Le faucon de Malte - Dashiell HAMMETT


Un détective privé de San Francisco se voit confier une simple affaire de filature qu'il confie à son associé, lequel est bientôt retrouvé mort. C'est alors le début d'une longue enquête pour ce détective blasé qui se retrouve embarqué dans une affaire d'escroquerie d'un trésor disparu qui vient de réapparaitre sur le marché : un faucon d'or recouvert de pierres précieuses provenant du trésor des templiers recouvert d'une couche d'émail noir pour camouflage et que certaines factions de malfaiteurs convoitent sans hésiter à tuer pour se l'approprier.

Première lecture de ce roman "classique" du polar mettant en scène le détective Sam Spade dans une première histoire qui sera suivie de deux autres. Je n'ai pas été convaincue par la personnalité du détective qui est très caricaturale dans le sens macho, ce n'est pas cela qui m'a gênée c'est la répétition de ses erreurs ce qui me parait inimaginable, en particulier avec sa cliente dont il fait sa maîtresse et dont il ne se méfie pas alors qu'il faudrait. J'ai pourtant apprécié la lecture qui se lit rapidement du fait de nombreux dialogues et descriptions, j'avoue que l'on est pressé de savoir quand va apparaître la mystérieuse statuette ! La narration à la 3è personne fait de nous un découvreur omniscient mais incapable d'anticipation, qui ne connaît pas les pensées des protagonistes ce qui laisse l'impression d'un parfait théâtre d'ombres, très cinématographique.



Il est évident pour moi que lire un roman publié initialement en feuilleton (magazine Black Mask) contient des écueils qu'il faut subir : des scènes répétées (la cigarette que le détective roule à de nombreuses reprises ou que sa secrétaire lui prépare par exemple). Le style n'a rien d'extraordinaire mais est d'une qualité permettant de passer un bon moment de lecture. 

J’essaye de recouvrer un… objet d’art… une statuette… égarée. J’espérais que vous pourriez m’aider à la retrouver.
Spade hocha la tête et leva les sourcils, manifestant l’intérêt qu’il portait aux paroles de son interlocuteur.
– Cette… statuette, dit Cairo, choisissant soigneusement ses mots, représentait un oiseau, un oiseau noir.
Spade hocha de nouveau la tête, intéressé.
– Je suis prêt à payer, au nom du propriétaire légitime, la somme de cinq mille dollars à la personne qui me permettra de la retrouver.
Cairo leva la main et désigna, de son index court à l’ongle plat, un point imaginaire dans l’espace.
– Je suis prêt à promettre également que… quelle est la phrase consacrée ?… Ah oui ! que je ne poserai aucune question indiscrète. Il replaça sa main près de l’autre, sur le bureau, et sourit placidement en regardant le détective.
– Cinq mille dollars, c’est une somme intéressante, remarqua Spade pensif. C’est… On gratta à la porte.
– Entrez, dit le détective. 

roman de 1930 publié en français en 1936

– Que savez-vous, monsieur, de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, appelés plus tard Chevaliers de Rhodes ? 
Spade agita son cigare en un geste vague.
– Pas grand chose, avoua-t-il. Ce n’est pas au temps des Croisades ?
– Très bien ! Vous avez oublié, sans doute, que Soliman le Magnifique les chassa de Rhodes en 1523 ?
– Je ne l’ai, sans doute, jamais su. 
– Eh bien, monsieur, les Hospitaliers se réfugièrent en Crète. Ils y demeurèrent 7 ans, jusqu’en 1530, date à laquelle ils réussirent à persuader l’empereur Charles-Quint de leur céder – Gutman leva trois doigts rosés et gras et compta : Malte, Gozzo et Tripoli.
– Oui ?
– Oui, monsieur, mais aux conditions suivantes : ils devaient payer annuellement à l’empereur un tribut consistant en un faucon, marquant ainsi la soumission de l’Ordre à l’Espagne, car Malte devait retourner à cette nation si les Hospitaliers cessaient de l’occuper. Comprenez-vous ? Ils ne pouvaient abandonner ni vendre l’île. 
– Oui. Le petit homme regarda, par-dessus son épaule, pour vérifier que les trois portes étaient fermées, puis il approcha son fauteuil de celui de Spade et baissa la voix.

Plusieurs fois adapté au cinéma, j'ai choisi une image du film de 1941 avec Humphrey Bogart comme illustration de ce billet.

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