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jeudi 7 août 2025

Le Horla - Guy de MAUPASSANT

dessin de William Julian-Damazy "la rose"

Le narrateur tient un journal dans lequel il note régulièrement ses états d'âme. Très bien portant au début, il finit par sentir un malaise grandissant, comme si la maison recelait une force invisible hostile car lorsqu'il s'en éloigne sa joie de vivre lui revient. Lorsqu'il observe des phénomènes physiques inexplicables comme ses carafes de boisson qui se vident alors qu'il ne les a pas touchées ou une fleur qui s'envole avant de se reposer sur le rosier, il est persuadé qu'un être surnaturel le possède et que celui-ci est relié à la maison. Persuadé qu'il n'est pas fou et que la créature s'est invitée chez lui alors qu'il admirait un bateau brésilien

Après deux goélettes anglaises, dont le pavillon rouge ondoyait sur le ciel, venait un superbe trois-mâts brésilien, tout blanc, admirablement propre et luisant. Je le saluai, je ne sais pourquoi, tant ce navire me fit plaisir à voir.

et plus loin
Ah ! Ah ! je me rappelle, je me rappelle le beau trois-mâts brésilien qui passa sous mes fenêtres en remontant la Seine, le 8 mai dernier ! Je le trouvais si joli, si blanc, si gai ! L’Être était dessus, venant de là-bas, où sa race est née ! Et il m’a vu ! Il a vu ma demeure blanche aussi ; et il a sauté du navire sur la rive. Oh ! mon Dieu !

le narrateur cherche à se débarrasser de l'indésirable quel qu'en soit le prix, bien qu'il en soit venu à une terrible conclusion : la race humaine est perdue à jamais et est en train d'être remplacée par des êtres d'une autre dimension beaucoup plus forts.

*Révélations
[Il met le feu à sa maison après avoir enfermé le horla en oubliant que ses domestiques sont restés dans la maison puis songe à mettre fin à ses jours].




Parue en 1886 puis en 1887 (cette version en ebook), Maupassant me régale d'une nouvelle fantastique relue avec plaisir d'autant que je ne me souvenais plus de la chute. Avec un style que je trouve admirable de simplicité émouvante, l'auteur nous invite à incarner un homme hanté, par des frayeurs qui prennent leur source dans des histoires qui admettent un univers méconnu qui recèle des forces invisibles.

Est-ce que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe ? Tenez, voici le vent, qui est la plus grande force de la nature, qui renverse les hommes, abat les édifices, déracine les arbres, soulève la mer en montagnes d’eau, détruit les falaises, et jette aux brisants les grands navires, le vent qui tue, qui siffle, qui gémit, qui mugit, – l’avez-vous vu, et pouvez-vous le voir ? Il existe, pourtant. » Je me tus devant ce simple raisonnement. Cet homme était un sage ou peut-être un sot. Je ne l’aurais pu affirmer au juste ; mais je me tus. Ce qu’il disait là, je l’avais pensé souvent.

Dans le même genre, je recommande Le Fanu et ses histoires terrifiantes dans Le Mystérieux Locataire et autres histoires d'esprits forts.

Le Horla est-il un trouble de la personnalité schizophrénique ou une véritable entité facétieuse qui aime le lait et les roses ? Je penche pour la seconde possibilité !

Hier, après des courses et des visites, qui m’ont fait passer dans l’âme de l’air nouveau et vivifiant, j’ai fini ma soirée au Théâtre-Français. On y jouait une pièce d’Alexandre Dumas fils ; et cet esprit alerte et puissant a achevé de me guérir. Certes, la solitude est dangereuse pour les intelligences qui travaillent. Il nous faut, autour de nous, des hommes qui pensent et qui parlent. Quand nous sommes seuls longtemps, nous peuplons le vide de fantômes.

publié en 1887


mardi 8 octobre 2013

Contes du jour et de la nuit - Guy de MAUPASSANT


  • 1/ Le Crime au père Boniface (1884) - un facteur entend par inadvertance un couple faisant l'amour et croit que l'on assassine la femme parce qu'elle pousse de grands cris...
  • 2/ Rose (1884) - un repris de justice violeur se cache comme femme de chambre avant d'être démasqué.
  • 3/ Le Père (1883) - un homme abandonne la femme qu'il a mise enceinte puis n'a de cesse de faire connaissance avec son fils.
  • 4/ L'Aveu (1884) - Une jeune fille avoue à sa mère qu'elle attend un enfant qu'elle a fait avec le cocher qui lui fait crédit pour l'emmener en ville en échange de ses faveurs.
  • 5/ La Parure (1884) - Une femme emprunte un collier à une amie et le perd, puis remplace le collier sans rien dire et s'endette avant de découvrir 10 ans plus tard qu'elle a acheté un collier de diamants alors que l'amie lui avait prêté un collier en pierre de synthèse.
  • 6/ Le Bonheur (1884) - Un voyageur découvre dans un village retiré en Corse la présence d'une vieille femme qui a quitté sa famille plusieurs dizaines d'années auparavant pour se marier avec l'homme qu'elle aimait mais qui n'était pas de son rang.
  • 7/ Le Vieux (1884) - Un couple annonce la mort du père et beau-père avant le décès de celui-ci et se retrouvent obligés de recevoir les invités aux funérailles alors qu'il n'est pas encore mort. (très drôle)
  • 8/ Un lâche (1884) - Un homme défie un autre homme en duel mais se retrouve l'esprit empoisonné par sa décision impulsive et finit par se suicider.
  • 9/ L'Ivrogne (1884) - Un homme rentre tard chez lui complètement allumé et bat à mort son épouse qu'il soupçonne d'infidélité.
  • 10/ Une vendetta (1884) - Une vieille mère décide de venger la mort de son fils en dressant son chien à attaquer à mort un être humain.
  • 11/ Coco (1884) - Un ado décide d'affamer le cheval qu'il doit soigner afin d'être débarrassé de lui.
  • 12/ La Main (1883) - La main momifiée d'un cadavre a apparemment tué l'homme qui la conservait en mémoire d'une ancienne chasse qu'il avait faite.
  • 13/ Le Gueux (1884) - Un pauvre bougre mendie sans succès dans un bourg avant d'être emprisonné sans qu'il ait pu assouvir sa faim et meurt en cellule.
  • 14/ Un parricide (1885) - Un orphelin retrouve ses parents une fois devenu adulte mais ceux-ci le repoussent et, fou de douleur, en vient à les tuer par accident.
  • 15/ Le Petit (1883) - Un veuf couve le fils qu'il a eut de sa femme bien aimée morte en couches et se suicide lorsqu'il découvre que l'enfant est celui de son meilleur ami.
  • 16/ La Roche aux Guillemots (1883) - Un homme arrive au rendez-vous pour les quelques jours prévus pour la chasse aux guillemots, accompagné du cadavre de son gendre.
  • 17/ Tombouctou (1883) - Un homme retrouve un ancien soldat qui a fait fortune en cuisinant les cadavres des morts sur les champs de bataille.
  • 18/ Histoire vraie (1883) - Un homme riche marie sa servante tombée enceinte de ses oeuvres à un sale type qui finit pas se débarrasser de l'épouse et de l'enfant afin d'en hériter.
  • 19/ Adieu (1884) - Un homme retrouve l'amour de sa jeunesse, vieillie, grossie, et entourée de 4 enfants et réalise qu'il a lui aussi bien vieilli.
  • 20/ Souvenir (1884) - Un homme se souvient de sa rencontre avec un couple parti en promenade dominicale qu'il s'était proposé de remettre sur le bon chemin avant de succomber aux charmes de l'épouse tandis que le mari restait en arrière pour chercher son chien et son porte-feuilles.
  • 21/ La Confession (1883) - Sur son lit de mort, une vieille fille avoue à sa grande soeur qu'elle est à l'origine de la mort de son fiancé quelques dizaines d'années auparavant parce qu'elle était jalouse de leur bonheur.

21 contes, petites histoires éditées dans des journaux entre 1883 et 1885 et reprises dans ce recueil. Certaines sont amusantes, ou horribles, ou effrayantes, ou encore émouvantes. Dommage qu'il y ait autant de notes de renvoi en fin de volume (17 pages de notes !!!!) qui polluent vraiment le plaisir de la lecture, surtout que la plupart du temps nous n'en savons pas plus car les annotations restent vagues ou parfois carrément inutiles !

Je me suis intéressée à ce livre parce que ma fille doit l'étudier en classe, alors autant que je sache de quoi ça parle si elle me demande mon avis, et bien je trouve tout de même dommage de faire étudier ce genre de bouquins : les faits de sociétés du 19ème siècle, s'ils peuvent être intéressants pour nous adultes, le sont certainement moins pour les ado, pas étonnant qu'ils n'aient pas envie de lire ! Il y a tellement d'autres romans classiques plus intéressants à mes yeux !


Ils causaient, joyeux sans motif, dans cette gloire de vie, dans ce rayonnement radieux du soir ; et ils regardaient la foule, les hommes lents et les femmes pressées qui laissaient derrière elles une odeur savoureuse et troublante.


année sortie 1885 pour Marpon-Flammarion
190 pages
illustration d'entrée de billet : Emilio Longoni ("Starving man")