Chevreuse - Patrick MODIANO
Chevreuse étant ma ville voisine, j'ai été interpellée par ce titre pensant que l'auteur allait pour une fois nous emporter en banlieue et cela m'intéressait ; mais de Chevreuse il n'est pas vraiment question dans le roman, plutôt de communes en lisière : Milon-la-Chapelle et l'auberge du Vert-Coeur (dans la réalité il existe un château Vertcoeur) où Martine va chercher ses valises pour préparer son emménagement dans la rue du "Docteur-Kurzenne", qui elle, se situe à Jouy-en-Josas (mais dans la réalité Jouy-en-Josas n'est pas en vallée de Chevreuse qui débute bien plus bas, après Toussus-le-Noble).
Le roman me fournît une réponse à ce que je pressentais dans plusieurs autres romans de l'auteur qui évoque régulièrement des soirées "spéciales". Modiano cette fois écrit les choses sans ambages :
Et à mesure que la nuit avançait, la musique qui jouait en sourdine devenait de plus en plus forte et la lumière baissait peu à peu, jusqu'à ce que le salon soit bientôt dans l'obscurité. Alors ce n'était plus l'heure des conversations. Des ombres se mêlaient les unes aux autres sur les divans, et la musique couvraient leurs chuchotements et leurs soupirs. (p.44)
Je trouve que l'histoire est trop énigmatique : on devine que le narrateur détient un secret, que sa mémoire lui fait défaut (c'est d'ailleurs récurent dans les romans de l'auteur). Ici aussi, père et mère ne sont jamais évoqués, à part la fameuse Rose Marie qui est la marraine mais qui n'est pas de la famille.
Tel un métronome désaxé, le roman oscille entre souvenir et réalité, le présent n'est qu'un leurre et seul l'âge indiqué par le narrateur nous positionne sur sa carte des souvenirs où se mélange l'histoire et la géographie pour atteindre la carte aux trésors.
Ce qu'il y a de bien avec Modiano c'est que le roman peut se lire en une journée (150 pages et des chapitres courts) ce qui nous permet de ne pas être trop perdu dans les fluctuations du récit ; comme l'auteur il ne faut pas perdre sa boussole !. Au moins dans ce roman, il y a une fin explicative mais j'avoue ne pas être à l'aise avec l'atmosphère presque fantasmagorique où les lieux, les personnages ne semblent pas réels, disparaissent sans laisser de trace, à moins qu'ils ne soient que le fruit de l'imagination de l'auteur pour écrire son roman.
Mais quinze ans lui semblaient à l'époque une période trop longue pour que les souvenirs d'enfance ne soient pas définitivement brouillés, que pouvait-il dire aujourd'hui ? Près de cinquante ans s'étaient écoulés depuis ce trajet à travers la vallée de Chevreuse jusqu'à la maison de la rue Docteur-Kurzenne. Oui, près de cinquante ans depuis le dernier après-midi qu'il avait passé dans le salon de l'appartement d'Auteuil, et où il avait croisé le docteur Rouveix - c'était bien lui-, cet après-midi d'un printemps précoce dont il aurait bien voulu savoir l'année exacte. Printemps de soixante-quatre ou de soixante-cinq ? Ils se confondaient tous les deux dans sa mémoire sans qu'il trouve de points de repère assez précis pour les différentier. (p. 53)
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2021 |
Illustration d'entrée de billet : Luigi Loir.
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