dimanche 30 novembre 2025

Brûlez tout - Christophe MOLMY



Une équipe de la police judiciaire enquête sur plusieurs délits (incendie, attaque de relais téléphonique, meurtre) et doit faire face à un mystérieux activiste qui oeuvre sur les réseaux sociaux sous le pseudo de Watchmen. Les membres de l'équipe doivent s'unir pour découvrir qui tire les ficelles mais rencontrent des difficultés personnelles qui ralentissent les investigations.


Avis sur le livre
Je me suis décidée à lire ce roman pour son prix littéraire car je ne connaissais pas l'auteur et j'avais envie de renouer avec un policier contemporain après ma dernière lecture "Le faucon de Malte de Dashiell HAMMETT publié en 1930. L'auteur est un policier (il s'agit de son 7è roman) il sait donc de quoi il parle, pourtant les personnages ne m'ont pas convaincue : Sacha le vieux flic hanté par la mort de son collègue et ami, Coline la jeune flic victime de viol suite à un empoisonnement au GHB, Paul le petit jeune doué pour les nouvelles technologies, composent un trio caricatural et artificiel pour introduire beaucoup de sujets de société (dépression, traumatisme) tout en traitant le sujet de fond : comment un fou furieux qui croit sauver le monde (il commence par la France) peut arriver à créer une rébellion en publiant ses idées sur les réseaux sociaux afin de créer du bordel dans les rues, voire dans des lieux républicains, parce qu'il parvient à attirer dans son sillage des esprits faibles prêts à le croire et à agir.
– Pour résumer, vous dites qu’on a été dressés à croire tout ce qu’on nous dit, et que maintenant qu’on ne croit plus à rien, ça laisse le champ libre à des frappés comme Watchmen pour nous bourrer le mou ?
– C’est un peu court, mais c’est ça, oui. Si vous y ajoutez une fascination collective pour la violence, un rejet viscéral des élites, un relent de populisme, et l’extraordinaire tribune qu’offrent les médias sociaux, vous obtenez tous les ingrédients pour une révolte.
A propos du prix obtenu
Le style est assez vivant et n'est pas avare de dialogues, dans mon cas j'avais l'impression de voir un épisode d'une série policière sous les yeux, cependant cela ne rend pas le roman essentiel au niveau expression littéraire. Lorsque certains recherchent du contenu, j'ai également besoin d'une belle forme, de jolies trouvailles que je n'ai pas trouvées dans ce roman.
paru en novembre 2025


illustration du billet : Karthik Swarnkar via Unsplash

samedi 22 novembre 2025

Le faucon de Malte - Dashiell HAMMETT


Un détective privé de San Francisco se voit confier une simple affaire de filature qu'il confie à son associé, lequel est bientôt retrouvé mort. C'est alors le début d'une longue enquête pour ce détective blasé qui se retrouve embarqué dans une affaire d'escroquerie d'un trésor disparu qui vient de réapparaitre sur le marché : un faucon d'or recouvert de pierres précieuses provenant du trésor des templiers recouvert d'une couche d'émail noir pour camouflage et que certaines factions de malfaiteurs convoitent sans hésiter à tuer pour se l'approprier.

Première lecture de ce roman "classique" du polar mettant en scène le détective Sam Spade dans une première histoire qui sera suivie de deux autres. Je n'ai pas été convaincue par la personnalité du détective qui est très caricaturale dans le sens macho, ce n'est pas cela qui m'a gênée c'est la répétition de ses erreurs ce qui me parait inimaginable, en particulier avec sa cliente dont il fait sa maîtresse et dont il ne se méfie pas alors qu'il faudrait. J'ai pourtant apprécié la lecture qui se lit rapidement du fait de nombreux dialogues et descriptions, j'avoue que l'on est pressé de savoir quand va apparaître la mystérieuse statuette ! La narration à la 3è personne fait de nous un découvreur omniscient mais incapable d'anticipation, qui ne connaît pas les pensées des protagonistes ce qui laisse l'impression d'un parfait théâtre d'ombres, très cinématographique.



Il est évident pour moi que lire un roman publié initialement en feuilleton (magazine Black Mask) contient des écueils qu'il faut subir : des scènes répétées (la cigarette que le détective roule à de nombreuses reprises ou que sa secrétaire lui prépare par exemple). Le style n'a rien d'extraordinaire mais est d'une qualité permettant de passer un bon moment de lecture. 

J’essaye de recouvrer un… objet d’art… une statuette… égarée. J’espérais que vous pourriez m’aider à la retrouver.
Spade hocha la tête et leva les sourcils, manifestant l’intérêt qu’il portait aux paroles de son interlocuteur.
– Cette… statuette, dit Cairo, choisissant soigneusement ses mots, représentait un oiseau, un oiseau noir.
Spade hocha de nouveau la tête, intéressé.
– Je suis prêt à payer, au nom du propriétaire légitime, la somme de cinq mille dollars à la personne qui me permettra de la retrouver.
Cairo leva la main et désigna, de son index court à l’ongle plat, un point imaginaire dans l’espace.
– Je suis prêt à promettre également que… quelle est la phrase consacrée ?… Ah oui ! que je ne poserai aucune question indiscrète. Il replaça sa main près de l’autre, sur le bureau, et sourit placidement en regardant le détective.
– Cinq mille dollars, c’est une somme intéressante, remarqua Spade pensif. C’est… On gratta à la porte.
– Entrez, dit le détective. 

roman de 1930 publié en français en 1936

– Que savez-vous, monsieur, de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, appelés plus tard Chevaliers de Rhodes ? 
Spade agita son cigare en un geste vague.
– Pas grand chose, avoua-t-il. Ce n’est pas au temps des Croisades ?
– Très bien ! Vous avez oublié, sans doute, que Soliman le Magnifique les chassa de Rhodes en 1523 ?
– Je ne l’ai, sans doute, jamais su. 
– Eh bien, monsieur, les Hospitaliers se réfugièrent en Crète. Ils y demeurèrent 7 ans, jusqu’en 1530, date à laquelle ils réussirent à persuader l’empereur Charles-Quint de leur céder – Gutman leva trois doigts rosés et gras et compta : Malte, Gozzo et Tripoli.
– Oui ?
– Oui, monsieur, mais aux conditions suivantes : ils devaient payer annuellement à l’empereur un tribut consistant en un faucon, marquant ainsi la soumission de l’Ordre à l’Espagne, car Malte devait retourner à cette nation si les Hospitaliers cessaient de l’occuper. Comprenez-vous ? Ils ne pouvaient abandonner ni vendre l’île. 
– Oui. Le petit homme regarda, par-dessus son épaule, pour vérifier que les trois portes étaient fermées, puis il approcha son fauteuil de celui de Spade et baissa la voix.

Plusieurs fois adapté au cinéma, j'ai choisi une image du film de 1941 avec Humphrey Bogart comme illustration de ce billet.

samedi 15 novembre 2025

Les Caves du Vatican - André GIDE



Un groupe d’escrocs démarche des personnes croyantes et crédules en leur faisant croire que le vrai Pape est séquestré (on apprend dans le roman qu'il est détenu au Château Saint-Ange) et a été remplacé par un clone, et que les ravisseurs demandent beaucoup d'argent pour le libérer. Le roman met en scène plusieurs personnages dans 5 parties nommées "livres", lesquels vont se croiser pour le meilleur et pour le pire : 
  1. Anthime, le scientifique athée et franc-maçon mariée à Véronique, il trouve la foi après une guérison suite à un cauchemar (très drôle) et perd alors ses appuis et se retrouve ruiné,
  2. son beau-frère Julius, marié à Marguerite la soeur de Véronique, est un écrivain qui vient de publier un roman biographique sur son père Juste-Agénor,  
  3. Amédée Fleurissoire, marié à Arnica Fleurissoire, la 3è soeur, qui se retrouve mandaté pour apporter à Rome un chèque pour la rançon du pape, car Valentine de Saint-Prix, la donatrice qui a reçu un des escrocs se prétendant l'émissaire du vrai pape en mission secrète, qui n'est autre que la soeur de Julius, ne peux elle-même s'y rendre,
  4. Le mille-pattes : les personnages commencent à se croiser et il y a des réactions en chaine,
  5. Lafcadio, âgé de 19 ans, il fait partie du groupe d'escrocs et apprend qu'il est le fils naturel de Juste-Agénor et hérite d'un pécule à la mort de celui-ci.
Lafcadio, à qui sa mère avait donné cinq oncles, n'avait jamais connu son père; il acceptait de le tenir pour mort et s'était toujours abstenu de questionner à son sujet. Quant aux oncles (chacun de nationalité différente, et trois d'entre eux dans la diplomatie), il s'était assez vite avisé qu'ils n'avaient avec lui d'autre parenté que celle qu'il plaisait à la belle Wanda de leur prêter. Or Lafcadio venait de prendre dix-neuf ans. Il était né à Bucarest en 1874, précisément à la fin de la seconde année où le comte de Baraglioul y avait été retenu pas ses fonctions.



Après ma découverte de Jean Tardieu (voir Lettres de Hanoï) j'ai eu envie de lire un roman d'André Gide (j'ai lu "la symphonie pastorale" dans ma jeunesse) et j'ai choisi ce titre qui m'intriguait. J'ai bien aimé cette lecture que je n'ai pas vraiment trouvé confuse car le roman est assez court et les pages se tournent toutes seules une fois que l'on est entrée dans l'histoire, ou plutôt les histoires qui se rejoignent comme les rivières finissent dans un fleuve. J'ai bien sûr été étonnée du crime de Lafcadio qui se débarrasse sans état d'âme d'un innocent qui croise sa route, acte gratuit, qui n'est même pas puni même s'il reconnait son crime, mais le fait que l'auteur utilise ce meurtre comme l'intrigue du futur roman de Julius qui se confie à son demi-frère sans savoir qu'il est le tueur est vraiment vicieux mais également humoristique, du moins, c'est ainsi que je l'ai ressenti.

Sous le nom pompeux de Croisade pour la délivrance du Pape, l'entreprise d'escroquerie étendait sur plus d'une département français ses ramifications ténébreuses; Protos, le faux chanoine de Virmontal, n'en était pas le seul agent, non plus que la comtesse de Saint-Prix n'en était la seule victime. Et toutes les victimes ne présentaient pas une égale complaisance, si bien encore tous les agents eussent fait preuve d'une égale dextérité. Même Protos, l'ancien ami de Lafcadio, après opération, devait garder à carreau; il vivait dans une continuelle appréhension que le clergé, le vrai, ne devînt instruit de l'affaire, et dépensait à protéger ses derrières autant d'ingéniosité qu'à pousser de l'avant; mais il était divers, et, de plus, admirablement secondé; d'un bout à l'autre de la bande (elle avait nom le Mille-Pattes) régnaient une entente et une discipline merveilleuse.

Cette histoire rocambolesque est tout à fait amorale (crime impuni) mais reste une lecture plaisante et divertissante grâce au talent de l'auteur qui ne lésine pas sur les descriptions des personnages et de leur environnement.
- Eh bien ! voilà, commença Valentine après qu'Arnica se fut assise : Le pape...
- Non ! Ne me dites pas ! fit aussitôt Mme Fleurissoire, étendant la main devant elle ; puis, poussant un faible cri, elle retomba en arrière, les yeux clos.
- Ma pauvre amie ! ma pauvre chère amie, disait la comtesse...
Enfin Arnica ouvrit un œil et murmura tristement :
- Il est mort ?
Alors Valentine, se penchant vers elle, lui glissa dans l'oreille :
- Emprisonné.
La stupeur fit revenir à elle Mme Fleurissoire; et Valentine commença son long récit, trébuchant sur les dates, s'embrouillant dans la chronologie; mais le fait était là, certain, indiscutable: notre Saint-Père était tombé entre les mains des infidèles; on organisait secrètement, pour le délivrer, une croisade; et il fallait d'abord, pour mener à bien celle-ci, beaucoup d'argent. 

roman publié en 1914

Fleurissoire, durant la longueur du voyage, avait potassé son Baedeker. Une sorte d'instinct, de pressentiment, d'avertissement intérieur, détourna presque aussitôt du Vatican sa pieuse sollicitude, pour la concentrer sur le Château Saint-Ange, l'ancien Mausolée d'Adrien, cette geôle célèbre qui, dans de secrets cachots, avait jadis abrité maints prisonniers illustres, et qu'un corridor souterrain relie, paraît-il, au Vatican.

Pour illustrer cet article j'ai choisi un tableau d'Antonio Joli qui montre le château de Saint-Ange et au fond la basilique Saint-Pierre.

Au hasard des rues - Virginia Woolf


La narratrice évoque une balade dans les rues de Londres au prétexte d'aller acheter un crayon de papier et déploie au long de la promenade une réflexion sur l'imagination capable de tout inventer et de tout défaire en un instant.



Petit livre des éditions Interférences aperçu près de la caisse de la librairie "Tschann 13" à la BNF site de Tolbiac : je n'ai pas résisté à la curiosité attirée par la couverture et l'auteur que j'apprécie. 30 pages de digression autour du pouvoir de l'imagination. Dommage que le prix soit tout de même assez élevé (10 €) mais c'est un joli cadeau que l'on peut faire ou se faire.

Voilà qui est vrai : s'échapper est le plus grand des plaisirs : errer au hasard des rues en plein hiver la plus grande des aventures. (p.35)

original publié en 1927 sous le titre Street haunting




Pour illustrer cet article j'ai choisi un tableau de Georges Stein "London Westminster Bridge"

jeudi 13 novembre 2025

Lettres de Hanoï - Jean TARDIEU



1927. Jean Tardieu rejoint son père à Hanoï pour y faire deux années de service militaire : le peintre Victor Tardieu y a fondé l’École des beaux-arts de l’Indochine. Après la phase d'installation, Jean Tardieu commence sa correspondance. Le livre recueille trois grandes lettres, écrites sur plusieurs jours, voire plusieurs mois, vers deux camarades, Michel Pontremoli et Jacques Heurgon auxquels il raconte son quotidien, et Roger Martin du Gard, son mentor dans la carrière des lettres. 



Tout livre a son histoire particulière ; celui-ci m'a attirée à la boutique du musée Cernuschi lors de ma visite au mois de mars pour l'expo Lê Phô, Mai-Thu, Vu Cao Dam Pionniers de l’art moderne vietnamien en France. Je ne l'ai pas acheté sur le moment mais récemment à la librairie de la BNF Tolbiac (tout petit endroit qui recèle de bien jolies surprises).


Le 23 septembre 1927, Jean Tardieu embarque à Marseille pour une longue traversée à bord du Sphinx. Le symbole ne lui aura pas échappé : il est assailli de questions et ignore tout de ce qu’il trouvera au bout du voyage, à Hanoï.
.../... à la fin de ses études de lettres, il est requis par ses obligations militaires et a obtenu pour l’occasion de rejoindre, en compagnie de sa mère, son père Victor Tardieu, fondateur et directeur de l’École des beaux-arts de l’Indochine. Delphine Hautois.



J'ai trouvé intéressant de litre cette correspondance d'un jeune homme d'une vingtaine d'années et déjà si impliqué dans les relations humaines, respectueux des coutumes locales. Grâce aux relations de son père et en particulier ses élèves artistes, il se lie avec le jeune peintre Lê Phô qui l'invite dans sa famille et il découvre un autre Hanoï que celui des colons qui ont recréé ce qu'ils connaissent : les bâtiments, les routes, les ponts, un Hanoï plus nature, plus vert, plus authentique, c'est ce que je retiens surtout de ces lignes : la recherche absolue de l'authentique. Il décrit avec amusement sa vie militaire qui lui laisse le loisir décrire pour son compte étant donné qu'ils sont 3 et qu'un seul ne peut taper à l'unique machine à écrire, les autres vaquent à leur préoccupations en attendant leur tour. Mais son drame sera tout de même sa faible constitution qui fait que le climat est une épreuve : la chaleur lui est difficilement supportable.

Une lecture originale d'un poète que je découvre et m'invite à découvrir un autre écrivain qu'il admire : André Gide.

En pensant à cette grande voisine qui donne la clé de tout ce que l’on voit et entend ici, je me sens l’esprit tout éclairci et aéré et, devant ma table tranquille, en écoutant la pluie frapper à mes carreaux, j’essaie de comprendre un peu cette race d’hommes si différente de ma race et – entre mes délicates poteries Song, des traductions de poèmes chinois, des reproductions de dessins chinois anciens, une histoire d’Annam, une étude du bouddhisme, une autre du confucianisme, les admirables planches d’Osvald Sirén ou de la mission Segalen-De Voisins, enfin en me remémorant quelques-unes de mes promenades dans la campagne tonkinoise, les vieilles pagodes harmonieuses et simples, les bonzeries à l’heure où les bonzes, accroupis dans l’ombre riche aux pieds des autels, prient et déroulent le chapelet criard de leurs litanies – avec une douce joie je m’imprègne de cette masse de lectures et d’impressions et je vais à la découverte dans un monde délicat et profond qui bientôt ne me semble pas moins proche ni moins affectueux que les fables de La Fontaine jointes aux dessins de Poussin et aux fugues de Bach.


publié en 2024



illustration : Lê Phô

mardi 4 novembre 2025

Laissez-moi - Marcelle SAUVAGEOT

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La narratrice, en convalescence pour soigner sa maladie pulmonaire, reçoit des lettres de son amoureux qui peu à peu se détache d'elle et finit pas lui annoncer qu'il se marie. Elle lui répond quatre lettres au sommaire de cette nouvelle.

Oui, il est très tard ; je viens d'éteindre la lampe pour laisser entrer dans ma chambre la lumière de la nuit. Je me sens chaude et souple entre les draps, sous les fourrures ; la fenêtre est ouverte toute grande sur un froid de vingt degrés. La neige dehors est très blanche ; et il règne ce silence étouffé de la neige, ce silence qui attend une révélation dont on sait seulement que l'idée de sa venue fait battre le cœur plus allégrement. Par les fenêtres ouvertes montent les toux incessantes qui hachent les nuits ; dans les couloirs, d'autres toux résonnent. Des toux, toujours des toux, s'envolent dans la nuit glacée. Il y a la toux de cette jeune femme qu'on ne voit jamais : toute la nuit, inlassablement, sans arrêt, cette toux craque comme du bois sec ; pendant combien de jours encore l'entendra-t-on avant qu'elle ne s'éteigne ? Le corps n'est pas assez épuisé pour que ce soit cette nuit que la lueur du petit jour l'emporte. De la chambre de ce garçon, qui tout à l'heure nous a quittés très vite en cachant le sang qui filtrait de ses lèvres, vient une toux profonde et humide : chaque hoquet amène du sang… Quand aura-t-on le soulagement de savoir que ce sang ne coule plus ? Ma voisine fait entendre sa petite toux rassurante : je ne suis pas seule à veiller.

Voici une nouvelle découverte sur le site Ebooks libres et gratuits lue en moins d'une heure (96 pages). je ne peux pas affirmer que j'ai aimé car j'ai trouvé le propos très redondant et je voyais venir la fin de cette histoire sans surprise. Je reconnais à l'auteur une qualité littéraire indéniable, Marcelle Sauvageot était après tout professeure agrégée de lettres, et à travers ses propos on ressent bien la souffrance physique et morale qui n'est pas feinte.

Texte de 1933 publié en 1934 peu avant sa mort sous le titre de "Commentaire"
puis réédité plus tard sous un autre titre "Laissez-moi".

Largement soutenu par les écrivains de son époque très enthousiastes, je ne saurai affirmer que, de nos jours, ce texte aurait tant reçu tant d'éloges, même si la prose est lyrique.
Pendant la vie le ruban est invisible, mais les deux êtres se cherchent et, s'ils se trouvent, le bonheur pour eux est sur terre. Il en est qui ne se trouvent pas ; alors leur vie est inquiète et ils meurent tristes : pour eux le bonheur commencera seulement dans l'autre monde : ils verront à qui le ruban rouge les attache. Je ne sais si je trouverai en ce monde le ruban rouge qui m'attache ; je crois que cette légende est, comme toutes les légendes, une consolation poétique.
De cet homme resté sans véritable prénom, nous ne saurons que son surnom "Bébé", et son ombre chinoise ira rejoindre l'assemblée de tous les hommes lâches qui ont abandonner leur petite amoureuse, malade, sans doute pour fonder une famille, chose presque obligatoire en ces temps-là.

publication pour la première fois en 1933
Éditions La Connaissance sous le titre "Commentaire"


Illustration d'entrée de billet : Vikram Kushwah

dimanche 2 novembre 2025

Enquête royale à Sandringham - Anna CAZINE

claudio-poggio-unsplash


Elle s’installa à son bureau et ouvrit son journal intime. Elle y rédigea une quinzaine de lignes, résumant sa journée, qu’elle qualifia de satisfaisante et pas trop fatigante malgré la présence de nombreux invités. Il n’y avait eu aucun couac.

2004. La reine Elizabeth II part dans sa propriété de Sandringham accompagnée de sa famille et de ses fidèles pour fêter Noël. Mais soudain, un jardinier est retrouvé assassiné et il ressemble un peu à Charles. Par ailleurs, les familiers constatent la disparition d'objets sans réelle valeur : un poudrier, un briquet, un lacet... Et pour couronner le tout, plusieurs domestiques sont remplacés à la dernière minute, ce qui interroge sur les réelles raisons d'éloignement des personnels habituels. Craignant un complot visant à se débarrasser de Charles, la reine cherche à contenir les indiscrétions, demande le renforcement de la sécurité avant de démasquer les coupables, l'un du meurtre, l'autre d'une banale affaire sentimentale.



Enquête royale à Sandringham est le tome 2 d'une série mettant en scène la reine Elizabeth en détective lorsqu'une affaire requiert toute sa sagacité. L'auteur la présente dans un rôle très proche de ce qu'on peut connaître : une femme "comme tout le monde" ou presque, avec son époux, ses enfants, une maison à faire tourner, des invités à honorer. Après l'été du séjour à Balmoral (tome 2), nous sommes en immersion dans les préparatifs de Noël, les changements de tenue, les jeux, les promenades à cheval, les parties de chasse.

Le style est très agréable, très simple aussi avec quelques redondances (le jus d'orange, le Racing Post) qui sont plus amusantes que pénibles. On passe un bon moment de lecture car il y a de l'humour, les révélations finales tiennent la route même si j'imagine que dans la réalité, la reine aurait été plus sévère.

Tandis que Georges regroupait tout sur son plateau, le prince consort, décidément préoccupé, lui demanda de vérifier la présence du pudding en cuisine. Le valet eut un regard inquiet et balbutia un « euh » hésitant.
- Un problème ? s’enquit le prince un peu sèchement.
- C’est-à-dire, il n’y a personne en cuisine, en ce moment, hormis madame Eastwood.
- Qui est-ce ? Ce nom ne me dit rien ?
- La nouvelle cuisinière. Je doute qu’elle sache où est le pudding.
- Et bien, rien ne coûte de lui demander ! s’agaça-t-il.
- Euh oui, mais euh, elle est, comment dire, pas très facile. Mieux vaudrait attendre que... 
- Allez vous renseigner ! Le valet s’inclina précipitamment et sortit. 
- C’est inconcevable ! Cette nouvelle cuisinière lui fait plus peur que moi ! Il faudra que j’aille voir ce phénomène par moi-même ! s’insurgea-t-il, tandis qu’Elizabeth ne pouvait s’empêcher de rire. Le valet fut rapidement de retour, la mine déconfite. 

septembre 2025
186 pages



illustration : Sandringham par Claudio Poggio sur le site unsplash
lecture dans le cadre de mon partenariat avec le site https://www.netgalley.fr/