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jeudi 16 avril 2026

The Star from Calcutta - Sujata MASSEY


Bombay, automne 1922. Perveen est mandatée par "Champa Films", le studio dirigé par le réalisateur Subhas Ghoshal  pour éclaircir la position professionnelle de son épouse Rochana, une actrice très connue qui n'hésite pas à se battre avec une épée, qui joue sans doublure avec des animaux impressionnants comme le tigre apprivoisé Tora ou un crocodile, et qui vient de quitter l'ancien studio "ABC productions" de Calcutta qui l’a rendue célèbre et qui invoque désormais une rupture de contrat déloyale. De son côté Rochana affirme n'avoir signé aucun contrat qui la lie à ABC. Lors d'une soirée de présentation du dernier film de Rochana "Queen of Hearts" (dont on apprend plus tard qu'il dure 29 minutes), Perveen découvre le corps d'un homme et donne l'alerte. Or cet homme, le sergent Joseph Morgan, était un policier travaillant pour le bureau des censures cinématographiques. Tandis que la police enquête sur les circonstances de cette mort, Perveen qui est obligée de faire profil bas pour ne pas attirer l'attention, cherche à savoir qu'elles étaient les motivations de cet homme présent à la soirée de "première" sans y être invité, et qui plus est, agissait étrangement en cachant son identité et se comportant de façon grossière avec certaines personnes dont Rochana. Pire encore ! Rochana disparaît le lendemain du drame et sa meilleure amie Alice semble lui cacher des faits très importants.


Quelques révélations mineures

Dans ce nouveau roman des aventures de Perveen Mistry, l'auteur évoque de nombreux thèmes comme :
  • les débuts de l'industrie cinématographique indienne en plein essor, qui deviendra "Bollywood" et qui cherche à se faire valoir dans l'économie mondiale ;
  • la censure du gouvernement britannique qui peut exiger des coupures de scènes afin d'autoriser le visa de distribution ;
  • le travail des actrices indiennes qui doivent s'imposer car il n'est pas convenable d'être acteur pour une femme, leurs rôles sont d'ailleurs parfois joués par des hommes ;
  • les relations amoureuses de même sexe ;
  • la place des femmes dans le monde du travail, forcément dépendantes d'un homme qu'il soit le père ou l'époux ;
  • l'impossibilité pour Perveen de divorcer de Cyrus qu'elle a épousé à 20 ans (4 plus tôt) avant que celui-ci ne révèle sa cruauté ;
  • les ravages de la guerre mondiale chez les survivants et l'usage de l'opium chez certains.
The city government wants to tax films made here for the reason of gathered people causing a danger to society.” He shook his head. “They truly don’t like us consuming anything that doesn’t come from England.”
Le gouvernement britannique veut taxer les films indiens sous prétexte que les rassemblements de personnes seraient dangereux pour la société. » Secouant la tête il ajouta « Mais la réalité c'est qu'il refuse tout ce qui ne vient pas d'Angleterre. » 

Mon avis

Je n'ai pas été déçue de cette nouvelle histoire qui poursuit l'idée de l'auteur de mettre en scène une jeune femme parsie, séparé de son mari abusif, qui développe une relation amoureuse avec un anglais rencontré dans la seconde aventure : La malédiction de Satapur.

Le personnage d'Alice, jusqu'à présent peu développé, prend une grande part de l'intrigue sur deux sujets : tout d'abord l'auteur écrit clairement qu'Alice est attirée par les femmes ce qui contrarie tellement ses parents que sa mère interdit à Alice de revoir Perveen qui n'est pourtant l'amoureuse d'Alice, puis Alice découvre qu'elle est la demi-sœur de Rochana, son père ayant eu une aventure avant son mariage.

A la fin, l'auteur liste les nombreux soutiens qu'elle a eu de la part de ceux qui maîtrisent les sujets de niche comme le développement du cinéma indien, également les livres de reportages photographiques illustrant les combats ou les prisonniers de guerre (1e guerre mondiale).

J'ai ressenti certains passages un peu forcés et incongrus comme :
  • le livre des photos de guerre que Colin a failli acquérir pour la Royal Asiatic Society où il a un rôle de vice-président et dans lequel Perveen, comme par hasard, pense reconnaitre Morgan ;
  • le passage où Diana, la chienne d'Alice, doit faire un "bout d'essai" dans le but de remplacer la chienne de Rochana qui a été récemment empoisonnée ;
  • Alice, qui est une professeur renommée, laisse tomber son amie Perveen dans l'espoir de faire tourner son chien dans un film, cela ne m'a pas paru crédible.
Au final, j'ai passé un bon moment en compagnie de Perveen mais je ne vois pas trop comment l'auteur va faire décoller un peu ses relations personnelles et professionnelle.
But a woman can’t have her own bank account without her husband or father’s permission,” Perveen said, thinking about her own situation.  

Mais une femme ne peut pas avoir de compte en banque sans l'autorisation de son mari ou de son père songea Perveen en réfléchissant à sa propre situation.

Et après ?

La relation entre Perveen et Colin passe à une étape charnelle mais ils conservent l'obligation de garder leur relation secrète ; pour que tout s'arrange pour eux, il faudrait que Cyrus meure (il est en très mauvaise santé). Côté professionnel, il faudrait que Perveen s'émancipe de sa famille et qu'elle quitte Bombay mais elle est encore très attachée à sa famille, à sa mère, au bébé de son frère depuis que la maman dépressive (post partum) est retournée vivre chez ses parents et à son père qui lui offre un cabinet de travail et accessoirement une voiture avec chauffeur.

Mes recherches pour illustrer

Le Ripon club


Ripon club, cuisine parsie

J'apprécie tout particulièrement lorsque l'auteur évoque des lieux emblématiques de la religion parsie comme le Ripon club qui existe toujours.

The Ripon Club was located on Esplanade, just a few minutes’ walk from Mistry House. The august Parsi establishment was situated on the upstairs floors of another law practice building almost as handsome as Mistry House.
Le Ripon club était sur l'esplanade à quelques minutes du cabinet des Mistry, l'honorable établissement parsi était aux étages supérieurs d'un autre cabinet d'avocat aussi classe que le bâtiment des Mistry.


Mistry House, le cabinet d'avocat où travaillent les Mistry

Bruce street où se situe Mistry house


When they arrived in Bruce Street, the rain was hammering down. Perveen and Jamshedji hustled out of the car and up the stairs to Mistry House, the high-roofed stone mansion decorated with gargoyles that was a former family home but now served as a grand law office.

Lorsqu'ils arrivèrent dans Bruce Street (actuellement Homi Modi street), la pluie tombait à verse. Perveen et Jamshedji se ruèrent hors de la voiture et grimpèrent les marches de la maison Mistry, un immeuble en pierre de plusieurs étages avec des gargouilles au niveau du toit, ce qui était autrefois une maison familiale était devenue un prestigieux cabinet d'avocats.

La fête de Durgā pūjā

Une fête de la religion indoue à laquelle Perveen assiste.

Durgā pūjā années 20

L'Asiatic Society Of Bombay (Mumbai)

Où travaille Colin (pour rappel il est cartographe).


La Société Asiatique de Bombay a vu le jour sous le nom de Société littéraire de Bombay, qui s’est réunie pour la première fois à Mumbai le 26 novembre 1804, et a été fondée par Sir James Mackintosh. Elle a été créée dans le but de « promouvoir des connaissances utiles, en particulier celles qui sont aujourd’hui directement liées à l’Inde ». Après la création de la Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland à Londres en 1823, la Literary Society of Bombay y fut affiliée et fut connue sous le nom de Bombay Branch of the Royal Asiatic Society (BBRAS) à partir de 1830.
La Société géographique de Bombay fusionna avec elle en 1873, suivie par la Société d’anthropologie de Bombay en 1896.



 

Les couvertures


publié en 2026 (en anglais)




illustration d'entrée de billet : l'actrice indienne Kanan Devi

vendredi 15 août 2025

The Silversmith’s Puzzle - Nev MARCH



1894. Jim Agnihotri et son épouse Diana Framji sont de retour à Bombay, accompagnés d'Adi le frère de Diana. Tous trois arrivent d'Angleterre où Adi s'était réfugié après avoir été accusé du meurtre de Satya, son ancien camarade d'Oxford et associé dans sa manufacture d'instruments chirurgicaux en argent désormais en banqueroute. La famille Framji est heureuse de cette réunion mais ne peut cacher sa perte sur plusieurs tableaux : le commerce du père a du plomb dans l'aile après de mauvais investissements et la famille a dû congédier de nombreux serviteurs. Par ailleurs, ils subissent toujours une sorte de mise à l'écart dans des cérémonies importantes parsies, du fait du mariage de Diana avec un étranger à leur religion.

Avec quelques indices de départ, murmurés par le mourant à Adi, seul témoin, Jim tente de compléter un puzzle dont il est bien loin de connaître la forme car en effet, plusieurs affaires sont imbriquées. Il lui faut retrouver qui a poignardé à mort Satya Rastogi, lequel cachait plusieurs secrets, afin d'innocenter Adi et se faisant, il cherche à comprendre pourquoi Satya avait besoin d'une grande somme d'argent, au point de falsifier une reconnaissance de dette, pourquoi il cachait une statue de Ganesh en argent recouverte d'or, pourquoi il s'est éloigné de sa famille brahmane, des orfèvres réputés dont tous les membres vivent ensemble dans une grande propriété.
Je termine à l'instant le 4è roman des aventures de Jim et Diana, dont le thème est toujours de nature policière avec meurtre et mystère. Pour rappel, je veux présenter l'ordre de lecture pour une meilleure appréciation des protagonistes :
  • tome 1 : Murder in Old Bombay Bombay 1892. On fait connaissance avec Jim qui est embauché par Adi Framji  afin de découvrir qui a tué son épouse et sa jeune soeur. Jim rencontre Diana, une autre soeur de Adi, et les deux tombent amoureux.
  • tome 2 : Peril at the Exposition. 1893. Jim et Diana sont désormais mariés et américains ; Jim travaille pour l'agence de détectives privés Dupree et Diana apprécie de l'aider. Ils doivent empêcher une bombe d'exploser lors de l'exposition universelle à Chicago.
  • tome 3 : The Spanish Diplomat’s Secret. 1894. Jim et Diana naviguent vers l'Angleterre, un noble espagnol est étranglé dans une pièce fermée de l'intérieur. Le capitaine du paquebot demande à Jim de trouver le coupable avant qu'ils ne débarquent en Angleterre.
  • une nouvelle qui s'insère entre les tomes 3 et 4 : A Disgraceful Embrace : A Short Story. 1894. A Londres, Jim est mandaté par le cabinet Dupree car un de leur client a été emprisonné pour homosexualité.
J'ai eu plaisir à poursuivre les aventures de Jim et Diana sans faire abstraction de quelques points négatifs que je peux comprendre lorsque l'on sait que l'auteur cherche à insérer dans son roman des personnes et des faits historiques, quitte à les déplacer dans l'axe temporel, c'est elle qui l'écrit à la fin du roman. Cela conduit par exemple à l'évocation de personnages, telle Cornelia Sorabji, première femme diplômée de l'université de Mumbai, la première femme à faire des études de droit à l'université d'Oxford et première femme avocate en Inde (on l'évoque également dans le roman Les veuves de Malabar Hill de Sujata MASSEY, dans le roman c'est une amie de Diana depuis leurs études en Angleterre.

Les nombreux mystères que doit résoudre Jim me font penser aux 12 travaux d'Hercule et cette masse de péripéties dessert le fil principal de l'énigme de départ en apportant de trop nombreux personnages. Jim devra donc en cours de route infiltrer une succursale de la Royal Mint à Bombay (hôtel de la monnaie anglaise de Bombay) pour découvrir comment un lingot d'or a pu être remplacé par une contrefaçon, se mettre en quête de l'auteur de la tentative d'assassinat du vieux jardinier resté habiter dans la manufacture d'argent car il n'a nulle part où aller, et bien d'autres pistes qu'il doit suivre, parfois en son propre nom, parfois sous couverture en se déguisant.

Find out how it was done, and by whom! I cannot sleep or eat until I uncover the culprit! When this load of bullion reaches the Bank of England, the fake will surely be discovered. My name, my reputation will be dust. Worse than dust. To a Parsi, to be known as a thief, a criminal … you cannot imagine what this means. My life will be over, but that matters not. My wife and children will be pariahs! Beggars will spit on them!”

« Découvrez qui a pu faire cela et comment ! Je n'arriverai pas à dormir ni manger tant que le coupable n'est pas découvert ! Lorsque le chargement de lingots parviendra à la Banque d'Angleterre, la fraude sera certainement révélée et mon nom, ma réputation seront réduits en poussière. Pire que cela. Pour un Parsi, être affiché comme un voleur, un criminel… vous n'imaginez pas ce que cela signifie. Ma vie sera finie, mais peu importe. Ma femme et mes enfants seront des parias ! Les mendiants leur cracheront dessus ! » 
 
carte postale "Royal Mint" à Bombay

Jim est fidèle à lui-même : téméraire et plein de tendresse, c'est le personnage principal de toutes les histoires. Son épouse Diana n'est présente que par touche de couleur, comme ses toilettes, robes européennes ou saris copieusement détaillés, un peu comme une marionnette faire-valoir, j'aurais aimé que l'auteur lui donne un rôle plus équilibré, au lieu de quoi Diana ne semble préoccupée que par sa fausse couche et à organiser une soirée pour ses anciennes connaissances. Adi est aussi un personnage important dans ce 4è tome, quoiqu'il passe la majeure partie emprisonné, il est le frère de Diana âgé de 2 ans de plus et on les prend pour des jumeaux car ils sont très proches de caractères et d'allure, c'est aussi le meilleur ami de Jim c'est pourquoi ce dernier fait tout pour lui éviter de finir la corde au cou.

Toutefois, l'auteur, elle-même une parsie zoroastrienne, tisse ses énigmes autour de plusieurs sujets de société qui lui tienne à coeur : le mariage mixte (parlant de religion), la vente d'enfants abandonnés, les castes, les parias, la pauvreté et elle n'est pas avare de détails sur les habitations, les jardins, les arbres et l'odeur des fleurs, une véritable plongée dans un pays entre traditions et modernité.

She flicked her head, saying, “We are Daivadnya Brahmins. Only family members can become goldsmiths. You see that girl?” She pointed at a child working in the garden. “She is from another caste, a low caste. Do you think just anyone can handle gold?” She scoffed and returned to shelling her peas.
Elle fit un signe de tête en disant : « Nous sommes des Brahmanes Daivadnya. Seuls les membres de notre famille peuvent devenir orfèvres. Vous voyez cette fille ? » Elle désigna une gamine qui travaillait dans le jardin. « Elle est d'une autre caste, inférieure. Pensez-vous que n'importe qui puisse manipuler de l'or ? » Elle ricana et retourna écosser ses petits pois.

Chhatrapati-Shivaji-Maharaj-Park
Le parc Chhatrapati Shivaji Maharaj


La fin ouvre la possibilité d'un 5è roman lorsque McIntyre, le commissaire principal de la police de Bombay propose à Jim une nouvelle affaire : partir à la recherche du colonel Sutton, l'ancien commandant de Jim lorsqu'il était à l'armée, récemment disparu au cours d'une chasse au tigre.

Je suivrai évidemment cette nouvelle aventure car j'apprécie les moments que je passe avec Nev March qui me mettent dans une sorte de bulle temporelle ; j'espère que le personnage de Diana prendra un peu plus d'épaisseur car même si elle accomplit quelques tâches qui ont leur importance, elle n'est pas assez exploitée pour une série littéraire qui annonce "un couple de détectives".

publié en 2025 uniquement en langue anglaise (lu en e-book)



illustration : statue de Ganesh par Laura Olsen via licence unsplash

samedi 26 juillet 2025

The Spanish Diplomat’s Secret - Nev MARCH


1894. Le capitaine Jim et son épouse Lady Diana naviguent sur un paquebot en direction de l'Angleterre quand survient un meurtre : Don Juan Nepomuceno, un dignitaire apparenté à la famille royale espagnole a été assassiné et retrouvé dans le salon de musique fermé de l'intérieur. Le commandant de bord demande à Jim de découvrir le coupable avant leur arrivée sur les côtes anglaises sous peine de voir tous les passagers retenus à bord ; il ne reste que 6 jours et il y a des centaines de dépositions à recueillir. Côté personnel, Jim a l'impression que Diana lui cache quelque chose : est-ce lié au fait qu'ils n'ont pas encore d'enfant ? Pour couronner le tout, il a le mal de mer et son enquête patine, heureusement que Diana a une idée derrière la tête : elle aussi aimerait bien être enquêtrice.

Le regard perdu dans le brouillard, il se frotta la nuque, puis dit : « Je vais vous le dire. Ça ne servira à rien, mais voilà : il y a vingt ans, une corvette espagnole a intercepté un petit bateau à aubes au large de Cuba. Vous savez où c'est ? »

« Non. »

« Au sud de la Floride. Une colonie espagnole. Le Virginius était un petit navire américain. L'Espagne a prétendu qu'il s'agissait de pirates. Elle a saisi le navire. Ça a fait beaucoup de bruit. »



Après avoir résolu le meurtre de deux jeunes femmes dans Murder in Old Bombay, déjoué un complot sanglant lors de l'exposition universelle de Chicago dans Peril at the Exposition voici le valeureux Jim embarqué à bord d'un paquebot pour une traversée fort mouvementée.

L'auteur évoque cette fois encore un épisode historique appelé l'affaire du Virginius (un navire battant pavillon américain a été abordé par un navire de guerre espagnol au large de Cuba, les espagnols ont exécuté 53 marins britanniques et américains au prétexte qu'ils apportaient de l'aide aux insurgés de Cuba alors possession espagnole). Protagonistes et témoins de cette période vont s'affronter en huis-clos occasionnant bien des préoccupations au couple de détectives. 





Du fait de la présence de personnages appartenant à une série littéraire, l'auteur évoque leur passé en Inde puis à Chicago mais ces rappels sont trop répétés ; pour moi il faudrait faire un prologue et ne plus revenir sur "qui est qui" car cela n'avance pas le récit en cours et perturbe la lecture. Mais il y a beaucoup d'humour qui font la différence avec d'autres auteurs qui semblent remplir des pages et ceci explique que j'aime suivre les aventures de ce couple peu ordinaire.

Son regard passa de Diana à moi. « Tu n'as pas l'air américaine. » Diana sourit. « En Amérique, tout le monde vient d'ailleurs, sauf quelques-uns qu'on appelle Amérindiens. En fait, je suis indienne, je viens d'Inde ! »

Un roman assez dense foisonnant de détails aussi bien dans le décor, que dans les relations entre les passagers. J'ai retrouvé à bien des égards le style d'Agatha Christie c'est à dire des fausses pistes, des faux témoignages, des doutes sur l'intégrité de certains personnages qui semblent angéliques et pas d'effusion d'hémoglobine.

Je reste un peu sur ma faim concernant les personnages qui sont traités comme des ombres chinoises (mon impression) entre Jim qui vomit ses tripes car il a le mal de mer et Diana qui se sent l'âme d'une samaritaine. Le prochain roman leur fait retrouver Adi, le frère de Diana qui les attend en Angleterre, avec pour corollaire un retour en Inde et ça, j'ai bien hâte de voir comment la communauté parsie va accueillir notre couple mixte expatrié.

Diana et moi étions arrivés sur Ellis Island à l'automne 1892. Notre dossier d'immigration avait été traité et validé au bout d'un après-midi qui n'en finissait pas avant que notre naturalisation soit obtenue. Nous nous étions alors réjouis d'être Américains mais encore nous fallait-il nous habituer à cette nouvelle identité.


publié en 2023 uniquement en langue anglaise (lu en e-book)




Suivez le lien pour en savoir plus sur L’affaire Virginius (1873)

dimanche 29 juin 2025

Peril at the Exposition - Nev MARCH



Le capitaine anglo-indien Jim Agnihotri (30 ans) et son épouse Lady Diana (21 ans) s’installent à Boston (Massachusetts) pour vivre librement leur amour loin des règles sociales des Parsis à Bombay. Après la résolution du mystère précédent (Tome 1 "Murder in old Bombay"), Jim travaille désormais dans l'agence de détectives Dupree. Grand fan de Sherlock Holmes qu'il a lu durant sa convalescence après une grave blessure au combat (voir tome 1), Jim initie sa jeune épouse à l'art de la déduction. Sa nouvelle affaire l'emmène à Chicago lors de l'exposition universelle de 1893 où un agent de sécurité a été assassiné sur le site de construction de l'expo universelle, et le détective de l'agence parti en investigation ne donne plus de nouvelles.  Jim va choisir de s'immerger sous couverture dans le monde dans les docks, entrepôts et tavernes où gronde un nouvel ordre social qui se rebelle contre le travail mal payé. Au bout de six semaines et sans nouvelles de lui comme ce qui était convenu, Diana décide de partir pour Chicago où elle va bien malgré elle, se mettre en danger de mort.


- N'allons-nous pas voyager ensemble ? dis-je.

Il sourit et ses dents blanches étincelèrent.

-Je voyagerai dans la voiture des personnes de couleur mademoiselle.

Il réajusta son chapeau et fit signe au portier avant de disparaître dans la foule en mouvement. Bien entendu, il était obligé de voyager dans une voiture séparée, je me sentis idiote de ne pas l'avoir compris. Je fronçais les sourcils, agacée. Est-ce que les indiens étaient considérés comme étant de couleur ? Un groupe de famille immigrantes se pressait derrière moi aussi j'entrais dans le véhicule pour constater que tous les sièges étaient pris. (p.30)

Dans cette suite des aventures de Jim et Diana, nous découvrons leur vie maritale loin de l'Inde et ses règles strictes concernant la communauté parsie qui ne tolère pas l'union d'une parsie avec un non parsi. Les deux personnages sont complémentaires et ont chacun du caractère, Jim et sa force malgré les multiples blessures reçues au combat, Diana et sa tenace perspicacité.

Les chapitres alternent le récit de leur aventure du point de vue des deux personnages, ce que j'ai beaucoup apprécié. Loin de sa famille, Diana doit s'entourer de personnes de confiance mais elle découvre peu à peu que tous ne lui veulent pas que du bien.

J'ai aimé le mystère qui consiste à une course contre la montre (littéralement) car un groupe d'anarchistes veut causer un attentat à la bombe en pleine exposition. Le déroulement des faits, la découverte des indices et l'issue sont globalement bien menés même si certains faits ont une coïncidence qui tombe à pic (je pense à la comparaison des écritures qui révèle l'identité d'un malfaiteur). L'auteur évoque avec subtilité le racisme avec le traitement réservé aux noirs, en la personne de son accompagnateur Tobias) : ils ne voyagent pas dans les mêmes véhicules. Je précise que Diana, bien qu'Indienne a la peau blanche car descendante des Perses qui émigrèrent au VIè siècle en Inde lorsque la Perse fut envahie par les musulmans.

L'auteur est excellente car elle insère beaucoup d'humour comme dans le passage, là aussi pour dénoncer le racisme, elle évoque le fait que les Chinois, tout comme les femmes, n'ont pas le droit d'acheter un commerce car, soit disant ils ne comprennent rien aux chiffres !

Les chinois, et les femmes, ne sont pas autorisés à posséder une entreprise Jim ! Apparemment, la loi estime que ni l'un ni l'autre ne comprennent rien aux mathématiques. Elle fit la moue puis éclata de rire.

C'est pourquoi j'ai tout mis sous tom nom Jim, maintenant tu possèdes une boulangerie et une mine de cuivre. (p. 334)

J'ai moins aimé le personnage travesti que Diana s'évertue à appeler par son prénom féminin alors qu'elle sait très bien que c'est un homme, lui aussi sous couverture, qui aime se travestir en femme. J'avais l'impression que l'auteur utilisait Diana, très ouverte d'esprit, pour faire passer les autres personnages, à commencer par son époux, pour des puritains car à de nombreuses reprises, Diana explique que "Martin" préfère être une femme, or le traitement du transsexualisme dans ce roman n'apporte rien au mystère, car des détectives qui se déguisent en femme il y en a toujours, pas besoin de parler de sexualité.

J'ai en revanche trouvé très drôle que l'auteur développe une héroïne innocente mais espiègle, qui se propose d'apprendre à son mari comment consommer leur mariage.

- Et bien ! dis-je, appuyée sur lui, c'est une bonne chose que j'ai pu discuter avec une experte qui a pu m'apprendre comment... on danse. Laisse-moi te diriger veux-tu ?

Il sembla stupéfié. Une experte dis-tu ?

Un jour, je lui raconterai mes conversations avec maman qui a mis au monde 5 enfants.

-Laisse moi te guider.

Un sourire éclata dans son regard en se répandit dans tout son visage. (p.337)

Sinon, au point d'aisance de lecture, j'ai peu galéré car le roman est long, il y a beaucoup de personnages, de scènes, de dialogues, heureusement que lire un ebook permet d'obtenir rapidement l'accès au dictionnaire en ligne voire une traduction. Je recommande ce principe lorsque l'on désire améliorer sa lecture en VO.



publié en 2022 uniquement en langue anglaise (lu en e-book)



illustration : exposition universelle de Chicago en 1893

dimanche 13 avril 2025

A Disgraceful Embrace : A Short Story - Nev MARCH



1894. Le capitaine Jim, son épouse Diana et Adi, le frère de celle-ci, sont à Londres et se préparent à retourner en Inde. Mais avant de reprendre le bateau, Jim est pressé par son patron monsieur Dupree de résoudre un petit problème de mœurs : dans un club de gentlemen, l'un de ses amis a été surpris par un certain marquis avec un autre homme dans une étreinte qui ne laisse aucun doute sur sa nature et a été emprisonné à Newgate, une horrible prison connue pour ses conditions de détention ignobles. Jim va déployer une carte maîtresse pour sortir son client de ce mauvais pas : jouer la carte de la renommée.



Cette nouvelle précède le 4è tome des aventures de Jim et Diana, c'est une sorte d'avant-goût pour faire patienter le lecteur comme l'indique l'auteur à la fin :

J’espère que vous avez apprécié cette petite histoire que le capitaine Jim appelle "le problème de Petersmith" dans le chapitre trois de mon prochain roman "the silversmith's puzzle" à paraître en mai 2025. Les trois premiers chapitres sont ici un bonus pour les lecteurs fidèles.

L'originalité est que cette fois, c'est Diana qui est le narrateur. Jim va faire pression sur le responsable du club et argumenter le fait qu'il va perdre des clients s'ils portent l'affaire devant la justice ; pour garder sa notoriété, le responsable du club va demander au marquis de revenir sur son témoignage et les accusés d'attente aux bonnes mœurs sont relâchés.
L'histoire en elle-même n'a que peu d'intérêt puisque assez courte, mais elle est drôle et montre, si on ne le savait pas encore, le tempérament de notre couple de détectives atypique.

(ma traduction)
Jim - Apparemment, le marquis les a trouvés en ouvrant la mauvaise porte. Ils étaient dans un salon privé et avaient demandé au concierge de ne pas être dérangés, cependant le marquis s’est trompé d'étage et a ouvert la porte. Je ne pense pas que c'était intentionnel.
Diana - « Alors, comment avez-vous manœuvré pour sauver Frank et P ? » demandai-je, perdant patience.


publié en mars 2025


illustration : Perkins HarnlyFoyer - Men's Club

samedi 5 avril 2025

Murder in Old Bombay - Nev MARCH


MEURTRE DANS LE VIEUX BOMBAY

1892. Le capitaine Jim Agnihotri est à l’hôpital militaire de Poona, à 4 h de route de Bombay, et passe ses journées à lire les journaux ou les romans de Sherlock Holmes. Un article dans un quotidien attire son attention : Adi Framji, un jeune veuf a publié un plaidoyer évoquant la mort de sa femme et de sa jeune soeur qui se seraient jetées d'elles-mêmes de la tour de l'horloge de l'université en plein après-midi. Le jeune veuf ne croit pas à la thèse du suicide conclu par la police. Une fois sorti de l'hôpital, Jim rejoint Bombay où il se présente au journal du quotidien pour un poste de journaliste et propose au rédacteur en chef de reprendre l'investigation sur le meurtre des deux jeunes femmes. Introduit dans la maison des Framji, Jim accepte de travailler pour Adi au lieu d'être mandaté par son journal. Sa tâche est de retracer les évènements qui ont conduit les deux jeunes femmes à leur mort et de découvrir le secret qu'elles ont gardé pour elles. Jim fait la connaissance de Diana, la soeur d'Adi Framji tout juste rentrée de Londres où elle a fait des études. Les deux jeunes gens sont de suite très attirés l'un par l'autre, mais la famille Framji est de religion parsie et cela empêche toute union avec une personne non parsie sous peine d'exclusion de cette communauté.




Contexte

Après les romans de Sujata Massey j'avais envie de poursuivre mes lectures avec la même atmosphère et je suis tombée sur ceux de Nev March. Ce roman est le premier tome des mystères du capitaine Jim et de Lady Diana.

Les personnages

Capitaine Jim Agnihotri est un anglo-Indien avec un père inconnu anglais et une mère indienne de la caste supérieur des brahmanes ; il a été confié dans une mission et en est parti pour s'engager dans l'armée britannique où il a servi dans la "Fourteenth Light Cavalry” (14è régiment de cavalerie légère).

Blessé au combat, il souffre d'un grave syndrome de stress post-traumatique et est rendu à la vie civile. D'un esprit combatif et généreux, très bien élevé il a pour but d'aider les autres. Ses origines mixte indo anglaise et sa couleur de peau plus claire lui permettent de s'immerger dans diverses communautés des plus pauvres aux plus riches sous divers déguisements. Tout cela ne va pas l'empêcher d'être régulièrement blessé soit au cours de son investigation, soit sur le ring car l'ancien capitaine est un boxeur né !

I was thirty, an age when many soldiers were retired and married, with a brood of three or four. But an Anglo-Indian is rarely welcome, and finding a wife would not be easy. No, I needed a job, a direction. I needed this post almost as much as Adi needed to lay his ghosts to rest. I was on the hunt, and it felt good to have a goal.
[ma traduction] J'avais trente ans, un âge où beaucoup de soldats sont retraités et mariés, avec trois ou quatre enfants. Mais un Anglo-Indien est rarement apprécié et il n'est pas simple pour lui de trouver une épouse. Non, j'avais besoin d'un travail, d'un but et je ressentais le besoin d'accepter cette proposition autant qu'Adi avait besoin d'enterrer ses fantômes. J'allais partir en chasse, et c'était bon d'avoir un objectif.

 

ma représentation de Jim et Diana

Lady Diana est une jeune femme parsie qui a étudié en Angleterre ; au début du livre, elle revient à Bombay et entame une relation privilégiée avec le capitaine Jim dont elle se sent très proche et qu'elle veut à tout prix aider dans sa poursuite de la vérité. Ella s'habille soit à la mode anglaise, soit parsie. Elle fête ses 20 ans. A Oxford, elle a croisé Cornelia Sorabji, qui a réellement existé, elle la cite parfois comme exemple.

Burjor put down his spoon. “Diana. You know that would be unwise.” His somber look passed from Diana to me. “Society has rules, Diana. Breaking them carries consequences. Take your friend Cornelia, twenty-four years old and unmarried. When her father converted to Christianity, his own family disowned him. (p.364)
[ma traduction] Burjor reposa sa cuillère. "Diana, tu sais que ce ne serait pas prudent". Son regard sombre quitta Diana et se posa sur moi. "La société a des règles ma fille. Les briser entraîne des répercussions. Prend l'exemple de ton amie Cornélia, 24 ans et toujours célibataire car lorsque son père s'est converti au christianisme, sa propre famille l'a désavoué.


ma représentation de monsieur et madame Framji
les parents de Adi et Diana
(photographies de Philippe Jacques Potteau)

Une énigme basée sur une histoire vraie 

Le drame de départ est basé sur une histoire vraie : en 1891, deux filles de la communauté parsie ont chuté de 60 mètres depuis la tour de l’horloge de Rajabai à Bombay et la cause réelle de leur mort n'a jamais élucidée.

carte postale mémorielle des jeunes Godrej

Nées à la fin des années 1800, deux filles Godrej étaient des belles-sœurs. L’aînée, Bacha Godrej, était l’épouse de 20 ans d’un étudiant en droit de 22 ans, Ardeshir Godrej. Sa sœur de 16 ans, Pilloo Kamdin, était déjà mariée, mais n’avait pas encore rejoint la maison de son mari. Ces deux jeunes femmes s’étaient rendues à l’université cet après-midi-là, avaient grimpé les 200 marches qui menaient à la galerie de la tour de l’horloge, et l’une d’elles, puis l’autre, étaient mortes. Des témoins avaient assisté à une altercation entre des jeunes hommes dans l’heure précédant la mort des femmes, ce qui avait donné lieu à une enquête et à une arrestation. Toutefois, les circonstances exactes de la mort et l'identité du ou des meurtriers éventuels n'ont jamais été élucidées.

Les ressources de l'auteur

L'auteur, elle-même parsie de naissance, désormais américaine (mariée avec un homme qui n'est pas parsi), s'est plongée dans les archives familiales dont elle a hérité, en particulier un livre écrit par Delphine Menant dont elle s'est procuré une traduction anglaise.


De nombreux localisations dans le roman sont celles de sa famille qui habite en Inde, par exemple "Forgett Street" où habite le capitaine Jim, ou encore Poona. Certains noms propres sont également tirés de la vie réelle.

L'auteur utilise quelques évènements historiques pour illustrer certains passages de son roman comme la mutinerie des Cipayes de 1857 ; on pourra voir un film qui explique ce drame "Mangal Pandey - The Rising (2005)".

D'autres thèmes sérieux sont abordés : la cérémonie du sati (crémation des veuves), la prostitution d'enfants (une jeune orpheline de 12 ans est proposée à Jim par son "maître" en échange de 2 roupies) ou encore la traite d'esclaves en partance pour la Guyane.

La Tour Rajabai ou tour de l'horloge


 




  • Principal lieu du drame qui a frappé les jeunes dames d'une mort atroce, la Tour Rajabai existe encore et domine le campus de l’Université du haut de ses 85 mètres.
  • Architecte : Sir George Gilbert Scott qui s’est inspiré de Big Ben à Londres, au style gothique vénitien.
  • Rajabai est le nom de la mère du mécène Premchand Roychand.

Mon avis

Le début du roman est très prometteur mais au milieu, l'auteur entame une digression qui ralentit le rythme et l'intérêt de l'histoire puisque le personnage principal se retrouve à faire d'autres tâches qui rallongent sa propre enquête et la résolution du mystère.

J'ai apprécié le style riche de l'auteur, qui fourmille de détails que ce soit dans les décors, les habits, les comportements et les pensées.
Toutefois, l'enquête piétine et perd de son intérêt avec trop de personnages secondaires qui perdent Jim dans son avancée vers la vérité. Je n'ai pas tellement apprécié les atermoiements entre Jim et Diana sur l'acceptation ou pas de leurs sentiments respectifs.
Malgré cela, j'ai hâte de lire la suite car j'ai beaucoup d'espoir sur l'évolution des personnages qui promettent d'incarner un nouveau genre de couple détective.

publié en 2020 uniquement en langue anglaise (lu en e-book)



Structure : 3/5
Crédibilité de l'auteur : 4/5 
Style d'écriture : 4/5 
Coup de coeur : 4/5


  • Illustration d'entrée de billet : tour de l’horloge de Rajabai
  • Source illustrations et informations complémentaires dans mon article : interview de l'auteur (articles et vidéos), livres "les Parsis" de Delphine Menant et recherches sur internet

dimanche 9 mars 2025

The Mistress of Bhatia House - Sujata MASSEY



Bombay, 1922. Une réception est donnée chez Sir Dwarkanath Bhatia, un riche veuf directeur d'une compagnie de construction, afin de collecter des dons pour la construction d'un hôpital dédié à la femme et l'enfant qui subissent un fort taux de mortalité, due aux soins inadaptés ou inexistants, aux multiples grossesses des mères parfois à peine sorties de l'enfance, au manque de personnels soignants spécialisés.

Le projet de cet hôpital est porté par la Dr Miriam Penkar, spécialisée en obstétrique et future directrice de l'établissement, dont le combat d'avant garde concerne la grossesse maitrisée et il est soutenu par la belle-fille de  Sir Dwarkanath Bhatia qui a convié ses amies et dames de la société indienne ainsi que quelques anglaises de bonnes famille. Perveen s'y rend à la place de Gulnaz, sa belle-sœur qui vient d'accoucher afin d'apporter sa contribution. Lors de cette garden-party, l'enfant héritier des Bhatia prend feu et est sauvé par Sunanda sa nounou, une jeune femme de 20 ans, les deux sont grièvement brûlés.

Bientôt, les drames s'enchainent : la nounou est accusée d'avortement et enfermée, Sir Dwarkanath Bhatia, principal donateur pour le futur hôpital et en particulier pour donner le terrain, meurt assez soudainement victime d'un empoisonnement au plomb peu de temps après s'être rétracté du projet, la cabane de jardin où résident les employés de la maison des Mistry est incendiée et enfin c'est au tour du jeune hériter à peine remis de ses brûlures d'être victime d'un empoisonnement.




Une édition en français sort en septembre 2025




Pour se 4è tome, l'auteur n'a pas ménagé sa peine et de nombreux thèmes puissants sont ici abordés : fausse déclaration, viol, dépression, falsification du cadastre pour n'en citer que quelques uns.

Tout en regrettant de ne pouvoir exercer en tant qu'avocate puisque interdite de se présenter au concours car elle est une femme, Perveen doit subir de nombreux affronts et moqueries comme ce moment où elle est expulsée d'un tribunal.

Sans oublier de satisfaire ses propres besoins d'amour en recherchant la compagnie de Colin Sandringham, son amoureux interdit par les conventions sociales, Perveen n'est pas une femme à se laisser abattre et elle va cette fois œuvrer sur de nombreux tableaux :
  • prendre la défense de Sunanda et rechercher l'auteur de la lettre de dénonciation, 
  • héberger Sunanda chez elle après que la jeune nounou ait été mise à la porte de la maison de son frère afin de lui permettre de soigner ses brûlures infectées,
  • rechercher l'auteur du viol subi par Sunanda qui en garde de vagues souvenirs (elle a été frappée),
  • “He hit the back of my head. I thought he would kill me.” / Il m'a frappé à l'arrière de la tête ; j'ai vraiment pensé qu'il allait me tuer(p.316)
  • s'investir dans le combat sur la maîtrise de la natalité du Dr Miriam Penkar qui a sollicité son aide notamment pour instruire le cadre légal du futur hôpital,
  • You must join the core committee and handle the legal contracts for "us.”(p 15). / Vous devriez nous rejoindre au conseil d'administration et vous occuper de la partie juridique.  
  • enquêter sur le moyen mis en oeuvre pour empoisonner le doyen puis celui du petit garçon,
  • prendre en charge sa nièce après le départ de Gulnaz victime de dépression post-partum qui est retournée chez ses parents.

Mon idée de la garden-party à la maison Bhatia


Le raja Raj Singh de Chamba et sa rani
dans les jardins de Rajnagar

L'intrigue

L'auteur poursuit la description de la société indienne du début du XXè siècle
  1. dans le premier tome "Les veuves de Malabar Hill", Perveen résout l'héritage de trois veuves qui ont failli se faire dépouiller par l'enfant illégitime du défunt,
  2. dans le deuxième tome, "La malédiction de Satapur", Perveen enquête pour le compte du gouvernement ce qui est le mieux pour l'éducation de l'hériter d'une principauté (et fait la connaissance de Colin),
  3. dans le troisième tome "Le prince de Bombay", Perveen résout le meurtre d'une jeune étudiante,
  4. dans ce quatrième tome, l'auteur dépeint davantage l'aspect social avec la division des classes, la ségrégation raciale (les indiens ne sont pas autorisés à entrer dans certains clubs, la parentalité, le traitement des employés de maison, l'exploitation des plus faibles, la corruption de la police, l'enlèvement contre rançon. Un effet papillon des plus dramatiques va entraîner la désolation : 
    • (1) le Nawab de Varampur possède un terrain qu'il est prêt à céder pour l'hôpital - les Bhatia assurant les matières premières - mais il est volage, psychopathe et très porté sur les jeunes femmes (y compris non consentantes) et exerce son "droit de cuissage" à son bon plaisir,
    • (2) deux associés peu scrupuleux tentent de tirer avantage de la situation en sacrifiant la victime censée porter l'affaire devant la justice afin de mettre Varampur en difficultés et de récupérer ses terrains,
    • (3) élimination de tout opposant qui pourrait faire foirer l'arnaque : les terrains rapporteront bien plus en réalisant beaucoup de construction (promoteurs véreux) plutôt qu'un hôpital. 
“Ladies have good intentions, but they cannot guarantee land or building materials. All of that is up to the husbands, and for us, business always comes first. There are other uses for Varanpur stone.”(p. 324) / Ces dames ont de bonnes intentions mais elles ne fournissent ni le terrain ni les matériaux de construction. Tout est sous le contrôle de leur mari, et pour nous, les affaires avant tout. Nous avons d'autres projets pour les terrains de Varampur. 

La pâtisserie Yazdani


Yazdani bakery dont il est question dans le roman


Perveen et Colin

La relation clandestine "en tout bien tout honneur" entre Perveen et Colin prend racine : baisers fougueux, entente cordiale au delà de la chair, j'aime beaucoup et je trouve que l'auteur gère bien leur attachement grandissant.

From the twenty-foot distance, Colin sent Perveen a look that seemed to implore her to join them. Instead, she sent back a message with her eyes. I love you. These were words she’d never said aloud to him, but that she hoped he could understand. (p.415)

Ma traduction

Colin envoya à Perveen un regard qui l'implorait de parcourir les 6 mètres qui les séparaient mais elle lui répondit "Je vous aime" sans même parler, son regard portait les mots qu'elle ne pouvait s'autoriser à dire à voix haute mais qu'elle espérait qu'il comprenne. 

J'espère comme beaucoup d'autres lecteurs, une prochaine évolution de leur histoire sans trop avoir beaucoup d'espérances, à moins que Perveen et Colin ne finissent par quittent l'Inde qui n'est pas prête pour leur union.

“Love cannot conquer all, you are saying.” “Not in my country, and perhaps not yours, either. ” Perveen stretched out a hand across the table toward him. Softly, she said, “What we have together is special—but I hope you understand it can’t ever be a happily-ever-after fairy tale.” (p.268)

Ma traduction
 
Vous dites que l'amour ne peut pas tout conquérir, ceci est vrai dans mon pays et sans doute dans le vôtre. Perveen lui tendit la main à travers la table. Ce qui nous rapproche est spécial mais j'espère que vous comprenez que cela ne peut pas se terminer en gentil conte de fée.

  

La maitresse de la maison Bhatia ?

Le titre n'est pas le plus approprié car il n'est pas vraiment question de "la maîtresse de la maison Bhatia" dans ce roman, elle n'a pas un rôle important, en tout cas moins que la nounou qui pour moi est l'héroïne en tant que victime persécutée.

L'humour bien présent

J'adore cet extrait. Contexte : Tajbanu, la grand-mère (mère de Gulnaz) veut savoir si sa petite-fille grandit bien et si elle a pris du poids.]



(ma traduction)

- Je ne suis pas certaine car je suis absente la plupart du temps.
Perveen eut l'intuition d'avoir dit une bêtise.
- Vous avez raison, il est important de surveiller le poids, je vais lui demander (à la nounou).
- Avez-vous une balance ?
Tajbanu cherchait à savoir si Perveen allait mentir.
- Je ne sais pas.
Perveen eut une idée.
- Notre cuisinier dispose d'une grande balance.
Tajbanu porta la main à son visage.
- Oh mon Dieu ! Allonger ma petite fille comme une botte d'oignons ou un morceau de viande !
- Nous aurons une balance rien que pour elle dès demain.

Texte original (page 287)
"I’m away most days, so I’m not sure.” Perveen had a sense she’d said the wrong thing. “You are right that checking weight is important. I’ll ask her.” “Do you have a baby scale?” Tajbanu was watching Perveen closely, as if to catch her in a lie. “I don’t know.” Perveen had a sudden inspiration. “Our cook, John, has a large scale in his kitchen—” Tajbanu put a hand to her head. “Oh, meri mai! To lay my grandchild on the same place as onions and meat!” “We will be sure to have a proper scale by tomorrow.”

Le pot aux roses

Les coupables sont démasqués dans une fin à la Hercule Poirot digne d'Agatha Christie sans toutefois donner entière satisfaction sur les empoissonnements qui eurent lieu "par accident". Concernant les malheurs de Sunanda, c'est au hasard d'une conversation avec Colin dont le travail consiste à relever les limites des territoires que Perveen comprend que certaines personnes ont intérêt à annexer des terrains appartenant au Nawab de Varampur, d'où la tentative d'intimidation sur la nounou sa victime pour quelle porte plainte, avec comme incidence la récupération de terrain puisque la colonie britannique ne peut juger et condamner un prince mais peut lui retirer des terres.


Et la suite ?

Ah la la me voilà pour un temps orpheline de cette histoire, de cette héroïne que j'ai adoptée comme elle m'a envoutée !
deux femmes parsies

Gulnaz retournera-t-elle chez elle auprès de son mari et son bébé ?
Perveen aura-t-elle la force de présenter Colin à sa famille ?
J'espère que l'auteur travaille à nous concocter une nouvelle aventure de Miss Mistry !


publié en 2023 (langue anglaise) 432 pages



Autre couverture pour les éditions Penguin


Structure : 4/5 (des longueurs)
Crédibilité de l'auteur : 5/5 (beaucoup de détails, de recherches)
Style d'écriture : 4/5 (très agréable à lire)
Coup de coeur : 5/5

Illustration d'entrée de billet : Moha Bhakta Laxmi and Rudra