait avec elle une marche chaque matin, ou pourquoi Eliot, perturbé par la vision des cheveux rouge et collectionneur dans l'âme qui semble cacher un objet d'importance ? Les interrogatoires se succèdent et finissent par dévoiler l'investigateur insoupçonné de cette terrible mise à mort.

Lorsque je suis en panne de lectures (et cela m'arrive très souvent car, si j'ai de nombreux livres en attente sur mes étagères, j'ai aussi des périodes et des envies) je fais un tour sur les offres du site Netgalley afin de détecter une histoire qui m'intéresse. J'ai choisi ce roman qui promettait un "mystère inextricable" et j'avoue que jusqu'à la fin je n'avais pas d'idée ferme et définitive sur qui avait tué Tibbie, j'étais en revanche persuadée qu'elle ne s'était pas suicidée.

Les courts chapitres s'intéressent aux protagonistes et nous montrent une partie de la réalité, comme des morceaux de puzzles et c'est étonnant de se dire à chaque fois, "c'est peut-être elle" ou "c'est sûrement lui", j'avoue que même si je trouvais un personnage bizarre, jamais je n'aurais imaginer qu'il était le coupable. Le suspens est bien mené mais j'ai trouvé les détails médicaux un peu trop (too much), détails qui s'expliquent par le premier métier de l'auteur qui était médecin ! 

L'intérêt de l'histoire réside en peu de choses : un meurtre hélas, des comportements douteux, de la jalousie, et comme l'enquête piétine le livre s'allonge mais comme le style n'est pas très littéraire : la lecture est très facile et le roman se lit rapidement. La localisation prend place en Nouvelle-Zélande mais il manque un petit quelque chose pour nous transporter véritablement dans le Pacifique. Le binôme de policiers ne m'a pas convaincue mais il faut dire qu'ils n'avaient pas trop de preuves évidentes. Une lecture distrayante mais pas un coup de coeur en ce qui me concerne.

Ils rentrèrent en silence, tous deux plongés dans leurs pensées. Stan pouvait sentir que la maladie altérait peu à peu leurs trajectoires. Carmen considérerait cet arrêt de travail comme une nouvelle soustraction à sa vie. Stan, quant à lui, aussi insensible que cela puisse paraître, et bien qu’il déteste l’admettre, y voyait une réduction de leur solde bancaire. 

publication en 2022 (Nouvelle-Zélande)
et en 2025 (français par Mera éditions)

#LAFEMMEDUMÉDECIN #NetGalleyFrance


illustration d'entrée de billet : Anke Merbach